‹ Les appeleurs; piece en trois actesChapitre 65 sur 68 · ACTE TROISIÈME lOl · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME lOl

GERMAINE

Non, non... je suis fixée... nous voilà fixés l'un et l'autre !

MAURICE, accablé.

Mon Dieu!... Vous voyez, Leroy, quel lamentible effondrement, vous voyez où tous deux nous en sommes!...

GERMAINE

Laissons donc le passé I...

LEROY

Mes amis, mes enfants, écoutez-moi... Je suis une victime de la vie, un paria de la société, habitué à maudire, à souffler la haine, il faut cependant que j'arrive à toucher vos deux cœurs, et puisqu'une occasion se présente de me faire peut-être pardonner un peu du mal que j'ai fait, je ne la laisserai pas s'enfuir!... Le vœu le plus cher de tes parents, Germaine, est de voir Maugray remplacer leur fils, devenir ton mari...

GERMAINE, vivement.

N'insistez pas, je vous en supplie, ce soir surtout où nous apprenons la mort de mon frère ! Parle-t-on sur une tombe ouverte d'autre chose que de la mort et de la douleur ?

LEROY

Germaine, c'est sur une tombe que se disent les meilleures prières, c'est là que viennent à l'âme les pensées de pitié, de charité pour ceux qui survivent, c'est ce soir même où les tiens pleurent qu'il faut les consoler...

MAURICE

Oui, vous avez raison; merci, Leroy...

102 LES APPELEUHS

Quoi! Vous voulez que monsieur Maugray sacrifie son existence?

MAURICE, allant à Germaine,

:\Iais je ne la sacrifie pas! Car lorsque je vous retrouve...

GERMAINE

Assez, assez!... Dispensez-vous de vos protestations, votre amour est mort comme le mien, bien mort!

MAURICE

Dites qu'il n'est plus le même, Germaine, dites qu'il s'élève en devenant la vraie tendresse, qu'il s' ennoblit en s'inspirant de la pitié, de cette vertu qui domine toutes les autres, car nous aurons dès tout à l'heure pitié ensemble, pitié de deux vieillards qui désormais, vous le sentez bien, ne sauraient avoir d'autre bonheur que la vue du nôtre...

GERMAINE

Mais en aurons-nous du bonheur, Maurice, en aurons-nous à leur offrir? Nous souffririons certainement, vous et moi, d'une union imposée par la résignation et par la pitié; mes parents s'en apercevraient tôt ou tard, et au lieu de leur apporter une joie, nous ajouterions à leur tristesse...

MAURICE

Ils ne s'en apercevront pas, Geruiaine. Si, contre mon attente, notre bonheur n'est pas réel, nous ferons en sorte qu'il le paraisse, nous feindrons la joie comme j'ai appris qu'ils la feignaient, nous jouerons vis-à-vis d'eux le rôle qu'ils avaient joué visà-vis de moi...

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