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HÊTRE BLANC

Fagus sylvatica— White Beech, European Beech, Hêtre commun, en France et chez les Canadiensfrançais, Geëmeine Buche des Allemands.

Cette espèce, que plusieurs botanistes considèrent comme une variété du hêtre rouge, provenant de la différence dans le sol et la situation où il croit, est moins difficile sur le choix du sol : elle pousse sur les terrains bas, dans les épinettières et même dans les terrains marécageux. Les arbres sont moins longs et moins gros que ceux de l'espèce précédente et bien plus exposés à la pourriture dans le cœur. Le fait est qu’il est rare de trouver un arbre parfaitement sain dans les hêtrières des terrains bas. Au nord, l’aire du hêtre blanc a les mêmes limites que celles du hêtre jaune; mais elle va plus loin dans le sud, vu que le hêtre commun supporte bien mieux la chaleur que le rouge, qui demande une température fraîche et modérée.

Le bois du hêtre est dur, assez pesant, compact,

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à grain fin et texture soyeuse, ce qui le rend susceptible du plus beau poli et en fait un bois de tour de premier choix. Le bois du hêtre blanc est moins dur, mais plus élastique, plus fort que celui du hêtre rouge, ce qui explique pourquoi nos bûcherons en font des manches de haches, qu’ils préfèrent à ceux d’érable et prisent à l’égal de ceux de noyer dur. Ces manches de hêtre blanc sont plus élastiques, plus souples et plus glacés que ceux de noyer et en général plus durables. C'est à cause de cette élasticité et de cette souplesse qu’en Autriche on emploie presque exckisivement le hêtre blanc pour faire les chaises et autres meubles en bois ployés, dont les fabricants de ce pays ont le secret et presque le monopole. Das cette espèce de hêtre, qui pousse en terrains plats et humides, l’aubier forme près des deux tiers de la partie ligneuse et même la partie du cœur est plus molle, plus souple que le franc bois du hêtre rouge.

En Europe, les usages du hêtre sont multiples, à tel point qu’il est pour ainsi dire plus facile d’énumérer ce qui ne se fait pas, que ce qui peut se faire avec ce bois. Mais ses usages sont limités aux conditions qui ne l’exposent pas aux alternances de sécheresse et d'humidité, lesquelles le font promptement pourrir. Sous ce rapport, le hêtre rouge est plus durable et se conserve indéfiniment sous l’eau et dans les endroits humides. C’est pour cette raison qu’il est employé dans la construction des navires, surtout pour faire les quilles, les bordages et autres parties des basses œuvres qui sont toujours à l’eau. En Angleterre et autres pays d'Europe, on l’emploie pour faire

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un pavage qui est très en vogue, après lui avoir fait subir certains procédés de conservation.

Le hêtre est un bois de tournage de première qualité. Au moyen du tour, on en fait des formes à chaussures, des bobines, des rouleaux pour les presses à imprimer, pour les machines à carton, dans les pulperies, des quilles, des maillets, des plateaux et une foule d’autres ustensiles de cuisine. Les Français en font des sabots et pour cette fin ils préfèrent le hêtre à tous les autres bois, excepté le noyer. Ils en font aussi des manches de couteaux. Pour cela ils le soumettent, au moyen de la vapeur, à une très haute température et le pressent ensuite dans des moules d'acier, ce qui lui donne une dûreté égale à celle de la meilleure corne. Les Allemands, outre les autres usages communs en Europe, en font des affûts et des chariots de canons et des jantes de roues. En Angleterre, notamment dans le Buckinghamshire, on fait avec le hêtre le charbon de bois employé dans la préparation de la poudre à canon. Ce bois est aussi employé dans la construction pour faire des pilotis, des vannes, des déversoirs, des per‘uis, des portes d'éclusage et des seuils pour les portes, dans la construction des canaux. On en fait des alluchons pour les roues d’engrenages, des douves pour les barils destinés à contenir des matières sèches, des charpentes pour fixer les machines, des pelles, des atelles pour les colliers, des gabarils de sellettes, des caractères d'imprimerie, des vis en bois et des montures d'outils, des dessus de brosses. Le hêtre est d’un usage commun dans les mines, pour faire les supports des

galleries. Il est très employé dans la meublerie, en Angleterre et aux Etats-Unis, et cet usage augmente de jour en jour. En France, on en fait des dormants de chemins de fer. |

En Europe, on fait subir au hêtre blanc, ou hêtre commun, certaines préparations pour lui donner la dureté et la couleur jaunâtre du hêtre rouge, ou le rendre réfractaire aux atteintes de l'humidité. Les Français le passent à la vapeur et l’exposent ensuite à la fumée d’un feu de branches de hêtre, ce qui lui fait absorber l'acide pyroligneux qui se dégage de la combustion. Les Allemands fument aussi le hêtre pour le rendre plus durable et lui donner une couleur plus recherchée. En Angleterre, on le créosote pour en faire des pavages de rues, et les fabricants d’outils le font tremper dans certaines solutions acidulées pour lui donner plus de dureté et la couleur jaunâtre du hêtre rouge, qui est de qualité bien supérieure. Au moyen de la teinture, que le hêtre commun prend si bien, les Autrichiens en font pour la meublerie des imitations d’autres bois plus précieux.

En Angleterre, la routine veut que notre hêtre soit de qualité inférieure à celui qu’on importe d’Allemagne et d’autres pays d'Europe et que nous ne pouvons pas le livrer sur les marchés anglais à aussi bon marché que le font les Européens. Quant à la qualité, l'erreur est évidente, puisque l’on est obligé de faire subir au hêtre d'Europe certains procédés poür lui donner les qualités de notre hêtre d'Amérique. Les fabricants d'outils sont même obligés de commettre une fraude pour cacher l’infériorité du hêtre qu’ils

emploient, en le teignant pour lui donner la couleur jaunâtre de notre hêtre rouge et le rendre ainsi plus acceptable. Quant au prix, qualité pour qualité, nous pourrions sous-vendre les Européens, si le marché anglais voulait seulement mettre ses préjugés de côté, accepter notre bois et le juger d’après son mérite réel. Notre pin blanc a été longtemps l’objet de semblables préjugés, n’ayant d'autre cause que la routine, au point qu’on lui préférait le pin de la Baltique; mais avec le temps, ces préjugés ont disparu, la routine a fait place au raisonnement et le pin blanc du Canada est à peu près le bois le plus recherché sur les marchés anglais. Espérons qu’il en sera ainsi pour notre hêtre.

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