PROPRETE DE LA PERSONNE
Malheureusement chacun se croit propre ou du moins assez propre, il n'a pas toujours la même indulgence pour son voisin. Pour comprendre Fimportance de la propreté personnelle, voyons d'abord quelles sont les fonctions de la jDcau, car la régularité de son action est indispensable à la santé.
Lorsqu'elle est propre, la peau élimine chaque joui:, par persplration insensible, un kilogramme d'eau.
Sous le nom de perspiration insensible, les physiologistes entendent non pas la sueur qui accompagne les efforts musculaires, mais l'élimination qui se fait sans trace d'humidité de la peau. Remarquez que les autres voies d'élimination de l'eau hors du corps sont les poumons (5oo grammes) et les reins (i /ioo grammes). La peau à elle seule fait sortir de l'économie plus du tiers de l'eau expulsée.
Lorsque les poumons ne sufRsent pas à remplir leurs fonctions parce qu'ils sont congestionnés à la suite d'un exercice violent, course, ascension, ou à la suite d'une maladie, congestion pulmonaire, tubercules, etc., la quantité d'eau rendue par la peau peut tripler ou quadrupler.
La peau a donc dans les fonctions physiologiques une action supplémentaire de celles des poumons.
Mais l'eau que la peau élimine n'est pas de l'eau pure,
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elle est chargée d'une certaine quantité de déchets organiques que nos ancêtres appelaient des matières peccantes, que nous désignons aujourd'hui sous les noms d'alcaloïdes, de toxines. Mais pour avoir changé de nom elles n'en sont pas moins nuisibles.
Une expérience vous montrera, bien que les fonctions de la peau chez tous les animaux soient très différentes, l'importance de son intégrité. Quand dans un laboratoire on vernit, on imperméabilise le quart de la surface cutanée d'un animal, d'un lapin par exemple, il meurt en /48 heures. Sa température s'abaisse dès que l'enduit est appliqué, et elle tombe de 37° à 28% 27" dans les derniers temps. Cet état rappelle celui que l'on observe chez l'homme dans certaines formes d'urémie, survenues à la suite de la désorganisation des reins. La peau est donc chargée d'éliminer de l'économie un certain nombre de déchets organiques, elle partage ce rôle avec les reins, si elle ne fonctionne pas normalement elle oblige le rein à un surcroît d'action.
Outre ces produits toxiques la peau élimine des urates, dont l'accumulation dans l'économie joue un si grand rôle dans certaines formes de rhumatisme.
Ce rôle éliminateur se manifeste dans un grand nombre de maladies, je rappellerai seulement les crises sudorales qui terminent les accès des lièvres intermittentes, ou qui surviennent au cours de certaines maladies infectieuses.
Dans le diabète sucré, parfois la sueur contient plus de sucre que l'urine elle-même. Enfin certains poisons : le mercure, le plomb, etc., sont éliminés par les reins, le foie et la peau.
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Telles sont les fonctions que la peau est appelée à remplir. SI pendant l'état de santé elles sont supprimées ou affaiblies, il y a pour les autres organes, surtout les poumons et les reins, un surcroît de travail à accomplir et par suite une fatigue qui n'est pas sans danger. Si au cours de diverses maladies elles sont amoindries l'élimination de certaines substances toxiques ne se fait plus, elles s'accumulent dans l'économie et sont pour le patient un péril qui peut compromettre sa guérison.
Je vous citais tout à l'heure l'expérience faite sur un animal dont on a rendu imperméable une partie de la peau, je trouve des exemples analogues qui ont le mérite d'être empruntés à la pathologie de l'homme. Quand la fonction normale de la peau est troublée par suite d'un accident, d'une brûlure un peu étendue, d'une maladie éruptive scarlatine, variole, etc., pendant la convalescence il survient si fréquemment des accidents rhumatismaux qu'on a décrit le rhumatisme varioleux, scarlatineux, etc.
Ce ne sont pas d'ailleurs les seuls inconvénients auxquels expose la négligence de la propreté personnelle .
Les sécrétions cutanées provenant des glandes sudoripares et des glandes sébacées couvrent la peau d'un enduit gras, en certaines régions s'accumulent des débris épidermiques qui subissent une fermentaion acide ; en peu de temps ces graisses rancissent, répandent une odeur infecte. Que l'on pénètre dans un endroit, classe, dortoir où plusieurs personnes ont séjourné quelques heures, on est saisi par une odeur
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répugnante, nauséeuse qui a pour cause les émanations de ces fermentations de la crasse.
C'est dans ces couches accumulées par la malpropreté que vivent et pullulent un certain nombre de parasites animaux, au détriment du porteur et au péril de ses voisins.
C'est dans ces couches que pullulent un grand nombre de microbes. Je ne vous en citerai que deux : le staphylocoque blanc ou doré et le streptocoque.
Le premier pénètre dans les couches superficielles du derme, provoque la formation de furoncles, le second, si sur la peau il y a effraction par érosion, par un coup d'ongle pénètre à son tour et donne naissance à un érysipèle, parfois à des accidents septicémiques.
Mesdames, vous savez que depuis 25 ans la chirurgie a fait des progrès tels que certaines opérai ion s dont personne n'osait concevoir la possibilité sont entrées dans la pratique courante, qu'elles sont suivies de guérison, que les anciennes opérations classiques dont les résultats étaient si problématiques, donnent actuellement des guérisons presque constantes. Comment a-t-on fait de telles conquêtes 'è Lorsque Pasteur eut montré que les maladies infectieuses étaient analogues par leurs causes aux fermentations normales ou maladives du vin, de la bière, lorsque Lister tenta avec succès les premières applications chirurgicales de ces décom^ertes, les chirurgiens s'elTorceront de faire les opérations de façon qu'aucun germe nocif ne pût pénétrer dans les plaies. Pour arriver à ce résultat ils détruisirent par les antiseptiques, acide phénique, sublimé, etc., les microbes qui pouvaient siéger sur la peau de la région
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(le l'opération, sur celle, de leurs mains. Puis plus simplement ils substituèrent peu à peu aux antiseptiques, destructeurs des germes, un savonnage méticuleux, prolongé de la peau du malade et de celle de leurs mains. Ils arrivèrent à la propreté absolue et les opérés guérirent là où autrefois ils périssaient.
Tels sont les résultats de la propreté corporelle.
Quelles que soient les précautions que vous prendrez pour posséder et entretenir autour de vous la propreté réelle, vous n'arriverez pas, Mesdames, à l'obtenir dans les conditions que j'appellerai chirurgicales. Mais rappelez-vous qu'une coupure, une piqûre insignifiante peut faire pénétrer dans l'économie un de ces germes qui restent embusqués dans le moindre sillon de la peau, et ayez soin chaque fois qu'un de ces petits accidents, si minime soit-il, surviendra autour de vous, que la précaution indispensable est de laver la petite plaie ou piqûre et de la couvrir avec un linge imbibé d'un antiseptique (d'une solution de sublimé au millième, par exemple).
La malpropreté de la peau est aussi la cause de nombre de maladies de la peau, tenaces, douloureuses, défigurantes, et quelques-unes d'entre-elles ouvrant la porte à des infections secondaires peuvent compromettre l'avenir ou même la vie de ceux qui les portent.
Tels sont les méfaits ([u'entraîne la négligence de la propreté personnelle ; quels sont les moyens de la combattre ? Il faut apprendre à l'enfant à la pratiquer, à en faire une habitude qui le suivra toute sa vie. Il ne s'agit pas de la propreté apparente, celle du nez et des mains, mais de la propreté de la totalité du corps.
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Jusqu'à ce jour, cette dernière est peu observée. Je ne parle pas des internats de lycée que j'ai connus lorsque j'étais jeune, mais il y a quelques années j'ai eu l'occasion de visiter quelques pensionnats de garçons et même de jeunes filles, au cours d'enquêtes provoquées par des épidémies. J'ai pu constater que, sauf des exceptions qui ne datent que de quelques années, dans ces établissements consacrés à la jeunesse, il y a au dortoir pour cliaque élève une cuvette et un pot à eau. Rien n'est prévu pour la toilette intime. Le service des bains, quand il existe, est souvent si imparfait que l'on pourrait dire qu'il n'existe pas. Jusqu'à ce jour, sauf quelques exceptions, on a imposé la malpropreté à nos enfants et ils en ont observé soigneusement les règles pendant le reste de leur vie.
Je voudrais croire que lorsqu'ils rentrent dans leurs familles, ils y reçoivent la leçon inverse. Je suis un peu sceptique à ce sujet.
Une statistique de Ilusson, ancien directeur de l'Assistance publique, m'inspire cette défiance. Husson, en 1868, avait établi que si cliaque Parisien prenait un bain par an, il y en avait encore 100 000 qui n'en prenaient pas du tout. Au cours de nos enquêtes en temps d'épidémie, moi ou mes élèves avons vu des villes, de grandes villes, 011 on ne cliauflait de bains que sur commande, ou bien la veille des jours 011 le Préfet ou le Préfet maritime donnait un bal.
Je sais qu'à Paris, depuis 1868 nous avons fait des progrès, que même en ne tenant pas compte des baignoires installées maintenant dans un très grand nombre de