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CHAPITRE V

LES CONGRÈS I SAINT-PÉTERSBOURG, ANVERS, BERNE, CHRISTIANIA. — JOURNAUX

Lorsqu’on dit que les congrès ne sont jamais sérieux, on exagère certainement ; ils sont une dilution des académies des foires aux vanités ; mais ils nous donnent la résultante de l’homme moyen, du bon sens; ils nous apprennent jusqu’à quel point a pénétré une doctrine à une époque donnée, dans la foule des demi-savants qui font la majorité, et quels en sont les côtés les plus abordables.

I. CoiNGiuos DE Saint-Pétersbourg. — Ainsi nous avons vu dans le Congrès pénitentiaire de Saint- Pétersbourg quelques hommes de génie comme Latyschew, Alongi, Sichart, Prins, protester contre les illusions des vieux juristes. C’est là que Sichart a lormulé les thèses suivantes auxquelles nous souscrivons, mais auxquelles ce Congrès bureaucratique certainement n’a pas donné son approbation:

« 1° C est un fait, prouvé par la statistique et expliqué scientifiquement par l’anthropologie criminelle, que la peine infligée par la loi est inca-

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pable d’amender moralement un nombre assez élevé de criminels.

« 2"^ Par conséquent, la loi, dans l’intérêt de la sécurité publique, devrait statuer des peines d’une durée indéterminée contre les criminels à la fois incorrigibles et dangereux ; et contre ceux qui sont incorrigibles, mais qui n’offrent pas un danger pour la société, elle devrait édicter des peines d’une durée relativement courte, mais d’autant plus sévères quant à leur mode d’exécution, afin de détruire ou au moins d’atténner la tendance perverse qu’ont ces individus de violer la loi, et d’exercer sur eux aussi longtemps que possible une influence intimidante. »

M. Alongi aussi y a écrit :

« Qui naît rond, ne peut mourir carré. — Tous les criminels d’habitude et de profession sont radicalement incorrigibles et il faut se préoccuper de deux choses : V les rendre impuissants ; 2° en diminuer le nombre par la peine de mort, ou par l’isolement et le travail. »

Et M. Latyschew :

« Le régime cellulaire est fondé sur la théorie de la perfectibilité indéfinie de tout homme, et la conviction religieuse que la solitude provoque inévitablement le repentir et ramène nécessairement au bien.

« Les partisans exaltés du nouveau système, inventé au delà de l’océan par la secte des Quakers, croyaient dans leur entraînement avoir trouvé une véritable panacée universelle, capable d’agir sur toutes les volontés coupables et de régénérer pour une vie nouvelle chaque criminel, quels

que fussent ses antécédents, son âge, son caractère.

« Cependant les résultats obtenus par les premiers essais d’amendement étaient loin de répondre aux espérances des croyants. Un nombre considérable de libérés réputés amendés, revinrent de nouveau en prison pour y subir une nouvelle condamnation.

« On se mit à introduire diverses modifications dans le système, tout en espérant trouver un régime pénitentiaire plus efficace au point de vue moralisateur.

c( Après avoir enfin épuisé, sans autre résultat, toutes les formes possibles de l’emprisonnement, on commence à soupçonner que l’impuissance du régime à améliorer les détenus n’est pas uniquement causée par l’imperfection des moyens d’application et qu’il faut distinguer, dans la masse des détenus, des types criminels. >>

Mais, je le répète, devant l’homme moyen, devant la foule, l’idée géniale n’a point d’écho; même il y avait là plusieurs membres et des plus acharnés qui, après avoir nié l’existence du criminel-né, avouèrent, en petit comité, qu’ils savaient très bien qu’il existait, mais qu’il ne convenait pas à des hommes graves, à des magistrats, à des directeurs de l’admettre.

Et après des débats très animés, on a écarté l’idée d’une incorrigibilité absolue, et on y a substitué l’idée d’une incorrigibilité de fait.

U Sans admettre qu’au point de vue pénal ^ pénitentiaire , il y ait des criminels ou délinquants absolument incorrigibles, l’expérience d montre cependant qu’en fait il y a des individu

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qui se montrent rebelles à la double action pénale et pénitentiaire, et qui reviennent, par habitude et comme par profession, à enfreindre les lois de la société. La section émet le vœu qu’il faudrait prendre des mesures spéciales contre ces individus. »

Tel est le vœu qui fut adopté à Tunanimité.

Une forte majorité vota ensuite des propositions qui établissaient une distinction importante dans l’ensemble de ce que nous appelons maintenant les récidivistes ou les relégables ; le Congrès y a voulu distinguer des individus moins pervers, tels que les mendiants ou vagabonds invétérés : il a recommandé contre eux l’internement pour une durée suffisante, dans des maisons de travail obligatoire.

Un autre paragraphe visait l’internement prolongé ou, suivant les cas, l’envoi dans les territoires ou possessions dépendant des pays intéressés; mais toujours avec les garanties que l’autorité doit assurer à ceux qui sont privés de la liberté et une possibilité de regagner la liberté entière par leur bonne conduite, notamment après le système de la libération conditionnelle.

Voici les autres propositions votées par le Congrès :

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