L'ASSIMILATION DÉFINITIVE DES SAFAITES
Be*el-Saaiia et DuRarès adoptés par les Safaïtes. — Les Safaïtes devenus sédentaires : Zeus Safathènos. — Leur assimilation complète aux Syriens.
Nous avons éludiôdans les chapitres précédents les divinités safaïtiques, plus généralement arabes, qui ont pénétré en Syrie. Il nous reste à marquer rinfluence des cultes syriens sur les Safaïtes et tout particulièrement de Be el-Samtn, le c( maître des cieux ».
L'extension géographique de cette divinité est considérable, soit sous la forme araméenne Be'el-Samln qu'ont connue les Safaïtes, soit sous la forme chananéenne Ba*al- Ghamlm plus anciennement adoptée en Syrie. On a trouvé des dédicaces à Ba*al-Chamtm non seulement en Phénicie, mais aussi à Carthage et en Sardaigne.
Dans les régions désertiques de la Syrie^ Palmyre a été un grand centre du culte de ce dieu. 11 y porte le titre de t<*1D ^lOhy qui désigne aussi bien le maître de l'éternité que le maître du monde ^ Il est également un dieu bon et rémunérateur.
Le syncrétisme des basses époques devait tendre à absorber ce dieu comme tous les autres dans le dieu solaire ; on trouve une trace certaine de ce sentiment dans Philon
1. Lidzbarski, EphemeriSt I, p. 258, qui compare aux formules hébraïque et arabe.
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de Byblos. Mais les textes palmyréniens prouvent qu'on n'avait pas encore perdu, dans cette région du moins, la notion exacte de Be'el-Samln.
MM. Puchstein et Sobernheim ont montré que, dans la bilingue palmyrénienne grecque Yogilé 16, l'équivalent grec de Be*el-Samtn n'était pas Hélios, mais ZeusV La bilingue d'et-Tayyibé (Palmyrèhe) fournit comme équivalent : Zeus Mégistos Kéraunios (Yogtté 70).
On est d'accord pour reconnaître une très haute antiquité au Ba'al-Chamtm, surtout en présence de la mention qui en est faite dans le traité de Âsarhaddon avec le roi de Tyr sous la forme Ba^al-sa-me-me*.
Il n'est pas sans intérêt de montrer quelle empreinte ont laissée en Syrie les spéculations théologiques touchant cette divinité. Dans la région qui s'étend entre Tripoli et Antioche, les Nosalris conservent un véritable panthéon sous les noms musulmans empruntés : 'Alt, Mohammed et Salmânal-Farisi. En réalité, ces personnages recouvrent le Ciel, le Soleil et la Lune. Certains, cependant, qui mettent le Soleil en tétede liste et en font une apparition de 'Alt, sont appelés Chamâliyyé ou Ghamsiyyé. Ceux qui mettent la Lune en tète, en la regardant comme une apparition de 'Alt, portent le nom deQamariyyé.
Or, la version arménienne du conte d'Ahiqâr conserve la mention de trois divinités vers lesquelles Ahiqâr se tourne au début du livre : Belâim, âimel et Samin'. Il faut évidemment corriger la transposition qui s'est produite entre sim et samin et lire : Belàamin, éimel et éim c'est-à-dire : poSja,
1. Moritz Soberaheim, Palmyrenische [nschrifUn, p. 22-23, n» 15; cf. Clermont-Ganneau, Rectiei/ d^arch. or., VII, p. 14-15.
2. Zimmern, Keilinschriften unddas Alte Testament, p. 357; cf. Lidzbarski, Ephemeris, 11, p. 122.
3. U. Dussaud, Histoire et Religion des Nosaïrts, p. 82 et s., 201-202; et Notes de mythologie syr., p. 58, n. 4 ; Lidzbarski, Ephemsris, l, p. 259.
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bvD)îf et fû^. Ces divinités correspondent en lout poinl aux trois grands dieux des Noçalrls, puisque les adorateurs du
Soleil sont des sectateurs de S«DW.
Be'el-Samtn se retrouve dans TArabie méridionale sous la
forme ^IDlbî ou encore ^Wi. On sait que dhou = ba*al. On
peut expliquer ^IDU^ comme une forme pluriel sSj^ ^^ ^^* Quelles que soient les difficultés qu'offre ce détail % les doutes sont levés depuis que M. Littmann a trouvé en safai-
tique la forme : ^Dùh^:i* à côté de la forme usuelle poS^fS.
Fig. 31. -> Plan du temple de Be'el-SamtD à St*a, près Canalha,
d*aprè8 M. do VogQé.
Le safaïtique conserve la forme arabe à côté de la forme araméenne.
La graphie usuelle IDD'}}?:^ atteste que les Safaïtes, bien quH le maître des cieux ne fût pas étranger aux milieux arabes, ont adoré sous cette forme un dieu emprunté aux populations syriennes. Or, précisément, existait à St'a dans le Djebel Haurân, au contact des Safaïtes, un grand lieu de culte de Bé el-Samtn. Les ruines ont été étudiées par M. de
1. Objections présentées par Lidzbarski, EphemeriSj I, p. 2^3 et suiv.
2. E. Lillmann, American Journal of Arckaeology^ 1905, p. 408.
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Yogûé dont nous reproduisons (fig. 31) le plan et, plus récemment et à deux reprises, par M. Butler V
La porte monumentale A est du style du haut empire romain. Également la porte D. Mais à côté de figures, de médaillons et de victoires d'un bon style, on reconnaît des fragments, sans doute les restes d'une construction antérieure d'un style tout différent. La porte G est tout entière de ce style particulier. M. Butler a reconnu en ce point les fondations d'un temple du même type et du même style que celui dont nous allons parler.
On franchit le péribole et l'on se trouve en présence du naos construit à un niveau plus élevé. Cet édiBce, d'un intérêt tout particulier a été fouillé, en 1904, par la mission américaine. Les observations que nous présentons ici devront être contrôlées h l'aide de la publication que prépare M. Butler.
Ni le plan, ni la façade du temple de St 'a ne sont ceux d'un temple grec. Il n'y a pas trace de fronton; l'édifice se dressait sur deux étages superposés. Au rez-de-chaussée, un portique de deux colonnes précède la porte en retrait; à Tétage supérieur, décoration de pilastres peu saillants. Toutefois, la restauration de la façade présentée par M. do Vogué, à la suite d'une exploration rapide, ne répond plus aux découvertes récentes. N'y aurait-il pas lieu de s'inspirer d'un temple élevé non loin de là, à Abila de la Décapole, et que nous connaissons par les monnaies de cette ville ? On y voit un portique en retrait figuré entre deux tours*. Il semble que ce soit une disposition syrienne puisqu'on l'observe à Qaçr
1. M. de Vogué, Syrie centrale. Architecture, p. 32; Butler, Publications of an American arch. Expédition to Syria, II, p. 334-340 et Revue Archéologique, 1905, I, p. 404-409.
2. Saulcy, Numismatique de la Terre Sainte, pi. XVI, n<»* 7 et 8.
l'assimilation définitive des safaïtes
Rabba, près du wâdt Modjib, dans la TransJordanie (fig. 32) et qu'on en trouve un dernier écho, au vi"" siècle de notre
ère, dans Féglise de Tourmanin^
M. Butler a constaté que le naos était double, c'est-à-dire formé d'un temple dans un temple, ce qui explique le texte [CIS^ II, 163) que nous reproduisons plus loin et rappelle les dispositions du temple de Jérusalem. L'éuigmatique théatron est représenté par la cour F entourée d'un portique. Contre
Fig. 32. — Plan du temple de Qasr Rabba, d'après BrOnnow et Domazewski,
Provincia Arabia^ 1, p. 46-51.
le mur Est do celte cour, on a relevé des bancs semblables aux sièges d'un théâtre*.
L'ornementation n'est pas moins étrange que l'ordonnance : a toutes les lignes sont surchargées de sculptures distribuées sans beaucoup de mesure » '. Nous avons ici comme un civant-goût de la décoration touffue du palais de Mechatta. Même le motif en pampres que domine la tète du dieu, est