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Découverte et déchifiPrement des inscriptions safaîtiques. -^ L'alphabet safaïtique et ses congénères. — Origine grecque de Talphabet sabéen. — Origine incertaine de Talphabet pliénicien.
Nous avons vu que la région au sud-est de Damas était d'origine volcanique. Â l'ouest du Djebel Haurân, la désagrégation des roches basaltiques a constitué la riche plaine de la Nouqra. A Test, la terre n'est pas susceptible de culture; le sol est presque entièrement couvert de roches ou de fragments de roches basaltiques. C'est la Harra.
Dans la Harra du Wâdî Râdjil, ce dernier, comme le Wâdî ech-Châm et le Wàdî el-Gharz, n'offre de Teau courante qu'en hiver. Dès le mois d'avril, on ne trouve à abreuver les troupeaux qu'en certains points bas, dans des mares ou ghadîrs^ situées dans le lit même du wâdl (Bg. 14). Ainsi, l'eau continuant à couler dans le sous-sol, se renouvelle lentement dans les ghadirs. En été, seuls certains puits, notamment celui d'en-Nemâra^ ne tarissent pas. Mais la vie dans la Harra est devenue difficile pour les troupeaux ; les *Arab es-Safà émigrent sur la pente orientale du Djebel Haurân. Les textes safaîtiques remontent jusque-là et attestent que les Safaïtes opéraient la même migration estivale.
On ne peut objecter contre la comparaison que nous éta-
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blisBons entre les Safaltes elles modenies 'Arab eç-Saffl, un notable changement de climat. Si le Djebel Qaur&n s'est quelque peu déboisé depuis l'antiquité, le régime des cours d'ean a pu légèrement en être modifié, mais non sensiblement le régime des pluies alimentées par l'évaporation de la Méditerranée'.
Kg. 14. -
Troupeau de chameaux s'abreuTaot dans le gbadtr Abaû Za'roftr formé par le Ut du w&dt ech-Châm.
Les textes safaïtiques suivent à l'ouest la lisière des territoires sédentaires ; ils s'arrêtent à l'est à la steppe calcaire, au Çamad. Au nord, ils atteignent le Djebel Sais et au sud Qal'at Ëzraq.
Souvent les blocs basaltiques couronnent une bosse de terrain, un ridjm (fig. 15). Tandis que la caravane suit le sen-
1. Cf. notre Missitm dans les régions désertiques de la Syrie centrale, p. 53.
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lier pierreux, le guide courl de ridjm en ridfm pour observer l'horizon et s'assurer que la roule est libre. Sur les principaux de ces tertres, les Arabes disposent un monceau de pierres, parfois en forme de petite tour, qui les dérobe aux regards pendant le temps de leur observation. Ce sont aussi d'utiles points de repère. Fréquemment ces points de guette
Fig. 13. -~ Le Ridjm el-Mara'.
sont entourés d'inscriptions safaïtiques. On en trouve également à proximité des points d'eau, c'est-à-dire aux lieux
Gos inscriptions sont à vrai dire des graffites. La surface des blocs de basalte n'a pas été dressée et l'épiderme est setd entamé.
Pour vaincre la grande résistance des roches basaltiques, les Safalles ont usé de divers procédés. Les textes les mieux
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gravés Tonl été avec une sorte de ciseau à froid. Les caractères ainsi tracés sont petits, l'entaille étroite et relativement profonde.
D'autres fois^ l'épiderme de la pierre est simplement égratigné avec une pointe. Les caractères sont grands, d'allure tremblée, excessivement fins et ils ne sont visibles que par leur ton rouge tranchant sur le ton noir du basalte.
Enfin, un assez grand nombre de textes sont gravés par le procédé du martelage. Les caractères sont assez grands, mais surtout très épais. Gomme les précédents, on les distingue par leur ton rougeâtre.
Wetzstein s'était demandé si ces différents procédés ne comportaient pas une différence de date. La façon dont les diverses gravures s'enchevêtrent et se superposent atteste que ces procédés sont contemporains. Le même texte est parfois commencé à la pointe et terminé au marteau.
La peUicule noire qui recouvre les pierres de la Elarra et qui leur donne un aspect si particulier, est excessivement mince. Nous avons vu qu'elle provenait de la suroxydation des sels de fer et de manganèse qui se déposent à la surface du basalte quand la rosée s'évapore. Si l'on grave des traits sur ces pierres, même peu profondément, la teinte qui apparaît est gris de fer. Souvent, à la rupture, le grain est assez semblable à celui de la fonte. Une oxydation plusieurs fois séculaire fera passer les traits gravés, du gris de fer au rouge plus ou moins foncé. Enfin, la suroxydation, après plusieurs milliers d'années, aboutira au ton noir.
Ainsi, les graffites arabes datés des années 640, 653 et 740 de l'Hégire, donc des xin®etxiv® siècles de notre ère, que nous avons relevés, sont encore de couleur grise. Cela suffirait à prouver que les graffites safaïtiques, passés au rouge, sont de beaucoup antérieurs.
Le premier voyageur qui ait visité le Safâ et signalé les textes gravés à l'entour, esl Cyril Graham, en 1857. 11 appela à plusieurs reprises l'attention sur sa découverte, particulier meut dans le Journal de la Société royale de géographie de Lonrfr^5 (1858 et 1860).
L'année suivante, en 1858, Johann Gottfried Wetzstein, consul de Prusse à Damas, commença sa consciencieuse exploration duHaurân et des régions voisines. Son Reisebericht liber Haurân und die Trachonen^ paru à Berlin en 1860, est plein de faits précis et de détails bien contrôlés. Wetzstein n*a publié qu'un petit nombre des 260 inscriptions qu'il avait recueillies; la plupart sont inédites, mais les copies sont peu fidèles. La carte que Wetzstein a dressée vaut encore par l'exactitude avec laquelle il a transcrit les noms de lieux arabes. Quoiqu'il ne parvînt pas à déchiffrer les textes safaïtiques recueillis, Wetzstein crut pouvoir conclure qu'on était en présence de l'écriture d'une population venue de l'Arabie méridionale. La partie la moins heureuse de son étude consiste dans le rapprochement des localités du Haurân avec les noms de lieux fournis par la Bible, notamment par le livre de Job.
En 1862, MM. Waddinglon et de VogUé complétaient leur remarquable exploration épigraphique et monumentale de la Syrie, par la visite du Safâ. M. de Vogiié, dans la seconde partie de sa Syrie centrale^ Inscriptions sémitiques^ parue en 1877, reproduisait les copies de 402 inscriptions safaltiques.
Les voyageurs qui visitèrent ensuite le Safâ, Burton et Drake, J. L. Burckhardt, Stiibel, Max von Oppenheim, ne relevèrent pas lesTextes safaïtiques qu'ils rencontrèrent.
En 1899, j'ai copié dans cette région 412 textes, puis en 1901, M. Fr. Macler et moi, nous avons relevé 904 nouvelles
inscriptions. M. Ënno Littmann, membre de Texpédition américaine en Syrie, aujourd'hui professeur de langues sémitiques à TUniversité de Strasbourg, a copié 135 textes en 1900* Pendant l'hiver 1904-1905, le même savant en a recueilli un nombre considérable qui seront prochainement piubliés. Défalcation faite des doubles, environ 1.750 textes safaïtiques ont été publiés jusqu'ici.
Si l'existence des inscriptions safaïtiques a été révélée depuis un demi siècle, leur lecture n'est assurée que depuis quelques années. Les tâtonnements ont été nombreux, entraînés par les particularités de l'écriture.
Les premières tentatives de déchiffrement dues à Blau^ et à M. David-Heinrich Millier^ ont échoué, en partie parce qu'ils ne disposaient que des copies insuffisantes de Wetzstein^ en partie parce qu'ils s'attachaient trop étroitement à la comparaison avec l'himyarite. En effet, si l'ensemble des lettres est de forme sabéenne, quelques-unes s'en écartent nettement. Toutefois, ils identifièrent un certain nombre de lettres.
La publication de M. de Vogué a fourni les premières copies fidèles et eu nombre important. M. Joseph Halévy avait déjà reconnu le terme de filiation p « fils ». « Cette conviction, dit-il, me conduisit à penser que la ressemblance observée entre l'alphabet du l^afa et l'écriture sud-arabique n'est pas aussi absolue qu'on le croit; qu'il y a plutôt un air de famille qu'une provenance directe ; qu'il fallait introduire comme terme de comparaison essentiel l'alphabet phénicien, modèle unique de tous les alphabets connus' ». Les textes publiés par M. de Vogtié servirent à M. J. Halévy pour asseoir so
1. Zeitschrift d. deutschen morgenlàndische Gesellschaftf t. XV, p. 450.