‹ Les Arabes en Syrie avant l'Islam. Avec 32 figuresChapitre 46 sur 87 · Littmann, Semilic Imcript.y p · texte numérisé non relu

Littmann, Semilic Imcript.y p

DM. 791 a. — lin Sm [n]v p î^ p 1:? p >SiS

...s SSt2 DDNns nbn isd lan

« Par Waliyy ben 'Audh b. 'Audh b. Ghauth. Il est des cendu (a campé) en ce lieu et a trouvé Tinscription de so oncle maternel. Alors il a séjourné parmi les wasm... ».

^Sl répond à l'arabe ^^ « proche, ami ». y lï est Tarabe iyc, nabatéen mv, grec 'Aoîoç.

r\^ est assuré par DM. 791 b, inscription du (ils de notre per

sonnage et par DM. 517, inscription du frère. Arabe : Oj-^ nabatéen IHIV. Les inscriptions grecques ont transcrit ASOo ou au registre dur : FaOToç.

Dans l'expression 11*1 in, le second terme est sans aucu

doute l'arabe jb « lieu , place » qu'on retrouvera plus ba

(DM. 174) dans une expression similaire. Le verbe signifie « dénouer, délier les bagages »,d'où « descendre dan un lieu, camper ». Comme Ta fait remarquer M. Littmann, bien que ce verbe se construise avec l'accusatif, on dit aussi

iJ\ J a. « il descendit chez lui » et l'on trouve dans DM. 801 :

"Il Ss SSn, .l-î J,l J-=>- soit que Sin représente la deuxième

forme, soit qu'on ait rendu graphiquement la réduplication du lamedhla. première forme.

La dernière expression est obscure. Voici la liste des textes qui la renferment :

DM. 165 : n"in nam "lïa hy SSâ DDt^a i

S[S]tâ pD«3 s

DM. 791 a : SSû QD«3 S

w. Il, 4 /: nn-in h's [SjSâ noio s

Miss Bell (inédit) : bSô DD[N]S S

DM. 1 79 DM. 210

LB DIALECJB SAPAÎTIQUE 105

On a proposé (Lidzbarski) de comprendre ir^ << ^tre mauvais », verbe de blâme, souvent combiné avec U : Lo-Ij*-;, « quelle vilaine chose que... ».

Il paraît préférable de tenir SSîD pour un verbe que DM. 1 79 offre au pluriel. Précédé de la préposition bi^ DDtt pourrait

être soit le pluriel de hm « nom » : pLi.^ I ou encore comme

l'a proposé M. Lidzbarski le pluriel de wasm : ^^^U = ^j-j-j

M. Littmann a montré que les wasm^ marques de propriété

jo\0

Fig. 23. — DM. 74. Texte safaïtique relevé sur le ridjm Mouchbik.

des tribus, étaient fréquemment d'anciens signes alphabétiques. L'un ou l'autre de ces derniers sens revient en

somme au même. Quant à SSt], ce verbe paraît signifier « rester, demeurer ». Nous en trouverons la confirmation plus loin dans DM. 179. Cette expression est parfois accompagnée de Sv « auprès » suivi d'un nom propre.

DM. 74. — Ssanj Sy. aan S«ai:i p nSjS

(c Par 'Oulaim ben Garam'el. Il a gravé en l'honneur de Garam'el ».

nSy peut être >iJLc ou pp-».

UX\ avait d'abord été lu DVl par suite de la confusion facile entre le 'ain et le guimel safaïtiques. Après avoir hésité sur la lecture S nous adoptons wagama avec M. Littmann. Ce

1. Cf. H. Dussaud et Fr. Macler, Mission dans les régions désert, de la Syrie moyenne, p. 96, n. 2.

verbe a le sens de « battre, frapper avec un maillet » {mîdja mat) et précisément nombre de nos textes ont été gravés pa le martelage. Nous verrons plus loin, à propos de DM. <79, qu'il faut comprendre que le texte a été gravé non seulemen « en rhonneur de », mais encore « en présence d'un tel ».

DM. 747. — n>nn Sjdd> ]3 ivaS

« Par Ma n ben Yisma'el (ont été gravés) ces serpents ».

]27D, arabe ij-^^i nabatéen et palmyrénien 13VQ, est transcrit en grec Mavoç ou Mawoç avec redoublement de la liquidi expliqué plus haut. k

« S27DD> est le nom orthographié Ss27QU^^ dans la Genèse-

'1^1 h} Al

Fig. 24. — DM. 747. Texte safaïtique relevé entre en-Ne mâra et le ghadîr ed-Derb.

La graphie safaïtique est intéressante, car elle conserv

encore le yod initial. L'arabe écrit : J^Ult.

L'intérêt de ce petit texte consiste dans la mention finale

H^n, probablement le pluriel 'O^r^ « serpents ». L'ensemble ne peut viser que le fait pour le graveur d'avoir tracé des serpents à côté de son nom. Or, précisément, près du texte sont esquissés par de simples sinuosités trois animaux, à la vérité, indistincts. Mais l'important est d'écarter complètement pour le lamed initial la valeur d'appartenance, non seulement dans ce cas, mais aussi dans les textes similaires terminés par un nom d'animal : cheval, chameau, etc..

LE DIALECTE SAFAÏTIQUE 107

DM. 174. — ism nnn piv Sv nSn naj p nSc^S

-in[n]

a Par Chalah ben Gamr (ou 'Amr). Que la consternation soit sur les bédouins Charbân ! (Chalah) est venu^en ce lieu )>.

Les deux noms propres offrent des doutes. On pourrait corriger le premier en Ghoulail, nom arabe connu, qui figure certainement dans V. 86.

ml est le nom d'action aJj « consternation ».

]21tlf doit être un nom collectif, un nom de tribu, car

Fig. 25. — DM. 174. Texte safaïtique relevé près el-Hifné.

la graphie lliri ne peut guère s'expliquer que par ^^Ij^! pluriel de ^jj-lJl.

A la suite de cet aperçu sur le dialecte safaïtique, nous grouperons les renseignements les plus notables que sa connaissance fournit sur les coutumes et le genre de vie des Safaïtes comme sur la contrée qu'ils occupaient. Nous réserverons pour les chapitres suivants tout ce qui concerne la religion de ces Arabes préislamiques.

Les particularités phonétiques qui distinguent le safaïtiqu^ de l'arabe ancien sont certainement en relation avec l'état social des Safaïtes. En effet, s'il est un fait bien constaté, c'est le conservatisme linguistique des Arabes de grande tente. De tous les groupes sémitiques, ils conservent le langage et les coutumes les plus archaïques. L'isolement dans, lequel ils vivent, la simplicité de leurs mœurs et de leurs occupations qui n'exclut pas un goût très vif pour le beau et pur langage, leur imposent cette fixité remarquable. Quand. les grammairiens arabes travaillaient à déterminer, avec un^ conscience admirable, la prononciation exacte de leur langue, ils choisissaient de préférence leurs autorités parmL les nomades, car ils savaient bien que les Arabes devenussédentaires gagnaient rapidement une prononciation défectueuse au contact des populations non arabes.

On accordera que la phonétique très évoluée — comparable==

à celle de l'arabe vulgaire, — dont témoigne Técrilure safaï

tique, est le résultat des relations que les Safaïtes avaient nouées avec les populations sédentaires de Syrie tandis qu'ils rompaient les liens qui les rattachaient aux nomades du désert.

Au point de vue particulier, on en conclura que les Safaïtes étaient, depuis longtemps, installés dans la région lorsqu'ils se mirent à graver des textes sur les rochers de basalte. Au point de vue général, on reconnaîtra que l'élaboration de l'arabe vulgaire n'est nullement due à une corruption intrinsèque et fatale de la langue par suite du long usage. Déjà, quelques savants ont soupçonné que les phénomènes linguistiques, qui ont abouti à l'arabe dit vulgaire, pouvaient remonter à une époque plus ancienne qu'on ne l'admet généralement. Le safaïtique apporte un argument nouveau en même temps qu'il permet de se rendre compte

LE dialecte: safaïtiqub 109

de la manière toute locale et conditionnelle de cette transformation. L'élaboration des dialectes arabes vulgaires n'est pas fonction du temps; elle résulte uniquement de conditions sociales nouvelles et, en premier lieu, du passage de Tétat nomade à Tétat sédentaire.

Cette évolution, dont nous avons analysé dans le premier chapitre les caractères et indiqué les phases nécessaires, s'achève pour les Safaïtes au iv* siècle de notre ère par l'assimilation complète avec les Syriens. A cette époque, comme partout ailleurs en Syrie, les dédicaces gravées dans les villages safaïtes sont rédigées en grec.

Au moment où ils nous livrent leur langue, les Safaïtes ne menaient plus qu'une vie semi-sédentaire. L'hiver, ils séjournaient dans la Harra, tout autour du Safâ, depuis QaKat Ezraq jusqu'au Djebel Seis. L'été, tels les 'Arab es- Safâ de nos jours, ils remontaient avec leurs troupeaux la pente orientale du Djebel Haurân.

Nous avons vu que, pendant les fortes chaleurs, la Harra est un séjour des plus pénibles, avec des points d'eau très rares. On conçoit que les Safaïtes mentionnent comme remarquable le fait d'y passer Tété. Par exemple, dans DM. 198 =

L. 5 : mna t^nil « et il a passé l'été en ce lieu » ; V. 231 :

Tlin NHll « et il a passé Tété en ce point d'eau ».

Il est fréquemment question du pays de Syrie, naturellement qualifié « pays de Roûm », c'est-à-dire pays des Romains. Ceux-ci, dès le second siècle de notre ère, construisirent leurs fortins les plus avancés vers l'Orient dans la région du Safà. Il en résulte que les Safaïtes reconnaissaient leur domination. Si les Safaïtes avaient adopté une attitude hostile, la ligne des fortins suivrait le flanc oriental du Djebel Haurân au lieu de dessiner dans l'est un crochet aussi accentué (fig. 9).

Plusieurs détails, d'ordre religieux, politique ou économique, confirment ces considérations dont il nous faut tenir compte pour l'interprétation des textes. Ainsi, au point de vue religieux, nous verrons que la dépendance des Safaïtes est établie par l'adoption des divinités Be'el-Samin et Dusarès.

Au point de vue politique, il est caractéristique que, lors de la réduction du royaume nabatéen en province romaine d'Arabie, les Safaïtes prêtèrent main forte aux Romains. Ce

fait est attesté par l'inscription suivante :

DM. 211 = L. 45 : tana ann njD djvi «^np p nya^^

« Par 'An'am fils de Qâhich. Il a fait du butin l'année d^ la guerre des Nabatéens. »

On doit évidemment entendre la guerre contre les Naba — téens et M. Littmann a proposé d'y voir la mention de la. chute du royaume nabatéen en 106 de notre ère. L'époque ^ où furent gravés les textes safaïtiq|f(es rend cette hypothèse presque certaine.

Ce renseignement vient à point combler une lacune des historiens classiques qui ne nous renseignent pas sur la façon dont Trajan mit fin au royaume nabatéen. L'événement ne fut pas sans importance puisqu'il inaugure une ère spéciale (ère de Bostra ou de la province romaine d'Arabie) et que des monnaies (fig. 26) furent frappées avec la légende

ARABIA ADaUISITA.

On conçoit que les Safaïtes aient adopté l'ère de la provinceromaine d'Arabie à laquelle leur territoire dut être rattaché en grande partie. Dans un voyage récent, M. Littmann a relevé plusieurs dates qui ne peuvent se rapporter qu'à celte ère, dite aussi ère de Bostra*. Cela permet de lire une date

j . Dans le rapport publié dans American Journal of Archaeologyy 1905, p. 389-410 ; cf. p. 407 : « an trois », « an 18 des Romains. »

LE DIALECTE 8AFAÎTIQ0B 111

[ans le lexle DM. 742 : n^O njD -n[n] bSm « et il a campé n ce lieu l'ao cent » soit en 206-207 ap. J.-C. ' Nous possédons ainsi des textes safaïtiques datés entre l'an 06 el l'an 206 de notre ère. Cette écriture a dû se maiuteiir jusqu'à la fiu du m* siècle et l'on peut admettre, pour les dus anciens textes, le début de notre ère.

ng. ae. — Grand broaze (revers) frappé eu Bouventr de la constitution de la province romaine d'Arabie *.

M . Littmann croit releTer la mention d'une autre guerre lans DM. 554 :

... DTi Sfet 'ian 3"in njo ...

lu'il traduit : « l'année où les Perses {litt. : les Mèdes) com- )attirent les Romains (litt. : le peuple de Roâmj »'.

i. Cr. Litlmann, Semitic Inscriptions, p. 113.

2. IMP CAES NERVAE TRAIANO AVG GER DAC P M TR P COS V P P, BUStC

lUFé de Tr^an à droite et pal ud amen tu m.

]Çf. s. p. Q. R. opTiMo pRiNcipt. L'Arabie debout, de face, regardant à aucbe, tendant un rameau d'olivier de la droite et tenant dans la gauche n objet tronconique avec baadclettes. Un chameau, à ses pieds, marchant à auche. Dans le cbamp, de part et d'autre, S C. A l'eiergue : arab, adquis.

AE. 32 millim. Cohen, t. II, Trajan, n- 32. On possède des monnaies 'or et d'ar(;ent de ce type qu'on retrouve au revers de certaines pièces 'ai^nl frappées à Gaesarée de Cappadoce (Wroth, Calai., p. 54). L'attriut, dans la main gauche, rappelant un faisceau, n'est pas expliqué, n y a vu un roseau (Coben), une épée dans son fourreau (Wrolh), un ilon pour broyer les aromates (Rossbach, Neue Jahrh. f. d. klass. Altert., 901, p. 406 n. 3), une borne de cirque (Alb. du Chastel, Revue belge de fumisra-, 1906, p. 193-194, pi. VI).

3. Littmann, Zeitschrift fur Assyr., 1903, p. 379 et s. ; cf. Semit. Inser.,p. 113.

Nous avons dit que les aspirations des Safaïtes, à Fépoqiac où ils nous apparaissent y sont tournées vers les pays sédeE::^taires et que, par contre, ils ont rompu le lien qui les rattachait aux Arabes du désert de Syrie. Ce fait est prouv^^ par le texte suivant où les Arabes de la Rouhbé (es-Safâà) nous sont signalés comme soutenant l'agression des Arabes du Hamad ou désert de Syrie*.

D. 32 * : ipn Ss< Snp njD nam [Sn] p pnvn p ]2r%^

« Par Hounain ben ha-'Atîq de la tribu de Rouhbé, Tannô e de la bataille contre la tribu du Hamad ».

Nous avons vu plus haut dans DM. 174 la malédiction prciPnoncée contre les Bédouins c'est-à-dire les nomades d^u grand désert.

Le texte D. 32 d nous intéresse encore comme témoignar^t de l'évolution sociale des Safaïtes. Ceux-ci conservaient (L- ® leur état nomade l'organisation en tribus désignées par E^ ^

terme générique de a/, arabe J'. L'arabe classique connal cette signification, mais le plus souvent, et par suite de L désorganisation de la tribu, il emploie dl dans le sens di « famille » ou de « peuple ». Chez les Safaïtes, ce terme indubitablement la valeur de tribu, comme on peut en jugei dans l'exemple DM. 32 a donné ci-après. Mais le text^^ 32 b laisse percer dans le âl de la Rouhbé une conceptioi bien différente, conséquence de la localisation des tribui safaïtiques. Le groupement devient territorial, la tribu preni le nom du territoire sur lequel elle demeure. Et cette concep-^ tion est étendue abusivement aux Arabes de grande tente qui^ pour les Safaïtes, deviennent le âl du Hamad. Nous verront dans le chapitre Vil que cette transformation se répercuta

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