‹ Les applications sociales de la solidarité, leçons professées à L'École des hautes études sociales;Chapitre 26 sur 72 · LA PROPRETÉ ET LIIYGIÈNE · texte numérisé non relu

LA PROPRETÉ ET LIIYGIÈNE

maisons le cliilïre a doublé, mais que ce résultat est encore humiliant !

Certes, il faut se laver le visage et les mains, cellesci avant chaque repas, car les mains, en contact permanent avec tous les objets qui nous entourent, reportent sur les aliments des germes qui peuvent être nuisibles. A l'hôpital de la Charité, Proust, alors chef de clinique, a été témoin d'une épidémie de choléra qui a eu ce caractère que les malades étaient pris successivement dans l'ordre dans lequel se faisait la distribution du pain. Il a suffi de faire laver les mains de la personne qui présidait à cette petite opération avant chacune des tournées pour mettre un terme à la propagation de la maladie.

Pour la toilette générale la difficulté est un peu plus grande. Peu de personnes ont une baignoire à domicile, qu'il soit pris dans la maison ou qu'on aille le prendre en ville, le bain exige une perte de temps notable. Dans les petites villes et à la campagne la difficulté estpresqus insoluble.

Placé en présence de ce problème, un de nos excellents confrères, M. Merry Delabost de Rouen, a pensé qu'il serait possible d'installer dans les collectivités, les écoles, les prisons, des bains-douches à bon marché. M. le D' O. Du Mesnilde Paris et M. Gazalet de Bordeaux ont adopté avec ferveur l'idée de M. Delabost et leurs efforts ont été couronnés de succès.

En quoi consistent ces baiils-douches ? Il faut une série de cabines, une canalisation d'eau tiède, terminée par une pomme d'arrosoir. L'enfant ou l'ouvrier a dans la main un savon avec lequel il se frotte pendant

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que l'eau coule. Le tout coûte o fr. 20 à Bordeaux, o fr. 25 à Paris.

A Bordeaux en 1901, on a donne iBoooo douches, dont 27 000 aux enfants des écoles ; à Paris (2 établissements : rue de la Goutie-d'Or et rue de Bretagne), on a donné i5o 000 douches.

Dans ces deux villes nous sommes obligés d'ouvrir de nouveaux établissements. Les recettes couvrent les dépenses d'entretien.

On n'a jusqu'à ce jour fait que deux objections à ces bains-douches.

L'enfant a horreur de l'eau. Il m'est facile de répondre. J'ai vu avec M. Gazalet les enfants de 5 ou 6 ans attendre leur bain-douclie, chacun voulait passer avant son tour, ces enfants barbotaient avec joie, en chantant, pendant que l'eau tiède les enveloppait. L habitude était prise, sans aucune difficulté. L'enfant a peut-être horreur de l'eau froide, mais il aimeleau tiède.

La seconde objection est d'ordre économique, à la ville on peut se procurer à bas prix de l'eau tiède quand il s'agit d'une collectivité, école, prison, caserne, mais dans les maisons particulières, dans les villages, la question est plus délicate. Ilâtons-nous de dire que cette objection ne semble pas irréfutable.

Dans les villages, pour les écoles par exemple, la dépense ne semble pas devoir dépasser sensiblement le prix de revient du bain-douche à Bordeaux (o fr. i5, savon compris). Un dispositif dans lequel la chaleur est produite par la combustion de l'alcool peut suppléer, sans élévation notable de la dépense, à l'absence du gaz.

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Pour les villes, uq de mes amis M. Feine, architecte, a bien voulu chercher la solution de la question. Voici la note ([u'il m'a remise. Prix d'installation :

i" Dans une construcUoii neuve, il n'en doit coûter au propriétaire, pour aménager le local destiné aux W. G. en bains-douches, que la somme de i6o francs.

2" L'appareil de chaulFage à l'eau de la douche es t construit à Bordeaux pour la somme de i5o francs.

3" Dans un immeuble déjà construit, mais pourvu du tout à l'égout, il en coûterait, pour installer dans les W. G. des bains-douches, la somme de 200 francs environ ou 35o y compris l'appareil de chaufTage.

La dépense dans un immeuble en construction ou dans un immeuble déjà construit est donc très faible, et il serait possible ainsi de doter chaque famille pauvre ou riche, d'un bain-douche dans son logement même.

Je dois ajouter qu'à Bordeaux et à Paris, quelques familles refusent de laisser leurs enfants recevoir les bains-douches. Elles sont peu nombreuses et souvent, à la demande des enfants eux-mêmes, cette interdiction n'a pas une longue durée.

Lobjection présentée par les familles est en général que l'enfant est délicat, s'enrhume facilement. Elle n'a aucune valeur. La douche a pour clTet de forcer les capillaires de la peau à faire une très utile gymnastique. Le froid les contracte, puis après cette contraction ils se dilatent, la peau devient rouge, c'est ce que dans le inonde on appelle la réaction. Ges contractions et ces dilatations successives, lorsque l'hydrothérapie est en usage depuis quelque temps, habituent les capillaires à

réagir de même dans le cas où les influences thermiques extérieures atteignent notre corps. Le meilleur moyen de lutter contre la disposition aux bronchites est l'hydrothérapie, les parents se trompent donc quand ils invoquent cette prédisposition elle-même pour écarter le moyen curateur.

Vêtements. — J'espère vous avoir convaincus que la propreté corporelle est une des conditions indispensables de la santé, de la vigueur. J'ajoute que si le corps est propre, on veille sans s'en apercevoir à la propreté des vêtements. Celle-ci est indispensable pour soi et pour ses voisins. Jules Simon disait un jour: (( Nous changeons de vêtements, et il est d'une bonne hygiène d'en changer le plus souvent possible ; mais nous ne changeons pas de peau, et les gens malpropres portent partout avec eux, pour leur malheur et pour le malheur de ceux qui les approchent, le germe de toutes les maladies. »

Ce qui est vrai pour la malpropreté de la peau l'est également pour celle des vêtements. Je ne vous citerai qu'un exemple. Il est une maladie épidémique grave, le typhus exanthématique, qui a conservé en France quelques petits foyers en Bretagne. Dans certaines localités de cette vieille province française, les habitudes de propreté sont, je dirai presque, absolument inconnues. 11 y a quelques années, les chemineaux qui vont de Paris à Brest par Mantes, Tours, Angers, Nantes, qui en reviennent par Morlaix, Rennes, Le Mans, Mantes, puis vont vers Amiens, Lille, etc., pour revenir h Paris, contractèrent le typhus exanthématique, contaminèrent les prisons, les chambres dans

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lesquelles on les reçoit. Il y eut une véritable épidémie qui sévit dans tous les pays qui se trouvaient sur leur passage. Les premiers atteints contaminèrent leurs camarades, mais ce qui est intéressant, c'est qu'en dehors des cliemineaux, ceux qui furent frappés furent les gendarmes, les gardes champêtres, les gardiens de prison, les juges d'instruction, les avocats, toutes personnes avec lesquelles ces cliemineaux ont les rapports les plus fréquents, puis vinrent les médecins, les sœurs, les infirmières qui leur donnaient des soins.

Quel était le véhicule de l'agent du contage ? Les vêtements et peut-être les insectes qui y vivaient. La preuve en fut donnée par le gardien-chef de la prison de la ville de Mantes, placée sur le trajet d'aller et de retour des chemineaux, par conséquent plus exposée que toute autre. Il n'y eut aucun cas de typhus à la prison, pourtant pendant l'épidémie elle reçut plusieurs centaines de pensionnaires, quelquefois plus de 3o par jour. Mais le gardien-chef faisait déshabiller tous les entrants, plongeait leurs vêtements dans un baquet rempli d'une liqueur antiseptique (eau additionnée de sublimé), envoyait ses pensionnaires à la douche, les couvrait de vêtements propres et ne rendait les vêtements personnels désinfectés, nettoyés qu'à la sortie de prison.

J'ai pris, me direz-vous, comme exemple, le mode de propagation d'une maladie assez rarement observée en France, c'est vrai, mais je l'ai choisi à cause de la netteté de la conclusion que l'on peut tirer de l'expérience faite à la prison de Mantes. D'ailleurs les exemples de contagion parles vêtements, les coiffures, dans

les maladies éruptives, la diphtérie et les teignes, sont de tous les jours. Il faut tenir sa peau propre, parce qu'on n'en change pas, ainsi que le disait J, Simon, mais il faut changer de vêtements et les nettoyer dès qu'ils sont sales, la seconde proposition est un corollaire de la première.

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