SCENE XVI ET DERNIÈRE
TOUS LES ACTEURS. [Gaîllardin, Plumard et Pierre Bahu arrivent gravement, précédés par Guillot , qui port* son sabre sur f épaule. )
GUILLOT
Place aux arbitres! place! ils vont vous dir' vol' sort.
GAILLARDIN , déployant un grand papier.
A tous présens, salut! Choisis pour vos arbitres, Et glorieusement voulant remplir nos titres!...
( 2 DUS les Villageois éclatent de rire , en Us montrant au doigt et les huant. )
GAILLARDIN.
Silence, mes amis, un peu plus de respect... {Tous éclatent de rire plus fort.)
GAILLARDIN.
Qu'est-ce que, de plaisant, peut avoir notre aspect?
BERTRAND
Tenez, c'est à Jacquot qu'il vous faut rendre compte.
LES TROIS ARBITRES A Jacquot?
JACQUOT , Rasseyant.
A moi-même.
GAJLLARUÏN.
O ciel! c'est une honte'; Rendre compte à Jacquot.
JACQUOT
Jacquot vous vaut , je croi l C'est un homme coram'vous !
GAILLARDIN.
Un fier homme, ma foi.
Messieurs, nous avons vu que ces arpens de lerie Vous ayant divisés...
JACQUOT
J'en suis propriétaire !
Il n'en faut plus parler.
GAILLARDIN , SUrpns.
Ha! ha! quant à ce ponl...
Si l'on croit mon avis , nos amis l'abatlronl 1
SS LESARCITRES,
JACQUOT
Ce pont, j'ons décidé, sans êireben habile, Qu'c'était pour passer l'eau, le moyen i'uus facile: Il n'en faut plus parler.
GAILLARDIN , redoublant de surprise.
Ho ! ho! j'avais pensé Qu'à l'hymen de Liicelle étant intéressé, Pour détruire l'espoir de Robert...
C'est dommage.
Robert, en l'épousant, d'ia paix nous donn' le gage: Il n'en faut pins parler.
GAiLLARDiN , furieux.
Eh bien .' n'en parlons plus.
Je vois que tous nos soins ont été superflus. Voilà , de nos travaux, comnne on nous récompense.
BERTRAND
■ISi e vous devons-nous pas de la reconnaissance ,
Egoïste fieffé?... vous aviez votre lot,
Si vous n'eussiez été découverts par Jacquot.
GAILLARDIN.
Oui ? Tu nous le pay'ras tôt ou tard.
JACQITOT.
Qu'ai-je à craindre?
GAIIiX^ARDIN.
Tout de moi !
PIERRE BAHF et PLUMARD.
Tout de nous.
JACQUOT
Nul de moi ne peut s'plaindrc.
GAILLABDIN.
Il est des imposés qui font rébellion...
JACQUOT
D'avance j'ai paj'^é mon impcsilion.
PIERRE BAHU.
Quelqu'amende par toi pourrait être payée.
JACQUOT
Ma porte est clos' le soir, et l'malin balayée! \ous n'pourrez m'attraper...
GAILLARDIN.
Ya , nous nous vengerons De loi, maudit Jacquol , ou bien nous ne pourrons.
LUCETTE
Nous te protégerons, mou ami, sois tranquille.
JACQLOT.
Me protéger... Merci , n'ai-j' pas un domicile ?
BERTRAND
D'exercer leurs emplois ili ne méritent pas... Si nous les déposions...
JACQUOT
Laissez donc, ils sont gras ; Il vaut mieux les garder que d'en engraisser d'autres.
ROBERT
Reraerciez-le donc, messieurs les bons apôlres. ( Les trois arbitres sortent. )
MERSF.UIL.
Ma foi, de ce Jacquot j'admire le bon sens;
Je le crois vraiment fait pour des emplois plus grands,
38 LESARBITRES,
Et je veux.
JACQUOT
Non, Monsieur, vous vous trompez , je g'i^. Mon esprit est trcs-hon, pour un esprit d'village : Mais ailleurs, voyez-vous, il ne vaudrait plus rien. Je dis qu'il faut toujours rester où Ton est bien.
MERSEUIL.
Reste donc en ces lieux.
( Aux paysans, )
Et si voire querelle, Mes amis, quelque jour, encor se renouvelle, Afin de terminer vos débats comme il faut , Pour arbitre, jamais, ne prenez que Jacquot.