ANTIOCHE
Hama
Palinyre
Emèse
Damas ^ ^"
(BABYLONE ^ al-Hîra
ilem IMER MORTE
Péèra
Fig. 1. — Villes principales sur les confins du désert de Syrie.
ment propre à l'élevage du chameau, du cheval et du mouton. La proximité des pays civilisés et de villes importantes (fig. 1) permet un écoulement avantageux des moutons et de leurs produits. En ce qui concerne Talimentation en viande, on peut dire que le désert nourrit toute la Syrie. Les chameaux sont loués pour les caravanes et même pour les travaux agricoles. Par contre, le nomade demande au sédentaire des objets fabriqués et des céréales, blé ou orge.
Les migrations arabes ont la régularité des saisons. Les tribus de grande tente passent l'hiver en Arabie, particulièrement dans le Nedjd. Au printemps, elles s'avancent vers le nord à la recherche des pâturages. Elles arrivent ainsi en bordure des territoires sédentaires. Quand le soleil a brûlé l'herbe courte de la steppe et tari la plupart des puits, à ce moment la moisson est achevée en territoire sédentaire. Les nomades pénètrent dans les champs et les brebis broutent le pied des tiges de froment ou d'orge. Ils envahissent aussi les prairies naturelles comme celles du Djol&n (Gaulanitis).
Chaque tribu a ses campements d'été au milieu des sédentaires ou dans leur voisinage. Chaque chaikh (ancien, chef) de tribu est lié par la khouwwé ou pacte de fraternité avec les chaikhs d'un ou de plusieurs villages. La khouwwe est donc la coutume qui règle les rapports entre sédentaires et nomades \ Quand le sédentaire n'est pas fortement protégé par son gouvernement, le nomade exige non seulement le libre usage des champs après la récolte, l'accès dans les prairies naturelles, la faculté de s'abreuver aux puits et aux cours d'eau, mais il impose encore un tribut en nature. En revanche, il accorde sa protection au sédentaire contre les razzia des tribus voisines. Sans doute, c'est à la faveur de cette coutume que les chefs nomades ont pu prendre le pouvoir dans les villes voisines du désert comme Émèse ou Édesse.
Si le sédentaire s'appuie sur un gouvernement fort, le nomade réduit ses prétentions. Les Romains l'avaient parfaitement compris. Ils établirent des postes fortifiés tout le long de la limite du désert^ non pour empêcher les noma4^s d'accéder en Syrie, mais pour régulariser leurs migrations. A cet effet, ils aménagèrent^ soit en creusant le sol, soit en
1. Le système a été décrit notamment par Burckhardt, Travels, p. 300 et suiv.
établissant des barrages, un grand nombre de réservoirs, de birkéy que remplissaient les pluies d'hiver et qui. Tété venu, assuraient Texistence des troupeaux.
Pour garder ces postes frontières, sur la disposition desquels nous reviendrons, les Romains utilisèrent largement les services des nomades. Leur politique régularisa et fixa Tétat naturel des choses; seul, l'état de paix qu'ils imposèrent amena une évolution notable. Les sédentaires, à l'abri des surprises et d'un tribut trop lourd, reculèrent les limites du désert par l'utilisation de toutes les terres susceptibles de culture. De nombreux villages, aujourd'hui en ruines, abritaient une population mêlée de Syriens et d'Arabes qui commerçait activement avec les nomades, cultivait l'olivier, la vigne, les céréales et se livrait à l'industrie de la laine. Ce furent sans doute les nécessités du commerce qui attirèrent à la suite de son mari, jusqu'à Mothana(Imtân), sur la lisière du désert, cette Gauloise originaire de Rotomagus (Rouen) et répondant au nom de Stercoria. Elle mourut à Mothana où Ton conserve encore son épitaphe*.
Au commencement du xiii" siècle de notre ère, le géographe arabe Yâqoût parlant de Tnak, l'ancien ^'Iva^oç, village à l'entrée du désert de Syrie, vante les vêtements qu'on y fabriquait. Le même auteur mentionne les vins réputés de Salkhad*. L'usage du vin, comme en témoigne la poésie arabe antéislamique, se répandit parmi les nomades du désert. *Alî, le gendre du Prophète, prétendait que la puissante tribu chrétienne des Taghlibites n'avait « emprunté du christianisme que la coutume de boire du vin' ».
1. Waddington, Inscriptions grecques et latines de Syrie, n» 2036; cf. Revue Archéologique, 1901, II, p. 375-376.
2. Cf. R. Dussaud et Fr. Macler, Mission dans les régions désertiques de la Syrie moyenne^ p. 22-23.