‹ Les Arabes en Syrie avant l'Islam. Avec 32 figuresChapitre 14 sur 87 · Moa.'diam, II, p. 2i · texte numérisé non relu

Moa.'diam, II, p. 2i

La teinte noire des roches caractérise ces régions volcaniques, mais ce n'est point un effet du feu. Dans les déserts à précipitations atmosphériques rares^ la rosée très abondante dissout l'acide carbonique et l'azotate d'ammoniaque de l'air. D'autre part, les sels de fer et de manganèse des roches volcaniques, lentement suroxydés sous l'action des hautes températures, se concentrent dans la rosée. Quand celle-ci s'évapore, elle dépose les sels de fer et de man* ganèse à la surface des roches, en une fine pellicule colorée \ La teinte de la roche passe ainsi, par oxydation, du gris de fer au ton rouge, teinte ordinaire des terres d'origine volcanique. Au désert, la suroxydation atteint le ton noir.

Le nomade seul peut affronter la harra. Pour l'habitant des villes, il n'est pas de pire contrée. Jérémie qui avait entendu parler de ces régions désolées, menace d'y reléguer celui qui se détournera de Dieu : « Il sera comme le genévrier dans la 'Arabah, il ne verra pas ce qui adviendra de bon et il habitera les /j^arra dans le désert, terre salée et inhabitable ^ »

Au sud-est de Damas, le Diret et-Touloûl, le Safâ et le Djebel Haurân constituent trois groupes volcaniques d'aspect très différent. Les roches volcaniques du Djebel Haurân — plusieurs sommets atteignent 1.800 mètres d'altitude, — se sont désagrégées au point de fournir une riche terre végétale rouge qui recouvre le versant occidental de la montagne et toute la plaine de la Nouqra. C'est dans la Nouqra que l'on cultive les blés fameux du Haurân dont la qualité en blé dur est incomparable.

Le Diret et-Touloûl, à l'est de Damas, manque d'eau,

i. Blankenhorn, d'après Laloy» VAnthropologie^ 1905, p. 669. 2. Jérémie, xvn, 6.

mais, à ]a saison des pluies, il se couvre d'herbe et de fleurs.

Le Safâ n'offre qu'un enchevêtrement de coulées monstrueuses de lave, fendues vers le sommet et dans le sens de la longueur, un chaos inextricable de masses basaltiques noires autour de cratères béants. Les voyageurs qui l'ont traversé en ont rapporté une impression poignante. Le Safâ n'est pas habitable; mais, à l'entour, s'étend une plaine couverte de pierres volcaniques, une harra que le géographe Yâqoût désigne comme la harra du Wâdî Râdjil. Elle constitue le domaine propre des Safaïtes. On y trouve les inscriptions safaïtiques gravées en grand nombre sur les blocs de basalte.

Le terme de safaïtique a été proposé par M. de Vogîié qui a publié le premier lot important de ces textes. Si nous ignorons le nom antique de la population, nous savons par un texte grec que la région s'appelait la Safathène*. Aujourd'hui encore, les tribus qui vivent autour du Safâ portent le nom de ^Arab e^-Safâ^ les Arabes du Safâ.

La Harra du Wâdî Râdjil, quoique couverte de cailloux noirs sur lesquels il faut camper (fig. 3), se couvre par place, à l'époque des pluies, d'une herbe rare dont les moutons sont friands. Notre figure 4 montre un troupeau cheminant dans la Harra. Les moutons, par suite de l'abondance des pierres, ne peuvent avancer qu'en files espacées.

Les points d'eau ne sont pas rares dans la Harra du Wâdî Râdjil et certains puits ne tarissent jamais. Elle renferme, en effet, trois cours d'eau principaux qui prennent leur source sur le versant oriental du Djebel Haurân, mais restent à sec tout l'été : le Wâdî Râdjil, dont nous avons parlé plus haut, va se perdre vers le sud dans des marais saumâtres près de Qalat Ezraq ; le Wâdî ech-Châm et le

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