‹ Les Arabes en Syrie avant l'IslamChapitre 28 sur 88 · Alois Musil, Kusejr ^Amray Vienne · texte numérisé non relu

Alois Musil, Kusejr ^Amray Vienne

LES ABABISS BN SYRIB AVANT L ISLAM

celui d' a arts musulmans » permettant d'englober des arts très distants dans le temps et dans l'espace, n'est point si dépourvu de sens qu'on le croyait. On doit le réserver pour désigner l'art pratiqué chez les Arabes du désert de Syrie avant l'Isl&m et dans Tempire arabe pendant les premiers siècles dé l'Hégire.

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Découverte et déchiffrement des inscriptions safaîtiques. — L'alphabet safaïtique et ses congénères. -* Origine grecque de Talphabet sabéen. — Origine incertaine de Talphabet phénicien.

Nous avons vu que la région au sud-est de Damas éti^it d'origine volcanique. Â Touest du Djebel Qaurân, la désagrégation des roches basaltiques a constitué la riche plaine de la Nouqra. Â Test, la terre n'est pas susceptible de culture ; le sol est presque entièrement couvert de roches ou de fragments de roches basaltiques. C'est la Harra,

Dans la Harra du Wâdi Râdjil, ce dernier, comme le Wâdt ech-Châm et le Wàdî el-Gharz, n'offre de l'eau courante qu'en hiver. Dès le mois d'avril, on ne trouve à abreuver les troupeaux qu'en certains points bas, dans des mares ou ghadirSy situées dans le lit même du wâdl (fig. 14). Âinsi^ l'eau continuant à couler dans le sous-sol, se renouvelle lentement dans les ghadirs. En été, seuls certains puits, notamment celui d'en-Nemâra^ ne tarissent pas. Mais la vie dans la ^arra est devenue difficile pour les troupeaux; les *Ârab eç-Çafd émigrent sur la pente orientale du Djebel Haurân. Les textes safaîtiques remonteat jusque-là et attestent que les Safaïtes opéraient la même migration estivale.

On ne peut objecter contre la comparaison que nous éta-

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blissons entre les Safaltes et les modernes 'Arab eç-Çafft, un notable changement de climat. Si le Djebel I^Laurân s'est quelque peu déboisé depuis l'antiquité, le régime des cours d'eau a pu légèrement en être modifié, mais non sensiblement le régime des pluies alimentées par l'évaporation de la Méditerranée'.

Fig. 14. -

' Troupeau de chameaux l'abreavant daoa le ghadir Abod Za'roOr formé par le )lt du wAdI ech.Cbim.

Les textes safalliques suivent à l'ouest la lisière des territoires sédentaires; ils s'arrfttent à l'est àla steppe calcaire, au Qamad. Au nord, ils atteignent le Djebel Seis et au sud Qal'at Ezraq.

Souvent les blocs basaltiques couronoent une bosse de terrain, un ridjm (fig. 15). Tandis que la caravane sait le sen-

1. Cr. notre MisHon dam kn régions désertiquei de la Syrie centrale, p. 53.

lier pierreux, le guide court de ridjm en ridjm pour observer l'horizon et s'assurer que la route est libre. Sur les principaux de ces (ertres, les Arabes disposent un monceau de pierres, parfois en forme de petite tour, qui les dérobe aux regards pendant le temps de leur observation. Ce sont aussi d'utiles points de repère. Fréquemment ces points de guette

Flg. 15. — La RldjDi el-Ma»'.

sont entourés d'inscriptions safaïtiques. On en trouve également à proximité des points d'eau, c'est-à-dire aux lieux de campement.

Ces inscriptions sont à vrai dire des grafllles. La surface des blocs de basalte n'a pas été dressée et l'épiderme est seul entamé.

^ Pour vaincre la grande résistance des roches basaltiques^ les Safaltesont usé de divers procédés. Les textes les mieux

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gravés Tonl été avec une sorte de ciseau à froid. Les caractères ainsi tracés sont petits, Tentaille étroite et relativement profonde.

: D'autres foîs> l'épiderme de la pierre est simplement égraitigné avec une pointe. Les caractères sont grands, d*allure tremblée, excessivement fins et ils ne sont visibles que par leur ton rouge tranchant sur le ton noir du basalte.

Enfin, un assez grand nombre de textes sont gravés par le procédé du martelage. Les caractères sont assez grands, mais surtout très épais. Gomme les précédents, on les distingue par leur ton rouge&tre.

Wetzstein s'était demandé si ces différents procédés ne comportaient pas une différence de date. La façon dont les diverses gravures s'enchevêtrent et se superposent atteste que ces procédés sont contemporains. Le même texte est parfois commencé à la pointe et terminé au marteau.

La pellicule noire qui recouvre les pierres de là ELarra et qui leur donne un aspect si particulier, est excessivement mince. Nous avons vu qu'elle provenait de la suroxydation des sels de fer et de manganèse qui se déposent à la surface du basalte quand la rosée s'évapore. Si l'on grave des traits sur ces pierres^ même peu profondément, la teinte qui apparaît est gris de fer. Souvent, à la rupture, le grain est assez semblable à celui dé là fonte. Une oxydation plusieurs fois séculaire fera passer les traits gravés, du gris de fer au rouge plus ou moins foncé. Enfin, la suroxydation, après plusieurs milliers d'années^ aboutira au ton noir.

Ainsi, les graffites arabes datés des années 640, 653 et 740 de l'Hégire, donc des xin^ et xiv^ siècles de notre ère, que' nous avons relevés, sont encore de couleur grise. Gela suffirait à prouver que les graffites safaïtique?» passés au rouge, sont de beaucoup antérieurs. '

Le premier voyageur qui ait visité le l^afâ et signalé les textes gravés à Tentour, est Cyril Graham^ en 1857. 11 appela à plusieurs reprises l'attention sur sa découverte, particulier ment dans le Journal de la Société royale de géographie de Lonrfm(1858et 1860),

L'année suivante, en 1858, Johann Gottfried Welzstein, consul de Prusse à Damas, commença sa consciencieuse exploration du ^aurân et des régions voisines. Son Reisebericht liber Haurdn und die Trachonen, paru à Berliii en 1860,' est plein de faits précis et de détails bien contrôlés. Wetzstein n'a publié qu'un petit nombre des 260 inscription^ qu'il avait recueillies; la plupart sont inédites, mais les copies sont peu fidèles. La carte que Wetzstein a dressée vaut encore par Texactitude avec laquelle il a transcrit les noms de lieux arabes. Quoiqu'il ne parvint pas à déchi£Frer les textes safaïtiques recueillis, Wetzstein crut pouvoir conclure qu'on était en présence de l'écriture d'une population venue de l'Arabie méridionale. La partie la moins heureuse de son étude consiste dans le rapprochement des localités du Haurân avec les noms de lieux fournis par la Bible, notamment par le livre de Job.

En 1862, MM. Waddinglon et de Vogiié complétaient leur remarquable exploration épigraphique et monumentale de la Syrie, par la visite du l^afâ. M. de Yogiié, dans la seconde partie de sa Syrie centrale^ Inscriptions sémitiques^ parue en 1877, reproduisait les copies de 402 inscriptions safaltiques.

Les voyageurs qui visitèrent ensuite le Çafft, Burton et Drake, J. L. Burckhardt, SlUbel, Max von Oppenheim, ne relevèrent pas les textes safaïtiques qu'ils rencontrèrent^

En 1899, j'ai copié dans cette région 412 textes, puis en 1901 , M. Fr. Macler et moi, nous avons relevé 904 nouvelles

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inscriptions. M. Enno Littmann^ membre de Texpédition américaine en Syrie, aujourd'hui professeur de langues sémitiques à F Universilé de Strasbourg^ acopié i 35 textes en i 000* Pendant l'hiver 1904-1905, le même savant en a recueilli un nombre considérable qui seront prochainement publiés. Défalcation faite des doubles, environ 1.750 textes safaltiques ont été publiés jusqu'ici.

Si l'existence des inscriptions safaïtiques a été révélée depuis un demi siècle, leur lecture n'est assurée que depuis quelques années. Les t&tonnements ont été nombreux, entraînés par les particularités de l'écriture. ' Les premières tentatives de déchiffrement dues à Blau* et à M. David-Heinrich Millier' ont échoué, en partie parce qu'ils ne disposaient que des copies insuffisantes de Wetzstein^ en partie parce qu'ils s'attachaient trop étroitement à la comparaison avec l'himyarite. En effet, si l'ensemble des lettres est de forme sabéenne, quelques-unes s'en écartent nettement. Toutefois, ils identifièrent un certain nombre de lettres.

La publication de M. de Vogué a fourni les premières copies fidèles et en nombre important. M. Joseph Halévy avait déjà reconnu le terme de filiation p « fils ». « Cette conviction, dit-il, me conduisit à penser que la ressemblance observée entre l'alphabet du Safa et l'écriture sud-arabique n'est pas aussi absolue qu'on le croit; qu'il y a plutôt un air de famille qu'une provenance directe; qu'il fallait introduire comme terme de comparaison essentiel l'alphabet phénicien, modèle unique de tous les alphabets connus' ». Les textes publiés par M. de Vogiié servirent à M. J. Halévy pour asseoir so

1. Zeitschrift d. deutschen morgerdàndisclie Gesellschaft, t. XV, p. 450.

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