‹ Les Arabes en Syrie avant l'IslamChapitre 46 sur 88 · L. 5 : nna «frn « et il a passé l'été en ce lieu »; V · texte numérisé non relu

L. 5 : nna «frn « et il a passé l'été en ce lieu »; V

mn Nfm « et il a passé Télé en ce point d'eau ».

11 est fréquemment question du pays de Syrie, naturellement qualifié « pays de Roûm », c'est-à-dire pays des Romains. Ceux-ci, dès le second siècle de notre ère, construisirent leurs fortins les plus avancés vers l'Orient dans la région du Safà. Il en résulte que les Safaïtes reconnaissaient leur domination. Si les Safaïtes avaient adopté une attitude hostile, la ligne des fortins suivrait le flanc oriental du Djebel Ilaurân au lieu de dessiner dans l'est un crochet aussi accentué (fig. 9).

110 LKS AUABliS KN SYUIK AVANT L*1SLAM

Plusieurs détails, d'ordre religieux, politique ou économique, confirment ces considérations dont il nous faut tenir compte pour l'interprétation des textes. Ainsi, au point de vue religieux, nous verrons que la dépendance des Safaïtes est établie par l'adoption des divinités Be*el-Samin et Dusarès.

Au point de vue politique, il est caractéristique que, lors de la réduction du royaume nabatéen en province romaine d'Arabie, les Safaïtes prêtèrent main forte aux Romains. Ce fait est attesté par l'inscription suivante :

DM. 211 = L. 45 : t333 3nn njD Djyi urnp p Dya«S

tt Par 'An*am fils de Qâhich. Il a fait du butin l'année de la guerre des Nabatéens. »

On doit évidemment entendre la guerre contre les Nabatéens et M. Littmann a proposé d'y voir la mention de la chute du royaume nabatéen en 106 de notre ère. L'époque où furent gravés les textes safaïtiqnes rend cette hypothèse presque certaine.

Ce renseignement vient à point combler une lacune des historiens classiques qui ne nous renseignent pas sur la façon dont Trajan mit fin au royaume nabatéen. L'événement ne fut pas sans importance puisqu'il inaugure une ère spéciale (ère de Bostra ou de la province romaine d'Arabie) et que des monnaies (fig. 26) furent frappées avec la légende ARABiA ADauisrrA.

On conçoit que les Safaïtes aient adopté l'ère de la province romaine d'Arabie à laquelle leur territoire dut être rattaché en grande partie. Dans un voyage récent, M. Littmann a relevé plusieurs dates qui ne peuvent se rapporter qu'à cette ère, dite aussi ère de Bostra ^ Gela permet de lire une date

i . Dans le rapport publié dans American Journal of Archaeology, 1905, p. 389-410 ; cf. p. 407 : « an trois », « an 18 des Romains. »

LB DIALKCTK SAPAÏTIOUK t jl

dans le texle DM. 742 : TVD HJD min] S^m « et il a campé en ce lieu l'an cent » soit en 206-207 ap. J.-G. '

Nous possédons ainsi des tcxles safaltigues datés entre l'an 106 et l'an 20« de notre ère. Celte écriture a dû se maintenir jusqu'à la fin du m' siècle et l'on peut admettre, pour tes plus anciens textes, le début de notre ère.

Flg. S6. — Grand bronte (reven) b-oppé en Bouventr d« la consUtution de la provluca romaine d'Arable '.

M. Littmann croit releTer la mention d'une autre guerre dans DM. 554 :

... un Sx 'TDH 3-in njD ...

qu'il traduit : « l'année où les Perses (litt. : les Mèdes) combattirent les Romains (litt. : le peuple de Boùm} »'.

i. Cr, Lillmann, Semitic inscriptions, p. 113.

2, IMP CAES NERVAE TRAIANO AVG GER DAC P M TR P CCB V P p. BllSte

Ifturé du TraJEtn à droile et paludamentum.

1^. s. p. Q. R. oFTiMo FttiNCipi. L'Arabic debout, de face, regardant k gauclie, tendant un rameau d'olivier de la droite et tenant dans la gauche an objet tronconique avec bandelettes. Un chameau, à ses pieds, marchant ft gauche. Dans le champ, de part et d'autre, S C. A l'exergue : arab. adq.uis.

AB. 32 millim. Cohen, t. Il, TrajSD, n* 32. On possède des monnaies d'or et d'argent de ce type qu'on retrouve au revers de certaines pièces d'argent frappées à Cuesarée de Cappadoce [Wrotb, Catal,, p. 5i). L'attribut, dans la main gauche, rappelant un Taisceau, n'est pas expliqué. On y a vu un roseau (Cohen), une épée dans son Tourreati (Wroth), un pilon pour broyer les aromates (Itossbach, Seue iahrb. f. d. Iilass. Attert., 1901, p. 406 n. 2), une borne de cirque (Alb. du Chastel, Reoue belge de ffttmism., 1906, p. 193-194, pi. VI).

3. Littmann, Zeilsehrift fùrAityr., 1903, p. 379 et s. ; cf. Semit. Iiw!r,,p. 112.

Nous avons dit que les aspirations des Safaltes, à Fépoque où ils nous apparaissent, sont tournées vers les pays sédentaires et que, par contre, ils ont rompu le lien qui les rattachait aux Arabes du désert de Syrie. Ce fait est prouvé par le texte suivant où les Arabes de la Roulibé (es-Safâ) nous sont signalés comme soutenant l'agression des Arabes du Hamad ou désert de Syrie'.

D. 32 * : i]Dn Sk Snp PJD nsm [Sk] p pnyn p pnS

« Par Ilounain ben ha-'Alîq de la tribu de Roulibé, Tannée de la bataille contre la tribu du Hamad ».

Nous avons vu plus haut dans DM. 174 la malédiction prononcée contre les Bédouins c'est-à-dire les nomades du grand désert.

Le texte D. 32 b nous intéresse encore comme témoignant de révolution sociale des Safaïtes. Ceux-ci conservaient de leur état nomade l'organisation en tribus désignées par le

terme générique de âl^ arabe J'. L'arabe classique connaît cette signification, mais le plus souvent, et par suite de la désorganisation de la tribu, il emploie âl dans le sens de « famille » ou de « peuple ». Chez les Safaïtes, ce terme a indubitablement la valeur de tribu, comme on peut en juger dans Texemple DM. 32 a donné ci-après. Mais le texte 32 b laisse percer dans le âl de la Rouhbé une conception bien différente, conséquence de la localisation des tribus safaltiques. Le groupement devient territorial, la tribu prend le nom du territoire sur lequel elle demeure. Et cette conception est étendue abusivement aux Arabes de grande tente qui, pour les Safaïtes, deviennent le âl du Hamad. Nous verrons dans le chapitre VII que cette transformation se répercute

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