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ÉRABLE A SUCRE

Acer saccharinum, WANG.—Sugar Maple, Hard Maple, Rock Maple, Erable Piqué, Erable Moiré.

De tous les érables, cette espèce est de beaucoup la plus répandue et Ja plus utile dans notre province, où elle forme des forêts pures, ou érablières, de grande étendue. L'’aire de cet érable est à peu près la même que celle du merisier blanc, sauf qu’elle va un peu moins loin au nord et ne dépasse pas la tête du lac Témiscamingue. Vers le sud, l’érable suit la chaîne des Alleghany jusque dans les Carolines : mais il préfère un climat tempéré. Aussi c’est dans les Etats de la Nouvellee-Angleterre et dans la partie sud de notre province qu’il réussit le mieux. L’érable à sucre habite les côteaux et les terrains élevés, mais frais, riches et à base ou Sous-sol de calcaire, Dans les paroisses de St-Dominique et de Ste-Rosalie,

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aux environs de St-Hyacinthe, le côteau d’érables qui se développe sur une dizaine de milles de longueur n’est qu’une masse de pierre à chaux dont on extrait cette matière dans de nombreux fourneaux et où l’on exploite des carrières qui fournissent en gros blocs une excellente pierre à bâtir.

Les dimensions ordinaires de l’érable à sucre sont de 60 à 80 pieds pour la hauteur et une couple de pieds pour le diamètre; mais on rencontre assez souvent des arbres de 100 pieds de hauteur et de trois à quatre pieds de diamètre. Ces arbres géants,et en général tous ceux qui excèdent une douzaine de pouces en diamètre, ont le cœur creux et pourri; dans les conditions les plus favorables, il est rare de trouver à l’acre plus de six ou huit arbres sains. Cet arbre préfère les versants de collines exposés au soleil du midi et ne croît que rarement sur les plateaux très élevés. Dans les situations propices, son tronc est long, droit, svelte, élancé, d’une rondeur remarquable, et sa tête est formée par un feuillage compact. Quand on le trouve en mélange, il est dispersé parmi le hêtre, le merisier, le bois blanc et la pruche. Quand on plante cet arbre seul, il prend des formes arrondies et symétriques, ce qui le fait rechercher comme arbre d'ornement, pour les plantations autour des maisons et le long des rues. Dans cette dernière situation, cependant, il souffre beaucoup de la poussière et de la fumée. Le sable ne lui convient pas, ce qui indique pourquoi il est toujours l’indice d’un bon sol, mais aussi d’un terre pierreuse. Il supporte parfaitement l’ombrage, dans toutes les phases de sa

végétation, qui est lente : il grossit d'environ un pouce par quinze ans.

Le bois de l’érable à sucre est blanc, d’une dureté et d’une force remarquables, avec un grain serré qui le rend susceptible du plus beau poli. Il se tourmente beaucoup moins que le merisier et ne gauchit pas une fois qu’il est parfaitement sec. Ces qualités le rendent susceptible d’usages nombreux. Dans les chantiers du Maine, on l’employait de préférence au merisier pour faire le: quilles de navires, et on le faisait entrer dans toutes les parties des basses œuvres. Dans les endroits où il n’y a pas de chêne, l’érable à sucre est son succédané naturel pour tous les objets qui exigent un bois dur, fort et résistable. Dans les moulins, on l’'emploie pour faire les alluchons des roues d’engrenage et les roues à friction, même les arbres. On en fait aussi des conssinets pour les arbres de couche en fer soumis à de fortes pressions et exposés à chauffer. On en a fait des rails pour remplacer le fer sur les chemins à lisses.

Les premiers chemins à lisses subventionnés par la législature de Québec étaient des chemins à lisses d'érable, notamment le Québec & Gosford, aujourd’hui partie du Québec & lac St-Jean, et le Sherbrook & Kennebec, qui a été enclavé dans le Québec Central. Les meilleurs ponts pour les manèges à ponts mobiles (4orse-powzrs) se font aussi avec l’érable à sucre, qui est très recherché pour la meublerie et les riches boiser’:s de maisons. (C’est aussi un bois de choix pour les parquets et d’un grand effet comme apparence, quand il est entremêlé au merisier rouge

ou à d’autre bois de couleur foncée. Les charrons l’emploient pour faire des essieux, des baculs, t “:°s les pièces qui demandent de la force et de la rigid':é. Il est en grande vogue pour faire les manches de leviers ( feavy, canthook handles) et de haches dont on se sert dans les opérations forestières. Les fabricants de billards en font des queues qui sont fort estimées. On en fait aussi des manches pour les marteaux, les hachettes et autres outils.

La disposition des fibres de ce bois produit ce qui est connu dans le commerce sous les noms d’ “érable ondé ” (Æidle-back maple), “ érable piqué ”, ou “ érable moucheté ” ( Bira”s eye maple). Ce dernier est très recherché dans les boiseries de luxe, pour les wagons de chemins de fer, dans l’ébénisterie et la marqueterie et pour tous les ouvrages d’ornementation. Les plaquages d'érable moucheté sont en grande vogue en Europe, surtout en France; ils le sont aussi en Amérique, pour les plafonds des wagons de luxe, sur les chemins de fer, vu que la couleur blanche de ce bois, sa teinte soyeuse, rendent l’intérieur des wagons plus clair et plus gai que les plafonds en bois de nuances plus sombres.

L'érable à sucre, comme on le sait, est à peu près le meilleur bois de chauffage que nous ayons dans le pays. C’est aussi cet érable dont la sève produit le sucre dont il porte le nom, ou “sucre du pays.”

L'érable noir ( Acer nigrum ) n’est qu’une variété de l'espèce précédente et en a toutes les qualités.

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