‹ Les Arabes en Syrie avant l'Islam. Avec 32 figuresChapitre 30 sur 87 · US · texte numérisé non relu

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Fig. 16. — Alphabeta pbéoii

A l'inverse de ses prédécesseurs M. J. Halévy donnait à

64 LES ARABES EN SYRIE AVANT l'iSLAH

l'alphabet phénicien une importance prépondérante dans la genèse de Talphabet safaïtique. Il identifia ainsi nombre de lettres nouvelles. Mais d'autre part, sa théorie lui interdisait de dépasser le nombre des lettres de l'alphabet phénicien. Nous tenterons d'expliquer plus loin, comment il se fait que certaines lettres safaïtiques, bien que d'origine sabéenne, aient une forme assez voisine des caractères phéniciens.

M. Fr. Praetorius, rendant compte de la découverte de M. J. Halévy, signala quelques changements à opérer dans l'alphabet tel que l'avait dressé le savant français*.

Mais ce fut M. Enno Littmann qui, en 1901, dans son opuscule : Zur Entzifferung der Safâ-lnschriften^ donna à l'alphabet safaïtique sa forme définitive. M. Littmann reconnut que cet alphabet contenait vingt-huit lettres comme l'alphabet arabe. On revenait ainsi à une intimité plus étroite avec les écritures du sud de l'Arabie.

Nous donnons ci-dessus (fig. 16) les 28 lettres de l'alphabet safaïtique dans Tordre des lettres hébraïques avec intercalation des lettres supplémentaires.

Une remarque préliminaire s'impose. Les graffites saf aïtiques courent sur toutes les faces des blocs ou des pierres sans aucune préoccupation d'alignement. Le graveur, arrêté par un obstacle, revient sur lui-même. Il est difficile de décider s'il écrivait réellement boustrophédon, c'est-à-dire successivement dans les deux sens, ou s'il se déplaçait d^ façon à toujours écrire de droite à gauche. Le premier est le plus probable, car il semble que les Safaïtes n'ont pa attaché grande importance à la position des lettres. Dans L tableau de l'alphabet safaïtique, il est entendu que nous a

1. Litterar. Centralblatt, 1883, col. 804-806 et Zeitschrift d. d. morgen ^aesellschaft, t. XXXVI (1882), p. 661-663.

donnons pas toutes les positions dans lesquelles se rencontre une lettre.

L'écriture safaïtique est la plus septentrionale de toutes les écritures du type sabéen ou himyarite. On connaissait approximativement, par des manuscrits arabes et par la tradition éthiopienne, la forme des lettres himyariles. Gesenius et Ë. Rôdiger s'en étaient occupés. Mais, c'est en 1845 que dans ses Recherches sur les inscriptions himyarites^ Fulgence Fresnel donna la première transcription de 55 textes sabéens copiés sur ses indications à Mâreb^ la capitale des Sabéens, et à San*â, par le pharmacien français Joseph Arnaud. Toutes les lettres sabéennes furent ainsi exactement déterminées, à l'exception du ghain^ du zain, du samek et du tha. Osiander, Praetorius, Joseph Halévy, J. H. Mordtmann, D. H. Muller, Fritz Hommel ont discuté et précisé la valeur définitive de ces dernières lettres.

Parmi les voyageurs qui marchèrent sur les traces de Joseph Arnaud, on mettra au premier rang M. Joseph Halévy qui, en 1869, prit environ 700 copies d'inscriptions à Mâreb et dans le Nedjrân. Se donnant pour un Juif pauvre de Jérusalem et cheminant de communauté juive en communauté juive, il a pu atteindre des lieux qui n'ont plus été visités. Il faut citer le voyage (1882) de l'Autrichien S. Langer qui fut victime, comme le Français Huber, du fanatisme arabe. Enfin, plus récemment et à diverses reprises à partir de 1882, M. Eduard Glaser a rapporté des centaines de textes dont nombre de très importants, malheureusement en partie encore inédits. De ce fait, s'est considérablement accrue Tépigraphie sabéenne dont l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres poursuit la publication méthodique^ confiée à

M. Hartwig Derenbourg, dans k quatrième partie du Corpus Tnscripiionum Semiticarum.

Ces inscriptions sont rédigées en quatre dialectes de la même famille de langues que Tarabe classique. D'abord, le minéen qu'on tient pour le plus ancien et dont on possède des textes remontant au viif siècle avant notre ère ; puis le sabéen, le dialecte de Hadramaut et celui de Qatabân. Le terme d'himyarite qu'on emploie fréquemment, surtout en France, n'est strictement valable que pour les textes de basse époque. Les rois himyarites, réunissant sous leur domination le royaume de Raydân, celui de Saba, de Hadramaut et du. Yémen, ont régné vers le début de notre ère jusqu'à la conquête musulmane. On estime que le royaume de Saba remplaça le royaume minéen vers le milieu du vi* siècle avant notre ère. Auparavant, les Sabéens menaient la vie nomade dans le nord de l'Arabie. Cela paraît résulter d'un texte de Sargon (721-705) qui relate le tribut versé par Piru, roi de Muçri, de Samsi, reine d'Aribi, et d'Itamara le Sabéen. liamara, cité comme chef des Sabéens, ne portait donc pas aa vîii® siècle le titre de roi.

On a relevé des inscriptions sabéennes jusqu'à el-*01a dans le nord de l'Arabie. Cette région septentrionale a fourni des inscriptions de la même famille, datant des environs de notre ère, qui sont dites lihyaniques parce qu'elles font mention de plusieurs rois de Lihyân. Leur alphabet est une déformation du sabéen dans le sens du safaïtique, mais moins évoluée. Enfin, un autre groupe de textes apparentés, nommés protoarabes par les uns, thamoudéens par les autres, se rencontre dans cette partie septentrionale de l'Arabie.

Les Thamudeni de Pline, les gens de Thamoud dont parle le Coran, habitaient au nord de Médine. D'après Mohammed^ le prophète Sâlih leur fut jadis envoyé pour les amener aix-

culte du vrai Dieu. Thamoud resta sourd à la voix de ce prophète, c'est pourquoi Dieu détruisit el-Hidjr, aujourd'hui Medaïn Sâlih, la ville du prophète Sâli^i. Cette curieuse légende, sur laquelle dous reviendrons, vise les tombeaux nabatéens sculptés sur le rocher à Timitation de ceux de Pétra.

L'alphabet thamoudéen est très voisin de Falphabet safaïtique. MM. Joseph Halévy et Mark Lidzbarski ont publié un essai de déchiffrement d'après les textes copiés par le voyageur français Huber. Presque en même temps, M. Ënno Littmann utilisait les copies de M. J. Ëuting dans son Zur JEntzifferung der thamudenischen Inschriften ( 1 904) .

Dans le tableau ci-dessus (fîg. 16), nous adoptons le point de vue admis généralement, à savoir que l'alphabet phénicien est le propotype de tous les alphabets sémitiques. Après les transcriptions en caractères hébraïques et en caractères latins, nous classons les divers alphabets à comparer dans l'ordre chronologique : phénicien, sabéen, lihyanique, thamoudéen, safaïtique.

La famille des alphabets sud-sémitiques nous fournit des variétés utiles à comparer. Le lihyanique et le thamoudéen Dous montreront comment le sabéen s'est déformé jusqu'à aboutir au safaïtique; mais aussi, de cette étude particulière aous dégagerons une loi générale que nous proposerons d'appeler la loi d'oscillation. Nous essaierons également de ^oir, ce qui est plus délicat, comment l'alphabet sabéen se rattache à l'alphabet phénicien.

Aleph. — La dérivation de l'aleph safaïtique est aisée à suivre grâce à l'intermédiaire thamoudéen.

Il est moins facile de dériver] 'aleph sabéen de l'aleph phé-

nicien. M. Lidzbarski, au cours d'une étude pénétrantes suppose que la lettre ayant pivoté, est devenue A, puis que les jambages ont été redressés. Pour légitimer cette évolution, M. Lidzbarski cite l'exemple de Talphabet grec. Mais, comme Ta remarqué M. Praetorius % l'aleph phénicien n'a pas pivoté en devenant Falpha grec. Les déformations successives sont : !i^ A A A •

Il nous faut donc expliquer Taleph sabéen par la suite des déformations : ^ J^ Ji^ f^ .

Nous remarquerons que les formes intermédiaires ainsi supposées ne se rencontrent pas dans l'alphabet phénicien ancien, mais qu'on les trouve dans les alphabets grecs archaïques.

Bel. — Les formes sud-sémitiques sont très voisines. Mais, ici encore, l'écart entre la lettre phénicienne et la lettre sabéenne est grand.

D'après M. Lidzbarski le bet phénicien aurait donné ) qui, par suite de la tendance des graveurs minéo-sabéens — sur laquelle il a justement [insisté, — vers une écriture monumentale symétrique, serait devenu le bet sabéen. Mais quelle évolution rapide cela suppose ! 11 est remarquable que certaines formes grecques archaïques (voir fig. 17) fournissent les intermédiaires prévus entre la lettre phénicienne et la sabéenne.

Un autre fait apparaît avec évidence. C'est une régression du safaïtique vers le type primitif. Il semble donc — et d'autres exemples le confirmeront, — qu'une lettre ne se

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