‹ Les arbres de commerce de la province de QuébecChapitre 9 sur 22 · TREMBLE · texte numérisé non relu

TREMBLE

Populus iremuloïdeSy MiCHX. — Aspen, Trembling Poplar.

C'est de tous les peupliers le plus abondamment répandu. On le rencontre dans toutes les parties de de la province jusqu'à la frontière nord. Il s'accommode de tous les sols, même des plus légers et des plus pauvres et, de compagnie avec le bouleau, s'empare promptement des terrains dénudés par le feu. Il a généralement de 30 à 40 pieds de hauteur et de 10 à 12 pouces de diamètre ; mais dans les situations favorables, il atteint de bien plus grandes dimensions. Dans la région des rivières Mistassibi et aux Rats,, au nord-ouest du lac St-Jean, M. Gus. Langelier en a vu de 24 pouces de diamètre. ^' Ce bois, dit-il dans son rapport, est beau, sain, long, sans branches et d'une grosseur remarquable. J'en ai vu plusieurs d'au delà de 24 pouces de diamètre, mais ïa moyenne est de 15 à 18 pouces. L'uniformité de grosseur et de longueur est remarquable ; on dirait que cette essence a été semée partout en même temps et que la croissance a marché avec la même rapidité. L'écorce est verte, lisse et accuse beaucoup de vigueur dans l'arbre. Les vei-

nés noires qui gâtent ordinairement ce bois étaient remarquablement rares dans les billes que j'ai vues (').''

LIASD

Populus monilifera^ AiT. — Necklace Poplar, Balm of Gilead, Cotton Wood, Rough-barked Poplar, Black Italian Poplar, Swiss Poplar, Peuplier du Canada.

C'est un arbre de première grandeur, qui ne pousse que dans les platins de terre riche et fraîche et sur les pointes d'alluvion formées par les méandres des rivières. Il est commun dans les riches terrains des formations siluriennes de la Gaspésie. Il pousse souvent en talles et avec une grande rapidité. Il a toujours une grande hauteur, atteignant 80 pieds et même plus, avec un diamètre variant de douze à vingt-quatre pouces. J'en ai mesuré des échantillons ayant 28, 29, 32 et 37fpouces de diamètre à quatre pieds du sol, sur les platières de'^la rivière Escuminac, tributaire de la grande Cascapédia. Le tronc conserve bien son diamètre et il est remarquablement exempt de nœuds et de branches, lesquelles ne se trouvent que dans la tête, qui ne se compose, pour ainsi dire, que d'un bouquet de branches fines et de feuilles. Le bois de liard est d'un blanc terne et grisâtre dans le cœur. L'écorce des gros arbres est épaisse, cannelée ;

(i) Rapport du Commissaire des Terres pour 1898, p. 104.

celle des plus jeunes est moins rugueuse et donne un peu à Tarbre l'apparence du bois blanc.

L'abbé Brunet dit que cet arbre manque dans le district de Québec et au nord de cette latitude. C'est une erreur, puisqu'il se trouve en abondance dans la Gaspésie, où je l'ai vu sur les bords et les îles de la rivière Darthmouth, ce qui est bien au nord de la latitude de Québec. J'ai rencontré cet arbre dans la Gaspésie et en quelques endroits dans le comté d'Ottawa.

Le liard donne un bois qui se conserve admirablement sous l'eau, où il devient aussi dur que le merisier. Dans les rivières de la Gaspésie, presque toutes les îles ont été formées par des accumulations d'arrachis, que les eaux des grandes crues recouvrent de matières terreuses. Les troncs de liards que l'on trouve sous terre, dans ces accumulations et qui ont été là depuis plus de cent ans, ainsi qu'on peut en juger par la taille des arbres qui croissent sur ces îles, sont encore parfaitement sains, mais d'une dureté égale à celle du merisier. Cette propriété de se conserver et de durcir sous l'eau met le liard au rang des meilleurs bois pour la construction des quais, d'autant plus que grâce à ses dimensions, il peut donner des pièces de 15 à 18 pouces carrées et de quarante à cinquante pieds de longueur. Les planches et les madriers de liard sont employés dans la constrution des maisons et ce bois fait d'excellents parquets. Il prend un beau poli et s'adapte bien à la menuiserie fine. Il est aussi employé dans la carosserie, où il remplace avantageusement le bois blanc, auquel il

ressemble beaucoup. Peu fendant et tenant bien le clou, il est des mieux adaptés à la fabrication des boites d'emballage. Enfin il est plus fort, moins cassant que les autres peupliers, il flotte facilement quand il n'est pas dépouillé de son écorce et sous tous les rapports il offre des avantages réels à l'industrie forestière, qui ne s'est pas encore occupée d'en tirer parti. Le bois des différentes espèces de peupliers n'offrent pratiquement pas de différence, si ce n'est dans la nuance de la couleur. Il est mou, léger, et généralement blanc, avec nuance jaunâtre et grisâtre. Il est d'un grand usage en Europe, où il est très prisé pour la confection des planchers, à raison de sa blancheur, de la facilité avec laquelle il se lave, de la difficulté et de la lenteur avec lesquelles il brûle, ce qui le rend bien moins dangereux pour le feu que les autres bois. Il est recherché pour les boîtes d'emballage, parce que le clou ne le fend pas. Il est pareillement recherché pour faire les planchettes sur lesquelles on enroule les pièces de soie ou d'autres étoffes et les rouleaux à ruban. Les tonnelliers emploient le tremble pour faire des barils à hareng, des seaux à lait. C'est aussi avec le tremble que se font en France les sabots et les plateaux que les boucher? emploient pour faire la distribution de la viande. Comme il n'est pas fendant et ne s'esquille pas, le peuplier est un excellent bois de tour et très employé pour cet usage. On en fait des boîtes à médecines et à allumettes. En Europe, il est aussi très employé dans la carrosserie, en planches minces dont on fait le bordage des caisses de charettes et de wagons.

Mais l'usage par excellence de tous les peupliers, c'est la fabrication de la pulpe par le procédé à la soude, qui détruit la couleur des veines noires et produit la pulpe la plus blanche. Cette industrie est une spécialité chez nos voisins des Etats-Unis, qui en ont presque le monopole. Dans l'Ohio et quelques autres Etats du centre, on cultive le peuplier pour alimenter cette industrie. Ici, nous l'avons à l'état naturel, de première qualité, et nous le laissons perdre.

Page 1