Strzygowski, l. à, y p
La façade, de part et d'autre de l'entrée, est ornée d'une suite de sculptures dont le style évoque aussitôt la compa — raison avec les fragments sculptés de Qasr el-Abyad. Dan l'un et Tautre monument, c'est la grande porte d'entré qu'on a voulu décorer, mais on a déployé à Mecbatta u luxe inusité sur lequel nous insisterons dans un instant.
 l'intérieur, les soubassements, les pilastres et chapi teaux sont en pierre; les autres parties du mur et les voûte sont construites en briques.
En Syrie, de tous les matériaux de construction, la pierr est le plus employé. De cet usage, l'architecture syrienne tir ses caractères distinctifs. Ainsi, les maisons et les églises, antérieures à l'invasion musulmane du vu® siècle, étaient construites en pierre dans la Syrie du nord. Le toit seul était en bois. Dans le Haurân, tous les éléments étaient en pierre. Pour le toit, on disposait de longues dalles de basalte soigneusement jointes et posées sur des arcs en pierre ou sur des consoles insérées dans les murs. Donc, Tusage de la brique à Mecbatta est inattendu et en opposition avec les méthodes de construction des territoires sédentaires voisins.
Cet usage de la brique, nous le retrouvons plus au nord, mais également dans le désert de Syrie, à Anderin (construction datée de mai 558) et à Qasr Ibn-Wardân. M. de Vogîîé l'a signalé au Djebel Seis. M. Strzygowski pense que les constructeurs d' Anderin et de Qasr Ibn-Wardân ont tiré leur main d'œuvre d'Antioche, tandis que ceux de Mecbatta se seraient adressés à la Mésopotamie du nord. Cette hypothèse s'appuie uniquement sur les dimensions des briques qui diffèrent d'un point à l'autre. Mais, d'autre part, la construction des murs en pierre de Qasr Ibn-Wardân, de Qasr el-Abyad et de Mecbatta offre une particularité qui témoigne de la communauté des traditions. En ces'trois points, on relève]des murs cons-
litués par deux parements de pierres, quelques-unes allant d'une face à l'autre pour établir un chaînage. L'intervalle entre les deux parements est bourré de pierres et de mortier.
On peut donc se demander si l'emploi de la brique sur les confins désertiques de la Syrie ne signalerait pas une tradition des populations du déserl, tradition empruntée naturellement à la Mésopotamie qui, de tout temps, a employé ce mode de construction. A Qasr el-Abyad l'influence perse apportée par l'élément arabe n'apparaissait que dans la décoration; ici, elle s'affirmerait par le même truchement jusque dans les méthodes de construction.
Il est à remarquer que le mot adf'ourroun qui désigne, en , arabe, la brique cuite, est très répandu chez les poètes arabes antéislamiques. Or, le mot est persan ou plus exactement mésopotamien puisque c'est l'assyrien agurru\
Les accointances persanes des constructions en brique de Mechatta ont été admises dès le premier jour. Elles s'affirment notamment dans l'arc brisé des voûtes. Ce trait n'est ni romain ni hellénistique, par contre il remonte en Orient à une haute époque. Il a pénétré d'assez bonne heure dans l'architecture byzantine, mais il a été particulièrement adopté par l'art arabe. Et cela indique assez quels liens rattachent l'art arabe à l'art persan.
M. Strzygowski relève — et le rapprochement est précieux, — que l'arc brisé qui, dès le premier siècle de l'Hégire, a été édifié en Egypte au Nilomètre de Rodah, est du type de Mechatta. De même, l'arc brisé de la mosquée d'Ahmad ibn Touloûn du ix® siècle de notre ère, qu'une théorie peu fondée a voulu rapporter à l'art copte, négligeant ainsi le témoignage de Qoudâl par qui nous savons
1. Rhodokanaki, Wiener Zeitschrif fur Kunde d. Morgenlandes, 1905, p. 291 et s. ~~^
que cette mosquée fut élevée à l'imitation de la mosquée de Samarra en Mésopotamie ^
Un dernier détail rappelle les habitudes mésopotamiennes. Les briques des voûtes de Mechatta sont disposées par tranches verticales comme au canal de Khorsabad, à Tak-î- Kisra, à Ctésiphon*. On sait que ce procédé permet d'élever la voûte sans cintrage.
Les castella romains de Syrie présentent, nous l'avons va, une seule entrée par laquelle on accède dans une cour centrale autour de laquelle sont répartis les bâtiments adossés contre le mur d'enceinte. Cette disposition fut sans doute imposée par des habitudes orientales. Ainsi le château de chasse appelé Qasr-i-Chirin — du nom d'une des femmes de Khosroès II, — fournil à M. Strzygowski une comparaison instructive. 11 est certain que ce palais fortifié perpétuait, à la fin du vi' siècle, d'anciennes traditions. Toutefois, on ne trouve jamais en Perse ou en Mésopotamie les deux éléments caractéristiques et si intimement unis de Mechatta : la salle à trois nefs terminée par le triconque. D'autre part, cette disposition est très répandue aux iv* et v* siècles dans tout l'empire romain». Peut-être l'invention est-elle syrienne, mais c'est là un point qui reste en suspens.
Si nous passons au décor de la façade récemment transportée à Berlin, c'est encore la Perse qui fournira les prin-' cipaux éléments de comparaison.
4. Strzygowski, /. c, p. 246 et s. Plus tard, sous les Fatimides, l'architecture musulmane adoptera un arc brisé d'aspect tout différent, mais élaboré également en Perse*