‹ Les applications sociales de la solidarité, leçons professées à L'École des hautes études sociales;Chapitre 28 sur 72 · LA PROIMIETE ET L HYGIENE · texte numérisé non relu

LA PROIMIETE ET L HYGIENE

logement que vous désirez occuper, ne vous guidez pas seulement sur la commodité de la disposition des locaux. Choisissez une maison saine, c'est-à-dire aérée, ensoleillée. J'ai bien souvent cité un vieux proverbe persan : (( La où l'air et le soleil n'entrent pas, le médecin entre souvent. » Le sage qui, ily a quelques milliers d'années, a promulgué ce dogme, a résumé, dans une formule inoubliable, la première règle de l'hygiène de l'habitation.

En voulez-vous la preuve ? Je l'emprunte à la maladie qui fait le plus de ravages en France, à la tuberculose. Vous savez que les grandes villes ont la réputation d'être les foyers d'oii rayonne la tuberculose. Sauf quelques réserves secondaires, qui sont nécessaires, cette proposition est vraie. Mais une ville n'est pas, au point de viie de la tuberculose, un bloc dont toutes les parties sont également dangereuses pour ses habitants. Ainsi un même groupe de loooo personnes perd chaque année par tuberculose io5 unités dans le quartier de Plaisance, et onze seulement dans le quartier des Champs-Elysées. Si nous cherchons dans le plus mauvais quartier, celui de Plaisance, dans quelles maisons meurent les tuberculeux, nous constatons qu'il y en a de néfastes, qu'il y en a de bien rarement atteintes. Le casier sanitaire dressé pour chaque maison parla ville de Paris contient les renseignements les plus précieux. Malheureusement on ne peut les mettre à la disposition du public, ce serait déprécier la valeur des immeubles, porter atteinte au droit de la propriété, jusqu'à ce jour celui-ci dans notre législation jouit de privilèges supérieurs à ceux que Ion accorde au respect de la vie humaine.

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Si on est obligé de taire ces renseignements qui seraient si utiles à connaître, nous pouvons dire que les maisons salubres sont celles où l'air et le soleil pénètrent largement.

A défaut de ces documents, condamnés à rester secrets, pour un temps qui, je l'espère, ne sera pas trop prolongé, nous en avons d'autres à Paris même. M. Lalance, avec quelques-uns de ses amis, a ouvert, rue de Boursault, un dispensaire antituberculeux type Calmette, placé sous la direction médicale de M. le D"" Séailles. Il fonctionne dans des conditions excellentes. M. Lalance a fait, sur un plan des arrondissements où se trouvent les clients du dispensaire, pointer les maisons qu'ils habitent. Un coup d'oeil dressé sur le plan permet de voir de suite qu'il y a deux foyers principaux, et que les autres tuberculeux, beaucoup moins nombreux, sont disséminés sur le reste des quartiers voisins. On sait donc où siège l'ennemi, où on doit l'attaquer, nous espérons que le Conseil d'hygiène et la commission des logements insalubres interviendront, ils en ont le droit et le devoir. Or ces foyers de tuberculose sont constitués par des groupes de maisons séparées par des ruelles, de longues cours étroites, ajoutons que les habitants du rez-de-chaussée, du premier étage, comptent des tuberculeux beaucoup plus nombreux que ceux qui occupent les étages supérieurs moins humides et plus ensoleillés.

Rappelons qu'en Angleterre, les lois sur la propriété si diiTérentes des nôtres ont permis presque sans frais de raser les quartiers insalubres, que les hygiénistes ont réussi à faire une guerre si active à l'humidité, que

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lorsqu'une maison poiie ombre à sa voisine, on peut la faire démolir. Le résultat ne s'est pas fait attendre, en 5o ans la mortalité tuberculeuse en Angleterre a diminué de /i5 pour loo. Elle est. actuellement de i3, la nôtre de 32 pour un même groupe de lo ooo liabitants. Je ne veux pas dire que ce soit la seule cause de l'abaissement de la mortalité, mais ma conviction est qu'elle en est la principale.

La science est d'ailleurs d'accord absolument avec les enseignements que fournit l'expérience anglaise. Nous savons que le bacille de la tuberculose exposé au soleil perd rapidement son activité, devient inoflensif, que placé à l'ombre et à l'bumidité il conserve longtemps toute son activité.

Choisissez donc un logement aéré, exposé aux rayons du soleil. Défiez-vous des cours étroites, humides, sombres et surtout défîez-vous de ce qu'à Paris on appelle des courettes. Vous les connaissez, ce sont de hautes cheminées ayant 6 à 8 mètres de largeur, sur lesquelles s'ouvrent les fenêtres des cuisines et des water-closets, quelquefois celles de chambres à couclier. Par les fenêtres on secoue les tapis, leurs poussières nocives ou non pénètrent dans les cuisines, tombent sur les aliments, les contaminent.

De plus ne recevant jamais les rayons du soleil, elles sont humides, on attribue leur humidité à la chute de l'eau de pluie, on les couvre d'un vitrage qui laisse h peine sortir quelque peu de l'air de la courette. On réalise ainsi un lieu d'élection pour la culture de tous les microbes, de tous les germes de maladie.

Ne choisissez donc pas pour Tliabiter un logement sombre, mal aéré.

D'ailleurs, revenant ji l'entretien du logement, souvenez-vous que l'ombre et la saleté marchent de pair. En pleine lumière la poussière, les taches font honte à la maîtresse de la maison, si on ne les voit pas ou si on les voit mal, on les laisse longtemps les tenant pour ignorées ne se souvenant pas qu'elles sont dangereuses.

Vous avez choisi votre domicile, comment devez-vous Fentretenir.^ Propre, c'est entendu, mais j'ai peur que nous n'ayons pas sur un point essentiel, primordial la memeopinion. Actuellement on balaye à sec, on approprie les meubles par quelques coups de plumeau. Que faiton par cette petite opération journalière .^^ On déplace la poussière, on ne l'enlève pas. Elle quitte le sol pour se réfugier sur les corniches, sur le haut des meubles, dans les bibliothèques. Mais elle reste dans la chambre. Le lendemain les mêmes grains de poussière, au lieu d'être sur le bureau ou la table, seront sur les fauteuils, l'étagère, puis ils reviendront à leurs premiers lieux de repos. L'expérience nous a appris que dans des logements en apparence bien tenus, si on recueille les poussières déposées sur les ornements des murailles on y trouve les bacilles, les germes de bien des maladies.

Il faut donc renoncer à ces procédés. Je ne me fais pas d'illusion, vous pourrez vous imposer à vous un autre moyen, vous aurez une peine extrême à modifier les habitudes de vos serviteurs.

Nettoyer le parquet avec un linge humide, essuyer avec un linge souple les différents meubles, capter la

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poussière au lieu de la disséminer, la brûler en dernier lieu, c'est demander une révolution dans les mœurs domestiques, dont la réalisation ne semble pas prochaine, quelle que soit son importance.

La ménagère doit de plus veiller à ne pas laisser traîner surtout à la portée de la main des enfants les linges sales, plus ou moins souillés détaches suspectes, elle doit veiller aussi à la propreté des W.-C, ils doivent cire immaculés, tolérer leur souillure est dangereux et habitue les enfants à tolérer la malpropreté. Vous avez souvent entendu dire, je ne vais pas à la cuisine, lorsque l'on voit comment les mets sont préparés, les contacts manuels et même buccaux, quand la cuisinière soigneuse les goûte avant de les servir, auxquels ils sont exposés, on n'a plus envie d'y toucher. Je comprendrais cette réserve si elle n'était inspirée que par le dégoût, mais ces habitudes exposent à toutes les contaminations, elles doivent cesser. Votre santé, celle de votre mari ou de vos enfants y est particulièrement intéressée.

Le logement doit être propre, il doit être rtiême tenu avec une certaine coquetterie. L'ouvrière doit le rendre plaisant pour son mari, il faut l'y retenir. Merry Delabost, a dit à propos des bains-douches, que la propreté est la première et la plus belle parure de la femme, on peut écrire la même phrase pour le logement. Lorsque la femme s'abandonne ou néglige la propreté, le mari s'absente, va au cabaret.

Voyez en effet ce qui se passe journellement à Paris. Un ouvrier qui gagne souvent 7 francs par jour se marie. Il épouse une jeune fdle qui en gagne 3. Le

ménage est relativement à l'aise. Le logement est propre, gai, l'un et l'autre s'y plaisent. Survient un enfant, ou bien on l'envoie en nourrice, et nous connaissons le sort qui l'attend, ou bien la mère l'élève. Elle ne peut plus gagner les 3 francs par jour nécessaires à l'aisance du ménage. Les charges augmentent, les ressources diminuent. S'il naît un deuxième enfant, on est obligé de chercher un logement moins coûteux. Peu à peu on va vers la chambre unique, celle dans laquelle s'accomplissent tous les actes de la vie journalière. Nous savons combien le surpeuplement d'une chambre entraîne de dangers pour la santé par la multiplication des contacts suspects. La ménagère, absorbée par les soins de ses enfants, n'a plus les mêmes préoccupations de bien-être pour son mari, elle se néglige, parfois elle est énervée par les cris, par les soins donnés à ses enfants lorsqu'ils ont les maladies ou indispositions propres à leur ûge. Le mari se déplaît en son logis, il va au cabaret rejoindre ses camarades, il y dépense l'argent qui devrait être réservé à son ménage, il retourne le moins possible dans son logis, il y est reçu par des reproches trop mérités, il y trouve la misère, des enfants malades ou souffreteux. Il boit de plus en plus. Le taudis, disait J. Simon, engendre le cabaret et nous ajoutons le cabaret engendre la tuberculose.

Le mari tombe malade, est contraint de rester à la chambre. Il souille, de ses expectorations, le sol, le linge. Les enfants se traînent à terre, portent à leur bouche, on sait avec quelle obstination, tous les objets qui roulent sur le sol. Ils se contaminent ainsi, ont des

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