SS == LS
2 LULU conne C
Fig. 190. Inflorescence du Figuier (Ficus carica). I. Coupe longitudinale d’une figue encore très-jeune : &. &. a. écailles du bouton à l’abri desquelles une figue se forme dans l’aisselle d’une feuille; b. feuilles florales qui restent stériles et qui plus tard ferment l’orifice de la figue; æ. l’ébauche des bractées à l’aisselle desquelles se formeront les fleurs (gross. 25 fois). II. Coupe longitudinale d’une figue de Ficus stipulata à moitié mûre: c. la région oùse trouvent les fleurs mâles; les fleurs femelles (d) se trouvent dans tout le pourtour de la cavité.
qu'il ne tarde pas à grossir si ces ovules ont éprouvé le contact d'un tube pollinique : la fleur de Cerisier se détache du rameau avec son pédoncule si la fécondation n’a pu se faire, au lieu de grossir et de se transformer en cerise. La fleur des Orchidées conserve sa fraîcheur pendant des semaines entières lorsque les fonctions de reproduction ne s'exercent pas, mais une fois fécondée, ses sépales et ses pétales se flétrissent en quelques jours, pendant que son ovaire grandit rapidement en consommant au profit de ses ovules une grande quantité de nourriture : celle-ci est soustraite aux autres organes floraux, ce qui amène leur dépérissement et leur mort.
La floraison et la fructification supposent, chez la plante, une certaine vigueur ; maints arbres ne fleurissent qu'à un âge avancé, comme le Sapin et le Hêtre; les Orchidées, issues de graines, exigent plusieurs années pour acquérir la taille et la force nécessaire à la formation des fleurs (1). Le Lierre ne fleurit que sous des conditions trèspropices; on sait qu'il change alors de forme et que tout son aspect se modifie ; les modifications analogues doivent sans doute s’opérer dans son économie intérieure. Si l'on bouture un rameau de Lierre qui à fleuri, il portera lui-même des fleurs au bout de fort peu de temps, tandis que la bouture d’une plante qui n’a pas fleuri, bien que placée dans les mêmes conditions, ne porte sa fleur qu'après un assez grand nombre d'années et pour autant que les circonstances soient favorables. La floraison et la fructification exigent une certaine vigueur chez la plante, précisément parce que ces deux fonctions provoquent une grande dépense de force, c'est-à-dire beaucoup de nourriture ; les plantes annuelles périssent lorsqu'elles ont müri leurs fruits. Cette influence néfaste de la floraison et l’affaiblissement qu'elle détermine chez la plante ne sont nulle part plus intéressantes à observer que chez l'Agave americana : on voit les feuilles succulentes de cette plante se ramollir et se flétrir à mesure que la hampe colossale s'élève; toute la plante meurt avec les fleurs; elle ne fleurit qu'une seule fois et ce phénomène n’a lieu chez nous que dans un âge fort avancé; dans les contrées méridionales il est beaucoup plus précoce ; aux environs de Séville, par exemple, l’'Agave d'Amérique fleurit au bout de la 6° à la 10° année. Lorsque le Chêne porte des fruits, il ne fait pas, en général, de seconde pousse; lorsque la récolte
(1) M. Benda a rencontré en 1854 dans le district d’Altenplathow un Chêne d’un an qui portait déjà quatre glands: c’est un fait probablement unique.
est abondante, les arbres fruitiers poussent peu de bois cette année là ; de même, une récolte moins bonne succède généralement à une année de grande fertilité. Le Hêtre et le Chêne ne fleurissent pas chaque année, de même que le Pin ne porte pas des cônes annuellement. Le sol et les autres conditions qui agissent sur la station exercent d’ailleurs une certaine influence sous ce rapport ; le Chêne et le Hêtre notamment fleurissent plus souvent lorsque le terrain est bon. Le Sapin, dont toutes les fleurs sont accumulées au sommet le plus élevé, porte des cônes à peu près chaque année, en nombre restreint il est vrai. L'Epicea en est couvert de la base au sommet pendant les bonnes années. Une personne digne de foi m'aracontéun faitquimérite d'être rapporté : depuis quelques années tous les Pruniers de son pays étaient assaillis de chenilles qui les dépouillaient de toutes leurs feuilles ; il nettoya ses arbres et obtint de cette manière des feuilles et un certain nombre de fleurs; 1l se croyait récompensé de ses peines : mais, au printemps suivant, 1l vit les arbres de ses voisins, qui, l'été précédent, avaient toutes les apparences du bois mort, se couvrir de fleurs, et à l'automne leurs branches et leurs rameaux pouvaient à peine supporter les fruits dont ils étaient chargés ; au contraire, ses arbres, auxquels il était parvenu à grande peine à faire porter une médiocre récolte, en avaient produit une plus chétive encore pendant ce second automne. Ce fait s'explique par cette raison que les arbres dépouillés de leurs feuilles par les chenilles n'ayant pas porté fruits, avaient pu amasser, ne fut-ce que par l'activité de leurs racines, une nourriture surabondante qui n'avait pas eu d'emploi et qui a pu être utilisée l'année suivante et favoriser une récolte extraordinaire. La même chose se produit pour la Vigne: dans le midi de la France la récolte du raisin, après avoir été anéantie plusieurs années de suite par l'oïdium, a été ensuite extraordinairement belle et supérieure à celle donnée par les vignobles dont on avait entretenu la production au moyen de la fleur de soufre. Les fleurs de la plupart de nos arbres se forment dès l'automne qui précède leur épanouissement ; aussi la température de cette saison est-elle, au point de vue de la floraison, de la plus haute importance. On peut pour le Hêtre, par exemple, préjuger, dès l'automne, l'importance de la floraison suivante à la simple inspection de la grosseur des boutons (PI. IE. Fig. 34).
Les fruits ont pour nous une grande importance à cause des principes nutritifs qu'ils contiennent soit dans leur péricarpe {les baies et les drupes) soit dans leur périsperme, leur albumen ou leurs cotylédons,
et qui consistent en fécule, aleurone, sucre, etc. Mais ils sont d'une valeur beaucoup plus élevée encore pour la plante elle-même en ce qu'ils représentent en quelque sorte le but vers lequel tend la végétation. Provenant elle-même de l'embryon d'une-graine, la plante produit de nouvelles graines renfermant d'autres germes. Le fruit meurt quand il a müri les graines dont 1l avait la garde; l'embryon se dépouille alors de son périsperme et recommence une nouvelle vie en utilisant d'abord les principes quele fruit lui avait préparés. Ainsi cheminent la vie et la morten setenant par la main, pendant que sur le sentier qu'elles parcourent, la matière se renouvelle incessamment suivant les lois immuables de la création.
L'arbre et sa vie.
Chaque végétal est animé d’une vie propre, individuelle, qui, depuis la première apparition de l'embryon jusquà la mort de l'arbre, se développe avec ses caractères particuliers et reste immuable dans son essence.
La différence de l’activité animale et de la vie végétale étroitement hées à la structure intime des animaux et des plantes, est une conséquence directe de leur diversité d'origine. La constitution d'un végétal étant beaucoup plus simple que celle de l'animal, et ses cellules étant soumises à moins de modifications, il en résulte que la physiologie végétale doit jeter le plus grand jour sur les phénomènes vitaux des cellules. On sait, d'un autre côté, qu'il existe plusieurs espèces de cellules, ayant chacune une activité différente et que la vie des végétaux se manifeste et se développe par la coordination des divers tissus formés par ces cellules, qui agissent les unssur les autres comme les différentes pièces du mécanisme le plus ingénieux.
Tout organe d’une plante vit et croît suivant certaines lois déterminées qui ont leur raison d'être dans la disposition et la valeur de certaines cellules ; il nest, en effet, pas une seule cellule dans un arbre qui ne vive d'une vie innée et intérieure en même temps que son activité se manifeste à l'extérieur. De même que les rouages d’une machine s'engrènent et produisent une certaine force par la coordination de leurs mouvements, de même les cellules agissent l’une sur l'autre; et le jeu régulier de ces différentes cellules développe une activité particulière, qui se révèle par les phénomènes apparents dont chaque plante nous présente le spectacle.
La plante consomme pour son existence des substances qu'elle ne
saurait produire elle-même; la matière existe et la vie est incapable de produire un atome ; la force vitale des végétaux modifie la composition des matériaux qu'elle extrait du monde ambiant, elle les réduit dans leurs éléments, et sous sa direction, pour ainsi parler, elle en obtient de nouvelles combinaisons. Les plantes ont, en un mot, besoin d'aliments, comme les animaux, et elles les puisent dans l'air et hors du sol.
L'arbre envoie dans la terre de puissantes racines dont les parties les plus jeunes ne sont recouvertes que par un épiderme fort mince et qui émettent, en général, un chevelu d’une extrême délicatesse ;: il puise dans le sol, au travers de cet épiderme et au moyen de ce chevelu, les substances quise trouvent dissoutes dans l’eau quelle que soit leur nature, minérale ou organique. Les diverses matières inorganiques que l’on trouve chez les plantes, soit sous la forme de cristaux dans les tissus vivants, soit à l'état de cendres après la calcination, ont été extraites du sol par les racines ; les plus importantes d'entre-elles sont la potasse et la soude, la chaux et la magnésie, ainsi que la silice; le fer se trouve également partout, et quelquefois le manganèse : on a encore constaté chez les végétaux la présence d'autres sels métalliques mais en proportion plus restreinte et plus ou moins accidentelle. [ls assimilent du soufre et du phosphore et retirent ces deux éléments des sulfates et des phosphates solubles que leurs racines extrayent du sol; la quantité d'azote fixée est considérable et fournie pour la plus grande partie par les racines. Liebig, supposant que les plantes retirent tout leur carbone et tout leur azote de l'air atmosphérique, fut conduit, par cette hypothèse erronée, à condamner comme superflu l'emploi des engrais organiques. Il est hors de doute que le sol qui renferme beaucoup de matières organiques, comme par exemple le terreau de bois et l'humus, peuvent se passer d'un engrais d'origine animale, mais 1l n'a, en pareil cas, pas non plus besoin d'être amendé par des matériaux inorganiques, comme Liebig le recommandait. La forêt n'est Jamais engraissée et cependant tous les arbres qui la constituent, tous les taillis qui la composent, livrés à leur aménagement naturel, trouvent dans le sol ce dont ils ont besoin; elle forme elle-même la terre sur laquelle elle s'étend ; ses feuilles tombées se décomposent , leurs éléments organiques se répandent en partie dans l'atmosphère sous forme gazeuze ou bien retournent dans le sol à l'état d'humus, mélangés aux matières minérales ; 1l est possible que des substances plusieurs fois rejetées avec les feuilles sont
plusieurs fois absorbées par les racines du même arbre. La terre arable forme de l'ammoniaque et produit de l'acide nitrique. Les agriculteurs connaissent les propriétés fertilisantes du nitrate de soude (salpêtre du Chili, salpètre d'Iquique, nitrate caliche) et surtout du guano, qui nest autre chose que des excréments d'oiseaux à l’état fossile et qui contribue, en outre, comme la plupart des engrais animaux, à amender le sol. L'efficacité des engrais animaux, qui tous ont pour effet d'élever dans une notable proportion la valeur de la récolte, réside dans leur richesse en azote assimilable et en substances minérales. L’acide nitrique du salpètre caliche est de l’azote uni à de l'oxygène ; dans le guano, l'ammoniaque est en partie combinée avec de l'acide nitrique qui est pareillement azoté, et elle fournit de l'azote en même temps que de l'hydrogène : 1l se compose en outre de phosphate de chaux. L'action fertilisante du salpètre du Chili réside surtout dans l'azote qu'il contient ; le guano lui est supérieur parce que outre l'azote il fournit encore de l'acide phosphorique.
Il est digne de remarque que la putréfaction est un travail de la matière qui s'opère au profit de la vie; les débris des animaux et des plantes dégagent, après leur mort, des substances gazeuses ou volatiles; les unes se répandent dans l'atmosphère et sont absorbées par les feuilles des végétaux, les autres se rendent dans le sol, sy combinent avec d’autres composés qu'elles y rencontrent et qui les fixent, et en sont ensuite extraites par les racines après qu'elles ont passé à l’état de dissolution. Les principaux produits de la putréfaction sont l'ammoniaque, l'acide carbonique et l’eau, précisément les trois composés les plus nécessaires à la vie des plantes et qu'elles absorbent indifféremment à l’état de gaz, de vapeurs, ou de liquides, libres ou bien unis à d’autres composés. L'acide carbonique libre que le sol renferme est susceptible de s'unir aux carbonates de chaux ou de magnésie qui s'y trouvent et de former des bicarbonates solubles qui passent sous cette forme dans les racines. La racine ne sert donc pas seulement à fournir au végétal les éléments minéraux, mais en outre, de l'acide carbonique et de l’'ammoniaque. C'est par la même voie que circule la plus grande parte de l'eau dont l'intervention est si nécessaire à son existence. L'alimentation qui se fait au moyen des racines constitue ce que l’on peut nommer la nutrition terrestre (Bodennahrung).
Les feuilles, dont le limbe vert s'étale à la lumière, soutirent de l'atmosphère des gaz et des vapeurs au moyen de leur surface. L'air renferme de l'acide carbonique, dont les sources de production sont
nombreuses et parmi lesquelles l’une des plus importantes est la décomposition dessubstances organiques.Getacide carbonique restelibre ou bien se combine à de l'ammoniaque pour former du carbonate ammonique. La décomposition qui s'opère à la surface de la terre répand, en outre, dans l'atmosphère de l'acide sulfhydrique et du phosphure hydrique, et il est probable que ces deux gaz sont absorbés, comme l'acide carbonique, par les feuilles et par les parties vertes de l'écorce. La présence de la vapeur d’eau est générale dans l'air ; il y existe également des matières minérales et des substances organiques, dont les unes sont solubles, et dont les autres insolublesont été entraînées mécaniquement par l’évaporation ; on sait, par exemple, que l’air est, au-dessus de la mer et sur les côtes, pour ainsi dire imprégné de particules salines. Or, la rosée et les pluies apportent ces différentes substances que nous venons d'énumérer et les mettent en contact avec les surfaces des végétaux, qui sont douées du pouvoir d’absorber les gaz, les vapeurs, et, sans doute aussi les divers corps solubles qui se présentent; l'inhalaison de l'humidité s'opère par les feuilles sur une large échelle : la rosée d'une nuit d'été fraîche et sereine, vivifie les bosquets et les prés; il suffit d'une bonne pluie d'orage pour rafraîchir la verdure d’une forêt qu'une longue sécheresse avait flétrie. L’aspiration nutritive qui s'exerce par les feuilles et par les parties vertes de l'écorce constitue ce que nous désignons sous le nom de nutrition atmosphérique (Lu/inahrung).
Tandis que la surface des jeunes racines est à peu près exclusivement affectée à l'absorption de la nourriture terrestre, la surface des feuilles et, en général, tous les organes verts des plantes, ont, en outre, une autre fonction très-importante à remplir, à savoir, l'exhaaison des gaz et des vapeurs aëriformes. Les racines ne rejettent dans le sol qu'une quantité infime de matières et il ne semble pas admissible, malgré l'opinion qui a eu cours naguère sur ce sujet, que les racines soient susceptibles de modifier, à ce point de vue, la composition du sol où elles croissent en y excrétant des substances nuisibles. L'action des racines sur le sol consiste en un appauvrissement, puisqu'elles en soutirent les matières solubles qui s'y trouvent; en outre, les récoltes des végétaux annuels ou bisannuels laissent dans le terrain des débris organiques, notamment des racines; celles-ci s'y décomposent et peuvent constituer jusqu à un certam point un obstacle à une nouvelle végétation d’une certaine nature. |
L'arbre, de même que toutes les plantes d'une organisation supé-
rieure, élabore dans ses cellules les matériaux dont nous venons de constater l'absorption soit du sol soit de l'air; aussi l’action chimique est-elle continuellement en activité dans les cellules vivantes des végétaux; sans cesse elle décompose, et elle combine toujours. Les arbres de nos forêts qui, pendant toute la durée de l'été, puisent certaines substances dans l'air et dans la terre, rendent en échange, d'autres substances, principalement par les feuilles et par les parties herbacées de l'écorce. Les surfaces vertes des plantes évaporent, surtout par un temps sec, des quantités d'eau considérables: de plus elles exhalent dans l'atmosphère de l'oxygène pendant le jour et de l'acide carbonique quand l'intervention du soleil fait défaut. Cependant l'inspiration des matières étrangères et l'émission de composés différents s’accomplissent toujours suivant un rapport déterminé. La vie de l'arbre est comme suspendue en hiver par suite de la diminution de la température; la cîme perd son feuillage et les radicelles ne sont plus susceptibles d’aspirer la nourriture du sol, parce que leurs surfaces d'absorption ne se renouvellent plus; les feuilles et les racines ne fonctionnent plus, la circulation intracellulaire est abolie et le suc des cellules reste dans un état d'équilibre que rien ne vient troubler. Il en est de même pour les arbres des tropiques qui se dépouillent périodiquement de leurs feuilles, et chez lesquels on peut attribuer la suspension de l’activité vitale à la privation d'humidité ; le Baobab (Adansoma digitata), par exemple, se recouvre d'une frondescence nouvelle à l'entrée de la saison pluviale (1).
Les feuilles sont directement frappées par la lumière et tournent, en général, vers elle leur surface toute étalée ; sous son influence, l'activité chimique des cellules se modifie ; elles produisent notamment de la chlorophylle (2) qui donne aux feuilles leur coloration verte. Le tissu cellulaire del'écorce, recouvert d’un épiderme mince et encore actif, se comporte comme le parenchyme des feuilles, et de là vient que les jeunes écorces des arbres sont colorées en vert. Le périderme cortical du Hêtre paraît même ne pas constituer un obstacle à l'action chimique que la lumière exerce sur les cellules situées
(1) Le Baobab et les espèces voisines de Bombax se dépouillent de leurs feuilles à la fin de décembre et se revêtent d’un nouveau feuillage au mois de mai.
(2) On a constaté chez un petit nombre de plantes l'existence de la chlorophylle dans leur embryons, par exemple ceux des Tropaeolum et des Pistacia; elle se présente également dans la moelle des jeunes rameaux ; dans l’un et dans l’autre cas cette formation a lieu sans l'intervention de la lumière.
sous son couvert, puisque toute une couche de ce tissu cellulaire est colorée en vert par de la chlorophylle; cependant la formation de l'écorce rude (Borke) des autres arbres vient, en général, s'opposer à la pénétration de la lumière et, par suite, elle arrête la formation dela chlorophylle. L'épiderme de la face supérieure des feuilles est, chez la plupart des arbres, dépourvu de stomates, tandis que ces petits organes sont, au contraire, accumulés sur la face inférieure des feuilles: cette structure est en relation intimeavecla diversité des fonctions de ces deux faces, la supérieure étant destinée à recevoir l’action luminique tandis que l'inférieure est affectée à l'inspiration et à l'exhalaison des gaz et des vapeurs. L'écorce herbacée des jeunes rameaux est également pourvue d’un épiderme actif, qui, dans la plupart des cas, est percé de stomates.
Un arbre, comme toute plante, ne peut absorber de substances nutritives que par sa surface et c'est encore seulement par la même voie qu'il peut rejeter les principes inutiles ou superflus ; 1l ne possède pas, comme l'animal, des organes internes de nutrition ou de digestion. En revanche, il jouit de la propriété d'isoler certains principes dans l'intérieur de cellules particulières, qui dès lors sont, en quelque sorte, excommuniées de l'économie générale de la plante. L'apparition de cristaux et surtout la formation de la fécule et d'autres matières alimentaires solides sont dans le cas d'être citées comme exemples ; les dépôts d'huile, de résine, de gomme, etc., dans certaines cavités telles que les conduits résinifères, et dans les vaisseaux, doivent être encore plus particulièrement considérés comme des sécrétions, puisqu'ils ne sont Jamais destinés à être utilisés; le latex luimême, se trouvant dans des cellules d’une nature particulière, paraît devoir être assimilé à cette catégorie de principes immédiats. La plante se débarrasse donc des substances qui lui sont imutiles ou nuisibles d'une autre manière que l'animal dont le mode d'alimentation et la nutrition sont, d’ailleurs, totalement différents. Dans tous les cas, la surface entière d’un arbre n’est pas apte à l'absorption et à l'exhalaison ; il n'y a que certains organes, encore Jeunes pour la plupart, qui servent à ces fonctions ; ainsi la partie de chaque racine située sous une piléorhize est spécialement destinée à extraire du sol les matières nutritives qui sv trouvent, alors que les portions plus âgées des racines dont l'écorce extérieure est desséchée et crevassée, ne participent plus en rien à cet acte important de la vie. L'écorce de la tige ne conserve non plus la faculté d'inspirer la nour-
riture atmosphérique que pendant la durée de l’activité vitale de son épiderme.
La racine croît par son extrémité qui s'avance toujours plus avant dans la terre, tantôten pénétrant dans la profondeur, tantôten s’étendant le long de la surface; dans tous les cas elle fouille sans cesse de nouvelles portions du sol et prend sur son passage les substances solubles que ses spongioles sont susceptibles d’absorber. En même temps que la racine se renouvelle par ses organes terminaux, son épiderme meurt surses parties anciennes quiperdent la faculté d'absorber, de telle sorte qu'elles sont dèslors absolument indifférentes à l'égard du sol. L'négalité du développement d’un arbre à racines profondes, lorsqu'ilcroît dans un terrain dontles couches sont de composition différente, résulte en réalité des règles qui président à la croissance des racines; aussi longtemps que ses spongioles traversent une couche qui lui est défavorable l'arbre végète mal, mais sitôt qu'elles pénètrent dans une zône meilleure, l'arbre jusqu'alors languissant reprend de la vigueur ; réciproquement la santé d'un arbre est exposée à se détériorer si ces conditions sont interverties. Les arbres qui croissent parfois sur les vieux murs, comme par exemple les Epicéas qui s'élèvent sur les ruines du monastère du Paulinzell, dans le Thuringer-Wald, atteignent rarement un âge avancé, cependant la nourriture atmosphérique ne leur manque jamais, mais la nourriture terrestre leur fait défaut, de sorte que passé un certain àge l'arbre dépérit et meurt. S'il trouvait dans le sol tous les principes qui lui sont nécessaires 1l continuerait, au contraire, à croître indéfiniment même dans ces conditions, comme le prouvent les Frênes si beaux et si vigoureux qui ombragent les murs de l'abbaye de Nedly, près de Southampton. On peut encore citer dans un ordre de fait semblable, la germination des Epicéas sur les souches pourries de Sapins, phénomène qui s’observe souvent et qui sexplique par la nourriture abondante que trouvent ces Jeunes arbres dans cette singulière station.
Après une période plus ou moins longue, ilse forme, sousl "épiderme des branches et des racines, une couche subéreuse qui diminue ou qui entrave l'inspiration et l'exhalaison des matières gazeuses et aëriformes. Il en résulte que l'évaporation est, selon toute probabilité, à peu près nulle pendant l'hiver à la surface d'un arbre dépouillé de ses feuilles et dont les jeunes branches sont depuis longtemps recouvertes d’une couche subéreuse; elleest, au contraire, considérable pen- dant l'été et exerce une influence prépondérante sur la circulation,
tandis que dès qu’elle vient à cesser tous les phénomènes de diosmose sont à peu près suspendus. Les cellules végétales sont en quelque sorte engourdies pendant le sommeil hivernal, mais leur vitalité n’est nullement altérée; 1l ne leur manque, pour la manifester, que les conditions normales du mouvement vital qui sont principalement, sous notre climat, un degrésuffisant de température, et sous les tropiques une humidité convenable; le retour périodique de ces deux agents suffit pour rendre la vie aux plantes qui présentaient toutesles apparences de la mort. Toute activité vitale est loin d’ailleurs, d'être abolie pendant cette période; ainsi, les tubercules de pommes-de-terre, conservés en cave pendant l'hiver, cicatrisent parfaitement les blessures qu'on pourrait leur avoir faites. Pendant l'hiver, en un mot, la nature végétale sommeille, sa vie est en quelque sorte latente et engourdie, mais elle est loin d’être abolie et de ressembler à la mort.
Chaque espèce de cellule:a, comme nous l'avons vu, son mode de vie propre et sa destination particulière ; chacune d'elles est affectée dans les diverses espèces de plantes à l'élaboration de certains produits dont la nature est éminemment variable. Le latex, par exemple, se présentesous un très-grand nombre d’aspects chez les plantes de la même familleet renfermeles principesles plus divers; extrêmement vénéneux chezles Euphorbia canariensis et piscatoria, il est tout-à-fait inoffensif chezl Euphorbia balsanufera, bien que cette plante croiïsse à côté des deux autres dans les ravins rocailleux des Canaries. Cette diversité des produits a, sans doute, pour cause certains caractères chimiques et des particularités anatomiques difficilement appréciables dans les cellules; chaque cellule soumet la nourriture qui lui est fournie à une
élaboration particulière et elle réagit d’une manière non moins pré-
cise sur les cellules avoisinantes. L'activité chimique des cellules vivantes et la tendance du succellulaire de se mettre en équilibre d'une cellule à l’autre sont les causes premières de la circulation qui s'opère dans les végétaux et qui se manifeste par des phénomènes de diffusion, qui déterminent, chez les arbres, des courants séveux suivant plusieurs directions différentes. Il est possible qu'une seule et même cellule végétale détermine l'ascension de tel composé chimique pendant qu'elle effectue la descente d'une autre substance. La partie ligneuse du système vasculaire est le siége d'une circulation dont la direction principale consiste à faire passer de la racine, par la tige et les rameaux, Jusque dans l'extrémité des feuilles, un liquide riche en principes azotés qui se révèlent par la coloration rose qui se mani-
feste dans le cambiumde cesystème vasculaire, sous l'influence dusucre et de l'acide sulfurique. D'un autre côté, la zone libérine de l'écorce conduit un courant séveux en sens opposé qui descend le long de la tige en déposant sur sa route des substances minérales dans les cellules environnantes, de telle sorte que l'on trouve des cristaux partout dans le voisinage des fibres libérines et des tubes clathracés. Il est, d’ailleurs, à supposer que chaque cellule du système vasculaire d'un végétal, tant dans le bois que dans l'écorce, en d’autres termes soit qu'elle serve à l'ascension de la sève ou bien à sa descente, a le pouvoir d'agir individuellement sur certains principes, de telle sorte que celleci élève et que celle-là abaisse plus ou moins de telle ou telle substance. En outre, le parenchyme, qui est réparti partout dans la plante sous les formes et les dispositions les plus diverses, depuis la moëlle qui en occupe le centre, les rayons médullaires qui traversent le système vasculaire, jusqu à la couche herbacée de l’écorce qui enveloppe le liber, ce parenchyme, disons-nous, détermine dans la sève des courants partiels de directions différentes et qui sont sous la dépendance des besoins particuliers des cellules et de leur voisinage. L'existence d'une sève descendante nous semble prouvée par les expériences des décortications annulaires et par ce fait que la cambification continue à s'opérer dans un lambeau d'écorce isolé de tous les côtés sauf par son extrémité supérieure où il tient encore à la tige : de plus la sève descend par le liber qui, chez les dicotylédones, fait partie intégrante del'écorce. On doitaussi considérer comme une cause déterminante de la circulation végétale la consommation considérable de matières solubles qui s'opère dans le cône végétatif des bourgeons caulinaires et rhizogènes, parsuite des formations nouvelles auxquellesils donnent lieu; ces phénomènes doivent être une cause de perturbation dans l'équilibre du contenu soluble des cellules vivantes, et ils doivent par conséquent déterminer les courants de sève ascendants et descendants.
Il n'est aucun point de la physiologie végétale qui ne soit encore plus obscur que la théorie de l'ascension et de la descente de la sève dans les plantes supérieures, les anciennes hypothèses ayant dû être rejetées depuis que l’on connaît mieux la strûcture intime des végétaux. Contrairement à ce que l’on avait supposé d'abord la sève ne monte ni ne descend dans les canaux vasculaires; les vaisseaux (die Gefüssen) ne servent plus à la conduite de la sève dès qu'ils constituent des canaux (Rühren), étant dès lors remplis d'air. Les vaisseaux et
même les fibres ne sont que pendant peu de temps affectés d’une manière spéciale à la circulation, mais il en est autrement du parenchyme ligneux que la sève remplit pendant de nombreuses années et qui entretient pendant longtemps la circulation dans l’aubier conjointement avec les rayons médullaires. On peut, sous ce rapport, lui assimiler ces cellules ligneuses ou fibres dont les fonctions sont les mêmes que les siennes, mais dont l'existence n’est pas générale chez tous les végétaux supérieurs. On peut attribuer les diverses directions que prend la sève dans la circulation, en d’autres termes le mode du mouvement séveux, aux besoins de consommation qui se manifestent sur différents points, à la nature chimique du contenu des cellules et à l’état des parois cellulaires. Ainsi l'appel de la sève ascendante est, sans doute, principalement déterminé par l'abondante consommation de substances nutritives qui s'opère dans les bourgeons caulinaires ; et la descente de la sève peut être de même attribuée, avec non moins de vraisemblance, au développement des bourgeons rhizogènes dont le besoin de nourriture n'est pas moins considérable. Enfin, la consommation et l'élaboration de certains composés particuliers dans certains tissus doit nécessairement faire naître des courants partiels qui se dirigent en différents sens, hypothèse confirmée par l'observation incontestable de la présence dans certaines cellules de principes immédiats qui manquent dans d’autres.
D'après V. Hartig (1), le liquide nourricier absorbé à l’état brut par les racines s'élève exclusivement dans les « véritables fibres H- gneuses(ächten Holzrühren)» ou vaisseaux (Gefässen), jusqu'aux feuilles ; là, 1l serait transformé en « sève de première élaboration (primären Bildungssaft) » qui descendrait ensuite par le« tissu fibreux cribriforme (durch das Srebfasergewebe)»de l'écorce dans les parties les plus profondes de l'arbre pour sy transformer, à la suite de l'élaboration exercée par des cellules spéciales, en matières nutritives de réserve (dans les cellules de la moëlle, de l'écorce, des rayons médullaires et du parenchyme ligneux et même chez quelques arbres dans les fibres ligneuses). Ces principes passeraient ainsi l'hiver et, rendus solubles au printemps suivant, ils se mélangeraient avec la sève ascendante brute et constitueraient ainsi une « sève de seconde élaboration (secundären Bildungssa/t}» qui servirait à l'accroissement des tissus ligneux et au développement des jets, des feuilles, du bois et de l'écorce.
(1) Botanische Zeitung, 1858, n. 44 et 45.
Toute plante, suivant Hartig, créerait ainsichaque année une certaine quantité de substances nutritives de réserve sur l'emploi desquelles reposerait son accroissement de l'année suivante. Quelque ingénieuse que paraisse cette théorie, considérée dans son ensemble, elle ne nous paraît pas à l'abri de toute critique : 1° Je ne sais pourquoi les vaisseaux serviraient seuls à l'ascension de la sève brute, ni pour quelle raison Hartig n’a attribué aux « fibres ligneuses (Holz/asern)» (ou cellules ligneuses [ Holzzellen)) que l'ascension du liquide chargé de dissoudre les substances nutritives (sève de seconde élaboration). S'il en était ainsi, comment les choses se passeraient-elles chez les Conifères qui sont dépourvues de véritables vaisseaux? Nous sommes disposés à admettre, il est vrai, que le rôle des vaisseaux et celui des fibres sont différents dans la circulation, mais nous devons reconnaître que nos connaissances sur ce sujet ne vont pas plus loin. On doit aussi remarquer que dans les branches annelées, qui continuent à vivre de longues années, il n'existe pas de jeunes vaisseaux et que les anciens sont tous remplis d'air; or, malgré cela, la circulation continue à se faire dans le bois et elle est entretenue par les fibres et probablement aussi par le parenchyme ligneux {chez le Hêtre notamment). 2° Les substances nutritives mises en réserve par un arbre pendant un automne ne seraient nullement suffisantes pour le nourrir d'une manière normale pendant toute la durée de l’année suivante; l'arbre consomme au contraire pendant la période de sa végétation la plus grande partie des principes nutritifs absorbés par les feuilles et par les racines et 1l ne consacre que son superflu à amasser une réserve de substances alimentaires, phénomène qui, chez la plupart des espèces, ne commence à se manifester que vers l’'automne(d’après Hartig, chez l'Erable dès le mois de mai et chez le Sapin à partir du mois de septembre). Dans la plupart des cas, les matières nutritives préparées à l'avance se dissolvent et n'interviennent que pendant la première période du développement des jeunes pousses ébauchées depuis l’automne précédent ; ce développement exige beaucoup de matériaux ahbiles dans un moment où il n'existe pas encore de feuilles développées qui puissent s'approprier l'acide carbonique de l'air et exercer tous les phénomènes d'élaboration; quand les jeunes rameaux se sont complétement garnis de leurs feuilles, la provision des substances nutritives est,en général, totalement épuisée et si, à ce moment, les nouvelles feuilles sont supprimées par une cause quelconque, la formation de la couche de bois et de l'écorce secondaire est complé-
tement abolie, phénomène dontle Pin m’a présenté les preuves les plus évidentes. Des arbres de cette espèce avaient été ravagés par des chenilles du Noctuapiniperda à tel point qu'en automne quelques-uns étaient frappés de mort tandis que d'autres étaient restés vivants ; or on pouvait s'assurer, dans les deux cas, sur les troncs abattus au mois de décembre, que la formation de la couche ligneuse de l'année n'avait eu lieu quà moitié, tandis que dans les tiges dont le cambium était resté sain et sauf cette formation avait déjà atteint la production des canaux résinifères qui se trouvent, comme on sait, chez le Pin vers le milieu de la zone ligneuse annuelle. À cette époque le bois d'automne n existait pas encore. Mais le dépôt de fécule, et en général de toutes les substances nutritives de réserve, avait été complétement aboli, tant dans les rayons médullaires du bois que dans le tissu cortical. Hartig assure que la formation de la fécule commence plus tôt dans les racines d’un arbre que dans ses organes aëriens et qu'elle s y prolonge plus longtemps ; d'après lui, les racines contiennent en moyenne, quatre fois plus de fécule que les tiges, au moins celles des angiospermes à bois durs qui sont les essences les plus riches en fécule ; au contraire, la formation du bois commence aux extrémités supérieures dès les premiers jours du mois de mai et s'étend lentement vers le bas.Les substances de réserve sont, d’après le même physiologiste, entièrement dissoutes au mois de juin et de juillet et alors la proportion qui reste à l'état solide dans la tige s'élève :
pour les bois durs à . : . 7 pt.
pour lés bois blancs à 7778 pour JIeS Conifères à RS
Les tiges sur lesquelles on a pratiqué une décortication annulaire perdent, d'après Hartig, le pouvoir de produire de la fécule en-dessous de la partie annelée, et si cette mutilation a été effectuée avant que la formation du bois ait commencé, on ne voit apparaître qu'une faible ébauche d’un nouvel anneau annuel. Ce fait est exact, mais 1l est précisément en contradiction avec la théorie que nous avons rapportée plus haut et d'après laquelle l'arbre consacrerait à la formation ligneuse d'une année les matériaux alimentaires mis en réserve pendant l’automne précédent. D'un autre côté, la fécule n'avait pas totalement disparu dans une branche de Hêtre annelée au mois de mai et qui ne portait pas de rameaux au-dessous de la zone décortiquée; elle y existait mais en quantité minime, il est vrai; la moëlle de cette branche était desséchée, mais l’aubier était tout entier, sauf la der-
nière couche, et même dans l'anneau dépouillé d'écorce, rempli de sève et pourvu de fécule dans ses rayons médullaires et dans son parenchyme ligneux. Cependant cette expérience isolée ne peut suffire et Je me propose de continuer, avec la collaboration de M. Ratzeburg, les expériences relatives aux décortications annulaires.
Les recherches de Hanstein, sur la descente de la sève par le hber, sont décisives, mais on peut toutefois se demander si dans une branche annelée le courant descendant est totalement aboli. On doit, en outre, admettre que cette opération vient jeter une certaine perturbation dans l'ascension de la sève puisque deux éléments cellulaires par lesquels elle peut avoir lieu, le cambium et les vaisseaux, lui font défaut. D'un autre côté, lorsque les cellules de l’étui médullaire conservent leur vitalité, et si elles renferment, comme cela s'observe souvent, entre autres chez le Lin, la Pervenche et l'Ipomea tuberosa, des éléments libérins, un courant de sève descendante peut se frayer un passage par cette voie (1).
Les pleurs de la Vigne et du Bouleau (2), ainsi que la surabondance de sève qui se manifeste. en général, au commencement du printemps, . dans le cambium de nos arbres, proviennent d’un défaut d'équilibre entre la quantité de sève qui est absorbée et celle qui est utilisée à cette époque pour les besoins de la nutrition; aussi, dès que la plante commence à pousser, les pleurs s'arrêtent. Sile végétal n'avait pas amassé en automne de la fécule et d’autres principes similaires qui se déposent dans les rayons médullaires et dans le parenchyme ligneux de son aubier, et qui sont susceptibles de se modifier et de se liquifier sous l'influence de la chaleur et de l'humidité du printemps, il serait hors d'état de développer les jeunes pousses qui reposent dans ses bourgeons. De même que l'embryon végétal réclame, avant qu'il ne soit muni de feuilles, l'intervention des cotylédons ou d’un albumen pour le nourrir, de même la jeune pousse renfermée sous un bourgeon doit recevoir ses premiers aliments de l'écorce et de l’aubier qui la nourrissent jusqu à ce qu'elle soit à même de se suilire au moyen de ses feuilles; après cette première période les plantules et les rameaux élaborent eux-mêmes les aliments que les feuilles puisent dans
(1) La formation de racines sur les branches annelées s'opère chez les monocotylédones qui présentent des faisceaux de li er dans leur écorce secondaire , tels que les Palmiers, les Pandanées, etc., absolument de la même manière que chez les dicotylédones; les faisceaux de liber servent également chez elles à la sève descendante (Hanstein).
(2) D’après Hartig, le Hètre, le Charme, le Noyer, l’Érable et le Cornouiller pleurent aussi.
l'atmosphère. L'accroissement des jeunes pousses nécessite beaucoup de nourriture; aussi les pleurs de la Vigne et du Bouleau sont-ils de courte durée et l'écorce de nos arbres forestiers ne se laisse-t-elle pas pendant longtemps détacher avec facilité. Toutefois ce phénomène se renouvelle chaque année une seconde fois, à l'époque dite de seconde pousse, pendant laquelle le rameau de l’année se développe et de nouveaux bourgeons se forment sur la première pousse, double cause sous l'influence de laquelle la sève s’accumule momentanément en grande quantité. Les différentes espèces d'arbres présentent, dès l'étatembryonnaire, des caractères particuliers d'une grande importance tant au point de vue chimique que sous le rapport anatomique : les Euphorbiacées, par exemple, sont déjà lactescentes quand leur embryon se dépouille à peine de ses enveloppes; les plantules de l’Aune sont munies, dès Fig. 191. leurs premières semaines d'existence, de
ces tubérosités radicales qui lui sont propres (PL. IV. Fig 33). On en peut conclure que dès l’état embryonnaire les différences chimiques et anatomiques qui se manifestent entre les plantes existent déjà en germe. La tige, la racine et les feuilles de chaque arbre ont, dans de certaines limites, une structure particulière et, par conséquent, leur caractère propre.Chaque espèce exige, en outre, une nourriture terrestre d'une nature déterminée ; l’une croît sous telles conditions climatériques, l'autre sous telles autres. Il en est qui peuvent d’ailleurs trouver les conditions extérieures nécessaires à leur végétation dans des contrées où elles sont artificiel- } lement transportées, d'où résulte une dis- : tinction que l'on doit établir entre les
TIR végétaux indigènes et les végétaux natuae ralisés. Le Pin s'accommode de terrains | : fort différents; le Sapin, au contraire,
exige un sol fort et humide. Il est d'ailleurs très-probable que la
Fig. 191. Une plantule de Pin au mois de mai de sa deuxième année, dessinée d'après nature à l’école forestière de Neustadt. A l’aisselle des feuilles primordiales supérieures de première année se montrent des aiguilles doubles qui caractérisent les plantes de deux ans.
nature d'une plante est susceptible de se modifier, dans certaines limites, sous l'influence de la station où elle croît. A l'appui de cette Opinion nous pouvons citer le fait suivant qui nous a été rapporté par Ratzeburg : de jeunes plants de Pin, semés à Neustadt, développèrent la première année une tigelle d'un pouce environ de longueur et la seconde année des pousses d'une longueur à peu près double (Fig.194); or ces mêmes Pins semés en Silésie (Oberschlesie), dans un terrain marécageux arrosé par l'Oder, donnérent la première année des jets de quatre pouces, qui atteignirent la seconde année jusqu'à dix pouces. Certains arbres, le Chêne notamment, développent sur leurs racines, quand le sol est maigre, des radicelles plus longues que dans un terrain gras ; il en est d'autres ilest vrai, comme le Sapin, qui n'émettent des radicelles dans aucun cas et qui par suite conviennent particulièrement aux terres fortes. Malgré cetteexceptionon peut admettre comme un fait à peu près général que le nombre de radicelles augmente avec la stérilité du sol, de même que les poils et les glandes sont susceptibles de présenter sur les tiges et les feuilles de grandes variations suivant les conditions dans lesquelles les plantes se trouvent; nous citerons, entre autres le Matthola Maderensis, qui habite les rocs escarpés de Madère, et qui, d’après la station, ne porte pas une seule glande, en présente un petit nombre ou bien une grande quantité. On arriverait sans doute à de beaux résultats, aussi importants pour la science que pour la pratique, en étudiant comparativementet d’une manière précise les rapports de la structure des végétaux et des conditions climatologiques auxquelles ils se trouvent soumis.
L'extension considérable de certaines espèces sur le globe et l'aire étroite dans laquelle d’autres sont confinées, sont, sans aucun doute, basées sur l'organisation intérieure et sur la possibilité ou l’impossibilité dans lesquelleselles se trouvent de s’accommoder à certaines conditions déterminées. Notre Pin, par exemple, occupe une aire géographique fort étendueetle Mélèze, au contraire, est reserré entre d’étroites limites. L'étude de ces faits n’est done pas sans intérêt et nous croyons utile de donner quelques renseignements sur l'extension géographique de nos principales essences forestières (1).
Le Sapin ordinaire (Abies pectinata DC.) a pour limite septentrionale
(1) Nous avons utilisé pour cette partie de notre ouvrage : Senrr, Lehrbuch der forstlichen Botanik. Jena 1857; Berc, Verbreitung der Waldbüume und Straucher in Norwegen, Schweden und Finnland, inséré dans l'Annuaire de Tharand pour 1859 ; de Fiscaur, Deutschlands Forstcullurpflanzen, Vienne et Olmutz, 1858.
9b2 L'ARBRE ET SA VIE.
de son aire forestière le 51° degré de latitude; planté, il s'étend dans le Telemark jusqu'au 59°. Il est également spontané en Thuringe, en Saxe, en Silésie et dans les Carpathes orientales où 1l s'élève jusqu’à 1030 mètres d'altitude supramarine; 1l s'étend vers le Sud dans les Alpes, où 1l s'associe avec l'Epicea et atteint les régions situées à 1412 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il aime un sol profond, argileux et gras, une station abritée et un climat tempéré.
Le point le plus septentrional où croît l’'Epicea (Picea vulgaris Lix) est le promontoire Kunnen, situé sur le 76° degré de latitude; il reste, dans les montagnes entre 850 et 900 mètres en-dessous de la limite des neiges, laquelle sous le 62° degré se trouve à 1569 mètres
Fig. 192. d'altitude. Sensible aux brouillards de la mer, il ne s'approche pas des côtes et affectionne plutôt l'intérieur des terres. Il est principalement répandu dans les chaînes de montagnes qui traversent longitudinalement l'Allemagne depuis la Forêt-Noire et les Vosges jusqu'aux Sudètes orientales ; en outre, on le rencontre dans les Carpathes, dans les Alpes, dans les Pyrénées etdans les montagnes de l'Italie (Fig. 1992).
Le Pin (Pinus sylvestris\ne dépasse guère en Suède le 70° degré et c’est là sa limite boréale en Europe ; il y reste petit, ne s'élève guère au-de- 2 sus de 9 à 11 mètres, mais constitue toujours un arbre et fournit un bois utile. Dans “lee monts Dophrines, situés par 62°. 5, on le trouve encore à 880 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est encore indigène dans le nord de la Russie, de la Sibérie, de l'Ecosse, de même que dans l'Allemagne septentrionale ; plus au Sud 1l constitue les plus belles forêts (le Hauptsmoor près de Bamberg) et dans les Alpes il monte à 950 mètres d'altitude supramarine.
Le Pin pignon (Pinus Pumnho) n’est indigène que dans des os montueuses plus élevées ; 1l croît dans l'Inselsberg à 950 mètres et
Fig. 192. Jeunes cônes et fleurs mâles de l’Epicea (Picea vulgaris).
dans les Alpes jusqu'à 1900 mètres au-dessus du niveau de la mer (Fig. 193). Le Pinus Cembra est limité aux Alpes et aux Carpathes, et sélève dans le Tyrol jusquà 2200 mètres. Le Pin noir ou Pin
Fig. 195. d'Autriche (Pinus austriaca Hôss) n'est guère indigène que dans les montagnes de l'Autriche. Le Pin de Lord Weymouth (Pinus Strobus L.\) a été importé d'Amérique et parait être un arbre des régions inférieures (Fig.
194). Le Pinus pinea, le Pinus Pinaster et le Pinus maritima appartiennent à __ l'Europe méridionale; le 177 Pin des Canaries (Pinus 5 canariensis) est exclusivement propre à ces îles et nest pas spontané ni à Madère ni aux Açores; il forme des forêts, conjointement avec le Dattier, dans le Caldera de Palma.
Le Mélèze (Larix Europæa DC.) est un véritable arbre alpestre ; il produit quelquefois sur le calcaire et le micaschiste (Glimmerschefer) des troncs énormes que sept hommes, les bras étendus, sont incapables d’embrasser complétement. À une altitude de 880-1250 mètres, il constitue de grandes forêts, et 1l s'élève isolément dans les montagnes Jusqu'à une élévation de 1900 mètres. On trouve également des bois de Mélèze en Russie et en Sibérie; planté en Scandinavie, il a réussi Jusqu'au 61° degré.
Le Genévrier { Juniperus communis) croît aussi bien dans le voisinage des neiges éternelles que dans les pays chauds, et il se contente des terrains les plus arides.
L'If (Taxus baccata) formait jadis en Allemagne de petits bois mon-
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Fig. 195. Rameau de Pin pignon (Pinus Pumilio).
tueux, tandis que de nos Jours on n'en trouve plus que des pieds isolés. Sendtner a mesuré dans l’Algau plusieurs Ifs d’une hauteur de sept mètres et demi, dont les troncs atteignaient une circonférence de plus de trois mètres. On le rencontre aussi çà et là dans les bois de Madèreet des Canaries, mêlé au J'uniperus Cedrus.
Le Chêne pédonculé (Quercus pedunculata) croît sur les terrains sablonneux, profonds, qui renferment des principes argileux et alcalis ; il est répandu dansles vallées de plissement {Muldenfornugen),
ARE EEE Do us . ll) ! J, ÿ du grès bigarré et du keuper de
Fig. 194.
toute l'Allemagne; il s'étend en Norwége jusqu'au 63° degré, et ; s'élève sur les Alpes bavaroises jusqu'à 816 mètres. Il réussit encore à Madère où on,le cultive comme arbre d'ornement.
Le Chêne rouvre ou Chêne à tro- * chets (Quercus sessilhiflora) s'accom- “ modant bien d’un climat plus froid,
se répand plus loin vers le Nord z ettouche au 64° degré ; par contre, 7" sa limite méridionale reste en deçà de celle de l’autre espèce; c'est plutôt un arbre montagneux :
dans le Tyrol méridional il croît jusqu'à une altitude de 1500 mètres.
Le Chêne de Bourgogne (Quercus Cerris L.) est originaire de la Hongrie, de la Croatie, de la Slavonie et de la Basse-Autriche ; son fruit met deux ans à mürir.
Les Chênes toujours verts appartiennent à l'Europe méridionale; le Chêne-liége (Quercus Suber) est en particulier propre à la flore méditerranéenne.
Le Hêtre (Fagus sylvatica) croît de préférence sur un sol calcaroargileux, abondant en alcalis, d'une humidité modérée et riche en humus, en un mot sur les terrains calcaires et gompholitiques (Wagelflue). Il est indigène dans la région qui s'étend jusqu'au 65° degré de longitude, de part et d'autre du méridien de Feroë; il s'étend vers le Nord en Norwége jusqu'au 60° degré de latitude, en Ecosse et en
Fig. 194. Rameau d’un Pin Weymouth (Pinus Strobus).
Suède jusqu'au 57°, et en Russie il ne dépasse pas le 45°; sa présence n’a été jusqu'à présent constatée dans l'Amérique du Nord qu'entre 32 et 45 degrés de latitude. Tandis que dans le Nord il n'habite que la plaine, il s'élève de plus en plus haut à mesure que l'on s'approche de l'équateur. Dans le Harz et le Thuringer-Wald, il sélève déjà à 950 mètres, dans les Carpathes à 1225 mètres, et sur le mont Etna il constitue la limite supérieure des forêts entre 1250 et 1900 mètres Le Châtaignier ( Castanea vesca) est répandu en Europe, en Asie et Fig. 195. en Amérique dans toute la zone tempérée chaude. Il constitue déjà de petits bois dans l'Allemagne méridionale notamment dans le Nassau et dans la Bavière rhénane; il est trèscommun en Grèce, en Italie, dans le midi de la France, en Espagne et en Portugal, et fut transporté de la Péninsule ibérique aux Canaries et à Madère, où 1l forme de magnifiques forêts dans une certaine région montagneuse élevée de 625-950 mètres audessus du niveau de la mer. Le célèbre Castagno di centi cavall du mont Etna mesure, dit-on, 56 mètres 5 cent. de circonférence au niveau du sol (?)
Le Noyer (Juglans reqja) est originaire de la Perse et ne se rencontre chez nous qu'à l'état de culture. Le Noyer d Amérique (Juglans nigra) est mieux approprié au climat de l'Allemagne.
Le Charme (Carpinus Betulus\) est répandu dans la plus grande par-tie de l'Europe ; 1l aime à croître dans un sol ombragé, modérément humide et arailo-calcaire; il ne s'élève pas à une grande altitude sur les montagnes, puisqu il ne dépasse pas 850 mètres sur le Berchtesgaden ; sa limite septentrionale se trouve vers le 56° degré (Fig. 105).
Le Coudrier (Corylus Avellana) est aborigène dans toute l'Europe et en Asie, il aime un sol calcaro-argileux et qui ne soit pas trop humide. Sa limite boréale est tracée par le 66° degré. Une variété, le Noisettier de Barcelone (Corylus Avellana barcelonensis), est fort répandue.
Le Bouleau (Betula alba) se rencontre dans les plaines et dans les
Fig. 195. Feuillage du Hêtre (Fagus sylvatica).
montagnes de toute l'Allemagne; il se plaît dans une terre légère, renfermant une certaine quantité d’'humus, sabloneuse et limoneuse ; cependant 1l réussit encore dans un sol de sable reposant sur un soussol d'argile. Il s'étend fort loin vers le Nord, atteignant en Russie le 69° degré et en Scandinavie le 71°, notamment au Cap-Nord où il ne dépassejamais, ilest vrai,3 mètres de hauteur .Sur le Saint-Gothard. il croît encore à 1225 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les plus beaux bois de Bouleau se trouvent en Russie. Le Bouleau noir (Betula pubescens) est plutôt un arbre du Nord et ne forme jamais en Allemagne d'association forestière. Le Bouleau nain (Betulanana) constitue un petit buisson propre aux montagnes les plus élevées de la Norwége sous les sommets du Broken, du Schneekoppe, etc.), où il touche de Fig. 196. très-près à la limite des neiges perpétuelles.
L'Aune (Alnus glutinosa) est répandu dans toutel Europe, en Russie jusqu à la mer Blanche, en Suède Jusque dans le . Gothland, et dansleSud à *Ÿ partout où il trouve un “sol humide et marécageux. Il s'élève sur les
AlpesBavaroisesjusqu'à 850 mètres et plus haut encore dans le Tyrol méridional. L’Alnus incana est confiné dans les terrains sabloneux d'une humidité moyenne, et il est propre aux montagnes et aux hautes Alpes où il s'élève jusqu'à près de 4900 mètres; sa véritable patrie est la Lapomie, la Finlande et la Suède (Fig. 196).
Parmi les Peupliers, le Peuplier noir (Populus mgra) est le plus répandu en Europe: il grandit très-vite, et de tous les arbres il est celui qui donne le plus de bois (Fig. 197). Voigt rapporte qu'en 1840 on abattit près de Iéna un de ces arbres, âgé de 1 40 ans et dont la hauteur était de 120 pieds de Leipzig; sa circonférence était de 32 pieds à la base du tronc, et celui-ci s'élevait à 22 pieds de hauteur et se divisait ensuite en cinq branches principales. Le Tremble (Populus Tremula) habite lesbois de l’Europe centrale et occidentale (Fig. 198); le Peuplier blanc (Populus alba) est plus commun dans le midi de
Fig. 196. Feuillage des branches inférieures de l’Aune (4lnus glutinosa).
l'Allemagne, et le Peuplier pyramidal (Populus pyramidahs) est originaire de l'Italie.
Parmi les Saules, le Saule blanc (Sahx alba) est le plus fort ;
Fig. 197. il devient un arbre élevé et pitto-
resque lorsqu'il n'est pas étêté ; on le trouve en Allemagne sur le bord de toutes les rivières. Le Saule Osier (Sahx fragihs) et le Saule Marceau (Sahix capræa) ne donnent à pas des tiges aussi puissantes. Le
NN Saule des Vanniers (Sahix viminalhs) D? est très-commun sous la forme de buisson ; les Sahx aurita et repens sont encore de plus petite taille et croissent naturellement dans les fanges et les tourbières. Toutes ces espèces réclament pour vivre beaucoup d'humidité (Fig. 199).
Le Platane (Platanus occidentahs)
é est originaire de l'Amérique du
Nord. Il ne constitue pas dans notre pays une véritable essence forestière, bien qu'il réussisse parfaitement ; il ombrage à Madère presque toutes les promenades publiques. Le Platane d'Orient (Platanus orientalis), indigène en Asie, était déjà connu des Grecs et des Romains.
Le Frêne (Fraxinus excelsior) aime un sol humide, rocailleux ou sablonneux, contenant de l'argile et de l’humus ; aussi le rencontret-on le plus souvent sur le bord des rivières et dans les gorges les plus sombres des montagnes. On peut le considérer comme un arbre caractéristique de l'Allemagne. Il franchit les Alpes et s'arrête dans la Basseltalie ; à l'Ouest il sétend jusqu’à l'Asie septentrionale, et il atteint en Norwége le 62° degré de latitude; 1l s'élève dans le Tyrol méridional jusqu à 1 100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les Frênes qui grandissent près de Southampton sur les ruines de l'abbaye de Nedly et qui sont entrelacés de Lierre jouissent d’une certaine célébrité. Le Frêne à Fleurs (Fraxæinus Ornus) est un arbre méridional ; on en a formé dans les environs de Cadix de superbes promenades.
Les Ormes (Ulmus campestris et effusa)se plaisent dans les terrains d'alluvions en Allemagne, en France, en Hongrie et dans les plaines
Fig. 197. Feuillage du Peuplier noir (Populus nigra).
de l'ftalie septentrionale. L'Orme champêtre eroît dans les Alpes jusqu à une altitude de 1200 mètres.
Les Erables sont répandus sur toute l'Europe où ils recherchent les terrains argilo-calcareux. L'Erable champêtre s'élève dans les Alpes
Fig. 198.
jusqu'à 875 mètres ; le Plane ou Faux-Sycomore (Acer platanoïdes) se plaît dans les montagnes de hauteur moyenne où il atteint 1100 d'altitude ; l’'Erable Sycomore ou Faux-Platane (Acer pseudo-platanus) enfin forme dans les Alpes calcaires de magnifiques forêts et atteint 1600 mètres au-dessus du niveau de la mer (Fig. 200).
Le Tilleul à larges feuilles (Tiha grandifohia) est originaire des montagnes de l'Europe méridionale d’où il à été répandu par la culture jusque dans l'Europe centrale; il réclame un sous-sol nutritif, humide et contenant du calcaire ;-dans les Alpes (Berchtesgaden) il dépasse 950 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Le Tilleul à petites feuilles (Tiha parui/oha), répandu dans presque toute l'Allemagne, est aussi un arbre des montagnes ; 1l réussit le mieux sur les montagnes calcaires ou basaltiques et se rencontre Jusqu'à une altitude supramarine de 1200 mètres (Fig. 201).
Le Marronnier d'Inde (Aesculus Hippocastanum) fut importé d'Asie vers la fin du seizième siècle.
Fig. 198. Ramificatien du Tremble (Populus Tremula).
L'Acacia (Robinia pseudo-acacia) est originaire de l'Amérique du Nord, mais il est naturalisé chez nous depuis plus de 200 ans; il aime à être planté dans le voisinage des bâtiments et sur des décombres (Fig. 202) et semble éprouver un impérieux besoin de calcaire.
Fig. 199. Quelques arbres, comme le Môrier, le Noyer et l'Orme, sont fort sensibles à la gelée, tandis que d'autres supportent une tempéra-
\ ture très-rigoureuse, nos Conifères notamment, et le Bouleau résistent aux hivers les plus rudes. D'après
\ Pfeil, le Chêne et le Hêtre gêlent en Allemagne par un froid très-vif, tandis qu'en Suède ils supportent toutes les rigueurs du climat, et il rattache ce fait à ce que le froid ne faitaucun mal aux arbres en décembre et enjanvier, mais leur est fort préjudiciable au mois de mars.
Pfeil explique cette différence de
sensibilité, avec raison, par l’état dans lequel se trouve la sève; 1l est incontestable, en effet, que l’on doit attacher une grande importance au temps chaud ou froid qui précède une gelée. Les gélivures déterminées dans beaucoup d'arbres par un froid très-vif et qui pénètrent parfois jusqu à la moëlle, se referment lors du dégel et peuvent se cicatriser.
De même que le froid, un excès de chaleur est nuisible à certains arbres, notamment l'action trop vive des rayons directs du soleil sur leur tronc. Le Hêtre, par exemple, ne peut supporter une insolation trop vive ; son écorce se déchire et s'exfolie lorsque les rayons solaires agissent longtemps sur elle; aussi les jeunes plants de Hêtre ne se laissent élever qu'à l'ombre et l'on doit avoir soin de ne les éclaircir que petit-à-petit. Le Sapin et l'Epicea demandent à être ombragés pendant leurs premières années; plus tard, au contraire, ils veulent beaucoup de lumière et grandissent alors avec vigueur. Le plant de Chêne réussit moins bien à l'ombre ; l'Erable, le Frêne, le Peuplier et le Pin peuvent également supporter la lumière; ce dernier languit
Fig. 199, Feuillage du Saule des Vanniers (Sulix viminalis).
même dans les endroits sombres où le Hêtre réussit à merveille. D'après Pfeil, le Sapin peut vivoter pendant cinquante à soixante ans à l'ombre en restant rabrougri et puis devenir encore un bel arbre sil parvient au grand Jour; le Bouleau, au contraire, dépérit dès la première année si la lumière solaire lui fait défaut.Le même arboricul-
Fig. 200. teur assure que l’Aune,l'Erable, le Frêne et le Pinne se rétablissent jamais d’une privation de lumière mais quel'Epiceaest d'une nature un peu moins difficile sous ce rapport. On remarque 7 que sur le versant septentrional d’une montagne les arbres sont généralement plus élevés que sur la pente méridionale, fait qui s’ex-
NN
plique par cette raison que les premiers ne sont guère éclairés qu'à leur sommet et sont, par conséquent, en quelque sorte forcés de s’élever, tandis que les arbres qui sont librement baignés de toute part par la lumière, développent des branches dans tous les sens et
Fig. 200. Feuillage du Plane ou Faux-Sycomore (Acer platanoïdes). Fig. 201. Feuillage du Tilleul commun (Tilia parvifolia).
LA
n'ont pas une aussi forte tendance à accroître surtout leur flèche. Le . taillis ne peut croître à l'ombre d’une futaie épaisse et élevée à cause du manque de lumière ; même sous les latitudes plus méridionales oùles rayons solaires possèdent une beaucoup plus grande intensité, les broussailles qui forment souvent des fourrés inextricables manquent sous l'ombre épaisse des forêts. Nous avons été frappé de l'aspect que présente sous ce rapport le bois d'Agua Garaa à Ténériffe: dans la région supérieure croît un taillis ou sous-bois compact, composé de Bruyères arborescentes, de Myrica Faya et de divers Îlex qui atteignent une hauteur de 9 à 12 mètres; ces arbustes diminuent
successivement à mesure qu apparaissent de grandes Laurinées, jus- Fig. 202.
qu'à ce que l’on arrive dansla parte inférieure dela gorge de la forêt, où, sous le sombre couvert de vieux Vinhaticos (Persea indica), il n'y a plus de traces de broussailles; il y règne une silencieuse obscurité,et l’on ne rencontre sur la terre humide et sur les troncs abattus que des Mousses et des Fougères qui semblent fuir la vive clarté du jour. Dans les forêts primitives,que les Portugaisnomment Montadodos Pecequeiroset quiexistentdans la partie septentrionale de Madère, les taillis prédominent, et les grands arbres ne s'élèvent que ça etlàau-dessus d'eux; cependant là où plusieurs d’entre eux se réunissent et forment une sorte de futaie qui arrête les rayons lumineux, le sous-bois disparait complétement.
Fig. 202. Ramification de l'Acacia (Robinia pseudoacacia).
Certaines espèces aiment l'humidité, d’autres, au contraire, préfèrent une station plus sèche. L’Aune noir, par exemple, ne se trouve qu'aux bords des cours d'eau et dans des terrains bas et humides, jamais on ne le rencontre dans des endroits secs ; on peut même remarquer, sur le bord des rivières, quil émet généralement plus de branches et plus de rameaux du côté de l'eau et que ceux-ci se courbent vers elle comme s'ils étaient attirés par les ondes. La plupart des espèces de Saule sont également confinées dansles stations dont le sol est frais et peu élevé. Il faut en outre, pour que ces deux genres de plantes prospèrent, que l'atmosphère elle-même soit humide, circonstance quiprovient de ce queleurs feuilles, étant recouvertes d’un épiderme mince, évaporent beaucoup plus que celles dela plupartdesautres arbres. On observe, parexemple, queles feuilles d'une jeune branche d'Aune coupée et mise dans l’eau à côté d’un jeune rameau de Bou- Jeau se dessèchent beaucoup plus rapidement que celles de ce dernier. Le Bouleau aime d'ailleurs un terrain sec et il devient malade dans les bas-fonds humides. Le Pin se trouve bien à peu près partout où on le place, seulement il ne s'élève pas également haut partout.
IL faut, pour qu'un arbre développe ses fleurs etmürisse ensuite ses graines, quil ait acquis une certaine force. On remarque sous ce rapport, des différences considérables : le Pin et le Mélèze fleurissent souvent dès leur seizième année, l'Epicea rarement avant quaranteans, le Sapin et le Hêtre attendent, en général, qu'ils aient atteint la cinquantaine. La plupart des arbres forestiers ne fructifient pas chaque année : le Hêtre, le Chêne et l'Epicea laissent, en général, un mtervalle de trois à sept ans, entre chaque fructification. Cet intervalle varie d'ailleurs d'après l'influence qu'exercent la station et le climat ; les arbres libres dans leur allure fleurissent généralement à des mtervalles plus rapprochés et en plus grande abondance que ceux qui sont serrés les uns contre les autres; le Hêtre produit beaucoup plus de faînes sur un bon terrain que sur un sol de mauvaise qualité. On sait que l'année 41858 a été éminemment remarquable par la riche floraison de tous les arbres forestiers et même d'un grand nombre de plantes exotiques dont les fleurs se montrent fort rarement sous notre latitude; le Lin de la Nouvelle-Zélande, par exemple, a fleuri, en 1858, à Berlin. Ces faits sont incontestablement le résultat de l’action exercée par la température de 1857, dont l'été avait été chaud et très-prolongé, ce qui devait provoquer la formation d'une grande quantité de matières nutritives et par suite l’'ébau-
che de beaucoup de bourgeons à fleurs. Au contraire pendant l'année 1852, l'Epicea et le Hêtre ne fructifièrent presque nulle part en Allemagne et nous en avons rencontré quelques pieds près de Schwarzbourg et aux environs de Wiesbaden dont les graines étaient stériles ; or, l’année précédente avait été signalée par une abondance extraordinaire de graines d'Epicea et de Hêtre, et la conséquence inévitable de ce fait devait être un épuisement. La même observation a été faite pour les arbres fruitiers; on peut établir en règle générale qu'une abondante récolte de fruits est toujours suivie d'une mauvaise année. Le Sapin, dont les cônes dressés sont confinés sur les branches les plus élevées, fleurit, au contraire, tous les ans; on peut en dire autant du Pin. Les forestiers ont remarqué que la couche ligneuse formée par le Hêtre et l'Epicea pendant les années de fructification est toujours plus faible que celle qui se dépose pendant les années de stérilité. Les Hêtres qui naissent isolément sur des terres fortes portent souvent çà et là quelques fruits chaque année, fait que nous avons observé dans la forêt de Katzbourg sur un viel arbre entouré d'Epiceas et sur les vieux Hêtres du Kesselberg, près de Blankenbourg , dans le Thuringer-Wald : on a remarqué la même chose près de Neustadt, bien que pendant certaines années, en 1852 par exemple, tous les arbres fussent stériles, sans doute parsuite de l'épuisement des matières nutritives nécessaires à la maturation des fruits. D'un autre côté, le Sapin, qui porte relativement peu de cônes, ne saurait être fatigué par eux autant que l'Epicea, qui pendant une bonne année de fructificationest couvert de fruits du sommet à la base Cependant l'accroissementen hauteur du Sapin diminue à partir de l'époque de la floraison ; quand les fleurs se montrent à son sommet, sa cime, de pyramidale qu'elle était, se déprime et devient sphéroïdale.
Toute branche, dont le bourgeon terminal portedesfleurs, perd par là même, la faculté de s'allonger plus longtemps parce que son cône de végétation a été consacré à la formation des fleurs. Le Dragonnier en peut servir d'exemple; sa tige ne se ramifie qu'après la première floraison de son bourgeon terminal, et ses branches elles-mêmes ne se divisent qu'après avoir fleuri. Le Gui (Viscum album) doit sa remarquable dichotomie à la suppression constante de tous ses bourgeons terminaux qui tous se transforment invariablement en fleurs (Fig. 63).
Chaque rameau est, en général, susceptible de jouer le même rôle que l'axe principal ; de là vient que, séparés de la tige et placés dans
des conditions favorables, les rameaux de la plupart des plantes peuvent constituer la tige d'un individu nouveau: ee fait est le principe de la multiplication des végétaux par bulbes, par boutures et par marcottes.
Certains arbres se reproduisent aisément par boutures, comme le Saule, le Peuplier et le Tremble ; d'autres ne peuvent, au contraire, être propagés que par le moyen des graines, par exemple les Conifères, le Chêne et le Hêtre. Cette différence provient de ce que les premiers produisent facilement des bourgeons rhizogènes sur leurs axes, tandis que les autres se refusent à cette formation. D'autres émettent naturellement des rejets au moyen de leurs racines, comme le Tremble et l'Orme, faculté dont les Conifères sont absolument dépourvus. La plupart des arbres sont susceptibles d'émettre sur leurs racines des bourgeons caulinaires adventifs, mais les Conifères sont encore très-sobres de cette émission de bourgeons adventifs, même sur leurs tiges. Il est rare que les brous de racine se forment profondément en terre, mais 1ls sortent, en général, des racines horizontales qui rampent à peu de distance de la surface du sol.
La chute des feuilles s'opère , suivant les espèces , à des époques différentes et de diverses manières : le Pin conserve ses aiguilles deux ou trois ans, le Sapin et l'Epicea gardent les leurs pendant huit à douze années. Chez certains arbres, le Baobab par exemple, on constate la chute annuelle de certains rameaux, qui, chez le Chêne, sont désignés sous le nom d'éclats (Absprünge), et que Hartig (1) a reconnu provenir d'une désarticulation. Le même phénomène semble sopérer chez le Taxodium. La chute naturelle des branches chez les Conifères et chez les autres arbres, dépend d'une cause toute différente: en général, les branches et les rameaux inférieurs dépérissent et meurent parce qu'ils sont ombragés par la cime, phénomène qui se manifeste sur une large échelle dans les fourrés épais où l'on voit les arbres s’élaguer, pour ainsi dire, d'eux-mêmes.
Chaque arbre passe successivement par plusieurs périodes vitales. La première est celle qui commence avec la germination et s'étend jusqu’à la première floraison; la seconde est comprise entre la première année de floraison et l'époque où l'accroissement de la tige diminue d'une manière générale; la troisième et dernière période se prolonge jusqu'à la mort de l'arbre. Il est cependant tout aussi impos-
(1) Th. Hartig. Naturgeschichie der forstlichen Culturpflanzen, p. 119.
sible de limiter exactement chacune de ces époques qu'on ne le pourrait pour les périodes analogues de la vie de l'homme et des animaux supérieurs ; la nature ne s'est nulle part élevé des barrières à elle-même. La première époque embrasse, comme nous l'avons déjà vu, des laps de temps fort inégaux chez les diverses espèces d'arbres forestiers, et l'on en peut dire autant des deux autres. Les arbres qui grandissent très-vite dans leur jeunesse traversent rapidement la première période, comme le Pin, le Mélèze et le Bouleau. Au contraire, le Sapin, l'Epicea, le Hêtre et le Chêne croissent lentement pendant leurs premières années, et sont pour cette raison très-robustes quand vient l'âge de la floraison. La diminution de la croissance ou le commencement de la décrépitude survient, en général, plus tôt pour les arbres qui grandissent vite que pour ceux qui croissent lentement. Ainsi les Conifères atteignent leur maximum de végétation, en moyenne vers la quatre-vingt-dixième ou la centième année; les anneaux ligneux du Hêtre ne commencent à fablir qu'à partir dela 1 30 à la 1 50° année ; la valeur annuelle de l'augmentation en épaisseur du Chêne diminue seulement quand ilarrive à 150-200 ans; le Châtaignier conserve beaucoup plus longtemps encore, dans les climats méridionaux, la vigueur de la jeunesse. La dernière période de la vie des arbres est encore beaucoup plus variable que les deux premières; et dépend, en grande partie, de circonstances locales et accidentelles. Cependant on peut remarquer d'une manière générale que les bois blancs et légers qui se forment rapidement, meurent plus tôt que les bois durs :.le Saule et le Peuplier ne deviennent jamais fort vieux, tandis que le Tilleul atteint un âge fort avancé.
Le Tilleul le plus âgé qui existe en Allemagne se trouve à Neustadt sur le Kocher; son tronc mesure un peu plus de 10 mètres de circonférence ; il était déjà célèbre en 1408 (1). Dans le bois de Rudolstadt on rencontre de vieux Pins qui, d’après mes calculs, présentent 280 à 300 anneaux annuels; mais les couches ligneuses formées pendant le dernier siècle sont tellement étroites, qu'on ne parvient à les compter qu'à l’aide de la loupe. Les Sapins du Wurzelberg près de Katzhutte dans le Thuringer-Wald sont la plupart âgés de 300 à 400 ans, et les plus grands atteignent même l’âge de 600 ans, attesté par le nombre des anneaux ligneux; ils ont tous une cîme
(1) Masino. Naturstudien, première édition. p. 120. — Link. Die grosse Linde bei NeusludL. Flora, 1 850.
desséchée. On rencontre à Ténériffe beaucoup de vieux Pins (Pinus canarrensis) contemporains de la Conquista et reconnaissables, en général, parce qu'ils sont ornés d'une petite madone. A Madère et à Ténériffe 1l existe d'énormes Maronniers, de 10 à 12 mètres de circonférence, qui, selon toute probabilité, ont été plantés par les Conquistadores au commencement du quinzième siècle; cet arbre n’est pas indigène dans ces îles, mais il est souvent question de sa plantation par les conquérants. Des Lauriers{Oreodaphne foetens) plus gigantesques encore, de 12 à 13 mètres de circonférence, sur une hauteur de 28 à 371mètres, situés au nord de Madère, sur l’Achada do Indeo, sont bien certainement contemporains de la conquête (1419). Ces arbres ne croissent qu'avec une grande lenteur. Une autre Laurinée, l’Avocatier (Persea 1ndica), atteint dans le bois d'Agua Garcia à Ténériffe, plus de 12 1/2 mètres de circonférence, et ses énormes souches supportent de puissantes tiges (1). Le vieux Chêne de Pleischwitz, près de Breslau, mesurait, d'après Goeppert, 13 m. 32 cent. de circonférencesur une hauteur de 24 mètres 1 /2seulement : Goeppert enévalue l’âge à sept siècles (2). On peut également attribuer une origine très-ancienne au Rosier de la Crypte de Hildesheim ; 1l passe pour avoir été planté par Louis-le-Pieux ; sa tige proprement dite dépasse à peine le solet son diamètre est de 26 centimètres ; elle émet plusieurs fortes branches de 5 centimètres d'épaisseur et qui tapissent, comme des treilles, les murs de la chapelle. Le vieux Dragonnier d'Orotava (Fig. 203) mesurerait, d'après Le Dru, 74 pieds de circonférence au niveau du sol; mais d’après une donnée espagnole il au rait seulement 17 1/2 varas(38 pieds, 1 1/2 pouce anglais) de diamètre sur une hauteur de 22 varas ou 60 1/2 pieds; il est certainement de beaucoup antérieur aux temps historiques, et à l’époque de la conquête espagnole :1l était déjà aussi fort et tout aussi évidé que de nos jours. On cite aussile Dragonnier de Jcod de los vinos, admirablement conservé ; 1] a environ 10 mètres de circonférence et son àgeest fort respectable. Mais tous ces géants du règne végétal sont considérablement dépassés par les colosses { Wellingtoma gigantea) du comté de Calaveras, en Californie ; l’un d’entre eux, que l'on dit avoir été le plus grand, à été en partie transporté au palais de Sydenham dont il constitue l'une des merveilles les plus admirables : il se présente sous
(1) Voyez Schacht, Bericht über Madeira und Tenerife. PI. IV. (2) Goeppert, die grosse Eiche bei Pleischwiz. Bot. Zeit., 1857, p. 886.
la forme d'une colonne monstrueuse de 36 m. 39 cent. de hauteur ; au niveau du sol elle a 9 m.72 cent. de diamètre; et à 30 mètres celui-ci est encore de # m. 69 cent.: le tronc était complétement dégarni de branches jusqu'à une hauteur de 44 mètres et sa cîme atteignait une élévation totale de 114 mètres. On estime son âge, d'après les anneaux annuels de bois, qui sont relativement fort étroits, à
3-4000 ans. Mühlenpfordt cite un exemple d’un tronc dont le diamètre serait plus considérable encore ; c’est un Cyprès chauve (Taxodium distichum), situé au Mexique, à Santa Maria del Tule, qui aurait 124 pieds d'Espagne de circonférence sur une hauteur proportion nellement peu élevée. Les Cèdres du Liban, les Oliviers et le Sycomore
Fig. 205. Le vieux Dragonnier des jardins du marquis de Sanzal à sa villa de la Orotava à Ténériffe. A gauche est un jeune arbre de même espèce, et à droite un pied qui a fleuri trois fois.
(Ficus Sicomora) présentent aussi des cas de longévité fort remarquables. L'Tf de Braburn, dans le comté de Kent, doit être âgé de 3000 ans. D'après Adanson, les Baobabs pourraient vivre pendant 35-6000 ans, mais cet arbre grossit avec tant de rapidité et ses couches annuelles sont si épaisses que l’on conteste avec raison les évaluations qu'Adanson avait faites au Sénégal. (Un Baobab, âgé de 40 ans, qui se trouve à Santa-Cruz, avait déjà atteint 3 m.13 cent. de circonférence).
La plupart des arbres que nous venons de citer vivent encore et aucun de ceux qui ont disparu n'est mort de sa mort naturelle. Le vieux Chêne de Pleischwitz était creux et il s’est écroulé; le même sort est inévitablement réservé au Dragonnier d’Orotava dont le cœur est également évidé : l'arbre de Jcod de los vinos est heureusement en fort bon état. Le Rosier d'Hildesheim a été plusieurs fois incendié, mais il a constamment repoussé et 1l est actuellement chargé de rameaux sains et vigoureux. Le plus grand Châtaignier de Madère, situé à Campanario, est creux, mais 1l porte une cime admirable et il produit chaque année une énorme quantité de fruits. Les arbres gigantesques de la Californie sont, d’après les relations et les dessins des Anglais, encore en pleine croissance. Il en est autrement des Pins de Rudolstadt et des Sapins du Wurzelberg qui sont tous peu ramifiés et dont la cîme est en partie desséchée.
Ces faits de longévité végétale, dont nous avons observé nousmêmes la plupart des exemples, suffisent pour établir : 1° que l'arbre ne porte pas en lui-même un terme fatal assigné à sa mort; 2° que, dans certains cas, une extension considérable de la tige ( Wellingtoma) n'est pas un obstacle à la circulation végétale; et 3° que peu d'arbres périssent d'une mort naturelle, la plupart succombant à des conditions extérieures défavorables.
En principe, les arbres et les plantes vivaces possèdent une existence illimitée; l'homme lui-même, ainsi que tous les mammifères, pourrait être immortel; mais l'expérience de tous les jours nous montre que les arbres, les animaux et les hommes doivent mourir. Lorsque l'on observe la vie des arbres,on constate un décroissement gradueldes forces à partir d'un certain âge; pendant la vieillesse des mammifères et de l’homme, les fonctions se ralentissent, les forces disparaissent et la mortsurvient. Le décroissement sénile des forces est toujours, pour. les deux règnes, la conséquence d'influences extérieures accidentelles mais qui surviennent infailliblement dans l’ordre naturel des choses, qui jettent la perturbation dans l'organisme et ralentissent le
mouvement vital ; chaque fois, l'animal ou la plante triomphe plus péniblement de ces assauts qui, se renouvelant sans cesse, finissent par l'emporter et entraînent la mort. La mort naturelle est donc la conséquence fatale d’une somme de certaines influences nuisibles venant de l'extérieur et qui, petit-à-petit, ralentissent le Jeu de l'organisme et parviennent à l'arrêter.
Les vieux arbres deviennent généralement secs à leur sommet (gipfeldurre) ; ils dépérissent de haut en bas, parce que, par l'effet de l'âge, la nourriture absorbée par la racine ne parvient plus jusqu'aux branches supérieures.
Les maladies, auxquelles les plantes, comme les animaux, sont exposées, consistent également dans des perturbations des phénomènes vitaux provoquées par des causes extérieures. Mais un bien petit nombre d'entr elles ont été étudiées assez soigneusement, et rapportées à leurs causes immédiates d'une manière assez certaine, pour que nous puissions connaître les moyens de les prévenir ou bien, lorsqu'elles sont déclarées, de limiter leur influence; dans bien des cas, nous sommes même hors d'état de les contenir et de les modérer. ,
Chaque espèce arborescente possédant un genre de vie qui lui est propre, est sujette à des maladies particulières; en effet, les influences pernicieuses n'agissent pas de la même manière sur toutes les espèces: l'action des agents extérieurs est fort variable, et telle qui est Inoffensive pour une plante devient fort nuisible à une autre; ses effets varient même suivant l’âge auquel est arrivé le sujet sur lequel elles s'exercent. Une surabondance de nourriture ou, ce qui est plus commun, la privation de certaines matières alimentaires, est souvent la cause d’un état maladif, dans le premier cas, l'arbre grandit trop fortement, et dans le second, il végète avec peine. Ainsi de jeunes plants de Mélèze, élevés dans une station chaude, sont par là surexcités et poussent d'abord fort vite, mais plus tard ils deviennent débiles. Les mfluences atmosphériques et celles qui résultent d’un emplacement défavorable provoquent incontestablement le plus grand nombre des affections que nous présentent les plantes agricoles; la coïncidence d'une certaine période de développement avec l’action de ces agents extérieurs modifie cependant, entre de longues limites, leur mode d'influence. Des jeunes Pins, élevés sans abris, sont souvent exposés à une maladie, désignée par les pépinièristes allemands sous le nom de Schütte et qui fait jaunir et tomber les feuilles; mais ils la
surmontent ordinairement et recouvrent la santé. D’après Stein (1), cette affection provient de l’abaissement nocturne de la température pendant le printemps; et, en effet, lorsque la terre n’est pas recouverte d'herbes ou d'autres plantes, elle se refroidit beaucoup pendant la nuit sous l'influence de la radiation. Celle-ci est moindre sous le couvert des grands arbres, et les semis de Pins qui se font dans ces conditions ne sont jamais atteints de cette maladie.
On s'est habitué à considérer les Champignons comme la cause de la plupart de nos malheurs agricoles. On ne peut contester que cette opinion ne soit vraie par rapport aux Ustilago et aux autres Urédinées, de même que pour l'Oidium de la Vigne, dont l'envahissement détermine toujours certaines maladies. Mais on doit reconnaître qu'on leur attribue souvent un effet pernicieux alors qu'ils sont, au contraire, la conséquence d'un autre mal. Le Champignon que l’on trouve sur la Pomme-de-terre malade (Peronospora infestans) ne peut, selon moi, être la cause de la maladie; il ne germe pas sur la feuille fraîche et ne saurait se nourrir des tissus sains de la plante, mais, comme toutes les Mucédinées en général, 1l puise sa nourriture dans la sève gâtée; 1l croît avec le plus d’abondance sur le bord des endroits en pourriture et meurt lorsque ceux - ci se dessèchent (2). Le Champignon de la Vigne, au contraire (Oidium Tucker:\(3) germe et végète sur l'épiderme bien portant des jeunes baies et des feuilles et s'y implante au moyen d'organes particuliers (Fig. 204), qui absorbent la sève de la plante; il meurt lorsque l'épiderme se dessèche, de sorte quil disparaît, d’après le climat et la température, plus ou moins vite après la maturation des grappes ou la chute des feuilles. D’après ce qui précède, on peut donc considérer le Champignon de la Pomme-de-terre comme la conséquence de la maladie, et celle-ci me paraît provoquée par des changements subits de température déterminés par des perturbations atmosphériques (4). La maladie de la Vigne, au contraire, provient de l'envahissement de cette plante par le Champignon qui détruit l’épiderme; elle est tout-à-fait locale et
(1) Annuaire de Tharand, VIII. N. F. I. p. 208.
(2) Schacht, die Kartoffel und deren Krankheiten. Berlin, 1856.
(3) V. Mohl, Bot. Zei., 1852, p. 9; 1855, p. 585, et 1854, p. 569.—Schacht, Wadeire und Tenerifle, 1858, p. 52-58.
(4) On sait que, d’après une autre manière de voir, le Champignon est, au contraire, considéré comme la cause déterminante de la maladie et cette opinion est encore fort accréditée. V. Ch. Morren, Instructions populaires sur la maladie des Pommes-de-terre. (Note du trad.)
l'ensemble de la plante conserve la santé. On sait que la Vigne a récemment disparu à peu près complétement de Madère, mais ce fait ne provient pas de l'Ordium; la Vigne a été, en quelque sorte, chassée de cette île par l'extension qu'on y a donnée, depuis 1854, à la culture de la Canne à sucre; celle-ci nécessite des irrigations qui ont à peu près noyé tous les vignobles. On attribue à la fleur de soufre le pouvoir de porter remède à la maladie dela Vigne, et l'on suppose que son action s'exerce au moyen de l'acide sulfurique (ou plutôt de l'acide sulfureux. N. du T.); dans cette hypothèse, il serait plus avantageux de se servir simplement d’une dissolution fort étendue de cet acide.
Fig. 204. Lesnouvelles feuilles des jeunes Sapins, rarement celles des arbres d’un certain âge, présentent quelquefois unjoliChampignon, (lAecidium columnare), qui se trouve à la face imférieure des feuilles dans lés deux stries longitudinales : il se présente sous l'apparence d'une pellicule d’un blanc d'argent et de forme colomnaire, quis'ouvre à son extrémité et contient à la base une matière jaune constituant les spores. Son mycelium filamenteux et très-délicat se fait jour à travers le parenchyme inférieur de la feuille malade, et vient former à la surface de nouveaux sporanges (Sporanlüger) (1), au moyen desquels 1l assure sa dissémination. Cet Aecidium était très-répandu, en 1852, dans une plate-bande de jeunes Sapins, située à Paulinzell, et semblait devoir être fort préjudiciable aux jeunes arbres. Les Sapins du Schwarzathal, quis y étaient développés spontanément, ne reçurent pas la visite de cet hôte dangereux, bien quon puisse le trouver sur les jeunes aiguilles des arbres âgés: on le trouve aussi quelquefois sur les feuilles de Pin, lorsqu'il est atteint de la maladie
Fig. 204. Maladie de la Vigne. À. Sous la forme de l'Oidium Tuckeri, tel que M. Schacht l'a observé à Madère : a. spores de l'Oidium prêts à se détacher; x. les crampons ou sucoirs du Champignon; b. une spore en état de germination. B. e. le fruit du Cicinobolus de la maladie de la Vigne, d’après Mohl; d. spores du même Champignon (4. est gross. 400 fois et B. 450 fois).
(1) Capsule ou faux-péridium des Mucédinées. (Note du traducteur.)
dont nous avons parlé plus haut (die Schütte). Une autre espèce se rencontre assez souvent sur l'Epicea.
Les Pins du Thuringer-Wald étaient menacés, il y à quelques années, par un autre parasite, le Peridernnum puni, qui se niche dans la couche séveuse de l'écorce des jeunes rameaux. La fructification de ce Champignon proémine à la surface sous la forme d'une vésicule qui, en souvrant, laisse voir au fond une couche pulvérulente d'un rouge minium et qui constitue les spores. Le mycelium de ce dangereux visiteur pénètre Jusque dans le cambium et ses filaments croissent dans la couche herbacée de l'écorce ; sa présence est fort préjudiciable à l'arbre et elle peut même, croyons-nous, déterminer sa mort; il se propage avec une extrême facilité au moyen des filaments de son mycelium et à l’aide d'une innombrable quantité de spores qui germent sur l'écorce, lorsque celle-ci est encore privée de son enveloppe subéreuse (1).
Les plantes maladives paraissent être plus facilement envahies par les Champignons que les plantes tout-à-fait saines ; on rencontre, par exemple, très-fréquemment dans les endroits humides et dans les serres des Orangers, des Lauriers, etc., dont les feuilles ont l’épiderme recouvert d'un dépôt charbonneux consistant en une multi tude innombrable de filaments articulés appartenant à des Champignons qui n'ont pas, 1l est vrai, comme l'Oidium, le pouvoir de se cramponner à l'épiderme. La maladie connue sous le nom de blanc en jardinage et qui s'attache aux pois, aux lupins, etc., provient aussi du mycelium d’un Champignon; mais ces espèces restant superticielles sont beaucoup moins nuisibles que celles qui attaquent directement les tissus sains et qui doivent par conséquent être considérées comme de vrais parasites. (2)
Le miellat est une maladie des feuilles consistant en une sécrétion de matières sucrées qui rend collante la surface de leur épiderme. Si une forte pluie ne vient pas immédiatement laver ces feuilles, elles ne tardent pas à se recouvrir de mucédinées et de pucerons, mais on aurait tort de les accuser d'être la cause du mal et ils ne viennent là que parce qu'ils y trouvent leur nourriture naturelle. L'Aune noir est
(1) V. Schacht, procès-verbal de la sixième réunion des forestiers de la Thuringe. Sondershausen, 1856, p. 44-46. Je ne saurais dire si l'apparition de cette espèce a été seulement momentanée et si elle ne ravage pas encore les Pins de Thuringer-Wald.
(2) Voyez de Bary, Recherches sur les Urédinées. Berlin 1855.—Tulasne, sur l’Ergot du Seigle, sur les Urédinées, etc. Annal. des sciences nat., 1855 et 1854.
le plus sujet à cette espèce de diabète, ses feuilles et ses jeunes pousses laissent déjà suinter à l’état normal un liquide visqueux, d’une saveur douce-amère, et quand il est atteint du miellat il ne souffre que de l'exagération de cette sécrétion qui peut aller jusqu'à l’épuiser de ses principes nutritifs solubles. Le Tilleul, l'Erable et le Rosier sont souvent attaqués de la même affection : elle est rare chez le Chêne et le Hêtre, et complétement inconnue chez les Conifères. Le miellat paraît être produit par l'effet des nuits froides qui succèdent à de chaudes journées ; il consiste dans la perturbation de l'activité chimique des cellules qui sécrètent sous la forme de sucre et d’autres principes solubles, les matières qui à l’état normal devraient servir à la nutrition du végétal. |
Les Noix de Galles et d’autres excroissances pathologiques que l’on trouve sur les feuilles et les branches, sont des hypertrophies du tissu cellulaire provoquées par la piqûre que font des insectes en déposant leurs œufs dans le parenchyme des végétaux. La forme de ces Noix de Galles varie sur le même arbre avec l'espèce de l’insecte dont la piqûre a provoqué le gonflement. Les Noix de Galles sphériques du Chêne sont produites par des Cymups ; les petites verrucosités coniques que l’on remarque souvent sur la face supérieure des feuilles de Hêtre sont le fait d'une espèce de diptère (PL. IT. Fig. 24 x. et 40). Un puceron, le Chermes abretis, occasionne fréquemment à l’extrémité des jeunes pousses d'Epiceas des renflements racémiformes qui ressemblent assez à une Framboise jaune. Ces insectes ne font d’ailleurs que des dégâts insignifiants.
Les forêts ont beaucoup plus à craindre des chenilles et des coléoptères qui ravagent quelquefois des étendues considérables de bois. Les chenilles de quelques papillons, par exemple du Bombix du Pin (Bombyx pini) (1), du Bombyx monacha, du Noctua piniperda et surtout du Bombyx processionea dont la réputation est déplorable, sont pour les forêts des ennemis d'autant plus dangereux qu'ils les envahissent souvent en troupes considérables.
La noctuelle a notamment fait en 1859 de grands ravages dans la plupart des bois des environs de Berlin, entre Cœpenik et Erkner. Presque tous les arbres étaient morts avant l'automne, et ceux qui avaient été un peu épargnés et qui avaient survécu jusque-là, ne
(1) Ratzeburg, die Waldverderber, nouvelle édition. Berlin 1860. Dre Forstinsecten du même. Kéning, die Waldpflege, nouvelle édition de Grebe. 1859.
pouvaient manquer de périr au printemps suivant, puisque par la perte de leur feuillage, ils avaient été dans l'impossibilité d'élaborer les matières nutritives indispensables pour suffire à leurs premiers besoins pendant le développement d’une végétation nouvelle. En pareil cas, quelques observations microscopiques pourraient être d’une grande utilité pratique en donnant des indications sur les arbres qu'il convient d'abattre immédiatement, sans attendre qu'ils soient complétement morts. En effet, lorsqu'un arbre meurt de lui-même, son bois n'a qu'une valeur fort minime; il s’opère dans les cellules séveuses de ses rayons médullaires une altération chimique, une sorte de décomposition qui serait prévenue par un abattage et un écorçage pratiqués à temps. Le bois des Pins qui sont morts à la suite d'une invasion de chenilles, se reconnaît à des taches noires qui se forment dans les rayons médullaires. Les arbres qui se relèvent d'une attaque de chenilles restent faibles pendant plusieurs années, et ne portent que fort peu de graines, d’après les observations de Ratzeburg.
Chaque espèce d'arbres nourrit, en général, un certain nombre d'animaux et de plantes. D’après Ratzeburg , le Pin abriterait à lui seul plus de quatre cents espèces d'insectes; la plupart d'entre eux sont fort nuisibles au bois, notamment ceux qui vivent aux dépens des tissus vivants, comme les xylophages qui se nichent dans la zone génératrice et dans la couche herbacée de l'écorce. Tels sont le Bostrychus typographus de l'Epicea et le B. stenographus du Pin, qui creusent de larges galeries dans le jeune tissu cellulaire, et déterminent ainsi la mort de l'arbre. Les xylophages attaquent de préférence les arbres malades ou fraîchement abattus, de sorte que c'estune précaution bonne à prendre que de les emporter loin du bois le plus tôt possible ou bien de les écorcer rapidement. Les forestiers allemands se débarrassent d’une grande quantité de ces hôtes dangereux au moyen de ce que l’on nomme des arbres-trappes (Fangbaume), sur lesquels on les laisse à loisir déposer leurs œufs, mais dont on enlève et dont on brûle ensuite l'écorce.
L'Hylesinus piniperda est l'un des ennemis les plus terribles du Pin ; il attaque de préférence les arbres qui croissent sur la lisière, et il ne s'enfonce pas volontiers dans l’intérieur des forêts. On voit près de Newstadt-Eberswalde des Pins dont cet insecte a détruit la flèche de la manière la plussingulière. Il a été étudié avec le plus grand soim par Ratzeburg, qui a fait d’ailleurs tant de recherches remarquables sur les insectes nuisibles des bois. Il a constaté que l'animal parfait se
cache près du collet des vieux Pins, depuis le mois de novembre jusqu'en mars; il prend son vol au mois d'avril et dépose ses œufs sous l'écorce au mois de mai. La larve accomplit ses métamorphoses au mois de juillet, et en août les jeunes insectes se mettent à ronger l'extrémité des branches pour se nourrir au moyen de leur moëlle; mais ces rameaux se desséchent et tombent, et l’insecte avec eux, circonstance dont 1l s'empresse de profiter pour aller prendre ses quartiers d'hiver et se préparer à une nouvelle campagne de dévastations.
La vie des insectes utiles n’est, d’ailleurs, pas moins intéressante que celles de ces ravageurs de forêts. Parmi eux, il convient de citer en premier lieu, lesichneumons qui vivent, en général, en parasites sur les chenilles et les larves : on doit ranger dans la même catégorie les fourmis, les araignées et les pentatomes ou punaises de bois qui détruisent bon nombre d'insectes. Parmi les oiseaux, les pics qui grimpent le long du tronc pour chercher les insectes sous leur écorce, et parmi les mammifères, le hérisson, la taupe et le putois sont d’utiles auxiliaires pour l’homme et doivent être conservés dans les bois. Les sangliers fouillent la terre à la recherche des larves de hannetons et d’autres lamellicornes. Au contraire, parmi leshôtes des forêts, le cerf et le daim sont la cause de quelques dégâts ; 1ls arrachent les jeunes plants et rongent les écorces; le chevreuil partage ces mauvaises habitudes, de même quele lièvre dontil faut surtout se défier en hiver, alors que la nécessité le force à ne pas dédaigner les jeunes arbres. L'écureuil se nourrit des graines forestières et va les chercher Jusque dans nos semis ; lorsqu'en hiver, il est en défaut d'autre nourriture, il mord dans les jeunes pousses des Sapins et des Epiceas. Les rats et les souris doivent aussi être rangés dans la catégorie des animaux nuisibles.
La plus grande et la plus intéressante des plantes parasites de nos arbres est le Gui (Viscum album) (1), qui s'implante sur les Conifères comme sur la plupart des angiospermes (Fig. 205, 206, 207, 208 et 209). Je l'ai vu sur le Pin, près de Berlin, sur le Sapin dans le Schwarzathal, sur l'Erable et les arbres fruitiers près de Jéna et aux environs d’Aix-la-Chapelle, sur le Bouleau près de Newstadt-Eberswalde, sur le Peuplier noir et l’Acacia à Frankenfelde dans l'Oder-
(1) Schacht, uber Schmarotzergewachse und deren Verhalten zur Nührpflanze.—Beitrage zur Anatomie und Physiologie, p. 172-181.— Lehrbuch der Anatomie und Physiologie der Gewachse IL. p. 465.
bruche. Le Gui forme de grands buissons toujours verts : il enfonce
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Fig. 205 (7). Coupe transversale d’une graine müre de Gui: a. l'albumen: à. et b. deux embryons ; c. un cotylédon de l’un d’eux (gross. 8 fois).
Fig. 206 (8). Un Gui (B) de 5 ans fixé sur un rameaude Sapin (A)dont l'écorce a étéenlevée pour étudier la marche des racines du parasite (grand. natur.).
sa racine à travers l'écorce jusqu'au bois de l'arbre sur lequel 1l s’est fixé, et se nourrit en partie aux dépens de la sève de cet arbre, en partie au moyen de se#propres feuilles et de son écorce verte; sa racine traverse, d'ailleurs, l'écorce du sujet et c’est dans le bois qu'elle s implante. De là vient que les Guis provoquent souvent sur les arbres des renflements semblables à ceux qui se forment sous les Balais de sorcières. J'ai vu dans le Rauhthal, près de Jena, un viel Erable déformé de la manière la plus singulière par des Guis : toutes ses branches étaient noduleuses et comme rachitiques, et les Guis qui avaient déterminé ces tubérosités étaient morts pour la plupart et avaient même disparu depuis longtemps. Les oiseaux qui se nourrissent de baies, se chargent de disséminer, à de grandes distances, la graine du Gui; celle-ci germe toutefois sans que leur intervention soit indispensable et même quand elle est encore renfermée dans l'intérieur du fruit, mais dans cet état elle ne saurait s'attacher à une branche.
Au contraire, la graine y est solidement fixée, quand elle setrouve mélangée aux excréments desoiseaux, et c est là ce qui a donné lieu à cette croyance erronnée qui suppose que, pour germer, les graines de Gui doivent absolument passer par l'estomac des oiseaux. Le Gui pousse très-lentement et ne développe chaque année qu'un seul mérithalle muni de deux feuilles opposées ; il se multiplie au moyen des graines et par des jets émis par sa racine et qui se font Jour à travers l'écorce : ce phénomène s’observe notamment quand un vieux Gui a été brisé, de sorte que, pour l'extirper, il faut absolument sacrifier la branche dont il a pris possession. Le Loranthus, Voisin du Gui, croît sur les Chênes en Autriche.
Un très-grand nombre de plantes imférieures vivent aux dépens des produits de la décomposition des bois et des écorces. C'est ainsi que l'on rencontre dans le creux des vieux arbres toute une armée de Champignons et sur leurs écorces des Lichens, des Mousses et des Hépatiques. Ces végétaux ne rendent pas l'arbre malade, maisils sont
Fig. 207 (9). Un Gui (B) de quatre ans, également sur le Sapin (4). Les racines de Gui courent entre l'écorce (a) et le bois, et ses sucoirs pénètrent même dans le bois du Sapin (grand. nat.).
Fig. 208 (10). Coupe transversale d’une branche de Sapin (4) qui sert depuis 7 ans de support à un Gui (B): a. l'écorce du Sapin ; «’ l'écorce du Gui; y. une racine du Gui, qui réunit les sucoirs l’un à l’autre (grand. nat.).
Fig. 209 (41). L’extrémité d’un rameau de Gui qui, entre deux jeunes pousses, porte trois petites baïes (grand. nat.)
plutôt un indice de son état maladif. Dans plusieurs endroits du Thuringer-Wald, le Mélèze réussit très-bien jusqu'à l’âge de 20 ans, et pendant ce temps les Mousses le respectent##mais passé ce terme, le même arbre se porte moins bien et il est aussitôt envahi par les longs filaments blancs de ces Lichens qui constituent le genre Usnea. Les arbres qui vivent dans des stations humides ou moites sont ordinairement très-moussus à leur surface; ceux dont l'écorce est rude et déchirée portent un nombre beaucoup plus grand de cryptogames que les espèces à écorce lisse : cela vient de ce que l'humidité de la pluie et de la rosée se rassemble dans les crevasses de cette écorce, détermine une certaine décomposition et prépare ainsi le sol qui est nécessaire au développement des plantes et des animaux inférieurs. Dans les vallées des bois humides de Madère et de Ténériffe, les Mousses et les Hépatiques prospèrent on ne peut mieux en compagnie des Lycopodiacées et des Fougères; les rhizomes du Davalha canariensis, fougère d'une grande élégance, grimpent en serpentant le long des ges de vieilles Laurinées, comme chez nous une autre Fougère, le Polypodium commune, aime à se nicher dans la tête des Saules pourris où l'on trouve d’ailleurs avec elle une flore souvent fort nombreuse.
Les bois morts sont exposés à deux modes de décomposition : la putréfaction humide (Rothfaule), et la putréfaction sèche (Wesssfaule), quiletransforme en une masse blanche et friable.La décomposition humide est probablement un état plus avancé dela putréfaction du cœur (Kernfaüle), c'est-à-dire de la mort et de la décomposition qui procèdent de l'intérieur dans les vieux arbres, tandis que la putréfaction sèche se manifeste plus ordinairement à l'extérieur, à la suite des blessures par exemple. Les produits qui résultent de cette décompo-— tion sont un peu différents de ceux de la première, parsuite de l'in fluence de l'air et de la lumière. Gette décomposition est, comme presque tous les phénomènes analogues, accompagnée de Champignons; ceux-ci provoquent même des fissures dans les endroits qui présentent le moins de résistance, comme les rayons médullaires et la limite des anneaux annuels. Le bois de Marronnier, quand il est pourri, a perdu presque toute sa matière ligneuse, et ce qui reste se colore en bleu sous l'influence de l’iode et de l'acide sulfurique, comme tous les tissus cellulaires. La plupart des Champignons qui attaquent les bois nefructifient pas et sont, parconséquent, d'une détermination fort incertaine. |
Une bonne administration forestière doit accorder une égale atten-
tion à tous les phénomènes qui touchent à la vie des arbres et étudier chaque espèce en particulier : elle doit les entourer des conditions extérieures les plus favorables, faire choix d'un bon terrain, dans une station convenable par rapport à l'altitude, au climat, à l'humidité, etc.; elle doit, en outre, ne pas négliger la question de l'aménagement. L'étude des arbres est le point principal de l’art forestier, car, pour bien cultiver un bois, il est indispensable de connaître à fond la vie de toutes les espèces qui le composent.
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Ea forêt et sa vie.
Toutes les plantes sociales donnent, lorsqu'elles occupent une certaine étendue de territoire, une physionomie particulière au paysage. La répartition et la dissémination des végétaux dépendent d’ailleurs, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, jusqu'à un certain point, du sol, de la station, en un mot de cet ensemble de conditions extérieures qui constituent le climat. Ce sont ces caractères qui im— priment à chaque contrée ses traits principaux, que le tapis végétal vient seulement colorer. Un pays plat et étendu produit une toute autre impression qu'un territoire montagneux, entrecoupé de vallées étroites ; l'un permet à l'œil d'errer sur un immense horizon dont aucun accident ni aucune limite ne viennent interrompre l'uniformité, tandis que, dans les pays montagneux, le regard se porte de la montagne dans la vallée et du ruisseau sur la colline, s’il n'est pas emprisonné dans une gorge étroite par les flancs escarpés des rochers.
De même que les plaines sont monotones en elles-mêmes, elles sont de même couvertes d'une végétation très-peu variée. On trouve, en général, chez nous, dans le voisinage des fleuves, des prairies naturelles, des terres cultivées, des champs de blé, des terrains humides et marécageux, des landes ou des sables arides. Des Saules et des Aunes s'élèvent sur les terres humides ; de hauts Peupliers bordent les chaussées ; dans ces vastes espaces stériles, couverts de bruyères, que l’on nomme des landes, c'est une agréable surprise de rencontrer de temps en temps de petits bois de Bouleaux et de Pins qui produisent un heureux changement. Partout dans la vallée, on reconnait l'empreinte de la main de l'homme : les Peupliers des routes, les Saules
et les Aunes des terrains bas et humides et jusqu'aux Pins des landes ont été plantés par lui; il laboure les champs et il fauche la prairie ; ça et là apparaissent ses villes et ses villages avec leurs toits couverts de tuiles rouges, de chaume ou de bardeaux, et leur ceinture d'arbres fruitiers ; ses chemins de fer sillonnent la campagne.
Cependant le sol s'élève, des collines apparaissent et des montagnes même surgissent ; les vallées qui les séparent sont entrecoupées de fleuves et de rivières qui fertülisent sur leurs bords des champs et des prés ; arrosées par eux, les prairies verdissent et les moissons dorent la campagne. Les terres arables s'étendent parfois jusqu à une certaine hauteur sur le penchant des montagnes qui s'élèvent en pente douce et dont le sommet reste couvert de bois. Les montagnes de hauteur moyenne sont, sous notre climat, le véritable domaine des forêts.
Il est vrai que ces forêts sont elles-mêmes plantées par la main de l'homme, comme elles sont abattues par elle pour se relever encore. La coupe des taillis se fait, en moyenne, après un intervalle de 12 à 20 ans ; l'aménagement d'une futaie est d’un siècle ou plus encore. Chaque année on sème et l’on moissonne les champs ; aussi la forêt sert-elle de refuge à maintes plantes herbacées ou frutescentes que le cultivateur besogneux extirpe et chasse de ses terres comme de la mauvaise herbe.
es prairies et les terres arables sont composées de végétaux herbacés qui vivent en société. Ce sont aussi des plantes sociales qui constituent les taillis, mais celles-ci sont ligneuses. Le taillis (Miederwald) se compose d'arbrisseaux, le haut-taillis(Mittelwald) d'arbustes et d'arbres, la haute futaie (Hochwald) d'arbres à troncs élevés, à l'ombre desquels les arbustes ne sauraient croître, lorsqu'ils sont suffisamment rapprochés.
Le taillis ne comprend jamais de grands arbres ; il est homogène ou bien mélangé, et il sert, suivant les espèces dont il est composé, à la production de fagots ou de perches:; il donne, en outre, lorsqu'il consiste en chênaie [taillis de chêne), de l'écorce pour la tannerie. On l'exploite après une période qui varie entre 10 et 20 ans. On choisit de préférence pour composer les taillis, ces espèces d'arbres qui forment des cépées de tige ou de souche et on laisse lors du récépage les souches et les racines dans le sol, afin qu'il en naïsse un nouveau taillis. Pour son peuplement, on emploie des essences appropriées à la constitution du sol et aux autres conditions locales. Les Conifères qui n'émettent de cépée ni sur leur tige ni sur leurs racines, ne peuvent
être cultivés entaillis : un bois de Pins, par exemple, n’est jamais un taillis proprement dit; c'est plutôt une plantation (Bestand) ou ce qu'on appelle un fourré (Schonüng). Les Bouleaux, les Chênes, les Coudriers et les Aunes noirs donnent le plus facilement des rejets de tige; ils développent un grand nombre de bourgeons adventifs sur leurs tiges, mais par contre ils ne sont pas prédisposés à émettre des rejets sur leurs racines; on coupe leur cépée, pour en faire des fagots, à un pied environ au-dessus du sol. Le Tremble, l'Orme, le Tilleul, le Charme (1) et l'Erable produisent, au contraire, facilement et abondamment des rejets de racine. Le Peuplier-Tremble pousse, lorsque les circonstances sont favorables, sur toutes ses jeunes racines, des bourgeons caulinaires dont on peut former un taillis ou que l’on peut élever en hautes tiges. Le Saule émet aussi bien des cépées de tige que de racine ; les premières servent, comme on sait, aux tonneliers à faire leurs cercles. En général, les plus jeunes racimesencore remplies de sève desarbres que nous avons cités en dernier lieu, donnent des rejets plus forts que leurs anciennes racines déjà plus ou moms subérifiées. Ainsi s'explique, d’après Pfeil (2), la coutume d'arracher du sol les vieilles souches du Peuplier-Tremble avec les grosses racines et d'abandonner à leur sort les jeunes racines qui produiront infailliblement de nouvelles tiges. Ces racines sont tellement vivaces que l'on voit souvent, après certaines coupes forestières, apparaître toute une végétation de jeunes Trembles, alors qu'il n'en existait pas un seul avant l'abattage : ce sont de vieilles souches abandonnées qui, bien que dépourvues de branches et de feuillage, se sont conservées vivantes sous le sol (3).
Le Charme, le Bouleau, le Noisettier et le Chêne recouvrent, sous forme de taillis, la plupart des montagnes ée la Thuringe, montagnes rocheuses et pourvues d'une couche de terre de peu d'épaisseur. Leur fraîche verdure, en se mariant au printemps avec la couleur dorée des genêts (Spartium scoparium), embellit les rochers crénelés de la romantique vallée noire (Schwarzathale) ; dans les clairières et sur les lisières la Ronce des bois croît avec une luxuriante abondance. Les jeunes taillis de Chêne sont écorcés, lorsqu'ils ont atteint des
(1) D’après Pfeil, car je ne me souviens pas d’avoir jamais remarqué de: rejets sur les racines du Charme.
(2) Pfeil, Kritische Blätter. Bd. XX. Heft, À. p. 225.
(5) Ce fait est un nouvel argument contre la théorie de la cicatrisation de Goeppert (Ueberwallungstheorie).
dimensions suffisantes : cette opération se fait au printemps ; les jeunes tiges dépouillées de leur écorce persistent souvent Jusqu'en automne, pendant que de nouveaux rameaux se forment déjà sur la souche. Le taillis améliore le sol par la chute de ses feuilles en automne, et ilforme souvent des fourrés impénétrables. Une ancienne souche de Chêne émetsouvent d'innombrables branches; si on les coupe toutes, excepté une, celle-ci recevant seule toute la nourriture puisée dans le sol par la souche, végète avec une vigueur extraordinaire et devient un arbre à haute tige.
Le haut-taillis n'a pas d'époque déterminée pour son exploitation ; il consiste généralement en essences de diverses espèces. On abat successivement les troncs les plus forts à mesure qu’ils donnent trop d'ombre et on laisse croître les pieds plus jeunes. Le haut-taillis produit ordinairement des bois légers. Ce mode d'aménagement est, suivant Pfeil, très-avantageux pour les petits propriétaires terriers, mais il est fatal aux grandes forêts publiques ; 1l convient surtout quand la profondeur du sol n'est pas suffisante pour admettre la futaie, ou bien quand on pourrait craindre de ne pouvoir reconstituer une nouvelle forêt, si l'on venait à détruire celle qui existe (par l'abattage, le récépage et la coupe). Lorsqu'on ne fait qu'abattre des arbres isolés, couper des fagots, le haut-taillis, bien exploité, ne présente jamais de clairières et pourvoit tous les ans aux besoins du propriétaire, alors que la futaie ne lui donnerait un revenu qu'une seule fois sur 80 ou 120 années. On y cultive à peu près les mêmes espèces que celles qui erandissent dans les taillis ; il est rarement repeuplé au moyen de plantations, maisil est le plus souvent entretenu par les cépées des tiges et par l’'ensemencement naturel. Il peut d'ailleurs, dans certaines circonstances, se transformer en futaie, lorsque les sous-bois (Unterholz), cest-à-dire les arbres jeunes et peu élevés, et les arbustes, s’affaiblissent et meurent sous l'ombre des grands arbres. Le Bouleau, qui exige beaucoup de lumière, pousse très-mal en sous-bois. — L’herboriste est presque toujours assuré de faire une riche récolte dans les hauts-taillis; des fraises, des mûres et des myrtilles, ainsi que des fleurs de toute espèce, croissent entreles arbres, etle solest, en outre. couvert d'un tapis épais de plantes herbacées et de mousses.
La futaie ou la forêt proprement dite, se compose d'arbres à haute tige; on la distingue suivant que les arbres sont espacés (ein hchte Bestand) ou qu'ils sont serrés (ein geschlosse Bestand), suivant qu’elle est homogène ou bien mixte. Une futaie claire est une sorte de transi-
tion vers le haut-taillis : les arbres de haute futaie y sont à une certaine distance les uns des autres, de sorte que quelques sous-bois parviennent ordinairement à pousser dans les intervalles. Mais lorsque la forêt est serrée, tous les arbres ont à peu près les mêmes dimensions; les tiges plus faibles périssent, étouffées par le manque de lumière. Dans les futaies les plus compactes, il n'y a même pas de broussailles n1 de végétaux herbacés : ils sont relégués sur les lisières où ils croissent de compagnie avec les fraisiers, les airelles et les ronces : quelquefois, lorsque la nature des arbres le permet, des Hépatiques, des Mousses frondifères et des Fougères pénètrent plus avant dansl'intérieur. Pour cultiver avec avantage une futaie mixte, on doit choisir des espèces dont la végétation est relativement la même ou bien leur associer des essences qui peuvent supporter un peu d'ombre. Aïnsi le Hêtre croît très-bien à côté du Sapin, bien que celui-ci le dépasse en hauteur ; l'Epicea et le Sapin se conviennent parfaitement ; au contraire, le Bouleau et le Pin s'affaiblissent sitôt que d’autres arbres les couvrent de leurs ombres. Les arbres s'entraînent, pour ainsi dire, les uns les autres pendant leur allongement dans les plantations serrées. Le Charme qui, dans les emplacements libres, se laisse dépasser par le Hêtre, s'élève à la même hauteur que lui s'ils sont serrés l'un contre l’autre. Le Hêtre acquiert l'élévation et le tronc colomnaire de l'Epicea et du Sapin, s'il pousse dans leur voisinage immédiat. L'époque de l'exploitation des futaies diffère suivant le peuplement et d’après les circonstances ; toutefois elle ne varie guère qu'entre 80 et 150 ans.
Les futaies homogènes paraissent être toujours le résultat d’un peuplement artificiel. Les forêts, fort rares d'ailleurs, quiexistenten Allemagne sans avoir été ensemencées et qui n'ont été que peu ou point du tout cultivées, présentent toujours la réunion d'arbres à feuilles larges et de Conifères. On a, par suite de cette observation, cherché dans ces derniers temps à donner plus d'extension aux futaies mixtes.
Des Pins (Pinus sylvestris) de plusieurs espèces différentes constituent des futaies homogènes dans le pare de Rudolstadt. Ces arbres sont âgés, d'après le dénombrement exact de leurs couches annuelles que nous avons vérifiées nous-mêmes, au moins de 280 à 300 ans. D'après ce que nous a rapporté M. V. Holleben, on y a abattu, il y a quelques années, des troncs de #5 mètres de hauteur sur un diamètre de 95 centimètres à hauteur de poitrine. Les arbres sont assez espacés les uns des autres, leurs troncs dépourvus de branches jusquà une
hauteur de 24 mètres environ, sont surmontés d'une cîme large et en forme de coupole. Ces Pins sont magnifiques et il n’en existe qu'un bien petit nombre de semblables en Allemagne. Lorsqu'on les examine sur une Coupe transversale, on reconnaît que les couches annuelles formées pendant leurs quatre-vingt premières années sont trèsétroites; celles qui suivent se montrent brusquement beaucoup plus larges, mais les plus extérieures, déposées pendant leur dernière centaime d'années, sont de nouveau fort minces etmême plus étroites que celles des 80 premières années : on ne parvient à les compter qu'à l'aide de la loupe et sur une surface lisse et polie. On doit peut-être attribuer la faiblesse des 80 premières couches à ce que la plantation aurait été fort serrée pendant cette période et ensuite subitement éclaircie ; et ce qui vient corroborer cette supposition, c’est que l’on constate souvent sur les troncs abattus des plaies cicatrisées remontant à cette époque et qui paraissent provenir de coups de cognée à hauteur d'homme. Bien que ces arbres ne croissent plus d’une manière sensible, ils paraissent être encore en parfaite santé. Entre eux existent quelques Chênes petits et très-faibles, et le sol est entièrement couvert de myrtilles. Chaque année, on abat un grand nombre de ces vieux arbres, de sorte qu'il est à craindre qu'ils auront tous disparu d'ici à peu de temps. Il en a été de même des Pins de la forêt de Schwarzhbourg. — Les vieux Pins du Hauptsmoor, près de Bamberg, sont célèbres et fort estimés pour en faire des mâts : leurs troncs sélèvent verticalement droits comme des jones et sont ébranchés jusqu'à une hauteur de 21 à 24 mètres; ils ressemblent sous le rapport de la croissance aux Pins de Rudolstadt, bien qu'ils ne les égalent pas tout-à-fait en force, ni probablement en âge. La plupart des arbres les plus vieux ont ici aussi déjà disparu, cependant l'administration des forêts, dans le but de conserver des tiges de même hauteur et de même force, laisse subsister à chaque coupe, à quelque distance les unes des autres, les tiges les plus belles ei les plus élancées ; elles forment la réserve et fourniront dans la suite d'excellents mâts dits hollandais. Certaines parties du Hauptsmoor, avec ses superbes Pins de 30 à 40 ans, dont la cîme arrondie s'élève au-dessus des autres végétaux, font penser aux forêts tropicales dont les Palmiers, aux stipes élancés, dominent les taillis et les arbustes. On voit, en passant sur le chemin de fer de Nuremberg, sur la rive droite du Mein, des Pins d'un âge et d’une culture semblables. Le fond du Hauptsmoor
est sablonneux à la superficie et le sous-sol est du limon (argile).
On rencontre, près de Schwarzbourg, sur la route de Trippstein, des hautes futaies de Sapins (Abies pectinata), d'une beauté toute particuhière ; ils sont âgés de 100 à 130 ans ; leurs tiges sont droites et serrées les unes contre les autres comme les mâts d'une flotte nom breuse et compacte; c'est à peine si l'on découvre une trace de mousse sur leur écorce blanche et lisse ; ils sont dégarnis de branches jusqu à une hauteur considérable et leur ramification horizontale et étendue forme une cime en forme de dôme. Le Schwarzathal présente en trèsgrand nombre des Epiceas et des Sapins entremêlés et d'une fort belle croissance. Le Sapin est d’ailleurs le prince des arbres verts de notre région et il est devenu le symbole de la puissance ; aucun autre arbre de notre pays ne l'égale en hauteur ni en vigueur. On voit également près de Baden-Baden et dans la Forêt-Noire des bois de Sapins purs ou mélangés, d'un mérite supérieur.
Les forêts d'Epiceas (Picea vulgaris Lx) du district de Katzhütte, dans la principauté de Schwarzburg-Rudolstadt, sont fort remarquables; les bêtes sauvages, qui à présent ont disparu, leur ont toutefois fait subir jadis des dommages considérables. Ces arbres sont âgés Ge 100 à 150 ans, leur hauteur est considérable et leur tronc, d'un très-fort diamètre, supporte une cime conique et terminée en pointe ; leurs branches et leur rameaux persistent sur la tige beaucoup plus bas que chez le Sapin ; l'Epicea n'ombrage pas les branches inférieures autant que ce dernier et les conserve par conséquent pendant une plus longue durée.
L'Epicea royal, du district de Nesselgrund, en Silésie, est probablement le plus vieil arbre de cette espèce qui existe dans les forêts allemandes. Il se trouve au milieu d’une plantation assez jeune d'Epiceas qu'il domine d'une hauteur considérable. Cet arbre a été observé attentivement par Ratzeburg (1); sa hauteur, mesurée avec un dendromètre, s'élève à 49 mêtres environ; sa tige, à 15 centimètres audessus du sol, présente une circonférence de 6 m. 87 cent., laquelle descend à 4 m. 12 cent., à la hauteur de 1 m. 25 cent. La tige est droite et élancée. elle s’amincil successivement en s’élevant et elle est dégarnie de branches jusqu'à une hauteur de 12 1/2 mètres. Elle doit contenir, d'après un calcul approximatif, environ 11 voies de bois (de 72 pieds cubes)etles branches en donneraient, d'après Ratzeburg, encore 2 de plus, de sorte que l'Epicea royal pourrait fournir en tout
(1) Ratzeburg, Forstnaturwissenschaftliche Reisen. p. 287.
13 voies de bois. On sait que le rapport du Sapin est beaucoup plus considérable.
Les plus belles et les plus anciennes plantations d'Epiceas que j'ai vues sont celles du Stellerwald, près de Kaufbeuren, en Bavière, et celles du district de Sachsenried, où le sol consiste en une couche superficielle d'une épaisseur de 45 centimètres. Cette terre ne contient pas de sable, mais du calcaire et beaucoup d'humus et elle repose sur un sous-sol de calcaire gompholitique. L'Epicea croît fort bien dans ces conditions tant à l’état pur que mêlé à du Bouleau. La visueur et l'âge de cet arbre, ainsi que ses dimensions, sont très-variables dans les forêts communales, mais dans les domaines royaux, l'Epicea se fait remarquer par la longueur et la puissance de sa tige : âgé de deux siècles, il sait encore élaborer chaque année sa nouvelle couche de bois, et nous avons vu des zones d’une largeur extraordinaire sur quelques troncs fraîchement abattus qui n'avaient pas encore été débités. Deux hommes embrassaient avec peine les troncs les plus forts de cette plantation, mais d'après ce que nous a dit le garde forestier cantonal, M. Heindl, on doit abattre les troncs de } m. 90 cent. de diamètre (au-dessus de la racine) sur 47 à 50 mètres d'élévation. D'après les registres forestiers, il n’est pas rare de voir une hauteur de 36 à 40 mètres et un diamètre de 5 à 7 décimètres au milieu de la hauteur. Ces arbres sont en parfaite santé, sans dégradations de gibier, sans écoulement de résine et sans lichens; leur port est tout-à-fait normal, la cîme étant partout conique ou pyramidale. Lorsque la plantation est serrée, ils sont dépourvus de branches jusqu'à une grande hauteur et leurs chicots ont, en général, disparu comme pour les vieux Pins. Lorsque l’Epicea est espacé, au contraire, il garde ses branches jusqu'à la racine, mais son allongement a diminué parsuite de cette circonstance. Les souches des Epiceas abattus depuis fort longtemps pourrissent dans la forêt actuelle et souvent ont produit la génération nouvelle; aussi n’est-1l pas rare de voir d'énormes racines étalées sur le sol, comme dans le Wurzelberg et ie Lindigforst où l'on voit, en outre, de jeunes Epiceas germer sur des souches de Sapin, tandis qu'ici ils s'élèvent sur leurs propres débris. On rencontre aussi dessouches trop faibles pour repousser, mais quiont conservé assez de vitalité pour se cicatriser et se recouvrir (uberwallen), quand même il n'existe aucun Epicea debout dans un rayon de plus de 9 mètres : ce bois de recouvrement (Ueberwallungsholz), formé après la coupe de la tige, se sépare aisément de l'ancien bois dontil diffère essentiellement
par sa dureté et par ses madrures. Je ne vis nulle part des tiges pourries; le chablis cause ici beaucoup de dommages et le poids de la neige brise en hiver les jeunes Epiceas. Dans les plantations bien serrées, le sol est recouvert d’une couche moussue verdoyante et d’un grand nombre d'Oxalis (Oxalhs acetosella), d'Asperules{Asperula odorata) et d’autres petites herbes ; là où les arbres sont clair-semés la Myrtille prend possession du sol ; aux bords des chemins, fort bien entretenus, la Ronce des bois étale ses riches festons, et la fraise rubiconde se présente d'elle-même pour rafraîchir le botaniste. — Le district de Saxe (Sachsenried) se trouve à une altitude supramarine de 722-880 mètres; la végétation forestière y est favorisée d’une manière toute spéciale par l'excellence du sol et à la faveur d’une situation abritée par les Alpes bavaroises. L' exploitation s'y fait partie en coupe nue,
partie en coupe sombre (Dunkelleb). Les forêts particulières sont en Bavière placées sous la juridiction de ladministration royale des forêts. La fenaison était déjà passée lorsque nous avons visité cette région (14 août 1853).
Les vieilles plantations de Mélèze (Larix europaea) qui existent près de Schwarzburg, sont en mauvais état ; leurs tiges affaiblies sont souvent courbées en arc de cercle et les branches sont envahies par des lichens. Le Mélèze se développe, dans le Schwarzathal, avec une vigueur extraordinaire jusqu'à 20 à 25 ans, sans que sa tige ni ses branches montrent une trace de mousse ou de lichen, mais passé cette période 1l végète plus faiblement et se rabougrit. Il faut au Mélèze des contrées montagneuses plus froides où il se transforme en un arbre élevé et puissant. Dans le Hauptsmoor de Bamberg, on rencontre déjà une plantation de Mélèzes peu étendue mais très-vigoureuse : ces arbres sont âgés de 120 à 150 ans; leurs tiges atteignent parfois 35 mètres de hauteur et sont ébranchées sur une longueur de 20 à 25 mètres. Les plus forts ont un diamètre de 48 à 50 centimètres. Les hautes montagnes sont le domaine habituel du Mélèze, où 1l atteint une hauteur considérable.
Le Pin-Pignon (Pinus punuho) ne forme des forêts que sur les par- - ties plus élevées et les plus froides des montagnes. On ne le rencontre dans le Thuringer-Wald qu'à l'extrémité de l’Isselberg où il constitue des buissons de 4 m. 50 cent. à 2 m. 50. cent. de hauteur d'une forme déchiquetée, irréguhère et dont les rameaux couchés sur le sol partent du collet même . la racine. Le Pin-Pignon se présente, en général, aux endroits où les autresConifères ne peuvent pas parvenir. Sa tige,
à l'âge de cent ans, n’a que quelques centimètres d'épaisseur, aussi son bois est-il d'autant plus compacte. Le Pin-Pignon est d'un grand avantage pour les Alpes, parce qu'il est un obstacle à la formation des avalanches.
L'If (Taxus baccata) est disséminé dans le Thuringer-Wald et il se cache souvent au milieu des Epiceas et des Sapins : c'est un végétal qui aime l'ombre ; sa tige n'acquiert jamais une hauteur extraordinaire, mais il atteint un âge prodigieux. Il doit avoir été jadis beaucoup plus répandu que de nos jours, car son bois se trouve souvent dans les lignites. Dans le Harz, 1l forme encore quelques bosquets.
Le Genévrier (Juniperus communs) constitue d’humbles buissons dans les forêts alpestres ; 1l pousse çà et là en pieds isolés ; lorsque les circonstances sont favorables, 1l émet des tiges droites et élancées de # à 6 mètres de hauteur et il ressemble alorsà un jeune Mélèze, mais sa cime reste toutefois dans des limites beaucoup plus étroites.
À l'exception du Mélèze, tous nos Conifères forestiers conservent leur verdure en hiver, bien quelle prenne toutefois pendant cette saison une teinte plus sombre que de coutume. Les rameaux feuillés des Epiceas et des Sapins supportent la neige pendant longtemps, mais ils cèdent parfois sous un poids trop considérable, au grand pré- Judice de leur végétation future.
Une plantation touffue de beaux et vieux Hêtres (Fagus silvatica) se trouve derrière le château de Schwarzburg. Leurs troncs ressemblent à des colonnes gigantesques et élancées ; ils sont lisses jusqu'à une hauteur de 15 à 20 mètres, puis 1ls s’amincissent en flèche ou bien se divisent en plusieurs fortes branches qui divergent également dans tous les sens et qui supportent une cime ogivale; sous leur ombrage épais, on croitse promener sous des galeries gothiques ; le terrain y est humide et un épais tapis de mousse est étendu sur un terreau noir et fertile ; dans les ravins et Les bas-fonds, le vent amoncèle une litière de feuilles desséchées de plus d’un pied d'épaisseur. L'écorce est lisse et blanche ; dans des conditions favorables de santé elle reste, comme celle du Sapin, à l’abri des souillures des mousses et des lichens. Il existe des Hêtres encore plus forts, mais dont le tronc est moins élevé, à l’ouest du Schlossherg ; ces arbres ont poussé librement, aussi leurs branches se sont-elles étalées comme de grands bras et leur cîme couvre une large surface, tandis que dans la plantation de Schwarzburg beaucoup plus touffue la ramification du tronc s'élève à peu
près verticalement pour se diriger vers la lumière. Presque tous ces arbres portent des loupes arrondies provenant de chicots de branches recouverts d'un bois d'une beauté particulière. Enfin j'ai encore vu de fort belles plantations de Hêtres près de Leutenberg et aux environs d'Eisenach, entre Altenstein et Rahla, parmi lesquelles la plus renommée est celle de Spessart.
Le Chêne (Quercus pedunculata et Q. sessihflora) ne constitue pas dans le Thuringer-Wald de plantation homogène, mais on l'y trouve associé au Hêtre ou plus rarement aux Conifères. Il ne convient pas pour faire des plantations serrées ; à cause de l'inégalité de sa vie, soumise à une foule d'influences variables, il se produirait beaucoup de vides par la mort de certains arbres, qu'il faudrait alors s'empresser de remplir avec de jeunes plants. Les côtes da Schleswig sont couvertes de belles chênaies. L'Angleterre possède aussi quelques forêts très-curieuses de Chênes et de vieux Frênes, entre autres la New-Forest, près de Southampton, à l'ombre de laquelle reposent les magnifiques ruines de l'abbaye de Nedlv. Pline dit des forêts de l'Allemagne (1) : «La majestueuse grandeur du Chêne, dans cette forêt, surpasse toutes les croyances imaginables ; cet arbre n y a jamais été frappé par la cognée, il est contemporain de la création du monde et il semble être le symbole de l'immortalité. Je veux passer sous silence des choses extraordinaires qui seraient considérées comme fabuleuses, mais ce qui est incontestable c'est que là où les racines se rencontrent, elles élèvent la terre en un monticule, et si le sol ne cède pas, ces racines se pressent l'une contre l'autre et forment de hautes montagnes qui s'élèvent jusqu'aux branches ; elles s'entrelacent les unes dans les autres de manière à former de véritables arcades sous lesquelles peuvent chevaucher des escadrons entiers. » Ces anciennes forêts étaient hantées par l'Elan, l'Auroch et le Renne, dont les noms se retrouvent dans le chant des Mebelungen, mais qui ont disparu de nos forêts avec les énormes Chênes, leurs contemporains.
On trouve des plantations homogènes de Bouleaux dans l'Ukermark et de plus belles encore en Russie (2). Chez nous, le Bouleau ne pousse pas en plantations serrées, mais 1l exige, au contraire, comme le prouve assez la nature de son feuillage, beaucoup de lumière. Lorsqu'il est libre dans ses allures, il se transforme en un arbre élevé et
(1) €.-E. Schmid, Deutschlands Geschichte vor der Geschichte, (2) Blasius, Reise in Innere von Russland.
puissant, dont l'écorce, blanche comme du papier et sillonnée de crevasses noires, le distingue de toutes les autres espèces.
Je vis les flexibles Bouleaux
Etaler, sur de blanes rameaux,
Leur riche parure argentée ;
En cette nuit calme, étoilée,
De Phébé le disque radieux
Semblait y suspendre ses feux.
Lexau. (Zraduction.)
« Dans le Nord, l'aspect d'une forêt de Bouleaux, a pour le visiteur étranger quelque chose de féérique. Leurs tiges élancées, éblouissantes de blancheur, sont si étroitement serrées les unes contre les autres quelles couvrent et limitent l'horizon à une distance de cinquante pas. Elles montrent à peine la trace d’un bourgeon latéral jusqu'à une hauteur de 18 mètres; au contraire ces’tiges sont pures et lisses depuis leur base, sans que leur écorce soit nulle part rude et crevassée. La cime consiste en une légère frondescense, dontles rameaux flexibles et pendants ressemblent à des filets d'eau vive qui Jailliraient d’une source en s éparpillant en gouttelettes. Un moëlleux tapis de mousses et de lichens est étendu sur le sol de cette forêt et partout où la lumière peut pénétrer jusqu à lui, il est brodé deGnaphanium dioicum. » Le Bouleau noir (Betula nana), est un très-petit arbrisseau qui se montre sur les montagnes boréales près de la limite de la végétation.
L'Orme, l'Erable, le Mérisier, le Peuplier noir, le Tremble, le Frêne et le Tilleul et beaucoup d'autres espèces encore, se rencontrent mélangés à d'autres essences et il est rare de les trouver seuls dans un bois. L'Aune et la plupart des Saules se plaisent dans les vallées humides.On remarque notamment sur lesrives de la Schwarza et de ses affluents une réunion extraordinairement variée d'arbres d'espèces différentes qui se séparent ensuite les unes des autres, d'après leur mode propre de vie, à mesure que l'on gravit les côtes avoisinantes.
Le sol d'une forêt, indépendamment de sa nature primitive, est d'une valeur fort variable suivant que l'humidité est plus ou moins grande etsurtout d'après l'extension plus ou moins étendue qu'ont prises certaines espèces. Ainsi, tantôt la terre est couverte d'un tapis de mousse moite et épais, tantôt le terrain est nu et aride, ou bien il peut disparaître sous une couche profonde de vieilles feuilles. La nature des arbres exerce d’ailleurs sous ce rapport une grande influence : tous
ceux qui donnent beaucoup d'ombrage, maintiennent l'humidité dans le sol en le protégeant de l'action directe des rayons solaires. Ceux dont le feuillage est plus clair-semé, comme le Bouleau et les Pins, donnent fort peu d'ombre à la terre, laquelle est ainsi privée de son humidité. Tandis que sous les Epiceas, les Sapins, les Hêtres et les Chênes, on marche presque toujours sur une couche excellente de terreau humide, on ne trouve le plus souvent sous les Pins et les Bouleaux qu'une surface desséchée, Jonchée d'aiguilles ou de feuilles mortes. Les arbres ombreux bonifient le terrain, parce qu’ils y retiennentl'humidité qui est nécessaire pour les phénomènes de décomposition des matières organiques qui s'y trouvent, et parce qu'ils l'engraissent par la chute de leur feuillage. La couche moussue qui se développe à l'ombre entretient également l'humidité ; à mesure que la mousse meurt à la partie Imférieure et se décompose, elle se renouvelle sans cesse à la superficie. L'épaisseur de la couche d’humus augmente d'année en année dans les forêts par la décomposition des cryptogames et des feuilles mortes, qui doivent. par conséquent, y être sévèrement conservées puisqu'elles fournissent en définitive les matériaux dontles arbres s alimentent.
Les forêts séculaires étant rares en Allemagne, celles qui subsistent encore acquièrent d'autant plus d'intérêt. La forêt qui se trouve au sommet de Wurzelberg, près de Katzhütte, dans le Thuringer-Wald, est à ce pointde vue l'une des plus intéressantes: cesont les débrisd'une antique forêt dont les arbres ont crû comme la nature les avait créés. C'est la plantation (1) la plus sauvage et l'association végétale la plus riche que nous ayons jamais vue, d'Epiceas, de Sapins et de Hêtres.
Nous avons visité deux fois le Wurzelberg, le 6 août 1859 et le 15 juillet 1854. Haut de 1266 mètres (2600 pieds de France), il surpasse peu les montagnes voisines ; le Farmdenkopf, qui n'en est pas fort éloigné, est même un peu plus élevé. Il appartient aux formations siluriennes du Grauvwacke et l’on y rencontre un fort beau coticule. Plusieurs chemins y conduisent de Katzhütte, mais 1l est nécessaire de se mettre sous la conduite d’un guide expérimenté; on s'élève doucement en suivant de belles promenadesd Epiceas et l’on arrive en
(1) Nous devons faire remarquer au lecteur que dans le sens où nous l’employons, le mot plantation n'implique aucune idée de plantation artificielle : 1] exprime dans notre pensée, une réunion de plantes et nous n'avons su traduire autrement le mot allemand Bestand.
(Note du traducteur.)
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