‹ Les applications sociales de la solidarité, leçons professées à L'École des hautes études sociales;Chapitre 29 sur 72 · LA PROPRETÉ ET L HYGIENE · texte numérisé non relu

LA PROPRETÉ ET L HYGIENE

ganglions tuberculeux, des entérites tuberculeuses, des coxalgies, des maux de Pott, etc. Bientôt la ménagère, qui lutte contre toutes ces misères, fléchit à son tour, puis la mère, les enfants vont à riiôpital. Toute la famille disparaît enlevée par le même mal, la tuberculose.

Que l'on ne pense pas que j'aie sous les yeux des faits exceptionnels. Tous les médecins des bureaux de bienfaisance sont les témoins impuissants de ces cruelles hécatombes. A Paris elles se comptent chaque année par milliers.

La ménagère doit dès le début être prévenue du sort qui l'attend, elle et les siens, si elle ne sait pas conserver à son intérieur l'aspect joyeux, propre du logis des premiers jours de mariage. Les associations de bienfaisance doivent être prévenues que le moment utile de leur intervention est celui oii naît le premier enfant. A ce moment le ménage ne demande rien, il faut aller au-devant de lui, plus tard il est trop tard, il y a ruine delà santé et ruine morale. On peut retarder l'échéance du désastre, on ne l'évite pas.

Un fait bien précis vous montrera l'influence de la salubrité du logis, delà propreté sur la santé. Le Havre est une des villes du monde oii la mortalité par tuberculose est la plus élevée. Si on prend l'ensemble de la ville, on trouve qu'il y a 52 décès par tuberculose pour loooo habitants. Mais ce chiffre est inégalement réparti, ainsi, dans le vieux quartier des Albanais, la mortalité tuberculeuse pour lOOOO habitants n'est plus de 62, elle est de 92 . Par contre une société de constructions de maisons ouvrières, dont M. J. Siegfried est le président, a

Ap|jlic. de la solldaiilé. 17

fait construire une soixantaine de maisons salubres, à bon marché, la mortalité par tuberculose a été ces dernières années d'une unité pour loooo, 92 fois moins que dans le quartier des Albanais !

Retenez ces chiffres qui sont plus éloquents par euxmêmes que tous les commentaires dont on pourrait les entourer.

Je vous parlais tout à l'heure du moment utile 011 devait intervenir le représentant des associations de bienfaisance. Je sais que toutes les dames de France ont pour toutes les misères des trésors de bonté, je n'ai pas de conseil à leur donner, mais je crois qu'elles trouveraient un exemple à suivre dans les procédés adoptés pdiT le P"" Galmette de Lille, dans son dispensaire antituberculeux et par ceux qui se sont organisés sur son modèle tel que celui de M. Lalance, dans la rue de Boursault.

Vous savez que le but est de dépister le tuberculeux, au début de sa maladie, de lui donner les soins nécessaires à sa santé et les conseils qui devront protéger sa famille contre la contagion. Quand le malade est venu une première fois au dispensaire, un ancien ouvrier inspecteur écouté de ses camarades parce qu'il connaît leur langage, leurs besoins et leurs préjugés, visite leur domicile, donne les conseils nécessaires au point de vue delà propreté du logis, prévient la ménagère que le linge sale mis dans un sac préservateur sera blanchi, étuvé gratuitement au dispensaire, parfois, si le logement est insalubre par lui-même, il leur conseille et leur facilite un déménagement dont les frais sont faits par la caisse de secours. Il donne au

LA PROPHETE ET l'hYGIÈNE sBq

besoin un bon de charbon, mais surtout il veille à ce que les conseils donnés au dispensaire soient rigoureusement suivis. S'il n'obtient pas leur observation on menace la famille de lui retirer les secours. En un mot son rôle est de faire l'éducation de la mère de famille. Dans la grande majorité des cas, celle-ci se soumet au grand bénéfice de ses enfants, de son mari et du sien.

Le rôle des dames associées à cette œuvre du dispensaire est de provoquer le versement de secours et du besoin de veiller à leur bonne distribution.

Dans notre élat social nous sommes pendant la plus grande partie de notre vie dans la nécessité de vivre, de travailler, ou de prendre nos plaisirs en commun. Enfant nous allons à l'école, adolescent à l'atelier, au collège, puis à la caserne, dans les études de notaire, d'avoué, etc.

11 faut se souvenir que chacune de ces collectivités réalise la chambre insalubre par surpeuplement, que par suite les précautions doivent y être multipliées pour éviter les dangers de contagion, enfin que cette vie dans des espaces limités a pour conséquence un étiolement dont les enfants sont surtout les victimes.

Aussi ne saurais-je trop vous recommander de vous unir pour favoriser le développement des colonies de vacance, les œuvres à la montagne, à la mer. Les résultats obtenus sont si bons, persistent si longtemps même après le retour à l'école que les personnes généreuses qui ont été les témoins du bénéfice obtenu ne sauraient faire une trop active propagande en faveur de ces œuvres reconstituantes des enfants.

Je ne saurais sans donner à cet entretien une durée abusive, vous parler du rôle de la ménagère dans le choix des aliments, les précautions à prendre pour ne faire ingérer aux enfants que de l'eau, du lait à l'abri de toute souillure.

Je veux me borner aujourd'hui aux conseils que je vous ai donnés et qui se résument en ces quelques mots : propreté de la personne, propreté du domicile.

La négligence de ces deux règles entraîne pour les familles, quelle que soit leur opulence ou leur gcne, des périls auxquels il est facile de parer par des moyens, que, je l'espère, vous n'aurez pas trouvés trop compliqués.

Si je vous ai convaincus, je vous prie de faire autour de vous une propagande active. Dans notre société nous sommes tous solidaires les uns des autres. En protégeant les déshérités de la fortune, nous nous protégeons nous et les nôtres, nous ne pouvons, par l'isolement, nous mettre à l'abri des contacts dangereux, nous dépendons des personnes qui vivent avec nous, dans notre domicile, parents ou domestiques, dans les lieux 011 nous travaillons en commuri, et dans ceux où nous prenons nos plaisirs : bals, concerts, théâtres.

Pour nous protéger nous-mêmes, il faut que notre foi pénètre dans l'esprit de tous, ne vous effrayez pas de la difficulté de cette propagande, si vous réussissez à créer un courant d'opinion un peu puissant, nous trouverons un appui dans les revues, la presse, les conversations des salons, les conférences, etc.

Nous sommes au début de la croisade, j'ai confiance en vous, quelles que soient nos convictions confes-

Page 1