RAPPORT A M. LE MINISTRE DES COLONIES
céder à des arrosages peu abondants. Ces arrosages furent répétés quatre fois pendant la traversée à l'aide d'un pulvérisateur que j'avais eu soin de me procurer à Marseille avant mon départ. Grâce à ces précautions, grâce au soin que je prenais de les garantir de l'action directe du soleil, les plants se trouvaient en bon état à leur arrivée à Fort-de- France, le 29 juillet, après une longue traversée de 17 jours, et c'est à peine si quelques-uns avaient leurs feuilles légèrement fanées; encore ces derniers plants appartenaient-ils à la catégorie de ceux pour lesquels j'avais, dès le début, manifesté des craintes.
Le Ferdinand-de-Lesseps étant arrivé devant Fort-de- France, le 29 juillet dans la soirée, le débarquement put seulement avoir lieu le lendemain 3o juillet. Encore fallut-il compter avec les formalités de la douane avant de procéder à cette opération. Je dus courir de bureau en bureau dans les rues de Fort-de-France pendant une journée entière, sous un soleil ardent, pour obtenir le permis de débarquement ; la douane, en effet, se demandait si les plants de gutta élaienl des objets à mettre en consommation^ et pendant qu'on agilait cette grave question, mes caisses de plantes restaient exposées au soleil C'est seulement après une journée passée en démarches fastidieuses et faliiranles, et sur l'assurance formelle donnée par le secrétaire général du gouvernement que les plants appartenaient au Ministère des colonies, qu'on voulut bien consentir à me délivrer le permis nécessaire. Il est dinicile de pousser plus loin et plus mal à propos le formalisme et je tiens, en passant, à signaler ce fait, car, si ces tracasseries se répèlent souvent, elles doivent être très préjudiciables au commerce de la Martinique.
Dès mon arrivée à Fort-de-France, c'est-à-dire le 3o juillet, je me présentais chez M. Gabrié, gouverneur de la colonie, qui, très récemment installé dans la colonie, n'était pas encore au courant des mstructions antérieurement reçues du Mmis-
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1ère des colonies. Il fit effectuer des recherches et m'apprit que les instructions ministérielles n'avaient pas été exécutées et qu'aucun terrain n'avait été préparé pour recevoir les plantes que j'apportais. Devant cette situation, et étant donné, d'autre part, que le Jardin de Saint-Pierre ne convient en aucune façon pour des plantations de gutta, car il se trouve trop directement au voisinage de la mer, nous convînmes de confier les plants de gutta à un certain nombre d'agriculteurs sérieux de la colonie et, à cet effet, pour provoquer les demandes dans le plus bref délai possible, un avis fut préparé pour être inséré dans le Moniteur de la colonie devant paraître quelques jours après.
En attendant, M. le Gouverneur de la colonie voulut bien m'autoriser à me servir de la chaloupe à vapeur du port de Fort-de-France pour transporter provisoirement les 8 serres Ward contenant les plantes, au Jardin de Saint-Pierre, où devaient rester celles qui étaient destinées à la Martinique et à la Guyane, pendant le voyage que j'allais effectuer à la Guadeloupe.