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Fig. 17. — Comparaison des alphabets phéoicien, grec archaïque et sabéen.
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Gomment s'élait-il déjà mué en récriture minéo-sabéenne qui se conservera sans changement jusqu^aux derniers temps du royaume himyarite? 11 parait indispensable, pour expliquer le grand écart entre la plupart des caractères — en admettant toujours que Talphabet phénicien soit le prototype, — de supposer entre le phénicien et le minéosabéen, un alphabet intermédiaire. Il est aisé de montrer que
Fig. 18. — AR. Monnaie himyarite aux types d'Athènes *.
cet alphabet intermédiaire est un alphabet grec archaïque. Il suffît, en effet, de dresser (fîg. 17) un tableau figurant, dans les colonnes extrêmes, les caractères phéniciens d'une part et les caractères sabéens correspondants de l'autre. Entre ces colonnes nous avons inscrit, d'abord, les formes intermédiaires idéales que l'étude précédente nous a amené à supposer, puis, les lettres grecques les plus voisines de ces
1. Babelon, Les Perses Achéménides^ p. lxi, fig. 20 et catalogue, n«324. — Tôto d'Athéna à droite, les cheveax sortant en bandeaux par dessous le casque orné d*une couronne d*olivier. Un gros anneau pend à Toreille. Sur la joue, la lettre noun himyarite;
Rf. AOE (pour AOE)* Chouette d'Athènes. Dans le champ, à gauche, un croissant.
Aux dimensions données à Tanneau au-dessous de l'oreille, on peut se demander si le graveur n'a pas voulu indiquer un *atn himyarite. Cette hypothèse est confirmée par une autre monnaie du même type appartenant également au Cabinet des médailles. Cette monnaie inédite qu'a bien voulu me communiquer M. pieudonné, porte au droit sur la joue les lettres noun et yod himyarites, au revers, un monogramme himyarite. Par ce détail et aussi par le type de la chouette, elle se classe entre les monnaies du type que nous reproduisons et les monnaies proprement himyarites à flan mince.
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formes intermédiaires. On reconnaîtra que les deux colonnes ainsi obtenues sont identiques.
De plus, et c'est là l'argument décisif, on voit que dans plusieurs cas le phénicien ne résout pas les formes sabéennes tandis que le grec archaïque possède des formes très voisines sinon identiques.
Ainsi pour le yod sabéen, soit qu'on regarde la boucle supérieure comme la fermeture d'un crochet de tète, soit que
Fig. 19. — AR. Monnaie attribuée à Gaza *.
cette boucle ait été ajoutée comme une sorte de signe diacritique à la simple barre i qu'on trouve dans certains alphabets grecs archaïques. La boucle a certainement la valeur diacritique dans le tha sabéen. Cette même boucle apparaît dans le ;a(/^ sans qu'on ait pu en fournir d'explication satisfaisante. Nous ne pensons pas que le fade sabéen dérive du fade phénicien, mais plutôt du san que certains alphabets grecs d'Asie Mineure ont longtemps conservé sous la forme T. On remarquera même que les deux formes du san correspondent aux deux formes du sodé. D'autres rapprochements pour être
1. Tête d'homme barbu à droite, Tœil de face, les cheveux retenus par un bandeau et représentés par un granulé disséminé.
Ijl;. Deux lettres phéniciennes : 3rî* Protome de cheval, paraissant porter une touiïe sur la tète, galopant à droite. Grènetis dans un carré creux.
AU. ISmillim. ; 3 gr. 62. Drachme attique. Cette pièce de ma collection est une variété de coin de Babelon, Les Perses AehéménideSf p. 49, n«335, pi. YIU, 11. Elle s'en distingue par les cheveux qui ne sont pas disposés en stries parallèles. Il semble que ce soit une toulTe plutôt qu une corne que porte le cheval par comparaison avec Babelon, ibidem^ pi. YIII, 13.
moins saillants attestent également le contact. Ainsi, la forme carrée du /^/, la position du latned et du chin. Le mem sabéen est très voisin du mu carien (cependant, il y a un léger doute sur la valeur de cette dernière lettre).
A ces considérations Jl faut ajouter deux remarques importantes faites par M. Praetorius\ D'après le savant sémitisant, le waiv et le ha f (safaïtique NI/) sabéens ne peuvent correspondre qu'au © (=<p) et au y, >K [= y) primitifs de certains alphabets grecs. Le rapprochement est particulièrement typique pour le waw dont on n'a pu fournir aucune explication. M. Praetorius en déduit que l'emprunt de ces lettres a été fait par les Grecs aux Sabéens; mais l'hypothèse inverse parait plus vraisemblable.
En effet, d'après les comparaisons fournies par notre tableau, ce ne sont pas deux lettres que les Grecs auraient empruntées, mais tout l'alphabet. Autrement dit, il faudrait attribuer aux Minéo-sabéens l'invention de l'alphabet. Mais alors, dans l'ordre inverse, les mêmes difficultés se présenteraient pour tirer l'alphabet phénicien du sabéen.
En admettant, comme nous l'avons fait jusqu'ici, que l'alphabet phénicien est l'alphabet original, nous nous trouvons en présence de deux hypothèses :
r Ou bien l'alphabet phénicien a subi tout à coup une déformation rapide pour aboutir, dès au moins le viii"* siècle avant notre ère, à l'alphabet sabéen; mais cette déformation, tout à fait parallèle à celle qui a donné les alphabet grecs archaïques, n'a laissé aucune trace ;
2" Ou bien l'alphabet sabéen dérive directement d'un alphabet grec archaïque. Cette seconde hypothèse, qui nous parait la plus vraisemblable, explique tout naturellement
U Praetorius, ZDMG s 1902, p. 676-680 et 1904, p. 715-726^
ridenlité établie par M. Praetorius entre le phi grec archaïque et le waw sabéen.
Le résultat auquel nous aboutissons^ suppose des relations commerciales directes et suivies entre l'Arabie méridionale et les pays grecs, dès une époque reculée. Il n'y a aucune difficulté à admettre ces relations lorsqu'on voit au iv* siècle avant notre ère, les Sabéens frapper monnaie à l'imitation du monnayage d'Athènes (fig. 1 8).
C'est surtout par le port de Gaza que s'établissaient les échanges entre Sabéens et Grecs. On a attribué avec beau-
Fig. 20. — AH. Monnaie attribuée à Gaza *.
coup de vraisemblance à cette importante place de commerce — qualiGée par Plutarque de 53op(aç \ktyl(y:'ri^ icoXtv — des monnaies qui offrent un curieux mélange de types grecs et orientaux (6g. 19 et 20). Les inscriptions sabéennes mentionnent Gaza. D'autre part, l'existence dans cette ville d'une importante colonie égéenne et plus spécialement Cretoise, remontant à une époque antérieure à l'invention de l'alphabely ne fait aucun doute. Le souvenir s'en est maintenu dans le culte local : le dieu Marna passait pour être le Zeus Grétagénès et la ville conservait le nom de Minoa, en souvenir de
1. Babelan, Les Perses Achéménides, p. lxiv et p. 51, n* 344, pi. Vm fig. 19. — Tète barbue et diadémée, à droite, i*œil de face, les cheveax et la barbe traités en stries parallèles.
I^. Arabe sur un chameau, à droite, levant les bras et tenant dans la
gauche un javelot. Il paraît recevoir une flèche dans le flanc. Devant lui, un palmier ou une lettre. Le coin brisé a déterminé à Texergue une protubérance. Si le revers montre, comme nous le pensons, un Arabe blessé et en fuite» il faut renoncer à reconnaître au droit un roi des Arabes.
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Minos. Une autre légende la rattachait à lo. Les monnaies d'époque romaine utilisèrent ces types mythiques. Diodore de Sicile (III, xlv, 5) dont les renseignements ont été singulièrement mis en valeur par les découvertes récentes, confirme ces témoignages lorsqu'il enregistre Topinion de certains groupes arabes qui se disaient en relation avec les Béotiens et les Péloponésiens depuis le temps d'Héraclès.
Nous avons raisonné jusqu'ici en considérant, suivant l'usage, l'alphabet phénicien comme le prototype de tous les alphabets. Depuis quelques années, les études sur l'origine de l'alphabet et sur sa diffusion montrent la complexité du problème et témoignent de l'insuffisance des solutions admises.
Quand Ghampollion eut reconnu que certains signes de l'écriture égyptienne avaient une valeur alphabétique, il posa aussitôt que l'alphabet phénicien avait été tiré de l'écriture égyptienne hiératique. La Phénicie apparaissait comme un prolongement du territoire égyptien et les rares monuments phéniciens attestaient la complète dépendance de l'art phénicien. Toutefois, ce n'est qu'en 1859 qu'Emmanuel deRougé a tenté une démonstration, dans son Mémoire sur Porigine égyptienne de t alphabet phénicien ^ paru seulement en 1874 et resté le modèle du genre.
Lorsqu'il institua ses rapprochements, Emmanuel de Rougé ne connaissait, en fait d'écriture phénicienne la plus ancienne, que celle du sarcophage d'Ëchmounazar. Depuis, on a mis au jour des inscriptions antérieures de plusieurs siècles. Les rapprochements établis n'ont pas été confirmés. « D'une façon générale, dit M. Philippe Berger, la ressemblance du phénicien avec l'écriture hiératique, au lieu de s'accuser, diminue quand on remonte aux formes les plus
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anciennes de Talpbabel* ». La même observation s'applique au tableau remanié, dressé par M. Maspero*.
Lévy de Breslau^ puis M. Halévy ont pensé que les Phéniciens avaient tiré leur alphabet, non de récriture hiératique, mais des hiéroglyphes égyptiens. M. Joseph Halévy trouve ainsi quatorze caractères phéniciens et de ces caractères primordiaux, il déduit les huit restant. Ainsi h^t est tiré de hé par l'addition d'une barre, ce qui se conçoit à la rigueur. Mais on ne s'explique pas la raison qui a fait dériver le dalet du rechy sinon que la théorie adoptée est impuissante à expliquer le dalet par les hiéroglyphes égyptiens.
A y regarder de près, ni les caractères hiératiques d'Emmanuel de Rongé, ni les signes hiéroglyphiques de M. Joseph Halévy n'ont de ressemblance avec les lettres correspondantes de l'alphabet phénicien. Us ressemblent beaucoup plus aux lettres qui ne leur correspondent pas.
Pourquoi, d'ailleurs, limiter à huit lettres la part d'in-» vention des Phéniciens? M. Pilcher pense que les Phéniciens étaient gens assez habiles pour avoir établi vingt-quatre combinaisons de traits. Il lui sufGt de ranger les lettres phéniciennes du simple au complexe :
+ +K) ^ 1 ^(/) Z A ^ etc..