‹ Les Arabes en Syrie avant l'Islam. Avec 32 figuresChapitre 42 sur 87 · Durkheim, Année sociologique, t V, p · texte numérisé non relu

Durkheim, Année sociologique, t V, p

temps, un simple signe de bonum augurium^ ce que les Arabes désignent sous le nom de lafâ'oul « augures^ bons présages* ».

M. Noeldeke signale, à ce propos, d'après une observation de Doughty, que dans tous les pays arabes — aussi bien chez les Chrétiens que chez les Musulmans, — si un enfant tombe malade ou infirme, ou si un de ses frères est mort depuis peu, on donne à cet enfant qui vient de naître un nom d'animal, particulièrement le nom du loup, du léopard, etc. On espère ainsi faire passer dans Tenfant quelque chose de Tendurance ou de la force de Fanimal.

L'explication de ce fait par le bonum augurium est insuffisante. Il faut se souvenir que, encore de nos jours en Orient, l'indigène est persuadé que l'âme d'un de ses ancêtres peut revivre dans tel ou tel animal. Gomme la métempsychose, la pratique signalée par Doughty est une survivance de la croyance primitive à la communauté de nature entre gens et animaux dont le totémisme est une des formes, à la réincarnation de l'âme sous des enveloppes diverses. La parenté avec les animaux n'est pas limitée aux hommes; dès le début, elle s'est étendue aux dieux qui ont été matérialisés sous une forme animale^ végétale ou même sous la forme d'une pierre. En somme, la pratique signalée repose sur les croyances animistes encore si vivaces chez les Arabes.

Noms composés. — D'abord les noms théophores.

En safaïtique, la plupart des noms propres théophores sont composés avec Ss « dieu ». Les noms ainsi formés sont du type courant : a dieu a donné », « dieu a récompensé », « dieu est grand », etc.

1. Noeldeke, Einige Gruppen semitischer Personenname dans ses Beitrdge zur semit, Sprachwissenschaft, p. 74 et s.

.r- j «.^j^rf

LE DIALECTE SAFAÎTIQUE 99

En dehors de Sn, le nom divin Allah entre dans des complexes semblables sous la forme apocopée nS. Les autres noms divins qu'on a cru relever en composition dans des noms propres safaïtiques restent douteux.

Les noms propres théophores sont souvent abrégés, surtout par la déformation que subissent les noms familiers ou hypocoris tiques. Ainsi 7S"DN « don de dieu » est abrégé en Dit « don ». Mais, souvent, l'élément divin est remplacé par une terminaison* : S", H", 1" ou ^".

On a de la sorte S^32; ou mnv ou nnj; pour SK^n2; « serviteur, adorateur de dieu ». La tendance à la trilittéralité entraîne même la disparition d'une des radicales de l'élément non-divin, particulièrement de la troisième radicale. Ainsi ^aT dont on a la transcription Za6atoç serait l'abréviation de n3T déjà abrégé de Sni:2T a dieu a donné ».

Une autre terminaison très commune ]" sert à constituer des sortes de diminutifs.

Les noms propres non théophores sont les plus difficiles à expliquer surtout parce que le même nom ne se rencontrant qu'une seule fois, il subsiste des doutes sur la lecture ^

Il faut mentionner spécialement les noms propres composés avec un terme de parenté. Us commencent par 3 ou D et se terminent par le suffixe H de la troisième personne singulier.

La signification d'un nom comme HD^fD « comme son aïeul )> n'est pas douteuse. Elle se rattache, tout comme le transfert du nom — notamment du grand-père au petit-fils, — à la croyance primitive d'après laquelle Tâme des ancêtres se réincarnait dans leurs descendants.

Dans les noms propres commençant par 3 l'explication

i. E. Lîttmann, Semitic Inscript., p. 126.

2. Littmann, L c, p. 124-126, a dressé la liste de ces noms propres.

100 LKS AHABES EN SYRIE AVANT L'ISLAM

n'est pas toujours assurée. M. Littmann a d'abord comprSls la préposition bi^, tandis que M. Lidzbarski a proposé d ^ prendre 3 pour une abrévation de aàoû « père »', souve» — t usité pour marquer une simple relation. On aurait ain n;2S3 Boû'Abi/ii « le père de son père ».

Il y a lieu d'étudier chaque cas en particulier, car la pré

position est certaine dans nnJD;2, bisanatihi^ « dans soi 1

année ». M. Clermont-Ganneau a depuis lon]gtemps montr^^ que le nom nabatéen TMTO. devait se lire bi-fi^aggihi « dans==5 son pèlerinage ».

Tous ces noms propres caractérisent les Safaïles comm^^ un groupe de population nord-arabe. Nous avons signait l'intérêt que présente le rapprochement des noms propre! safaïtiques avec certains noms bibliques^

Nous donnerons comme spécimen de la langue et d l'écriture safaïtiques quelques textes contenant les formulei le plus usuellement employées*.

Page 1