Clermont-Ganneau, Recueil, VI, p
LE PANTHÉON SAPAÏTIQUB 155
fourni par comparaison avec la forme pleine D1p^t<2I^^U^ des indications précises sur la vocalisation. A/-^a2/m, <c le peuple, les gens » a été plus Facile à déterminer que le premier élément. Pour celui-ci, on doit choisir entre chai et cM de la même racine qui a donné le nom des Cht'iles ach-cMah^ les sectateurs des descendants de *Âlt. Le sens primitif de chaï ou chi — car les deux mots ne sont que des variantes dialectales, — est « celui qui accompagne ». On dit : chd'akoûm Allah biS'Salâm^ « qu'Allât vous accompagne du salut ! ». On peut étendre le sens primitif à « celui qui conduit », ou «celui quiaide, assiste» ; mais ce ne sont que des sens dérivés. Il est nécessaire de préciser la valeur de qaum. En réalité, ce terme ne signifie pas « peuple » au sens où nous Fentendons ; mais « un groupe » et un groupe de personnes réunies par un lien moral. Un qaum (goum) était notamment le contingent fourni par une tribu. Dans le même ordre d'idées le terme A'al-qaum sert à désigner la secte des Soufts. Aussi, inclinons-nous à comprendre al-qaum comme désignant un groupement formé en vue d'un but spécial, très probablement une troupe en armes. Le sens de caravane est peu vraisemblable, car les Safaïtes ne s'adonnaient guère à ce métier. On remarquera que le Nabatéen 'Obaidou, dont nous avons rappelé la dédicace, était précisément un homme d'armes. Chai -al-qaum signifierait alors « celui qui accompagne la troupe ». Nous aurions là un dieu des armées.
Le centre du culte de Chai*-al-qaum à l'époque romaine paraît être le Çafâ et le sud du Djebel IJaurân. Le texte nabatéen et la dédicace palmyrénienne cités plus haut témoignent de l'introduction de ce dieu arabe dans les milieux nabatéens en contact avec les Safaïtes. En effet, le texte nabatéen a été relevé à Tell Ghâriyé. Quant à la dédi-
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cace palmyrénienne, elle est faite par un Nabatéen de la tribu de Roûhou. Or, cette tribu aifait son centre à Salkhad c'est-à-dire non loin de Tell Ghâriyé. Hébrân, qui a fourni la dédicace au dieu Lycurgue, est également dans la même région.
On ne peut manquer d'être frappé de la richesse du panthéon safaïtique. Cet exemple infirme à nouveau la théorie d'après laquelle le nomadisme inclinerait au monothéisme^. Les raisons qu'on peut invoquer, absence de cultes agraires et de culteslocaux — en admetlantqu'elles soient suffisantes, — vaudraient dans le cas du nomade « absolu ». Nous avons vu que ce n'était pas l'état de l'Arabe nomade. Celui-ci est attaché à certaines régions qu'il considère comme étant son domaine et qu'il marque de son wa$m\ il cultive certains points (céréales^ palmeraies). Souvent, en hiver, il vit dans des maisons en pierre ou en pisé.
Nous ne croyons pas qu'on puisse trouver un argument favorable dans les appellations divines telles que Gad-'Awtdh, le dieu dont la tribu de 'Awtdh assure le culte, car tout en s'acquittant de ce soin, les membres de la tribu vénéraient certainement d'autres dieux.
1. Développée par Renan, cette théorie réapparaît sous une forme nouvelle dans Année sociologique, 1906, p. J88.