Vogué, l. c, pi
50 LES ARABES EN SYRtB AVÂNt L'ISLAM
représentation de la vigne en Qeur. Un examen attentif nous a convaincu que la prétendue pomme de pin était précisément la fleur de vigne plus ou moins stylisée. Le doute est levé lorsqu^on remarque que, de chaque côté de l'élément décoratif en discussion, partent des sortes de volutes qui ne peuvent simuler que des vrilles.
En somme, M. Strzygowski veut arracher complètement Mechatta à l'influence syrienne. Nous pensons avoir montré par quelques exemples combien ses arguments sont peu décisifs. Ce curieux monument serait, d'après lui, le produit non d'un art uniquement perse, encore moins syrien, mais de ce qu'il définit l'art nord-mésopotamien. Sous ce nom, il entend un art hellénistique fortement imprégné d'éléments perses qui aurait pris naissance dans le grand centre artistique de Séleucie sur le Tigre. De là, cet art se serait répandu et transformé dans le nord de la Mésopotamie à Âmida, à Nisibe, à Edesse. Malheureusement, l'art nordmésopotamien est encore une hypothèse. Les monuments peu nombreux qu'on peut lui attribuer ne sont guère caractérisés, à moins d'admettre d'emblée que Mechatta en est le produit le plus achevé.
Quand il aborde le problème historique, M. Strzygowski aboutit à l'opinion courante qui attribue aux Ghassanides la construction du palais de Mechatta. Gomment les Ghassanides, venus d'Arabie, auraient-ils élevé en Syrie un monument d'art nord-mésopotamien?
En réalité, les attaches syriennes du palais de Mechatta sont plus étroites qu'on ne le dit. Il est certain que le prince arabe, qui a élevé cette construction, a imité de très près la forteresse voisine d'el-Qastal*. Quant aux éléments exo-
1, Cf. Brûnnow, Provincia Arabia, H, p. 311, note 1.
lE UHES SYRIEN ET L^ART ARABE AifTÉlSLAMlQUE 5i
tiques, à la technique si particulière du décor, aux voûtes brisées, construites en briques et par plans verticaux, on ne peut douter qu'il faille y voir une influence perse presque directe. La comparaison avec Qasr el-Abyad que M. Strzygowski néglige quelque peu, est à mettre au premier plan. C'eat bien le même art qui atteint à Mechatta son complet développement. « On y reconnaît le même décor surchargé, débordant les moulures, la même ornementation végétale encerclant des animaux traités à la manière des ciseleurs persans^ ». Il est vraisemblable que la solution fournie plus haut pour Qaçr ei^by^d est valable pour Mechatta.
L'état politique que nous révèle, pour le début du iv* siècle, rinscription nabatéo-arabe d'en-Nemâra étudiée ci-dessus, a pu se continuer, avec plus ou moins de régularité, jusqu'à l'intronisation des Ghassanides, c'est-à-dire jusqu'au vi® siècle ou à la fin du v^
Or^ en la dépouillant des thèses sujettes à controverse, l'étude de M. Strzygowski établit solidement: r) que le mur d'enceinte de Mechatta peut remonter, conjme matériaux et comme technique, jusqu'au temps de Dioctétien et aux fortins du IV* siècle échelonnés le long de la frontière ; 2'') l'architecture en brique de l'intérieur est en rapport étroit avec les traditions de la Mésopotamie; 3"") le système de la grande salle à trois nefs et du triconque peuvent rapionter au temps de Constantin. En résumé, Mechatta a été construit au IV* ou, au plus tard, au v® siècle*.