AI'I’LK’ATIONS DR
l’antjiropologîr criminelle
Dans la seconde se trouvent les moyens, ou ceux qui sont ad experhnentum.
Et la troisième comprend les pervers et les difficilement corrigibles.
A cet effet, il y a neuf notes distinctives pour chaque individu, c’est-à-dire :
Trois notes pour la conduite;
Trois notes pour le travail;
Et trois notes pour le progrès à l’école.
Le prisonnier qui obtient neuf notes chaque mois, pendant six mois, gagne la promotion dans la première catégorie et peut obtenir la liberté.
Sur 943 détenus, qui étaient à l’Institut, en octobre 1889, 723 ont atteint la première catégorie, et 209 la seconde, 11 seulement étant restés dans la troisième.
Le tribunal, qui a prononcé le jugement, envoie en même temps à l’Institut une note sur la nature du crime avec l’application de la peine la plus forte, établie par la loi. Les antécédents du détenu et ceux de ses parents, ainsi que la nature du crime commis , sont fidèlement enregistrés dans des livres spéciaux, de façon que l’on ait toujours une diagnose complète de la condition physique, intellectuelle et morale du prisonnier et de sa famille.
Ensuite, l’intendant place le détenu, exclusivement dans son intérêt, dans une classe d’école normale ou technique, dans un département industriel, pour l’habituer à un métier conforme à son instruction et à sa constitution physique; il lui fait connaître en même temps ses devoirs, ainsi que les droits et les privilèges de l’Institut, et les conditions sous lesquelles if peut se réhabiliter et obtenir sa libération.
Appv(nithm(fp , — Mettre entre les mains du
M.VISONS DE DEFORME
détenu un métier qui lui permette, après sa libération, de gagner honorablement sa vie, telle est la première préoccupation de la direction. La statistique montre que plus de 75 p. 100 des condamnés n’ont pas de métiers et que 04 p. j()0 des attentats sont commis contre la propriété. Aussi se préoccupe-t-on peu des béiiélices (pi’il rapportera à rétablissement. On a surtout en vue les avantages ultérieurs que la société retirera de son reclassement dans la vie laborieuse. On choisit avec un soin scrupuleuK la profession pour laquelle il a le plus cl’aptitiides et qui est exercée dans le pays ou il doit se rendre ou par ses parents.
En ce qui concerne l’application au travail, le contremaître remet tous les jours à chaque détenu, dans sa salle de travail, une attestation établissant la somme de travail qu’il a Iburnie ; M. Brockwav Ini-mème détermine au commeuce-
ment de chaque mois , en tenant compte des forces physiques et de l’ensemble des aptitudes de chaque détenu, la somme de travail qu'il doit fournir dans le cours du mois, pour obtenir le chiffre maximum de marques. Le nombre, des branches d’industries exploitées dans l’établissement est assez grand, et, dans la réparlition dos détenus entre ces diverses branches, on tient particulièrement compte de leurs occupations antérieures et des chances qu’ils pourront avoir de trouver de l’occupation, à leur libération, dans telle ou telle nature de travail. Le temps pendant lequel le détenu doit travailler est de huit à neuf heures par jour; le système de travail adopté est, à côté des travaux pour les besoins de l'établissement, le « piere priza sijstem ».
L’enseignement scolaire, qui est l’objet des [)lus grands soins dans le Reforma torip comprend
4() LHS API'LICATIONS de l’antifropologie criminelle
tant rinstruction générale que l’apprentissage d’un métier.
Sont abordés, comme objets d’instruction générale, non seulement les éléments de la lecture, de l’écriture et du calcul, mais encore l’histoire et la géographie nationales , les principes généraux de la science du droit et de l’économie politique. On part de ce point de vue, qu’il ne suffit point de procurer au détenu une certaine somme de connaissances et d’aptitudes positives, qui le mettent en état de gagner honnêtement sa vie au moment de sa libération, mais qu’il faut aussi lui donner une intuition bien claire des conditions d’existence du pays auquel il appartient et de ses devoirs envers ce pays. Il importe moins de faire de lui un homme très instruit qu’un bon citoyen, qui soit mis en état de travailler au bien commun de la nation. En partant de ce point de vue, on a dressé le programme de l'enseignement dans les classes supérieures (il y a dans le Reformatory d’Elmira une échelle des classes semblable à celle des écoles) , de manière à faire comprendre au détenu l’intérêt qu’il a à continuer lui -même son instruction. Par exemple, en ce qui touche l’enseignement de l’histoire, l’instructeur se borne à jeter un coup d’œil d’ensemble sur la période historique qu’il envisage, et indique ensuite les livres dans lesquels on pourra puiser des développements. Les livres, qui se trouvent dans l’excellente bibliothèque de l’établissement, sont remis aux détenus, auxquels on donne pour devoir d’en lire certains passages, et de les résumer par écrit ou de les analyser de vive voix.
L’émulation des détenus dans cet ordre de travaux est encore stimulée par une institution tout à fait originale. Chaque semaine paraît â
MAISONS DE REFORME
Elmira, sous le titre de Siimmary, un journal écrit exclusivement par des détenus. Ce journal insère d’abord une revue des événements politiques de la semaine, puisée dans les meilleures gazettes américaines; puis viennent des informations sur la vie même de l’établissement, notamment sur les conférences intéressantes qui ont été faites dans le courant de la semaine, sur le résultat des épreuves qui ont été subies, sur la promotion, la descente de classe et la libération des détenus, etc. A la fin se trouvent reproduits les travaux des détenus qui ont été remarqués, accompagnés souvent d’observations spéciales faites par M. Brockway ou par les maîtres de rétablissement. Chaque pensionnaire reçoit un exemplaire de ce journal, qui est imprimé dans la maison par des détenus. En outre, il est ouvert des abonnements à ce journal, et les abonnés parents des détenus, anciens détenus libérés, amis, sont assez nombreux pour couvrir entièrement, par leur contribution, les frais d’établissement du journal. Cette entreprise suscita, dans le principe, une vive émotion ; aujourd’hui, on l’apprécie, de tous côtés, comme une excellente institution ; elle ne sert point seulement à aiguillonner, chez les détenus, le désir d’apprendre et l’ardeur au travail, mais elle les maintient en relations avec les événements extérieurs, et fait connaître en même temps aux personnes du dehors, notamment aux parents des détenus, la vie menée dans la maison. L’exemple d’ Elmira a provoqué la création de iournaux spéciaux dans d’autres établissements du même genre.
En dehors de l’enseignement des matières d’instruction générale;, les détenus reçoivent, ainsi qu’on l’a vu plus haut, un enseignement professionnel. On a organisé, pour les métiers les
/j(S LKS applications DK L’aNTHROPOLOGIE CRIMINELLE
plus divers, des cours auxquels les détenus prennent part avec beaucoup d’intérêt et un très erand succès. Cet enseignement est donné le soir par des patrons d’Elmira, moyennant une légère rétribution. Le détenu a, chaque semaine, deux cours professionnels; deux soirées sont consacrées à l’enseignement scolaire; il reste donc au détenu deux soirées et le dimanche tout entier pour préparer ses devoirs scolaires. On est étonné de voir avec quel zèle les détenus s’acquittent de ce travail préparatoire.
Le passage à la première classe comporte, indépendamment de la jouissance de meilleures cellules, certains avantages, notamment au point de vue de la correspondance, de la réception des visites et du nombre des livres de la bibliothèque qu’il est permis d’emprunter. On accorde, en outre, de petits adoucissements de régime aux détenus de la première classe, et ils mangent à une table commune, tandis que ceux des autres classes prennent leurs repas dans leurs cellules. Enfin, les détenus de la première classe, qui portent un costume spécial, diffèrent de celui des autres détenus, sont autorisés à se promener ensemble dans le préau, et sont employés à des missions de confiance, notamment à la surveillance des autres détenus.
De même que les prisonniers peuvent gagner une catégorie, grâce à leurs bonnes notes, ils peuvent en perdre par leur négligence, leur mauvaise conduite ou leur mauvais travail. Dans ces cas, l’individu est renvoyé en troisième catégorie, et pour recouvrer sa liberté il doit se soumettre à un travail plus prolongé et plus dur.
G est à dessein que l’on expose ainsi les détenus de la première classe à des tentations de diverse nature. C’est seulement lorsqu’ils les ont
MAISONS DE RÉFORME
subies pendant six mois, que M. Brockway propose au conseil d’administration de les mettre en liberté provisoire. Le conseil a, sans doute, le droit de rejeter cette proposition pour des motifs spéciaux, malgré la bonne conduite du détenu, spécialement lorsqu’il juge que la gravité du délit commis rendrait dangereuse une aussi prompte libération ; mais, en fait, il autorise toujours M. Brockway à mettre le détenu en liberté. Toutefois, la libération n’a lieu qu’après que M. Brockway s’est assuré que le libéré trouvera une occupation durable qui lui convienne. Si le détenu ne trouve pas, par lui-même ou par ses amis, une occupation de cette nature, M. Brockway s'entremet lui-même pour la lui procurer, et il ne lui a jamais été difficile jusqu’à présent, à ce qu’il assure, de trouver une situation convenable pour un détenu recommandé par lui.
L’individu libéré provisoirement doit, pendant six mois au moins, justifier de sa bonne conduite sous la forme que M. Brockway juge la plus pratique suivant les cas, par exemple par la production d’une attestation de son patron. Quand M. Brockway est convaincu, à l’expiration des six mois, que le libéré doit être considéré, en fait, comme corrigé, il propose au conseil d’administration de déclarer la peine subie et de rendre au libéré sa liberté complète. S’il n’a pas encore acquis cette conviction, le temps d’épreuve de la libération provisoire est prolongé. Tant qu’il dure, M. Brockway a le droit de faire réintégrer l’établissement par le libéré, s’il craint que, laissé en liberté, il ne s’engage dans une mauvaise voie. L’individu redescend alors à la seconde classe^ et est traité de la même manière qu’à son entrée.
La libération des prisonniers de l’Institut est seulement conditionnelle, c’est-à-dire sur pavolo.
oO LES APPLICATIONS DE l’ ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE
(sur parole d’honneur) et ils ne reçoivent la liberté finale qu’après une année de bonne conduite.
Pendant les premiers six mois de liberté, le prisonnier est obligé de présenter tous les mois à rinstitut une déclaration sur sa bonne conduite, délivrée par une autorité.
Les prisonniers libérés sur parole sont tenus continuellement sous la surveillance et le contrôle de Tofficier de transfert; si leur conduite n’est pas satisfaisante, ils sont arrêtés de nouveau et ils retournent à l’Institut.
« Le nombre total des individus sortis en 1883 de rétablissement d’Elmira est de 2,295. Ils se répartissent ainsi, au point de vue de la durée de leur séjour à Elmira avant leur libération :
Libération après 12 mois
202 soit
— — 13 à 15 mois
— — plus de 36 mois
Ce système aurait donné de prodigieux résultats (83,1 p. 100 des libérés sur vole d' honneur seraient sortis amendés en l’espace de quinze ans).
Mais cette proportion paraît très exagérée lorsqu’on examine la statistique en détail de 1,722 libérés dont la durée moyenne du séjour a été de 20 mois :
«156 se sontfixés dans d’autres États et, par ce motif, ont été mis complètement en liberté ;
« 10 sont morts ;
« 128 ont encore à rendre compte de leur conduite, leur temps d’épreuve n’étant pas expiré ;
MAISONS DE RÉFORME
« 485 n’ont été mis complètement en liberté qu’après l’expiration de la durée maxima de leur peine ;
« 971 ont été mis complètement en liberté après avoir produit, pendant six mois, des rapports satisfaisants sur leur conduite ;
« 126 n’ont point produit les attestations exigées, et l’on ignore ce qu’ils sont devenus ;
« 42 ont été frappés d’autres peinespendantleur temps d’épreuve ;
« 79 ont dû réintégrer l’établissement ;
« 25 sont rentrés volontairement dans l’établissement, parce qu’ils avaient perdu leur situation pendant le temps d’épreuve, et ne pouvaient trouver d’occupation ailleurs. »
En ne comptant pas les 10 morts, ce sont donc 535, ce qui nous donne la proportion de 31 p. 100^ et non de 17 p. 100, gens qui n’ont pas été amendés. D’ailleurs, la surveillance qui est exercée sur les individus libérés provisoirement est si superficielle, qu’en supposant que ceux qui se sont soustraits à l’obligation presque insignifiante de rendre compte de leur conduite sont retombés dans la voie du crime, on a plus de chance d’être près de la réalité des faits, qu’en présumant, comme le fait M. Brockway, que tous ceux qui ont satisfait à cette obligation doivent être considérés comme amendés. »
La statistique suivante, qu’en homme consciencieux il nous donne lui-même, et qui répond exactement à ce qu’ont trouvé les anthropologistes criminalistes, en nous démontrant combien y sont nombreux les criminels-nés et les héréditaires, rend encore moins admissible un trop grand nombre de guérisons.
LES APPLICATIONS DE l’aNTUROPOLOGTE CRIMINELLE
STATISTIQUE BIOGRAPHIQUE D’EL.MTRA CONCEllNANT LES PARENTS DES DETENUS
Hén'ditaires .
Folie ou épilepsie des ancêtres. . .
Ivrognerie constatée
Douteuse
Modérés
Sans aucune éducation
Sachant à peine lire et écrire. . . .
École ordinaire
École supérieure
lo,G
Conditions i:>écuniaires.
Pauvres
Sans aucune épargne ....
Avec des moyens
Education et instruction des détenus.
Sans aucune instruction. . . .
Qui lisent à peine
École ordinaire commune . . .
École supérieure et plus. . . .
Caractères des
détenus.
Vraiment pervers
Peu bons. .
Douteux
Bons
Condition physique
des détenus.
Faibles ou malades. . .
Avec peu de santé
Avec bonne santé. . .
MAISONS DE RÉFORME
Conditions mentales des détenus.
Capacité naturelle.
P. lOü
Au-dessous de la moyenne 73 — 2,0
Moyenne 789 — 21,7
Bonne 2,300 — 93,2
Excellente 1,366 — 37,6
Bon sens des détenus.
Sans bon sens 1,572 — 43,2
Avec peu de bon sens 1,040 — 28,6
Ordinaires 916 — 25,2
Avec beaucoup de bon sens. ... 108 — 3,0
Condition morale des détenus.
Susceptibilité aux impressions morales bonnes.
Sans susceptibilité
Peu susceptibles
Susceptibilité ordinaire
Susceptibilité spéciale
Sens moral.
Sans sens moral
Susceptibles de quelque sens moral.
Ordinairement sensitifs
Spécialement sensitifs
Occupations.
Servantes
Ouvriers communs
Ouvriers mécaniciens
Commercants
Pl'ofessions.
Législatives 16
Médicales 36 /
Théologiques 10 \
Enseignantes 25 /
5'1- LES APPLICATIONS DE l’aNTHROPOLOGIE CRIMINELLE
Caractères et relations de la vie domestique.
Méchanceté 1,883 — 51,8
Probité (seulement) 1,453 — 39,9
Bons 300 —
Durée de la oie domestique.
Individus qui ont quitté leur famille
avant l'àge de 10 ans
Entre l’cige de 10 à 14 ans
Après l’cige de 14 ans
Qui restèrent à la maison paternelle
jusqu’à la perpétration du crime.
Nul plus que moi ne peut être un chaud partisan de cette réforme. Car ici mon amour-propre et ma passion pour mes théories sont en jeu. En effet, l’étude individuelle somatique de chaque criminel, l’application des traitements somatiques, l’instruction non théorique, mais pratique et individualisée, ne peuvent manquer de donner quelques résultats, môme sur des criminels-nés. L’emploi que l’on fournit, ou les ressources que l’on met à la disposition des criminels, à leur sortie, doivent être une entrave à la récidive des crimes contre la propriété. Mais je ne crois pas que, pour le criminel-né au moins, l’entrave puisse être solide et durable. Or, quand j’en vois 49 p. 100 ne possédant pas le sens moral, 12 p. 100 qui ont délaissé la maison paternelle avant l’age de quatorze ans, ou nés de parents épileptiques, 37 p. 100 de parents alcoolisés, et 56 p. 100 qui ne manifestent aucun repentir, je ne crois pas, et je suis ici d’accord avec M. ’ïvX\diQ\<;. (^Penological and préventive principles., 1889) qu’ils puissent s’amender complète-
MAISONS DE RÉFORME
ment, grâce à un traitement de massage et de bains froids, ou chauds, joint mêiiie à Finstruction ]a plus accomplie. Et cela d’autant plus que les enfants qui seraient le plus facilement corrigibles ne sont pas acceptés, que les jeunes gens sont mêlés ici aux adultes, ce qui est toujours une source de danger, et qu’un nombre aussi grand d’admis (plus de 800 ) rend difficile une étude individuelle approfondie. De plus, le traitement somatique , pour être efficace , devrait être bien plus médical et plus individualisé que ne l’est celui des douches, de la gymnastique et du massage. Il faudrait, par exemple, essayer la noix vomique pour les enfants alcoolisés ou fils d’alcoolisés, le mercure et l’aurum pour les fils de syphilitiques, le traitement dM phosjjhore pour les faibles d’intelligence, le bromure, le cuivre, etc., pour les épileptiques. La gymnastique et les exercices militaires feront, ici, toujours plus de mal que de bien, car les criminels deviendront plus agiles, plus forts ; ils le sont déjà trop, puisque l’agilité est une de leurs caractéristiques.
On nous donne aussi, comme preuve de leur réhabilitation, des statistiques, très bornées à vrai dire, dans lesquelles on voit qu’une douzaine de jeunes gens, après ce traitement, sont devenus plus grands, plus forts et ont gagné en poids et en capacité pulmonaire. Mais ce n’est pas le développement physique qui manque aux criminels-nés; au contraire, ils sont, plus que les autres (comme je l’ai démontré) prédisposés à la croissance précoce. C’est même passé en proverbe : Mauvaise herbe croit toujours. Il fallait, au lieu de cela, nous donner la preuve du changement
Li:S AI’l»LICATIONS
DI'] l'anthropologie
CRIMINIÎLLK
de sens moral, preuve très difficile à produire, sauf dans Icpislolaire. Il est vrai qu’on nous annonce qu’ils offrent un minimum de récidives, mais il faudrait savoir pendant combien de temps ces résultats persistent. Pour ma part, je n’y crois que pour les criminalo'ides et les criminels par passion auxquels on a ainsi ôté toute occasion de crime. En ce moment, je vois un rapport de miss Nighton, où il est parlé de deux meurtres perpétrés en un an dans cet établissement où la syphilis même ne serait pas inconnue.
Mais, après ces critiques, nous devons avouer que cet essai est digne de la libre Amérique et que jamais en Europe on n’a tenté une épreuve dans des proportions aussi grandioses.
Si Elmira peut être au moins en partie critiquée^ combien ne faut-il pas blâmer les autres établissements à base sentimentale.
Nous trouvons, par exemple, déplorable le luxe de nourriture donnée dans la prison de Folsone (pain chaud, thé, café, sirops, confitures, vins). C’est une ironie ; c’est même une incitation au crime pour l’honnête ouvrier qui n’a pas seulement du pain noir. C’est une justification delà loi de Lynch; car qu’espérer d’un traitement qui n’est fait que pour encourager le crime et dans lequel la peine ne semble être qu’un prix? Et nous voyons par Tallack [op. cit.) que tous les « reformalories » de jeunes gens, surtout lorsque ceux-ci sont mêlés aux adultes, ont donné les pires résultats. Après libération, ils incendient leurs maisons, leurs navires, et lorsque ensuite on les emprisonne, ils sont les pires prisonniers.
Dans le Reforînatory de Concord (Aschrott) le
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directeur autorise les détenus à former entre eux des clubs, et h donner des soirées ! Ces clubs doivent être dirigés par des détenus de la première classe, qui répondent de l’ordre; les détenus de la troisième classe en sont exclus. Les employés du Reformatory n’ont point accès dans ces clubs, qui sont exclusivement réservés aux détenus des deux premières classes et ils ne peuvent y pénétrer qu’à titre d’invités. Des scrutins de ballottage ont lieu pour la nomination des membres de ces clubs; l’exclusion peut être prononcée dans la même forme. Lors de la visite de M. Aschrott, il y avait six clubs organisés dans le Reformatory de Concord : il eut l’occasion d’assister à deux soirées, où il vit un certain nombre de détenus portant une cravate claire, et un œillet à la boutonnière : il entendit lire des vers, déclamer des morceaux de littérature historique ou comique, chanter des chansons, jouer du piano, etc. ; tout se passa dans le plus grand ordre, et les détenus paraissaient s’amuser beaucoup. Le visiteur n’ayant pu s’empêcher de formuler quelques réserves sur l’opportunité de ces distractions, le directeur répondit que tous ses efîorts tendaient à faire du séjour du Reformatory l’image de la vie réelle, et à relever le goût et l’esprit des détenus par l’habitude de la sociabilité; mais on peut se demander ce que devient, à travers ces plaisirs et ces fêtes, le caractère intimidant de la peine.
Tous ces essais, toutefois, peuvent avoir leur bon effet. Certainement, lorsqu’on sèvre de bonne heure le criminel, in spe^ lorsqu’on lui ôte toutes les occasions de crime, et qu’on lui ouvre toutes les voies du succès, on finit par triompher de sou
5<S lÆS APPLICATIONS DE l’aNTHROPOLOGIE CRIMINELLE
penchant au crime. Mais on obtient ce résultat chez les criminaloïdes, chez les gens incertains entre le vice et la vertu. C'est ainsi qu’en Angleterre où les « ragged schools », les « home for Utile boys » donnent les moyens et l’instruction d’un art à plus de 3,871,000 enfants, on a vu les crimes diminuer dans ces dernières années.
Les condamnés à la servitude pénale qui étaient, en moyenne, de 2,589 en 1854, furent de 1,978 en 1864, de 1,633 en 1874, de 945 en 1884, de 729 en 1891. Et cependant la population étaitde 19,254,000 en 1859à 29,401,647 en 1890.
Et cela peut encore mieux se démontrer dans une petite région où les statistiques sont plus certaines, plus faciles à contrôler, à Genève (1). Dans l’intéressante monographie sur la criminalité à Genève, M. J. Cuénoud prouve que la criminalité y décroît. Dans la période de 1829 à 1838, les criminels condamnés par la cour criminelle furent de 79 p. 100,000 habitants. Dans celle de 1872-85, ils furent de 12 p. 100,000. Ceux condamnés par le tribunal correctionnel, étaient de 1,000 p. 100,000 de 1829 à 1838, et seulement de 300 dans la dernière période. Cette décroissance s’est manifestée malgré l’afflux de plus en plus grand des étrangers ; — on sait que l’élément étranger fournit partout aux statistiques criminelles un contingent proportionnellement très élevé. — M. Cuénoud attribue la décroissance de la criminalité à Genève au développement activement favorisé de l’instruction populaire et de 1 éducation morale et religieuse.
{i) La criminalité à Genève au XIX^ siècle^ par John Cuénoud.
MAISONS DK RÉFORME
Le bureau central de bienfaisance, les asiles de nuit (8,946 hôtes en 1886), l’assistance par le travail, la protection de l’enfance abandonnée, les refuges pour le relèvement des filles repenties (1,200, en 1881) ; les 88 sociétés de Secours mutuels (1), les sociétés de tempérance, les mesures restrictives de la vente des boissons alcooliques, ont été les causes de cette diminution, qui est plus grande dans la population indigène (pendant 50 ans la diminution y a été de 9/10).
L’influence des maisons de corrections et des écoles agricoles se voit encore mieux en Belgique, comme nous le démontrent ces chiffres publiés dans V Annuaire de la Statistique belge (1890) :