Annales de Géographie, 1906, p
territoires déterminés. Un effet moins proche, mais également certain, est d^ntratner peu à peu le nomade vers dps occupations qui lui étaient étrangères. L'état de guerre le tenait dans Poisiveté. Le lien moral et matériel de la tribu s'affirmait rigoureusement dans l'autorité du chef, le culte commun, le groupement dés intérêts en vue de la défense et de Tattaque, au point que l'idée de tribu absorbait celle de famille. Avec la paix assurée, ce lien se relâche. Un à un, les individus se détachent du groupe. Us prennent du service dans l'armée, ils s'engagent pour le travail des champs, pour le transport des marchandises. C'est le moment où les conditions de la vie favorisent leur installation en territoire sédentaire et les poussent à la vie agricole. On les voit alors construire des villages. Il ne reste pour l'élève des troupeaux que le nombre d'hommes nécessaire. Mais eux aussi ont évolué puisqu'ils se sont spécialisés et sont devenus de simples bergers. Les migrations ont disparu pour les uns et pour les autres : le nomadisme des troupeaux s'est changé en transhumance'.
C'est un sujet constant d'étonnement pour le voyageur de rencontrer, sur toute la frontière orientale de la Syrie, dans des contrées aujourd'hui désertes, des villages en ruine qui datent de l'époque romaine. On se demande, étant donné que les Romains n'installèrent pas de colonies dans la région, d'où provenait tout à coup cette population. L'onomastisque des inscriptions prouve que cette population est un apport du désert. Elle permet d'établir que le versant oriental du Djebel Haurân fut colonisé par les Safaïtes, tandis que la région sud du Haurân, entre autres les environs de Bostra, fut occupée par des Nabatéens. La prépondérance de l'élé.
1. Sur cette évolution qui s'accomplit de nos jours en Algérie, voir A. Bernard et N. Lacroix, Annales de Géog^raphie^ 1906, p. 164.
ment nabatéen s'affirme à Es-Souwaidft puisque celte ville prend le nom de Dionysias en l'honneur du dieu nabatéen Dusarès identifié à Dionysos. Â Âdraaet à Bostra, on célèbre de grandes fêles sous le nom A*Actia Dusaria. Mommsen a dit que la province romaine d'Arabie^ créée par Trajan avec les débris du royaume nabatéen, avait été mal dénommée : « Trajan, explique l'illustre historien, était un homme à grandes actions, mais plus encore à grands mots K » Dans le cas particulier, l'appellation était justifiée puisque la contrée était habitée par des Arabes.
Les Romains s'empressèrent d'élever des fortins en bordure des territoires sédentaires et, aussi, sur les principales routes qui s'enfonçaient dans le désert. Ils développèrent l'irrigation par la construction d'aqueducs. Ils embellirent les villes en traçant de larges voies et en érigeant de somptueux monuments. Enfin, ils mirent un soin particulier h améliorer le système de communications.
Dès l'institution, en 106 de notre ère, de la province romaine d'Arabie^ l'administration romaine construisit dans le Haurftn un réseau de routes dont le centre fut Bostra, l'ancien emporium nabatéen devenu capitale de la province nouvelle. Ainsi fut transformé en voie romaine, lé chemin des caravanes qui, de Bostra, se dirigeait vers le sud par Ammftn-Philadelphie et Pétra jusqu'au golfe Elanitique» Les milliaires, posés dès le temps de Trajan, qui ont permis de repérer cette route, la définissent : via nova a finibus Syriae ûsque ad mare Rubrum. De Bostra, une voie romaine menait à Adraa, une autre à Damas, une autre encore à Salkhad et de là à Tnak, à Qal'at Ezraq oti s'élevait le dernier fortin à l'entrée du désert. Les caravanes en partaient pour gagner soit TArabie soit la basse Mésopotamie.