‹ Les arbitres, ou, Les querelles de villageChapitre 3 sur 18 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CLAIRVAL et MERSEUIL , en habit de voyageurs. CLAIRVAL.

Vous avez tort, monsieur, je vous le soutiendrai ; El même s'il )e faut , je vous le paricrjii. L'iiommeeslhomjne partout; je pi élendsqu'au village, A la vdle , à la cour , nulle part on n'est sage. Intrigue, ambition , jalousie et débals , (^e qui sème le trouble eu de vastes Etats, Du plus petit hameau trouble la paix profonde. Les torts que -vous trouvez aux puissans de ce monde ,

4 LESARBITFiES,

Vons les relrouveiTz clirz l'humble vlll.'igoo's : La quelle habite aussi sous ses modestes toîls.

MERSEUIL.

Comment ! cette candeur que vous nommez chimère,

Est un èiic. idéal , exiië de la terre ?

Et cetle anibilion < « cause lanlde iiihux,

A stmé ses j)oisons jusqu'au fond des hameaux !

3Non , je ne le croirai que quand rexj)érience

M'auia bien convaincu que je suis en démence.

.La politique, alors , ne m'élonnera jdIus ,

El ses torts, à mes yeux , paraîtront des vertus,

CLA1RV\L.

Toujours extrême en tout! Qui vous Hit que je trouve Bit n fait , tout ce qu'on voii ; et qu'ici je r;q)}>rouve? Eoiu (le là , je déplore en mon cœur toiis h*s maux Qu'(<r!t produits les abus tant anciens que nouveaux: IVIais je veux vous prouvr'r que ces maux sans remède Soiii un. torrent auquel il faut que chacun cède , El que , de nos travers suiv;;nl les résultats , Tout, du petit au grand, se ressemble ici bas.

MERàhUIL.

Prouvez-le-moi.

CLAIR VAL

Fort bie?i ; suspendons le voyage, Et faisons notre essai dans ce petit village. Puisque nous voyageons selon notie désir , Pour notre instruction et pour notre plaisir, Que le temps est à nous et que rien ne nous presse, PxenoDS dofic , en chemin, des leçons de sagesse,

MERSEUIL.

Ainsi l'homme, en ce monde , est un vrai voyageur j Raicment , sur sa route , il trouve le bonheur : Mais aloi's, comme nous, il u'a pas la puissance De s'aneler /

CLAIVAL.

Ce lieu doit vous plaire , je pense.

Un beau sile , un uiiss au, tout près un bois louffu, L;» route csl ccarlée ; et ma foi, la vertu Si nous pouvons la croire en quclqu'cudroit sur terre. Doit avoir un asjleen ce lieu solitaire.

WERSELIL.

Je le crois. Ecarté par sa position , DfS villes, vrai séjour de la corruption, Ce village ignoré, si j'en crois l'apparence, Doit Si'rvir dereiugj à l'antique innocence. Je ne croirai jamais que ses bons liabitans Connaissent les travers et les vices des grands ; Qu'ils soient anù)!tieux , qu'ils se lassent la guerre j Que l'intrigue , chez eux, ne soit pas étrangère : jViais comme de l'erreur on n'est point à l'abri , Tous voulez parier 5 j'accepte le pari. Cent louis.

CLAIRVAL

Cent louis ? j'y consens ; cette affaire De vos préventions vous guérira, j'tspère, El vous aurez pour moi moins de sévérité.

MERSELIL.

Certes , je rends justice à votre probité:

.M.;!» jr voudrais vous voir, laissant ia politique,

INe pciint vous revêtir d'une cluirge publique

Qui vous rcntl à mes yeux complice , malgré vous.

De gens <jue je pi étends être méchans ou fou3.

(L AIR VAL

Pour des fous, j'en conviens, chacun a sa folie. D; la mieiuie, mon cher, je permets que l'on rie , INlcjis lie celle d'auirui , je prétends rire aussi. Cherchons donc uu logis.... Restons.... un jour ici.

6 LESARCITRES,

MEKSEUIL.

Un jour !

CL AIR VAL

C'est bien asst z.

Page 1