‹ Les arbres de commerce de la province de QuébecChapitre 15 sur 22 · BOIS D'ORIGNAL · texte numérisé non relu

BOIS D'ORIGNAL

Acer Pennsylvanicum^ Linn. — Bois barré. Bois noir. Erable Gaspé, Moose-Wood, Striped Maple, Dog Wood, Dogmakie.

C'est un petit arbre svelte, de 15 à 20 pieds de hauteur et 2 à 3 pouces de diamètre, à Pécorce douce et verdâtre avec des stries ou barres blanches. Il croît presque toujours isolément, à Tombre des grands bois francs et dans les terrains riches. Son bois, blanc et mou, n'a pas d'usage connus. Il ferait un superbe arbre d'ornement, si ce n'était qu'il ne croît qu'à l'ombre d'autres arbres.

HÊTRE D'AMÉRIdUE

Fagus ferruginea^ AiT. — American Beech.

Il est indigène dans notre province et figure parmi les plus grands et les plus beaux arbres de nos forêts, oijL il forme des massifs considérables, des " hêtrières ", pour employer l'expression vulgaire. Cet arbre, qui atteint jusqu'à 100 pieds de hauteur et 2 à 3 de diamètre, se trouve dans les terrains montueux et sur le versant des collines. Il lui faut un sol sec, graveleux, mais non sableux, et à base ou soussol calcaire, ce qui explique pourquoi le plus beau hêtre se trouve presque toujours mêlé à l'érable à sucre. Le franc bois, ou celui du cœur, a une couleur rougeâtre, surtout dans le cœur, ou tirant sur le jaune, ce qui lui a valu en français les noms de " hêtre rouge " et " hêtre jaune ", que lui donnent nos hommes des bois. Dans la Gaspésie, je n'ai vu du hêtre que Sur la pointe de Maguasha, à l'embouchure de la rivière Ristigouche. De cet endroit la ligne qui

semble limiter son aire à l'est et au nord traverse le St-Laurent dans les environs du cap Tourmente, une trentaine de milles en aval de Québec, et se prolonge vers l'ouest jusqu'à l'embouchure de la Matawa, après avoir décrit une courbe au nord dans le voisinage du St-Maurice, où le hêtre se trouve jusqu'à mi-chemin entre les Piles et la Tuque.

HÊTRE BLAXG

Fagus sylvatica — White Beech, European Beech, Hêtre commun, en France et chez les Canadiensfrançais, Geimeine Bûche des Allemands.

Cette espèce, que plusieurs botanistes considèrent comme une variété du hêtre rouge, provenant de la différence dans le sol et la situation où il croît, est moins difficile sur le choix du sol : elle pousse sur les terrains bas, dans les épinettières et même dans les terrains marécageux. Les arbres sont moins longs et moins gros que ceux de l'espèce précédente et bien plus exposés à la pourriture dans le cœur. Le fait est qu'il est rare de trouver un arbre parfaitement sain dans les hêt'rières des terrains bas. Au nord, l'aire du hêtre blanc a les mêmes limites que celles du hêtre jaune ; mais elle va plus loin dans le sud, vu que le hêtre commun supporte bien mieux la chaleur que le rouge, qui demande une température fraîche et modérée.

Le bois du hêtre est dur, assez pesant, compact^

à grain fin et texture soyeuse, ce qui le rend susceptible du plus beau poli et en fait un bois de tour de premier choix. Le bois du hêtre blanc est moins dur, mais plus élastique, plus fort que celui du hêtre rouge, ce qui explique pourquoi nos bûcherons en font des manches de haches, qu'ils préfèrent à ceux d'érable et prisent à l'égal de ceux de noyer dur. Ces manches de hêtre blanc sont plus élastiques, plus souples et plus glacés que ceux de noyer et en général plus durables. C'est à cause de cette élasticité et de cette souplesse qu'en Autriche on emploie presque exclusivement le hêtre blanc pour faire les chaises et autres meubles en bois ployés, dont les fabricants de ce pays ont le secret et presque le monopole. Dans cette espèce de hêtre, qui pousse en terrains plats et humides, l'aubier forme près des deux tiers de la partie ligneuse et même la partie du cœur est plus molle, plus souple que le franc bois du hêtre rouge.

Bn Europe, les usages du hêtre sont multiples, à tel point qu'il est pour ainsi dire plus facile d'énumérer ce qui ne se fait pas, que ce qui peut se faire avec ce bois. Mais ses usages sont limités aux conditions qui ne l'exposent pas aux alternances de sécheresse et d'humidité, lesquelles le font promptement pourrir. Sous ce rapport, le hêtre rouge est plus durable et se conserve indéfiniment sous l'eau et dans les endroits humides. C'est pour cette raison qu'il est employé dans la construction des navires, surtout pour faire les quilles, les bordages et autres parties des basses œuvres qui sont toujours à l'eau. En Angleterre et autres pays d'Europe, on l'emploie pour faire

un pavage qui est très en vogue, après lui avoir fait subir certains procédés de conservation.

Le hêtre est un bois de tournage de première qualité. Au moyen du tour, on en fait des formes à chaussures, des bobines, des rouleaux pour les presses à imprimer, pour les machines à carton, dans les pulperies, des quilles, des maillets, des plateaux et une foule d'autres ustensiles de cuisine. Les Français en font des sabots et pour cette fin ils préfèrent le hêtre à tous les autres bois, excepté le noyer. Ils en font aussi des manches de couteaux. Pour cela ils le soumettent, au moyen de la vapeur, à une très haute température et le pressent ensuite dans des moules d'acier, ce qui lui donne une dureté égale à celle de la meilleure corne. Les Allemands, outre les autres usages communs en Europe, en font des affûts et des chariots de canons et des jantes de roues. En Angleterre, notamment dans le Buckinghamshire, on fait avec le hêtre le charbon de bois employé dans la préparation de la poudre à canon. Ce bois est aussi employé dans la construction pour faire des pilotis, des vannes, des déversoirs, des pertuis, des portes d'éclusage et des seuils pour les portes, dans la construction des canaux. On en fait des alluchons pour les roues d'engrenages, des douves pour les barils destinés à contenir des matières sèches, des charpentes pour fixer les machines, des pelles, des atelles pour les colliers, des gabarils de sellettes, des caractères d'imprimerie, des vis en bois et des montures d'outils, des dessus de brosses. Le hêtre est d'un usage commun dans les mines, pour faire les supports des

galleries. Il est très employé dans la meublerie, en Angleterre et aux Etats-Unis, et cet usage augmente de jour en jour. En France, on en fait des dormants de chemins de fer.

En Europe, on fait subir au hêtre blanc, ou hêtre commun, certaines préparations pour lui donner la dureté et la couleur jaunâtre du hêtre rouge, ou le rendre réfractaire aux atteintes de l'humidité. Les Français le passent à la vapeur et l'exposent ensuite à la fumée d'un feu de branches de hêtre, ce qui lui fait absorber l'acide pyroligneux qui se dégage de la combustion. Les Allemands fument aussi le hêtre pour le rendre plus durable et lui donner une couleur plus recherchée. En Angleterre, on le créosote pour en faire des pavages de rues, et les fabricants d'outils le fout tremper dans certaines solutions acidulées pour lui donner plus de dureté et la couleur jaunâtre du iêtre rouge, qui est de qualité bien supérieure. Au moyen de la teinture, que le hêtre commun prend si l)ien, les Autrichiens en font pour la meublerie des imitations d'autres bois plus précieux.

En Angleterre, la routine veut que notre hêtre soit de qualité inférieure à celui qu'on importe d'Allemagne et d'autres pays d'Europe et que nous ne pouvons pas le livrer sur les marchés anglais à aussi bon marché que le font les Européens. Quant à la qualité, l'erreur est évidente, puisque l'on est obligé de faire subir au hêtre d'Europe certains procédés pour lui donner les qualités de notre hêtre d'Amérique. Les fabricants d'outils sont même obligés de commettre une fraude pour cacher l'infériorité du hêtre qu'ils

emploient, en le teignant pour lui donner la couleur jaunâtre de notre hêtre rouge et le rendre ainsi plus acceptable. Quant au prix, qualité pour qualité, nous pourrions sous-vendre les Européens, si le marché anglais voulait seulement mettre ses préjugés de côté, accepter notre bois et le juger d'après son mérite réel. Notre pin blanc a été longtemps l'objet de semblables préjugés, n'ayant d'autre cause que la routine, au point qu'on lui préférait le pin de la Baltique ; mais avec le temps, ces préjugés ont disparu, la routine a fait place au raisonnement et le pin blanc du Canada est à peu près le bois le plus recherché sur les marchés anglais. Espérons qu'il en sera ainsi pour notre hêtre.

ORME D'AMÉRiaUE

Ulmus americana^ Wield.., Linn. — American Elm, White Elm, Canàdian Elm, Canadian Rock Elm, Swamp Elm, Grey Elm.

Arbre superbe, d'une croissance très rapide, dont la hauteur atteint de 50 à 75 pieds et le diamètre de 18 à 48 pouces. Le tronc, qui a généralement de 30 à 40 pieds sans branches, est surmonté d'une tête en forme de parasol, et recouvert d'une écorce blanchâtre, crevassée et tendre, qui cadre parfaitement avec le luisant du dessus des feuilles. L'abbé Brunet le donne comme l'arbre le plus majestueux de la forêt canadienne. C'est l'un des plus recherchés pour les plantations omemetitales. Quand il pousse en dehors

de la forêt et isolé, il se ramifie généralement à dix ou quinze pieds du sol, les branches, en partant du tronc, ne s'en éloignent que graduellement et leurs rameaux penchent vers le sol, ce qui donne à l'arbre l'apparence d'une urne. Il ressemble beaucoup à l'orme d'Ecosse {Ulmus Montana)^ Mountain Elm, Wych Elm, Chair Elm, Broad Leaf Elm, Smooth Bark Elm, des Anglais, sauf que son écorce est plus crevassée. En Angleterre, où l'on a essayé de l'introduire il y a plus d'un siècle, il fleurit rarement et ne mûrit jamais ses g-raines. Cet arbre croît dans les terrains frais et riches, recherchant de préférence les bords des rivières ainsi que les platières d'alluvion formées par les sinuosités des cours d'eau. L'aire de l'orme blanc atteint à peu près 54° de latitude : elle est limitée au nord par une ligne partant de Tembouchure de la rivière Manicouagan, passant au nord du lac St-Jean et se prolongeant vers l'ouest jusqu'au lac Abbitibi.

Le bois de l'orme d'Amérique est blanc, avec nuance brunâtre, dur, résistable, fort et flexible ; il a le grain compacte, fin, doux, soyeux et p'rend un très beau poli. L'aubier est comparativement très mince et pourrit très vite. Il arrive souvent que les gros arbres ont le cœur pourri et creux, dans toute la longueur du tronc et parmi les plus grosses branches, il s'en rencontre qui sont affectées de ce défaut. En planches, ou autres sciages, l'orme blanc est sujet à se gercer à la sécheresse, quand il n'est pas protégé par la peinture ou le vernis ; mais les gerçures sont fines et uniformément répandues à la surface. Sous l'eau, il est impérissable et se conserve indéfiniment intact.

Cette propriété de se bien conserver à Tean explique pourquoi l'orme blanc est recherché, même en Angleterre, où il remplace le teak et d'autres bois plus dispendieux, dans la construction des pilotis, des défenses, des portes de canaux. Autrefois, on l'employait aussi, chez nous, dans la construction des navires en bois, pour faire les quilles et les basses œuvres. Il est très employé dans la carosserie et la charonnerie, pour faire les pièces ployées ; il est recherché dans la meublerie, la tournellerie, on en fait des boîtes à fromage, des cercles, et avec le liber, ou partie intérieure de l'écorce, on fait ces fonds de chaises si répandus chez nous et qui durent presque adinûnitum.

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