ACTE TROISIEME Î
ses parents, a fait un vœu... le vœu^ que si son frère revenait, elle entrerait en religion?
l'abbé.
Je ne puis vous répondre là-dessus, cette jeune fille est ma pénitente.
LEROY
Il est infiniment probable qu'elle en sera déliée, de son vœu, que Pierre Jacquelin ne reviendra pas... Mais comme la pauvre enfant était ainsi prise entre son amour pour Maugray et son affection fraternelle, elle s'est trouvée en proie à des scrupu» les dont Victoire a profité, accusant Germaine de souhaiter la mort de son frère, lui dépeignant chaque pensée involontaire comme un péché sans nom...
L'ABBÉ
Je vois le travail...
LEROY
S'y prenant enfin si bien que Germaine, pour que le désir d'épouser Maugray ne vînt plus troubler sa conscience, écrivait, il y a deux jours, une lettre où, sous divers prétextes, elle signifiait au jeune homme un congé absolu, définitif. De cette façon, quoi qu'il advienne, les Jacquelin n'auront pas le seul, le dernier bonheur qui puisse maintenant leur échoir! Et je m'en serai réjoui, et j'y aurai contriliué! Car, au lieu, comme c'eût été mon devoir, de les avertir, j'ai encouragé Victoire, j'ai été mieux que son confident, j'ai été son complice! Et tout ça, histoire de faire le mal pour le mal, d'être pour des amis, un Judas, un bourreau !
l'abbé.
Et f[u'est-ce qui molive vos aveux, votre repentir ?
9i LESAPPELEURS
LEROY
Je VOUS dirai que l'autre jour, en cherchant dans un tas de paperasses, je suis tombé par hasard sur une enveloppe contenant des cheveux de ma défunte fille, une enveloppe qui avait dû être perdue par la garde-malade, et qui portait ces lignes : « Pour remettre après ma mort à monsieur et à madame Jacquelin qui ont été si bons pour nous. » Eh bien, en voyant cette chère relique, cette dernière marque de tendresse donnée par mon enfant à ceux dont j'aggravais le malheur, j'ai été attendri, bouleversé, j'ai pleuré, moi qui ne pleurais plus jamais, j'ai été enfin pris de remords, mais de remords tels que la boisson ne parvenait pas à m'étourdir et que je vous demande comment les'apaiser!.. Oui, dites-moi, monsieur le curé, dites-moi comment réparer ce que vous appelez un crime moral, le plus lâche et le plus vil des crimes !
Il reste la tôle entourée de ses bras, la face contre la table.
l'abbé.
Vous en aurez peut-être l'occasion... (Allant au fond.)
Qui est là ? (La porte du fond s'ouvre. — Apparaît Mar.rice entrant avec pfécaution.) G'esl VOUS ! LEROYj se levant.
C'est VOUS, Maugrayl