‹ Les arbes; études sur leur structure et leur végétationChapitre 13 sur 37 · ELITE 77 18 = BUT · texte numérisé non relu

ELITE 77 18 = BUT

Fig. 185. La fécondation du Pin: 4. une jeune écaille séminale détachée d'un cône immédiatement après sa naissance et sur laquelle les deux ovules (gm) sont déjà insérés (gross. 10 fois). —B. Coupe longitudinale d'un ovule qui vient d’être fécondé ; quelques grains de pollen se trouvent à l’extrémité de son nucelle (nc); is. le tegument simple du nucelle ; se: le sac embryonaire dans lequel la formation des cellules a déjà commencé (gross. 35 fois). L’ovule reste à peu près dans le même état jusqu'au printemps suivant, époque pendant laquelle les corpuscules apparaissent dans le tissu cellulaire du sac embryonnaire. — €. Coupe longitudinale à travers le nucelle au second printemps et après en avoir séparé le tégument; ne. le nucelle; tp. les tubes polliniques qui s’avancent dans le tissu du nucelle jusqu'aux corpuscules (cp), où ils pénètrent; alb. l’albumen ou le tissu cellulaire du sac embryonaire ; &. partie de cet albumen qui se ramollit et dans laquelle pénétreront plus tard les tubes embryonaires (Embryonalschläuche). — D. La partie supérieure de l’albumen (a/b) d’un ovule fécondé depuis quelques semaines : cp. corpuscules ; a. cellules de la rosette qui restent dans le corpuseule tandis que les tubes embryonaires (b) transportent l'embryon rudimentaire (em) dans l'albumen (C. et D. gross. 100 fois).

pénètre ensuite dans un des corpuscules et aussitôt après ils’y suspend une cellule sphérique à contenu granuleux : l’origine de cette cellule n’est pas connue d'une manière certaine, mais je présume qu'elle résulte du contenu des cellules de la rosette qui disparaissent (chez les Cupressinées et l'Tf), ou bien s'affaissent et perdent leur contenu (chez les Abiétinées)au moment mêmeoületube pollinique atteint le corpuscule. Cette cellule présente parfois, lorsqu'ellese trouve encore à la partie supérieure du corpuscule, une membrane solide et elle forme alors latéralement des cellules-filles ; le plus souvent, au contraire, elle s’allonge du côté de l'extrémité inférieure du corpuscule d’une manière qui n'est pas encore connue ; elle forme successivement plusieurs couches de cellules, parmi lesquelles il en est une qui devient tubuleuse et constitue les longs tubes embryonaires des Conifères qui correspondent aux suspenseurs allongés de certaines phanérogames et qui portent, comme ces derniers, le jeune embryon jusqu'au milien de l’albumen où il continue son évolution (Fig.

186). Chez le Sapin, l'Epicea et le Pin, les tubes embryonaires consistent en quatre cellules qui ensemble ne portent qu'un seul embryon, tandis que chez les Pinus Pumailio et P. Strobus les quatre tubes sont distincts et chacun donne naissance à un embryon particulier ; cependant un seul d'entre eux arrive, en général, à un développement parfait. La formation des cellules dans l’intérieur du corpuscule de l'If est moins régulière ; il sy présente quatre et même cinq ou six tubes embryonaires qui se réunissent et descendent ensemble. Il arrive souvent que plusieurs corpuscules sont fécondés,mais il est rare que plusieurs embryons parviennent à l'état parfait. Dans le Thuja et dans l’Araucaria, on trouve quelquefois deux embryons bien développés. Lorsque la graine est mûre, l'embryon desConifères se trouve, en général, au milieu de l’albumen; les corpuscules se sont

Fig. 186. Un corpuscule récemment fécondé du Pinus sylvestris et coupé longitudinalement: cp. le corpuscule ; tp. le tube pollinique allongé jusque dans le corpuscule entre les cellules de l’opercule en rosette (x) devenues ici presque méconnaissables ; y. couche cellulaire supérieure de l’ébauche de l'embryon; a. la seconde couche qui forme ce que l’on a nommé la rosette inférieure ; b. la 5° couche d’où proviennent les tubes embryonaires ; em. la quatrième couche qui forme l'embryon (gross. 100 fois).

affaissés etlescordons embryonaires, qui ont péri avec eux, sont devenus méconnaissables ; il n'y a que chez le Mélèze (PI. IF. Fig, 30x) et chez les Cycadées qu'ils se laissent encore dérouler quand la graine est mûre et qu'ils se présentent avec la forme de longs filaments entrelacés (Voir l'explication de la Fig. 185).

Les arbres à feuilles aciculaires se distinguent encore de toutes les autres phanérogames par la formation du tube pollinique, qui ne provient pas directement de la membrane interne du grain de pollen mais plutôt d’une cellule-fille existant dans l’intérieur du grain. En outre, les Conifères pourvus d'étamines biloculaires, tels que le Sapin, l'Epicea, le Pin, le Mélèze et le Podocarpus, diffèrent encore de ceux dont le pollen est renfermé dans des sacs polliniques, comme les Taxus, Thuja, Cupressus et Juniperus, par l’origine du tube pollinique : chez les premiers chaque grain de pollen forme deux cellulesfilles de grandeur inégale; la plus petite se subdivise plusieurs fois, de sorte qu'il en résulte un corps pluricellulaire dont la cellule terminale se développe en tube pollinique (Fig. 187). Chez les seconds ,au contraire, c'est la plus petite cellule-fille qui reste inactive, tandis que la plus grande émet le tube pollinique (Fig. 183). En résumé les Conifères et les Cycadées se distinguent essentiellement de toutes les autres phanérogames : 1° par un tube pollinique qui ne provient pas directement du grain de pollen, mais d’une de ses cellules-filles, et 2° par une fécondation qui n'a pas lieu directement dans le sac embryonaire même, mais quis opère sur l’une deses cellules-filles,dansle corpuscule.

: Fig. 187. J'ai dépeint l’acte de la fécondation, tel que Je l'ai observé dans mes recherches les plus récentes chez le Gladiolus, le Crocus, le

T Watsonia, le Maïs, le Phormium, la Cam-

0 oanule : ces observations m'ont prouvé

/ 7 que la théorie de Schleiden, d'après laquelle

if le tube pollinique pénétrerait dans l'intérieur {5)) du sac embryonaire et formerait lui-même - l'ébauche de l'embryon, est erronée, et je

l'ai abandonné avec une conviction d'autant

Fig. 187. Poussière pollinique du Picea vulgaris : I. La cellule-mère avec les quatre cel- Jules-mères spéciales dont les jeunes grains de pollen ont été expulsés par l’action de l'eau. 11. Un grain de pollen semblable, déjà pourvu d’une partie centrale (a) et de deux appendices latéraux (b). III. Grain de pollen mür; x corps cellulaire dont la cellule terminale libre émettra plus tard le boyau pollinique. IV. L'endhyménine séparée de l'exhyménine par l’action de l'acide nitrique (I. et 11. gross. 200 fois; II. et IV. 300 fois).

plus solide que je l'avais naguère défendue avec chaleur. Cependant je ne puis partager non plus l'opinion de Amici, H. Mohl, Hofmeister et Radikofer; je ne puis, dans ma manière de voir, considérer le corpuscule embryonaire non fécondé comme une cellule parfaite dans le sens que l’on attache ordinairement à ce mot. En effet, une partie de ce corpuscule, le globule protoplasmatique, ne devient une véritable cellule qu'à la suite de l'intervention du tube pollinique : il en résulte qu'il n'est pas exact de dire que l'ébauche de l'embryon préexiste dans le sac embryonaire avant la fécondation ; cetembryon est, au contraire, un produit immédiat et direct de la fécondation, acte qui a pour effet de lui donner une membrane solide et un nouveau noyau. Cette théorie n'est pas seulement la mienne, mais Henfrey à Londres et Schenk à Wurzbourg ont été conduits à la même opinion par leurs propres observations ; et tout ce que nous avons observé relativement à l'appareil filamentaire a été également confirmé.

Le tube pollinique se ramifie quelquefois chez certaines plantes, notamment chez le Hêtre, où ce phénomène est normal, de sorte qu'un seul g'ain de pollen peut féconder plusieurs ovules (Fig. 68). D'un autre côté 11 est aussi démontré que souvent plusieurs tubes polliniques pénètrent dans le micropyle d'un seul ovule. Les Citrus pré— sentent cettesingulière particularité qu'il se forme dans presque toute la périphérie du sac embryonaire d'innombrables vésicules qui sont fécondées par le même tube pollinique, non pas directement mais à l'aide de petits corpuscules ovales et sans mouvements propres : toutefois il n'y a guère que trois ou quatre de ces embryons qui arrivent à maturité. Une espèce de Manguier (Mangifera) forme également toujours plusieurs embryons.

Si nous Comparons la fécondation des phanérogames avec la génération des Cryptogames, nous reconnaissons de surprenantes analogies : en effet, Pringsheim a démontré que le globule protoplasmatique des Cryptogames n’est pas non plus une cellule parfaite et qu'il ne le devient que par la fécondation en acquérant une membrane solide à la suite de cet acte. Tandis que chez les phanérogames la fécondation s'accomplit par la fovilla contenue dansle tube pollinique, elle s'effectue chez les Cryptogames au moyen de corpuscules mobiles ou phytozoaires qui correspondent aux spermatozoaires des animaux. Les phytozoaires pénètrent dans les globules protoplasmatiques des Cryptogames et s'avancent dans son contenu; la fovilla du boyau pollinique descend par l'appareil filamentaire dans le globule protoplas-

matique ; les spermatozoaires enfin des animaux doivent également atteindre les ovules. L'identité est donc complète; l'acte de la reproduction, qui est l'un des phénomènes vitaux les plus importants et dont dépend la conservation des espèces, semble donc reposer sur les mêmes principes fondamentaux , non-seulement dans les deux embranchements du règne végétal mais encore dans le régne animal. La fécondation est la condition indispensable à la formation d'un embryon; aussi la théorie de la parthénogénèse, une sorte de reproduction virginale. qui a fait quelque bruit dans ces derniers temps, est-elle complétement fausse et repose sur une hypothèse qui n'a aucun fondement. Une seule plante laisse encore quelques doutes, c'est le Cæœlobogyne 1hcfoha, mais elle n’a pas encore étésuffisamment étudiée (1). Quant aux autres espèces auxquelles on attribuait également la faculté de produire des embryons sans fécondation, telles que la Mercuriale, l’Épinard ou le Chanvre, Regel de Saint-Pétersbourg et Schenk de Wurzbourg se sontchargés de prouver, d'une manière incontestable, que jamais elles ne produisent de graines fertiles sans la participation de la poussière pollinique.

Après la fécondation, l'ovaire devient le fruit dans lequel mürissent lesgraines : c'est tout-à-fait exceptionnellement que l'ovaire d'unefleur continue à se développer sans avoir reçu l'impulsion que donne la fécondation, et, dans ce cas, il ne renferme jamais de graine embryonée.… On connaît des Raisins, par exemple les Corinthes, et des Oranges sans pepins; les fruits de Carica papaya et les cônes de Sapin peuvent aussi se développer sans avoir été fécondés, mais en pareil cas ils sont tout-à-fait impropres à la reproduction.

L'ovaire, pendant qu'il se transforme en fruit, subit maints changegements importants : les organes accessoires de la fleur , comme le calice et la corolle, s'ils ne sont pas annexés par le fruit, dépérissent en même temps que les étamines, le style et les stigmates. Lorsquil existe plusieurs carpelles libres, par exemple chez les Fraisiers, il se forme aussi plusieurs fruits; de là vient que l’on doit distinguer les fruits simples et les fruits composés et l'on peut reconnaître pour les fruits, comme on l’a fait pour les inflorescences, des arrangements fort variables de carpelles, notamment des épis, des grappes, des capitules et des ombelles de fruits.

LesConifèreset les Cycadées étant dépourvus d'ovaire,ne sauraient,

(1) Voy.lestravaux de Karstenetd'Alex Braun, quisont arrivés à des résultats contradictoires.

par conséquent, porter des fruits, mais se bornent à produire des graines : leur inflorescence femelle se transforme donc en une sorte de placentation de graines,organes qui, chez toutesles phanérogames, consistent en un ovule renfermant un embryon.

On peut classer les fruits simples en trois groupes : l’un renferme les fruits capsulaires, caractérisés par leur déhiscence à la maturité et par la dissémination de leurs graines ; l’autre est formé des fruits schizocarpes, qui se divisent en fragments renfermant chacun une graine ; et dans le troisième viennent se ranger les baies, les drupes, les achènes et tous les fruits indéhiscents proprement dits.

La capsule présente plusieurs modes de déhiscence; elle s'ouvresoit par un pore, comme celle du Réséda, soit par un véritable opercule, résultant d’une circonscission, comme celle du Mouron, tantôt par des valves fort rapprochées, comme chez le Marronnier, la Violette et la Stramoine, tantôt par des fentes longitudinales, par exemple, chez les Orchidées et d’autres.

Le schizocarpe (schzocarpium) varie suivant le mode de fragmentation du fruit.On à coutume d'appeler coquesou méricarpes les pièces d'un fruit qui résultent d’une division longitudinale, comme chez les Mauves, les Borraginées les Rubiacées les Ombellifères, les Tropaolées, les Acerinées, etc.; d’un autre côté on considère comme des articles (articuh), les pièces d'un fruit qui proviennent d’une fragmentation transversale, comme chez l'Hippocrepis et le Raifort, etc.

Chez les baies (bacca) proprement dites, tout le tissu de l'ovaire qui enveloppe les graines est succulent ou charnu, par exemple les baies de la Groseille verte, de la Belladone, du Sureau, des Concombres, du Pommier, etc.

La drupe (drupa) se reconnaît en ce que la partie intérieure du péricarpe (l'endocarpe), qui chez la baie reste succulente, se lignifie, tandis que le mésocarpe seul reste charnu : telles sont la Prune, la: Cerise, la Pêche, auxquelles on peut ajouter la Noix.

Les achènes (achemia) ont un péricarpe scarieux , le plus souvent lignifié: elles sont mono ou pluriloculaires. A cette classe appartiennent les fruits des Graminées, des Composées, de beaucoup de Renonculacées et des Cupulifères, telles que le Chêne (PE. III. Fig. 9), le Hêtre (PI. I. Fig. 25), le Châtaignier, ainsi que le Charme et le Noisettier (PI. IV. Fig. 6 et PI. IV. Fig. 18).

La Framboise et la Fraise sont des fruits composés ; la première consiste en petites baies succulentes portées sur un axe lignifié ; la se-

conde est formée d'achènes endurcies inséréessur un réceptacle charnu, d'origine axillaire et qui porte les feuilles carpellares constituant les véritables fruits. La cupule du Chêne provient d'un disque qui recouvre, comme dun godet, la partie inférieure du gland; l'enveloppe déhiscente et quadrivalve du Hêtre, qui entoure les faines a la même origine, seulement cette cupule est plus complète et hérissée à Ja surface. Nous avons vu que l'enveloppe foliacée de la Noisette est d’une nature toute différente et qu'elle représente les deux stipules du bouton floral. La pomme et la poire ne sont autre chose que des axes fructifères devenus charnus et qui renferment plusieurs carpelles. Le fruit de l'Érable se divise en deux méricarpes aîlés et monospermes; celui du Bouleau est monosperme et aîlé des deux côtés (PI. II. Fig. 43). |

La graine (semen) est, comme nousl'avons déjà répété, un ovule fécondé : elle se compose de deux parties principales, le spermoderme et l’'amande.

De même que le péricarpe provient de la modification des tissus de l'ovaire, de même le teste de la graine se forme au moyen des enveloppes ou du nucelle de l’ovule, mais il faut suivre fort attentivement la genèse de cet organe pour discerner clairement ce qui appartient à l'une ou à l’autre de ces deux parties : lorsque la graine est mûre il est trop tard pour rechercher la véritable origine du spermoderme. En effet, pendant la transformation de l’ovule en graine, ses organes peuvent subir de profondes modifications : l'un de ses téguments peut être complétement résorbé, par exemple, l'enveloppe intérieure chez les Orchidées, ou bien il peut prendre un développement anormal : les graines des Passiflores, du Grenadier, des Cactées et du Groseiller épineux peuvent servir d'exemple sous ce rapport : leur enveloppe externe forme un revêtement succulent sur letégument ligneux intérieur, de telle sorte que ces graines ont la plus remarquable ressemblance avec un fruit drupacé; il en est à peu près de même pour les graines de quelques végétaux gymnospermes, tels que leSalisburia, les Cycas et les Zamia.

Le spermoderme est, en général, au moment de la maturité, complétement desséché ; il est, suivant les espèces, membraneux, coriace ou ligneux : membraneux dans la noix, la noisette, le gland et la cerise où il recouvre l'embryon sous la forme d’une membrane mince; . coriace dans la graine de Sapin où il est, en outre, pourvu de réser- . voirs oléagineux ; ligneux, enfin, sur les graines de Mélèze, de Pin et

d'Epicea qui manquent de réservoirs de suc propre. Souvent les cellules du spermoderme, surtout chez les Conifères, sont élégamment épaissies. Les graines des Abiétinées (Sapin, Epicea, Pin et Mélèze) sont aîlées; la graine du Sapin est la plus grande ; celles de l'Epicea et du Pin se ressemblent beaucoup et l'on ne peut guère les distinguer que parce que la première se termine en une pointe aiguë et raide. (Fig. 188). (PL I. Fig. 9 et 29, et PL. IT. Fig. 9et 28).

L'amande d'une graine se compose d'un albumen simple ou double et d'un embryon, ou bien, lorsque l’albumen fait défaut, d'un embryon seulement. On retrouve quelquefois dans des graines qui passent pour exalbuminées, un reste, peu considérableil est vrai, de l'albumen interne, par exemple dans la Noix. Le véritable albumen (l'endosperme) est le plus intérieur des deux; il consiste en un tissu nutritif qui se développe dans le sac embryonaire : nous l'avons étudié dans les Conifères, le Sarrazin, les Graminées et d’autres. Le second albumen (le périsperme) provient, au contraire, d'un reste du nucelle dont le tissu élabore dans certains cas des substances nutritives; ce périsperme remplace l'endosperme manquant chez les Balisierset les Strelizia ; ils existent tous deux ensemble chezles Nymphéa-

Fig. 188. cées, par exemple le Nénuphar et le Victoria regia,

% plantes qui, par conséquent, possèdent un double albu-

men. Le périsperme se forme rarement, tandis que l'endosperme, c'est-à-dire le tissu nourricier du sac embryonaire, est, à peu d'exceptions près (les Tropæolées et les Canna), commun à tous les végétaux; il sert à nourrir l'embryon en voie de formation et il est consommé par lui en totalité ou en partie ; de là vient la distinction que l'on a établie entre les graines exalbuminées et les graines albuminées : chez ces dernières, l’albumen fournit à la jeune plantulesa première nourriture pendant la germination. Les graines du Chêne, du Hêtre, du Châtaignier du Marronnier, du Bouleau, de l'Aune,del'Erable, etc., sont dépourvues d’albumen lorsqu'elles arrivent à maturité. Les principes nutritifs déposés dans les cellules de l’albumen au profit de l'embryon diffèrent suivant les plantes: ils consistent souvent en fécule ou en substances hydrocarbonées analogues ; dans d’autres cas, c’est de l’aleurone ou des matières oléagineuses : de l'huile et un hydrocarbure sont fréquemment réunis. Nous nous sommes déjà occupé de l’albumen et de l'embryon dans le deuxième chapitre de cet ouvrage.

Fig, 188. a. Graine du Pin; b. graine de l'Epicea (toutes deux grossies 5 fois).

Les Conifères et les Cycadées sont les seuls végétaux chez lesquels les graines soient librement disposées (ein Samenstand) au dehors, parce que seuls ils ont les ovules nus au lieu d’être renfermés dans un ovaire; l’ensemble de leurs graines constitue ce que l'on a nommé un cône ou strobile (strobilus). Chez le Sapin et le Mélèze, le cône consiste en bractées foliacées qui correspondent à des feuilles et en écailles séminales lignifiées qui représentent des bourgeons. Chaque écaille séminale porte à sa base deux graines munies d'une longue aîle membraneuse (PI. [. Fig. 7 et 29, et PI. IL. Fig. 8 et 27). Chezle Pin et l'Epicea, les bractées avortent et les écailles séminales se lignifient ; elles portent à leur base, comme celles du Sapin et du Mélèze deux graines aîlées. L’aîle de la graine provient des couches internes de l’écaille sémimale et l'on observe de fort bonne heure un tissu mince qui limite la parte de l’écaille destinée à devenir l’aîle de la graine. Lorsque le strobile mürit, ses tissus se dessèchent et la graine aîlée se détache de son écaille de la même manière qu'une capsule s'ouvre à la maturité suivant un mode déterminé à la suite du desséchement de certaines cellules. Le vent emporte alors ces graines légères qui voltigent dans les airs, et ellesgerment quand elles tombent dans un endroit propice : la Nature veille de la sorte à la dissémination du Sapin, de l'Epicea et d’autres Conifères. Le cône de Sapin perd, en automne, ses bractées, en même temps que ses écailles séminales, de telle sorte que le rachis dénudé reste sur le rameau; l'Araucarla laisse tomber ses écailles à la maturité, tandis que chez la plupart des autres Conifères, les écailles séminales s’écartent les unes des autres comme pour laisser aux graines la faculté de séchapper (Fig. 189).

Les graines de Genévrier constituent par leur ensemble un organe qui devient bacciforme, parce que ses trois bractées qui sont soudées, deviennent succulentes en s’accroissant. La graine unique de l'If est également bacciforme parce que son arille est charnue; le pseudocarpe du Podocarpus se revêt d'une coloration rouge au moyen du pédoncule hypertrophié qui porte les ovules nus (Fig. 173).

Souvent on ne retrouve qu'une seule graine dans un fruit provenant d'un ovaire qui contenait plusieurs ovules : ce fait peut résulter 1° de ce que tous les ovules n’ont pas été fécondés; ou bien, 2° de ce que tous les ovules fécondés n'arrivent pas toujours à maturité. L’ovaire du Cerisier et de l'Amandier renferment toujours deux ovules, bien qu'il soit rare et exceptionnel de trouver deux

graines dans un noyau de cerise ou dans une amande; l'ovaire du Chêne produit six, quelquefois quatre ovules; tandis que le gland ne conserve, en général, qu'une seule graine; il en estde même pour le Hêtre et le Châtaignier dont chaque ovaire récèle pour le moins six ovules; il est très-rare qu'ilse développe deux graines dans une noix. On peut encore citer le Charme, le Noisettier, le Bouleau, l'Aune, l'Érable, le Frêneet le Tilleul, chez lesquels une seule graine arriveà maturité bien

Fig. 189. que leurs fleurs renfermassent toujours deux ovules chezles quatre premiers et plus encore chez les autres. Il semble que chez toutes ces plantes une seule graine accapare toutelanourriture quela circulation amène vers l'ovaire et qu’elle affame les autres ovules pour empêcher leur développement. On observe un phénomène analogue dans le sac embryonaire des Conifères; en effet, chez ces arbres plusieurs embryons sont ébauchés dans l’ovule, mais un seulement se développe, en général, d’une manière complète; chez les Citronniers, 1l y à toujours dans le sac embryonaire de 50 à 100 vésicules qui sont fécondées et il est cependant bien rare de trouver à la maturité de la graine plus de deux ou trois embryons. La nature n’a rien négligé pour atteindre son but; elle multiplie le nombre des ovules pour être d'autant plus assurée que l’un au moins sera fécondé et transformé en graine; elle répand dans l'air une profusion de poussière fécondante afin que sur mille grains de pollen il y en ait au moins un qui atteigne un ovule.

Cette multiplicité de moyens mis en action par la nature était d'autant plus nécessaire que les amours des fleurs ne s'accomplissent pas toujours sans rencontrer d'obstacles. Les fleurs d'Orchidées et d’Asclépiadées resteraient stériles si elles étaient abandonnées à ellesmêmes; les insectes viennent à leur secours et, savourant le nectar de leurs fleurs, ilstransportent de petites masses polliniques sur le stigmate ou sur la terminaison du tissu conducteur du style. Le Figuier a ses fleursunisexuées nichées dans l'intérieur d’une inflorescenceen Sycône (Fig. 190),oùelles seraient incapables de s'aimer si un petit hyménop-

Fig. 189. Un strobile de Pin pignon (Pinus pinea).

tère ne se chargeait de porter du pollen aux fleurs femelles : cela est si vrai queles Figuiers de Madère et de Ténériffe ne produisent Jamais de bonnes graines, parce que cet insecte manque dans ces deux îles. Lorsque les sexes sont renfermés dans des fleurs différentes portées par des pieds mâles ou femelles, comme chez l'If, le Peuplier et le Saule, la poussière fécondante doit être transportée par le vent, souvent à des distances considérables, pour atteindre les fleurs femelles. L'ac-

Fig. 190. tion du vent n'est d'ailleurs pas toujours aussi favorable; lorsqu'il est violent et trop sec il nuit

an à beaucoup de fleurs 1 ) hermaphrodites en em- \L SÙ portant la poussière pol-

linique avant quelle ait pu féconder son propre ovaire et la frappe de stérilité ; et en outre, il dessèchelestigmate dont l'humidité devait faire gonfler et nourrir le

ù tube pollinique pendant . qu'ils’introduit dansl'ap-

pareil femelle. Cette influence pernicieuse d'un vent sec et continu semanifeste notamment sur les Graminées, dont les stigmates délicats sont flétris avant d'avoir pu recevoir l’action fécondante du pollen. Une certaine agitation de l'atmosphère, accompagnée de quelques pluies chaudes et bienfaisantes, sont, au contraire, les conditions les plus favorables dans lesquelles la floraison puisse se faire; aussi parun temps pareil la plupart des fruits se nouent comme on dit; des pluies battantes et continues sont à craindre; elles projettent le pollen hors des anthères, elles balaient les stigmates et sont, par conséquent, fort préjudiciables à la diffusion du pollen et à la formation des graines.

En général, l'ovaire qui n’a pas été fécondé meurt et tombe, tandis

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