R. Dassaud et Fr. Macler, Voyage archéoL au Safd^ p
2. Strzygowski, /. c, p. 364. Cf. S. R(einach), La date de la façade de M'schatta, in Revue archéoL, 1906, I, p. 485. — M. Brûnnow, Provincia Arabia, II, p. 310, dit très justement qu*on doit renoncer à attribuer ce palais aux Giiassanides si on veut le faire remonter plus haut que le vi<> siècle. Il déclare même que c'est là le principal argument qui le conduit à abaisser la date proposée par M. Strzygowski. Notre solution supprime cette difficulté.
En dehors des questions de style et de technique, il y a un argument historique à faire valoir contre la basse époque à laquelle on attribuait le palais de Mechatta; c'est son caractère nettement païen.
Dans la même salle que la remarquable façade, le Kaiser- Friedrich-Museum expose un lion accroupi et trois fragments (tête, poitrine et bassin) d'une statue de femme nue. La tête et la poitrine ont été trouvées dans la grand salle à trois nefs, le bassin féminin et le lion dans le triconque. Toutefois, il est vraisemblable que les trois fragments féminins appartenaient à la même statue. La femme ainsi représentée a tous les caractères de la négresse, notamment les lèvres lippues. Les deux bras étaient abaissés et les mains tenaient, par chaque extrémité, une étroite écharpe qui passait par derrière, vers le haut des cuisses. La main gauche, dont on n'aperçoit pas de traces certaines, était un peu plus élevée que la droite et tenait, probablement, une tige indéterminée dont l'extrémité était fixée dans un trou foré dans le haut de la cuisse gauche, à une profondeur d'environ dix centimètres. L'organe sexuel est nettement accusé. Le calcaire de cette statue est identique à celui du lion accroupi et^ autant qu'on en peut juger, tiré de la même carrière que lesblocs de la façade. Il n'est pas surprenant que les sculpteurs de cette façade, adroits à fouiller la pierre pour en dégager^ un dessin minutieux, aient été fort empruntés pour sculpter^ eu ronde bosse. Le lion accroupi est d'une main tout aussi inexpérimentée.
Comment expliquer que les Ghassanides du vi® siècle, chrétiens fervents et fondateurs de monastères, aient dressa des idoles dans leur palais? M. Brûnnow sent tout le poid^ de l'argument car il est forcé d'admettre que ces idoles ont^ été enlevées à leurs ennemis par les Ghassanides et conser—
vées par eux comme trophées*. Il est plus probable qu'ils les eussent détruites sur place.
D'ailleurs, le paganisme des constructeurs a pris soin de s'affirmer sur la façade elle-même. M. Glermont-Ganneau a reconnu dans le décor « une sorte de texte en images » qu'il faut lire de droite à gauche, à la mode orientale : « La vigne est d'abord représentée en fleurs, puis se développant graduellement, à divers états de maturité, jusqu'au moment où elle est envahie par toutes les bêtes de la création qui se régalent de ses grappes. Au sommet du dernier (et non du premier) panneau triangulaire et dominant ainsi tout l'ensemble, émerge des pampres une figure humaine, coiffée d'une sorte de bonnet phrygien et ayant un caractère dionysiaque * ». La tête, probablement celle du dieu, qui appa« ralt ainsi au sommet de la vigne, est posée immédiatement au-dessus d'un animal qui paraît être une panthère. Les traits humains sont à peine indiqués par une main malhabile. La coiffure, assez étrange, semble dériver de la cape perse.
Ce n'e^t probablement pas par simple effet décoratif que la vigne se dresse, dans plusieurs panneaux (fig. 12), entre deux animaux affrontés. On peut y voir l'intention de la caractériser comme l'arbre de vie d'autant mieux que ce thème était commun aux Sémites et aux Persans. Le pied plonge dans un vase, parfois une vasque, où les animaux se désaltèrent. Or, on sait que la source de vie coule au pied de l'arbre de vie.
En résumé, le style et la techuique du palais attestent qu'il est antérieur au vi' siècle. La décoration prouve que les
1. Brûnnow» l. c, p. 310-311, contre Strzygowski, /. c, p. 221 et 270.