‹ Les arbres de commerce de la province de Québec [microforme]Chapitre 1 sur 41 · EXPLICATIONS · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS

OBJET de ces notes est de donner une connaissance pratique des arbres de haute futaie qui composent les forêts de la province de Québec, d'indiquer les qualités et les propriétés respectives de leur bois, les usages de ce bois, le parti que peuvent en tirer le commerce et l’industrie.

La nomenclature comprend tous les noms scientifiques donnés à chaque arbre par les botanistes ainsi que tous les noms français et anglais sous lesquels un même arbre est connu ou désigné dans le commerce et dans les opérations forestières. Ce groupement de tous les noms, scientifiques et vulgaires, par lesquels un même arbre est désigné, permettra d’idendifier celui-ci plus facilement, surtout pour les étrangers, de mieux saisir la signification des termes usités dans les rapports de la Commission Géologique et ceux des arpenteurs, qui emploient indifféremment l’un ou l’autre de ces noms. Cette pléthore de noms, pour désigner un même arbre, est souvent de nature à créer de la confusion.

J'ai résumé ce que disent les ouvrages de botanique et les rapports des explorateurs au sujet des limi-

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tes assignées à l'aire respective qu'occupent les différentes espèces forestières; j'y ai ajouté ce que j'ai constaté moi-même. Il serait à désirer que tous ceux qui sont chargés, par l’administration, de faire. des explorations dans la forêt, reçussent instruction de donner une attention particulière à ce sujet. Les renseignements fournis par les botanistes sont souvent basés sur des oui-dire, venant des sauvages, des chasseurs ou des coureurs de bois, et dans bien des cas ils sont erronés.

Il en est de même pour les dimensions des arbres. Ce que disent l'abbé Brunet et l'abbé Provancher au sujet du pin blanc, par exemple, peut donner une idée des exagérations que de savants botanistes présentent au public comme étant la réalité. Bien désappointé serait l'étranger qui viendrait dans le pays pour voir en forêt ce pin blanc de “cent soixante pieds de hauteur et de six pieds de diamètre, ” qu’il s’attendrait naturellement d'y trouver après avoir lu le Catalogue des Végétaux Ligneux du C anada, de l’abbé Brunet. Dans beaucoup de cas, cet auteur exagère les dimensions des autres arbres qu’il décrit, au moins pour ce qui coricerne ceux de notre province, et sous ce rapport son opuscule est de nature à induire en erreur ceux qui voudraient faire de nos bois une étude au point de vue pratique du commerce.

D’autres versent dans le sens contraire, au sujet des bois qui croissent dans la partie la plus septentrionale de la province, surtout à l'égard de l’épinette , blanche. D’après plusieurs livres publiés en Europe et les rapports de certains explorateurs, on serait

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porté à croire que cette essence ligneuse, de dimensions propres à en faire des billots de sciage et du bois de commerce, ne se trouve guère au delà de la latitude du lac St-Jean, et que plus loin, vers le nord ainsi qu’à une courte distance à l’est du Saguenay, il n’y a de cette espèce que des arbres aux dimensions minuscules, à moitié rabougris, capables au plus de donner de gros rondins pour faire du bois à pulpe. Les récentes explorations et les consciencieux rapports de M. Low, de la Commission Géologique, ont heureusement mis fin à cette légende en établissant hors de conteste le fait que l’épinette blanche, dans les situations favorables, et jusque au delà du fleuve Hamilton, qui forme la limite nord de la province de Québec, fournit des arbres de vingt-quatre pouces de diamètre et de soixante-dix à quatre-vingt pieds de hauteur. Dans la partie supérieure du bassin du fleuve Nottawai, environ cent cinquante milles au nord du lac Témiscamingue, M. l’arpenteur O’Sullivan a vu des épinettes blanches de vingt-quatre à trente pouces de diamètre et de cent pieds de hauteur.

Beaucoup de gens sont sous l'impression que le bois franc ne croît pas au nord du lac St-Jean, ou du moins n’y atteint pas les dimensions voulues pour le rendre utile comme bois de service. Or, dans une exploration faite en 1898, M. Gus.-A. Langelier a vu dans la région du ruisseaux des Pins, ainsi que celle des rivières Epiphane et Manigouche, tout près du 50° parallèle, des merisiers de deux pieds de diamètre, ce qui recule joliment la limite nord généralement assignée aux bois durs.

D'après le C alalogue des Végétaux Ligneux, de l'abbé Brunet, et la Æore Canadienne, de l'abbé Provancher, le cèdre blanc (Zhuya occidentalis) ne croîtrait que dans les terrains mouillés, les marécages et les Savanes, Or dans les terrains siluriens de la Gaspésie et des parties sud de Rimouski et Témiscouata, les plus beaux arbres de cette espèce se trouvent ordinairement dans les flancs des falaises qui bordent les ravins et les ruisseaux descendant des montagnes, dans les terrains frais, mais non mouillés. L'abbé Provancher dit que c’est un arbre de trente à quarante pieds de hauteur, à tronc souvent tortueux et rameux dès la base, Cette description donne une idée absolument erronée du cèdre des terrains d'âge silurien, c’est-à-dire de la région par excellence où se trouve ce bois et où il est de beaucoup le plus abondant dans notre province, Dans la vallée de la rivière Bona-, venture, on voit fréquemment des cèdres de cinq à six pieds de diamètre : j'en ai mesuré un moi-même de six pieds et trois Pouces, qui avait au moins soixante pieds de hauteur, Le diamètre moyen des arbres Parvenus à maturité est de vingt-quatre à trente pouces et, au lieu d’être tortueux et branchu, comme dit l’abbé Provancher, le tronc est ordinairement droit, sans branches sur plus de la moitié de la longueur de l'arbre. La description donnée par le savant abbé ne convient évidemment qu’au ‘“ cèdre de savane ”, ou ‘cèdre à boutons ”, qui ne peut être qu’une variété du cèdre blanc, s’il n’en est pas une espèce distincte.

Ces exemples donnent une idée du travail qui reste à faire pour préciser l'habitat, les dimensions et

les qualités de nos arbres de haute futaie. Les explorateurs au service du gouvernement peuvent fournir un précieux concours à ce travail. J'ai essayé de constater exactement ce qui est connu jusqu’à présent : en prenant cet opuscule pour guide et en le comparant avec ce qu’ils verront sur les lieux, les explorateurs pourront établir si les renseignements que je donne sont exacts ou erronés et les corriger an besoin. De cette façon nous arriverons en peu de temps à remplacer les ouvrages de tradition ou d'imagination par des ouvrages basés sur les faits et faisant connaitre ceux-ci tels que constatés sur les lieux. Cela permettra aussi d'établir l'influence qu’exercent sur la croissance des arbres d’une même espèce, et la qualité de leur bois, les différences dans le sol et le climat, ou le changement d'habitat. De ces données positives, les botanistes pourront tirer des conclusions qui contribueront à l’avancement de la science, de même que ceux qui sont intéressés dans le commerce du bois pourront assez facilement juger de sa qualité en s’assurant du lieu de sa provenance.

Pinières de la rivière Coulonge-—Concessions Fraser & Cie : A ete à de à à g'hii: ET bdd dé » dithsshi ia 7 étés

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