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RUE QE

La Nature a mis une égale perfection dans chacune de ses œuvres, dans les plus petites comme dans les plus grandes. Les Mucédinées, ces infimes moisissures, sont dans leur manière d’être tout aussi admirables que le Chène, car elles répondent au but qui leur a été assigné dans le plan de la nature. La loi qui les gouverne, loi fatale et immuable, est la même pour la Création entière.

Indépendamment du perfectionnement successif de chaque être, on doit reconnaître dans la Création une structure simple à la base qui se complique de plus en plus. La nature inanimée, le règne minéral, ne possède aucune organisation propre. La nature vivante, comprenant le régné végétal et le règne animal, est au contraire organisée, c'est-à-dire composée d'organes ; ceux-ci, à leur tour, sont composés de cellules ou bien ils en proviennent. Cette complication de structure, élève le règne organique au-dessus des corps inertes. Dans le règne animal et le règne végétal, plus simple est la structure, plus simple aussi est la fonction ; plus complexe est la structure, plus variée aussi est l'action des organes et plus la vie se montre perfectionnée. L'animal, pourvu d'organes de sensation, a une organisation plus élevée que la plante dont toute la vie repose uniquement sur l'action réciproque de cellules différentes les unes des autres. De même que les animaux, considérés dans leur ensemble, sont plus élevés que les plantes, de même, suivant le degré d'organisation, certaines plantes, certains animaux sont supérieurs à d'autres. Ce fait est la base fondamentale sur laquelle sont établis les systèmes naturels.

Les champignons, les lichens et les algues, formés de cellules d’une seule espèce, c’est-à-dire toutes semblables entre elles, n'ayant ni véritable tige, ni feuilles, ni racines, sont les plantes les plus inférieures. Les mousses et les hépatiques, pourvues d'une tige et de feuilles, mais sans véritable racine, ont déjà une organisation plus

élevée; enfin les fougères, les équisétacées, etc., possèdent une tige, des feuilles, des racines et un système vasculaire plus au moins développé, c'est-à-dire un système de cellules d’une forme déterminée, qui parcourt toutes les parties de la plante. Nous connaissons chez presque toutes les Cryptogames, même chez les algues, un appareil sexuel, c'est-à-dire des organes de deux ordres différents qui sont nécessaires pour produire un germe ; il n’y a plus que les champignons et les lichens dans lesquels l’on n’est pas encore certain qu'il existe une reproduction sexuelle. L'appareil générateur des Cryptogames peut, il est vrai, être à peine comparé, sous le rapport morphologique, à la fleur des phanérogames ; d’une structure beaucoup plus simple, il ne se laisse pas comme elle ramener à des organes axiles et appendiculaires ; mais au fond la fécondation n’est pas essentiellement différente. La structure du système vasculaire est déjà plus compliquée chez les monocotylédones (palmiers, graminées) et elle atteint son plus haut degré de développement dans le bois des arbres dicotylédones (chêne, hêtre, etc.). De plus, la fleur des phanérogames renferme toujours, soit ensemble, soit sur des pieds séparés, des étamines, qui produisent le pollen, et des ovules qui, après la fécondation, deviennent des graines. Les ovules sont protégés par une enveloppe spéciale, l'ovaire ; il n’y a d'exception que chez les conifères et les cycadées où l'ovule reste nu et sans aucune enveloppe. L'organisation de la fleur des conifères est donc plus simple que celle des monocotylédones, quoique la structure de leur partie ligneuse ait le plus grand rapport avec celle des dicotylédones.

Il résulte de ce rapide coup-d'œil que l’ensemble du règne végétal forme à peu près une série non interrompue passant du plus simple au plus composé, succession de degrés qui se remarque aussi, jusqu'à un certain point, dans le règne animal.

L'arbre, quelle que soit la grande division du règne végétal à laquelle 1l appartienne, est toujours une plante d’une organisation supérieure : 1] est caractérisé par un tronc surmonté d’une couronne. Le tronc vit plusieurs années. La couronne consiste soit en branches et en rameaux portant des feuilles {cîme) comme chez tous les arbres de nos climats, soit en une touffe de feuilles (/ronde), comme chez la plupart des palmiers, des cycadées et des fougères arborescentes.

Le tronc de l'arbre peut continuer à s'élever en une tige puissante et principale, comme chez la plupart des conifères, ou bien il peut cesser, aprés un certain temps, de s’accroître en longueur, et dans

ce cas, la cîme prend ordinairement une plus grande extension relative, comme chez nos arbres fruitiers, chez le châtaignier, etc. Le tronc de nos arbres dicotylédones, de même que celui de quelques monocotylédones arborescentes (dracæna, pandanus et beaucoup de palmiers), devient chaque année plus épais, tandis que, pour la plupart des plantes monocotylédones, cela n’a lieu que pendant un certain temps. La croissance relative du tronc, des branches et des rameaux et la disposition des uns par rapport aux autres, sont les éléments essentiels de la physionomie, c’est-à-dire du port de l'arbre. De même que les branches et les rameaux s'étendent et puisent dans l'atmosphère la nourriture gazeuse à l’aide de leurs feuilles et des parties vertes de leur écorce, de même les racmes fouillent la terre pour en extraire et pour absorber les principes nutritifs que l'arbre doit emprunter au sol.

Le tronc et la cîme distinguent l'arbre du buisson ou de l’arbrisseau, qui n'a pas de tige principale et par suite pas de cime. Le bois des hautes futaies se compose d'arbres, et le bois taillis, d'arbustes. Ce sont souvent les mêmes plantes que l'aménagement de la forêt est seul venu modifier dans leur croissance. Le bois de haute futaie est, suivant l'essence qui le compose, abattu au bout de 80 à 140 ans, tandis que le taillis est coupé tous les 40 à 45 ans. Dans le premier cas, les souches, c'est-à-dire la base du tronc et ses racines, sont enlevées et une nouvelle plantation donne naissance à une nouvelle forêt; dans le second cas, au contraire, les souches restent dans le sol et les nouvelles branches qu'elles poussent produisent un nouveau bois. Ainsi le travail de l'homme, la culture, gouverne et domine ce qu'il y a de plus élevé dans le règne végétal, l'arbre ; mais ce n'est pas par sa propre perfection qu’elle exerce cet empire, c'est plutôt en se conformant aux lois de la croissance de l'arbre lui-même.

Le problème le plus important de la science est la recherche de ces lois. La nature se plait à répondre lorsqu'on sait l’interroger.

Les couches profondes de notre globe recèlent de nombreux débris d'animaux et de végétaux, dont les espèces sont pour la plupart éteintes. De même que chaque être organisé parcourt sa période de développement et qu’une seule cellule produit un germe, qui devient peu à peu un arbre, de même la nature semble, du moins sur notre globe, s'être successivement développée avant d'attemdre le degré de perfectionnement qu’elle a de nos jours. Les plus an-

ciennes couches géologiques recèlent des vestiges des plantes et des animaux les plus inférieurs : on y a notamment découvert de grandes algues marines. Dans une période plus récente apparaissent des Cryptogames colossales, comme des fougères arborescentes, des calamites et des lépidodendrons (1). On trouve dans le schiste des houiïllères les plus magnifiques empreintes de feuilles de fougères souvent gigantesques. Viennent ensuite les conifères qui forment en grande partie notre lignite. Des palmiers se rencontrent aussi çà et là et semblent s'être développés en même temps ou un peu plus tard que les conifères. Nos arbres à feuilles membraneuses se montrent les derniers; on en trouve rarement des traces dans le lignite; mais On a rencontré, près d'Altembourg, une espèce de bouleau et, dans l'argile de Londres, des troncs de légumineuses arborescentes transformés en calcaire.

Comment ces diverses espèces de végétaux et d'animaux sontelles apparues les unes après les autres dans les périodes géologiques? C'est là un point aussi obscur que la manière dont les éléments se sont rapprochés pour former la terre. Il existe sur cette question de nombreuses hypothèses auxquelles nous ne nous arrêterons pas. On discute encore en géologie, si les roches non sédimentaires, comme les granites, les basaltes, les porphyres, sont le résultat d’un soulèvement subit, ou bien si elles ont été élevées successivement par le noyau du globe qui est à l'état de fusion ignée; on sait seulement que le globe à employé des milliards d'années pour arriver à son état actuel. Les puissants dépôts formés dans les eaux, les formations crétacées et les roches du calcaire conchylien en sont des preuves irrécusables.

Les conditions climatologiques et atmosphériques doivent avoir subi des changements pendant les diverses périodes du développement de notre globe. Les calamites et les lépidodendrons arborescents ont entièrement disparu de la nature vivante; les fougères arborescentes et les cycadées n'habitent plus que les régions tropicales, et les palmiers ont cessé de croître spontanément dans nos pays (2). L'if devient chaque jour plus rare dans les forêts de l'Allemagne, tandis

(1) Le Bothenbergia Holle beni, découvert près de Saalfeld par M. Van ‘Holleben, paraît, de mème que les lépidodendrons, avoir été une lycopodiacée arborescente.

(2) C'est à peine si l’on peut considérer comme arbre le petit Chamærops humilis du Midi de l'Europe qui, entre Cadix et Ferez de la Frontera, par exemple, couvre et transforme de vastes plaines en une lande stérile.

quil est commun dans le lignite. Tous nos arbres actuels appartiennent à l'embranchement des dicotylédones. Ceux de la classe des conifères ont des fleurs unisexuelles, placées soit sur le même pied (Mig. 1), soit sur des pieds différents. Ils ont des ovules privés d’envéloppe propre ou ovaire et leur système ligneux ne possède pas de vaisseaux proprement dits. Nos arbres à feuilles caduques font pour la plupart partie de la classe des amentacées ou juliflores (Fig. 2), Fig 1. Fig. 2.

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piedsdifférents. Leurs fleurs mâles forment un châton, c'est-à-dire un épi pendant, étleur bois est formécomme chez toutes les dicotylédones proprement dites, de cellules ligneuses et vasculaires traversées par des rayons médullaires. A cette classe appartiennent le chêne, le hêtre, le châtaignier, le noyer, le noisetier, le charme, le bouleau, l’aulne, les saules, les peupliers, etc. A la division des plantes à fleurs complètes, c'est-à-dire n'ayant plus les sexes séparés, appartiennent le tilleul (Fig. 3), les érables, l’orme, le marronnier d'Inde,

Fig. 1. Cône de Mélèze (Larix europæa).

Fig. 2, Inflorescences mâle et femelle et fruits du Charme (Carpinus betulus).

de même que les arbres à fruits qui font partie de la classe des rosacées ou rosiflores, les acacias qui sont rangés parmi les papil-

lonacées où légumineuses; l’oranger qui appartient à la classe des

hespéridées, etc., etc.

Quant au nombre des espè- 2 1) ces, les LFOPIQUES sontinfinimenf = plus riches que notre zône. Cha- <S =, que forêt primitiverenfermeune foule d'arbres, d'espèces différentes et qui représentent presque toutes les divisions du règne végétal. Les fougères arborescentes, qui ne sont connues dans nos serres que depuis peu d'années, les palmiers, les dragoniers et les pandanées sont entremêlés à d'innombrables dicotylédones dont l'énumération serait fastidieuse sans être instructive. Déjà les forêts des régions voisines des tropiques, comme Madère et les Canaries (1), forêts composées d'arbres toujours verts, quoique n'appartenant pas aux conifères, présentent un aspect tout différent des nôtres. Un taillis atteignant jusqu'à 30 pieds de hauteur et formé par la Bruyère arborescente (Erica arborea) (Fig. 4) et un Myrtilier en arbre (Vaccinium padifolium), mêlés à plusieurs espèces d'ilex et d’où s'élèvent ça et là les hautes tiges des lauriers, couvre à Madère de grands espaces montagneux. Ce n'est que dans les vallées humides et ombragées qu'on y voit de véritables bois de haute futaie, composés des arbres les plus divers et présentant peu de taillis. Dans certaines régions montagneuses des Canaries, le grand Pin de ces îles forme avec un taillis élevé et épais une forêt majestueuse et presque impénétrable ; à Caldera de Palma, le même Pin croît à côté du Dattier. Mais ces contrées n’ont pas les lianes ni les orchidées si odorantes et de formes si variées qui caractérisent la véritable forêt tropicale ; chez nous c’est la ronce qui se glisse à travers le taillis empêchant le passage et les smilax ou les convol-

Fig. 5. Inflorescence du Tilleul (Tilia grandiflora).

Rene

(1) Schacht. Madeira und Tenerife. Berlin 1859,

- vulacées grimpent jusqu'à la cime des arbres. Dans les montagnes

- des Canaries ce sont les Cistes à fleurs rouges et blanches qui forment l'ornement des forêts et les régions basses de ces îles sont la patrie du dragonier et du dattier. Là, comme chez nous, les forêts avec leur ombrage familier me sont devenues chères; c’est dans la forêt même que j'ai étudié les arbres et c’est pourquoi je veux, en m'appuyant sur ces végétaux élevés, chercher à expliquer la structure et la vie des plantes. Puissé-je réussir à me rendre toujours intelligible pour mes lecteurs et à leur inspirer une partie de l'intérêt que cette étude a fait naître en moi!

Fig. 4. Une bruyère en arbre (Erica arborea) du Paül da Serra (4090 pieds au-dessus du niveau de la mer) sur la côte septentrionale de Madère. Cet arbre a 40 pieds de hauteur et le tronc a 6 1/2 pieds de circonférence.

Structure intime et vie des végétaux.

Lorsque nous parcourons des regards la nature, si vaste et si riche, nous voyons des animaux et des plantes, des pierres et de la terre, de l'air et de l'eau. La division déjà ancienne des trois règnes naturels surgit vivement dans notre esprit. Mais, nous nous demandons alors par quoi se distinguent les trois règnes. Tout n'est-il pas soumis aux mêmes lois dans la création? La force chimique, les agents physiques n’agissent-ils pas sur tout ce qui existe?

En effet, les lois de la nature conservent constamment leur valeur, les forces naturelles agissent partout, mais elles le font rarement de la même manière ; elles se contrebalancent et paraissent quelquefois se neutraliser l'une l’autre. |

La chimie qui aujourd'hui alimente toutes les sciences naturelles. nous apprend qu'un corps se combine à un autre et que, par cette combinaison, les propriétés de chacun d’eux disparaissent ou du moins se modifient. L’acide perd ses propriétés acides aussitôt qu'on le combine avec un alcali, par exemple la potasse, ou avec une base terreuse telle que la chaux ; l'alcali, de son côté, ne possède plus son caractère basique. Elle nous apprend aussi que dans toute combinaison, les COrps constituants ne perdent que momentanément leurs propriétés : car, si l'on déplace l'acide par un autre acide plus énergique, ou l’alcali par une base plus puissante (on appelle base un corps qui, en s'unissant à un acide, forme un sel neutre), ils reparaissent avec toutes leurs qualités primitives. Les propriétés d’un corps quelconque sont donc inhérentes à la substance, à la matière; elles se modifient chaque fois que le corps change chimiquement de constitution. La nature

n'est pas régie seulement par la force chimique, mais par beaucoup d'autres forces encore.

Quant à nous, imparfaitement instruits, nous ne pouvons élucider, et encore d'une manière incomplète, qu'un petit nombre de phénomènes. Un champ immense et fécond, qui ne s'épuisera jamais, reste ouvert aux efforts de l'esprit humain qui pourra l'exploiter avec fruit jusqu'à ses limites.—Mais qui peut savoir jusqu'où s'étendent ces limites !

L'air que nous respirons est un mélange de deux gaz ; l’eau, tout aussi indispensable à notre existence, est une combinaison chimique. La roche, qui appartient incontestablement au règne minéral, tombe en efflorescence à sa surface, parce que l'atmosphère lui fait éprouver une altération chimique et détruit sa composition en formant au moyen des éléments qui la constituent, d’autres composés chimiques.

De même, l'atmosphère produit à chaque instant des transformations de substances dans notre corps en lui amenant de l'oxygène et en lui enlevant du carbone qui se dégage sous forme d'acide carbonique. Ce dernier, expiré par les animaux ou mis en liberté par la putréfaction, est la principale nourriture du règne végétal. Telle est la révolution qu'accomplissent, depuis des siècles, les corps de la nature, en changeant de propriétés suivant l’ordre de leur combinaison, mais en restant toutefois eux-mêmes pendant tout ce temps. Aucun nouvel atome ne se crée, aucun ne se perd; et cependant nous voyons tous les jours surgir de nouveaux animaux et de nouvelles plantes, nous voyons apparaître de nouveaux nuages dans le ciel et tomber de nouvelles pluies sur la terre. Et si nous jetons nos regards d'un autre côté, alors se montre l'image de la mort qui, de sa main glacée, saisit, à toute heure, les hommes et les animaux. Les forêts se dépouillent de leur feuillage à l'entrée de l'hiver, les cadavres des animaux et les débris des plantes se décomposent : ils rendent à l'air, à l’eau et au sol les éléments qu'ils leur ont naguère empruntés.

Tous les animaux, toutes les plantes exhalent de la vapeur d’eau par une température chaude et sèche ; la surface des mers et des fleuves s'évapore également ; ce qui se condense en nuages, ce qui tombe en rosée, en pluie et en neige, s'élève d’abord, sous une autre forme, de la terre.

Le règne animal et le règne végétal, par opposition à la nature inanimée, ont été appelés le monde des êtres organisés. Par organe,

ou comprend un appareil formé de différentes parties. Or, lesanimaux et les plantes, tant inférieurs que supérieurs, se composent d’une ou de plusieurs cellules. La cellule elle-même est quelque chose de complexe, une sorte de petit sac qui consiste en une membrane solide et en un contenu, en partie liquide, différant de la première aux points de vue chimique et physique : c’est donc aussi un organe.

En dehors du règne animal et du règne végétal, on ne trouve pas de cellules. Pourquoi nomme-t-on le règne minéral règne ina— nimé, dans l’acception la plus large du mot? La vie est-elle donc inhérente à la cellule? — II est certain que ce que nous appelons vie, n'a pas son siége seulement dans l'animal complet et dans la plante entière, mais appartient aussi à la cellule. Qu'est-ce donc, demande-ton alors, que la vie? Qu'est-ce que la mort? — La vie est l’action simultanée et ramenée à l'unité de plusieurs forces; plusieurs d’entre elles nous sont encore inconnues. La mort est la fin de cette coopération et le commencement d’un jeu simple de la force chimique. Aussi longtemps que vit l'animal ou la plante, il existe, au moins dans une partie de la cellule, une transformation continuelle de substances ; la force chimique agit différemment suivant la dissemblance des cellules, la composition des organes qui en sont constués et leur action réciproque; elle anime et entretient aussi bien la plante que l'animal ; mais elle est dépendante du conflit des organes, c'est-à-dire de leur action simultanée et coordonnée, et par conséquent, de la force qui en résulte; pour cette raison, la vie forme d’autres corps, ou organise les éléments, autrement qu'elle ne le ferait si elle avait seule le pouvoir absolu.

Dans une plante morte, où l’action réciproque des organes a cessé, il ne se forme plus une seule nouvelle cellule ni un seul nouveau grain de fécule; les quatre éléments, le carbone, l'azote, l'oxygène et l'hydrogène, dont les êtres organisés sont essentiellement constitués, se dégagent, au contraire, peu à peu, dans l'atmosphère, tandis que les corps non volatils, la chaux, la potasse, etc., retournent dans le sol, d'où 1ls ont été tirés.

On a désigné sous le nom d'éléments organiques le carbone, l'hydrogène, l'oxigène et l’azote, parce qu'ils forment les principes essentiels des êtres organisés, par opposition aux autres corps simples qui appartiennent pour la plupart à la nature inorganique. Ces quatre éléments se rencontrent dans toutes les cellules vivantes. L’albumine soluble, combinaison définie de l'azote avec les trois autres, semble

STRUCTURE INTIME ET VIE DES VÉGÉTAUX. Il

même être le principal agent de la vie; si elle vient à se solidifier dans une cellule, la cellule meurt. L'albumine soluble est aussi indispensable ici que le ferment l’est dans la fermentation.

Puisque la vie, comme nous l'avons vu plus haut, est l'expression de l’action simultanée de plusieurs forces qui luttent les unes contre les autres et se contrebalancent réciproquement, on s'explique aisément pourquoi l'apparition de la vie, lors même que les corps ne changeraient pas, doit se manifester autrement que la mort ou ne peut se concevoir sans métamorphose des éléments,

La flamme accompagne certains phénomènes chimiques ; elle est une manifestation de force et elle doit avoir une cause. De même, les phénomènes vitaux sont les conséquences des changements continuels de l'organisme, qui ont lieu suivant des lois déterminées. La force de la vapeur, qui nous transporte avec la rapidité de la foudre sur les chemins de fer, n'est pas la vapeur elle-même, mais elle est unie à celle-ci, cette dernière se condense-t-elle en eau, sa puissance s'anéantit aussi.

La mise en liberté d’une force déterminée est un phénomène imhérent à tout changement dans la manière d’être des corps ; la combustion engendre la chaleur, tout acte chimique met de l'électricité en liberté.

Nous connaissons maintenant, quoique d’une manière encore assez imparfaite, les diverses causes chimiques et physiques qui agissent de concert chez la plante vivante et surtout chez les animaux vivants, et qui doivent, de toute nécessité, se contrebalancer réciproquement ; nous pouvons par conséquent étudier ces différentes forces agissant en commun, non plus seulement dans leur activité individuelle, mais nous pouvons encore observer leur effet collectif, la vie.

La vie ne dépend d'aucune force spéciale, d'aucune force vitale, elle est plutôt l'expression de l’action simultanée de plusieurs forces distinctes de la nature : celles-ci nous sont partiellement connues. Quant à la décomposition qui suit la mort, elle est due à une simple cause chimique.

La différence essentielle entre la nature organique et la nature inorganique consiste donc dans l’activité de la cellule. Le cadavre d'un animal et l'arbre mort sont inertes comme la pierre; lun et l'autre seront bientôt décomposés en leurs éléments primitifs. La pierre aussi se désagrégerait rapidement en ses parties élémentaires, si celles-ci consistaient presque exclusivement en éléments organiques.

comme c’est le cas chez l'animal et chez la plante. L’os, dont le tissu cellulaire contient une grande quantité de sels calcaires, résiste longtemps à la décomposition et les membranes siliceuses de certaines Diatomées (1) sont peut-être les plus anciens documents de la créaüon. La manière dont se comportent les corps inertes, les plantes et les animaux morts, les pierres, etc., dépend donc simplement et uniquement des éléments qui les constituent. Plus la roche est compacte, plus difficile est sa désagrégation ; le bois se pourrit moins vite qu'un tissu végétal plus tendre. Partout la force chimique se manifeste d'une manière simple dans le domaine de la nature inorganique.

Toute vie dans la nature a donc son origine dans la cellule. Les semences (spores) des champignons, des lichens et des mousses, qui produisent, par germination, une nouvelle plante, sont des cellules. L'organe reproducteur des cryptogames et des phanérogames, fécondé par les filaments mobiles (spermatozoïdes où anthérozoïdes), ou par le boyau pollinique est aussi une cellule. Ce spermatozoïde lui-même est contenu dans une cellule et le boyau pollinique n'est autre chose que la membrane interne du grain de pollen. Rappelons encore une fois que la plante, composée le plus souvent d'une foule de cellules différentes entre elles, provient de l'organe reproducteur fécondé. L'œuf de tous les animaux, y compris l'homme, se propageant par génération sexuelle, est une simple cellule. On peut donc avec raison considérer celle-ci comme l'organe fondamental de tous les êtres vivants.

La théorie relative à la cellule végétale, s'est complétée dans ces derniers temps, après d’incessants efforts. Cette importante question a surtout occupé Schleiden, H. Mohl, Nägeli, A. Braun, Hofmeister, Cohn et Pringsheim ; M. Schacht lui-même a contribué à l’établir. Nous savons actuellement que toutes les parties des plantes naissent de cellules et qu'elles conservent immuable, le plus souvent jusqu'à la mort, leur nature cellulaire ; que toutes les cellules, si différentes dans leur organisation et dans leurs fonctions, sont primitivement de la même nature et que leur diversité résulte de modifications successives; de plus, que la cellule végétale se forme toujours dans

(1) Les Diatomées qui d’abord passaient pour des animaux, sont à présent considérées comme plantes par la plupart des observateurs. Ce sont des êtres microscopiques qui vivent dans l'eau, et dont les enveloppes siliceuses présentent des formes très-élégantes.

Pintérieur d'une cellule préexistante (cellule-mère), mais jamais dans Pintervalle laissé entre d’autres cellules. Nous connaissons deux modes de formation cellulaire : l’un, appelé la formation spontanée (ou endogène) par laquelle une ou plusieurs jeunes cellules se développent au-dedans d'une cellule-mère au moyen de son contenu et sans que celui-ci soit complétement absorbé, l'autre, la formation par division (ou par cloisonnement) en vertu de laquelle tout le contenu de la cellule-mère, dès le premier moment de la séparation, se partage en autant de parties qu'il y a de jeunes cellules naissantes. Dans le règne animal, où l'examen est plus difficile et l'organisation beaucoup plus compliquée, cette question n’est pas aussi avancée ; cependant la plupart des tissus sont ramenés à leurs cellules primitives et la division des cellules, semblable à celle du règne végétal, est pleinement démontrée.

Tous les animaux supérieurs sont pourvus d'un ou de plusieurs systèmes de circulation très-développés, consistant en canaux souvent ramifiés, dans lesquels circulent les liquides nourriciers, le sang et la lymphe. La plante manque, au contraire, de cette espèce de circulation ; les vaisseaux laticifères, qui appartiennent seulement à un petit nombre de végétaux, forment, dans quelques cas exceptionnels (chez le Carica papaya et les Chncoracées), un système de canaux remplis de sève, souvent ramifié et résultant de la fusion de nombreuses cellules, qui, uni à des faisceaux fibro-vasculaires, traverse la plante avec eux, sans que l’on observe toutefois un mouvement de circulation chez ces derniers. Les vaisseaux laticifères des Euphorbiacées et de la Chélidoine consistent en canaux allongés et ramifiés, qui résultent de la fusion de plusieurs cellules. Le courant de la sève au-dedans de la plante est donc d’une toute autre nature que chez l'animal ; une cause physiologique, c'est-à-dire la force vitale de la cellule produit seule, ici, l'échange de sève; une cellule donne à une autre, par la voie de la diffusion, c'est-à-dire à travers ses parois, ce qui lui est nécessaire ; les cellules se soignent donc mutuellement. Cette espèce d'échange de liquide a été observée aussi dans le règne animal, mais dans des limites plus restreintes.

L'animal supérieur possède un appareil de digestion où 1l introduit sa nourriture, la triture, la décompose et en extrait les principes solubles pour rejeter ensuite ceux qu'il n’a pas employés. La plante manque de semblables organes : ses radicelles puisent dans le sol les substances dissoutes dans l’eau et ses feuilles empruntent à

l'atmosphère des gaz et des vapeurs. Chez elle, l'absorption des aliments ne se fait que par sa surface extérieure, et de même qu'elle ne peut les prendre qu'à l'état liquide ou gazeux, de même les parties qu’elle rejette se trouvent sous l’une de ces deux formes.

L'animal supérieur à un système nerveux qui représente à la fois le siége de la sensation et de l'intelligence ; il commande aux muscles et produit ainsi les mouvements. Son degré de perfectionnement indique le degré d'intelligence de l'animal. L'homme possède le système nerveux le mieux organisé et 1l est par conséquent l’animal le plus favorisé par la nature. Chez les végétaux, nous ne connaissons pas d'organes semblables aux nerfs et nous ne pouvons conséquemment parler ni de leurs sensations, ni de leurs mouvements spontanés. Si les plantes dites sensitives, par exemple le Mimosa pudica, semblent manifester de la sensibilité, en rapprochant leurs folioles lorsqu'on les touche, même le plus délicatement possible, c'est là un phénomène qui doit avoir une autre cause que la sensibilité, bien qu'elle nous soit, à la vérité, encore inconnue.

Les différences anatomiques et physiologiques sont donc profondes entre les régions supérieures des deux grands règnes. On ne confondrait plus avec une plante l’infusoire, être vivant et microscopique, doué des appareils de la digestion, de la circulation et du système nerveux. Mais, si, nous rapprochant de la limite, nous considérons les animaux et les plantes monocellulaires, la distinction en devient plus difficile ; car les points d'appui qui pourraient nous guider, nous font 1c1 défaut. Les zoospores de certaines algues, dont l’histoire a été si bien élucidée par A. Braun, Thuret, Cohn et Pringsheim, étant munis de cils vibratils, se meuvent dans l’eau comme les infusoires et restent immobiles dès qu'ils commencent à germer. Les anthérozoïdes, filaments mobiles, enroulés en spirale et contenus dans maints organes des cryptogames supérieures (mousses, fougères, équisétacées, etc.), tourbillonnent dans l'eau, d’une manière divertissante, tout comme les spermatozoaires du règne animal. La motilité, en apparence volontaire, n'est donc plus actuellement un caractère de l’animalité.

La cellulose, composé hydrocarboné constituant la paroi de la cellule végétale, qui est soluble dans l'acide sulfurique et inattaquable par la potasse caustique, était considérée naguère comme un signe caractéristique des plantes ; mais, depuis lors, l'existence de cette même cellulose a été constatée dans le manteau des Ascidies et des Tuniciers, ainsi que dans l'enveloppe charnue des Thetium et d’autres Spongiaires,

où elle se présente avec sa réaction caractéristique (liode et l'acide sulfurique lui donnent une coloration bleue). On doit donc abandonner cette différence. La contractilité (la faculté de se contracter et de s’étendre de nouveau) de la membrane animale, actuellement notre seule ancre de salut, n'est qu’une faible preuve ; la membrane de quelques z00spores, qui est azotée et qui se forme avant la membrane cellulaire, change aussi plus ou moins de forme à des intervalles très-courts (1).

Le savant doit en conscience reconnaître qu'il ne peut donner actuellement, d’une manière rigoureuse et valable pour tous les groupes, aucun caractère distinctif entre l'animal et la plante.

On ne saurait d'ailleurs faire un reproche à la science de ce que tant d'efforts ont abouti à ce résultat de trouver insuffisantes toutes les différences qu’elle a successivement admises, puis rejetées. L'histoire du développement nous conduira au but que nous poursuivons et avec d'autant plus de facilité que la voie à été frayée par V. Siebold et par Cohn.

Après avoir examiné attentivement les différences essentielles entre les trois règnes de la nature, telles qu'elles se présentent dans l'état actuel de la science, revenons aux plantes, pour nous occuper d’abord de leurs cellules, que nous devons étudier à l'aide du microscope afin de les connaître avec exactitude.

On doit se représenter le type d'une cellule végétale comme une vésicule sphérique ou cylindrique (Fig. 5), qui, à l’état vivant, est remplie d’un liquide aqueux ; elle contient en outre plusieurs substances solides ou dissoutes dans le suc cellulaire, un cytoblaste, nucléus Ou noyau cellulaire, corpuscule sphérique ou lenticulaire (Fig. 6), et enfin un mucilage azoté non miscible avec le suc de la cellule {le protoplasma). La majeure partie de ce mucilage est accumulée à la périphérie de la cellule et dans le voisinage du cytoblaste; sa couche extérieure, plus condensée (membrane muqueuse du mucilage azoté), est fortement accolée contre la paroi cellulaire solide. La paroi cellu-

(1) Nos observations et nos études nous ont donné la même conviction que celle qui vient d'être exprimée par M. Schacht. On ne connaît à la limite des deux règnes aucun caractère organique ou anatomique qui distingue les plantes des animaux : la différence est purement physiologique et elle consiste dans la faculté, que le végétal possède en propre, d'organiser la matière inorganique. La transformation des composés inorganiques en substances organiques est, dans le système de la nature, la fonction du règne végétal : depuis le chêne jusqu’à l’hydrophyte monocellulaire le plus simple, toutes les plantes ont ce pouvoir, à l'exclusion de tous les autres êtres de la nature. (Note du traducteur.)

laire est en général formée de plusieurs couches composées d’une sub-

stance non azotée, la cellulose, reconnaissable à ce que l’iode et l'acide

sulfurique lui donnent, dans la plupart des cas, une coloration bleue.

La couche la plus extérieure où membrane primaire, qui, à l’origine,

n'est jamais percée de trous, paraît être la plus ancienne ; les mem-

Fig: 6. branes suivantes, au contraire, qui

sont les couches d'épaississement,

Ne sont amincies à certaines places ou

“#71 présentent des trous; elles se for-

#@] |, ment l’une après l’autre, et de telle

1/7 sorte que la plus interne représente

#/ la formation la plus récente. La mem-

brane primaire et les couches d'épais-

a * sissement de la cellule végétale pro-

viennent, d'après Pringsheim, directement de la membrane muqueuse

du protoplasme, qui, par cette transition, éprouve elle-même un

changement chimique : dans l'opinion ancienne, cette membrane,

que Hugo Mobhl appelle l'utricule primordiale, n’est qu'une séparation

parüelle de la cellulose et amène ainsi la formation de la membrane

primaire et des couches d’épaississement. La théorie de Pringsheim

ne paraît plus conforme aux faits, d'autant plus qu'il n’est pas prouvé

que l’utricule primordiale existe partout et toujours, et qu'on l’aper-

çoit seulement quand on a fait agir sur les tissus des sels solubles, des acides solubles, de l'alcool, etc.

La cellule est donc quelque chose d'autre que le cristal, qui est composé, à l’intérieur comme à l'extérieur, d’une matière homogène et dans lequel aucune réaction chimique ne peut avoir lieu. Dans la cellule, animale ou végétale, tant quil y à vie en elle, il se passe continuellement des phénomènes chimiques et physiques, en vertu desquels non-seulement la cellule croît, mais encore il se forme soit de nouvelles cellules soit des composés chimiques définis, constitués en partie régulièrement. Le cytoblaste, qui, selon toute probabilité est toujours azoté, et le protoplasme, paraissent Jouer un rôle important dans les phénomènes vitaux de la cellule, rôle qui consiste gé-

(Fig. 5.) Une cellule-mère d’une spore d’Anthoceros levis (une hépatique foliacée). a. Cytoblaste au moment de sa division. De ce noyau partent des courants filamenteux du protoplasma qui se dirigent vers la circonférence de la cellule (grossie 400 fois).

Fig. 6. Une cellule de la racine de l’Orchis à odeur de bouc (ZLoroglossum hircinum Rich). a. Contour de Ia paroi de cette cellule composée de cellulose. b. La membrane muqueuse, légèrement contractée par l'alcool. e. Le ceytoblaste (grossie 200 fois).

néralement dans la faculté de modifier facilement la composition des substances azotées. Ainsi, dans les cellules où la vitalité est active, nous voyons le protoplasme se mouvoir avec rapidité. Son mouvement one: 7. consiste, soit en un simple courant dirigé dans un sens déterminé en suivant la paroi cellulaire et qui remonte d’un côté pour descendre de l’autre, comme dans les radicelles et dans d'autres cellules de plusieurs plantes aquatiques, telles que les ÆHydrocharis, Valisneria, Nitella, Chara, ainsi que dans de jeunes cellules de poils pourvues d'un cytoblaste (Fig. 7), soit en un système réticulé et trèscompliqué de petits courants mnombrables, qui se dirigent du courant principal, le long de la paroi cellulaire, jusqu’au cytoblaste, ‘situé dans ce cas au centre de la cellule, et de là retournent encore vers la paroi.

Cette circulation de la sève s'observe le plus facilement dans les poils des Tradescantia. Si plus tard elle se ralentit, le noyau central semble souvent suspendu comme à des fils d'araignée (Fig. 5). Le mouvement du protoplasme est plus rapide chez certaines plantes que chez d’autres, mais 1l ne paraît manquer à aucune cellule vivante : la chaleur et la lumière le favorisent.

La fécule, l'inuline, le gluten et la chlorophylle sont des substances solides inhérentes aux cellules végétales ; le sucre, la dextrine et plusieurs sels se trouvent en solution dans la sève, tandis que d’autres sels, difficilement solubles, se séparent sous forme cristalline ; des huiles grasses, des huiles essentielles, de la cire et de la résine sont aussi disséminées dans le suc de la cellule. La fécule, l'inuline, la dextrine et le sucre sont des hydrates de carbone, c’est-à-dire des composés du carbone avec de l'hydrogène et de l'oxygène dans les rapports pour former de l’eau ; les huiles et les résines sont des composés de carbone et d'hydrogène seulement, ou bien encore elles contiennent de loxygène, mais en quantité insuffisante pour former de l'eau : enfin le gluten et la chlorophylle renferment de l'azote. Ces substances, élaborées par les cellules végétales, servent toutes plus ou moins de réserve alimentaire aux plantes, puisque plus tard elles sont modifiées de manière à servir à la nutrition. Les cristaux qu'on trouve dans les cellules, consistent principalement en une base morganique, chaux ou magnésie, unie à un acide végétal.

Fig. 7. Poil du jeune ovaire d’une Onagre (CEnothera muricata) ; les flèches indiquent la direction du courant. (Grossi 200 fois.)

Lorsque de nouvelles cellules se forment, cela se passe toujours, … Fig. 9. comme nous l’avons déjà dit, dans l’intérieur d’autres cellules.Lamembrane muqueuse du protoplasme se divise, quand il y a multiplication de cellules, par un repli de sa circonférence, en deux, rarement en quatre parties (Fig. 8), detelle sorte que tout le contenu de la cellule-mère se partage en autant de portions qu'il naît de cellules-filles ; chacune de ces der— nières contient un noyau qui provient également de la division du cytoblaste de la cellule-mère. Pendant que ces transformations s’operent (Fig. 9), ou immédiatement après que la division est achevée, il se forme autour de chaque jeune cellule une membrane de cellulose, le plus souvent au moyen de la résorption de la paroi de la cellulemère; enfin quand le tissu est continu, il s’ajoute à cela une substance intercellulaire qui fait adhérer les cellules les unes aux autres. D'après ce que j'ai observé, il ne se forme jamais plus de quatre cellules, par division directe. Le plus souvent il se forme deux jeunes cellules ; quelquefois celles-ci se divisent déjà avant même qu'elles ne possèdent une enveloppe de cellulose, mais ordinairement les quatre cellules-filles surgissent à la fois par une seule division directe du contenu cellulaire. Les cellules de tous les tissus proprement dits naissent de cette manière. Le mode suivant lequel la division s’est faite, leur donne la régularité qui leur est propre, et la forme individuelle de chaque cellule résulte du sens de la division. Toutes les cellules du bois, par exemple, sont allongées dès l'origine, parce qu'elles naissent par une séparation longitudinale d’une cellule-mère allongée. Dans l’autre mode de formation des cellules, celui que nous avons

Fig. 8. Cellules-mères des spores du Blasia pusilla (hépatique foliacée). &. Avant la division du contenu cellulaire ; b. au commencement; e. et d. le contenu isolé se partageant en quatre cellules-filles. La membrane de la cellule-mère est dans cet état soluble dans le chlorure de zine. Chaque jeune cellule possède un eytoblaste. (Grossie 400 fois.)

Fig. 9. Sporanges d’une espèce d’algue appartenant probablement au genre Melobesia.

I. «. Sporange avec son contenu granuleux se présentant à l’état de division à moitié accomplie et qui, aussi loin que se montre l'étranglement, est entouré d’une membrane large, transparente, incolore ; b. membrane interne du sporange.

II. Le contenu d’un autre sporange avec ses divisions, d’où se précipite, par l'influence endosmotique de l’eau, la partie interne grannlée encore cohérente au milieu. (Grossi 400 fois.)

appelé formation spontanée, le contenu de la cellule-mère ne se divise point. Il se forme, dans l'intérieur et aux dépens du mucilage azoté de la cellule, un noyau qui se recouvre bientôt, probablement par la condensation graduelle du protoplasme, d’une membrane muqueuse, qui plus tard s'en sépare petit à petit tandis que le suc cellulaire circule entre elle et lui. Cette membrane entoure le noyau Fig. 10. comme d'un sac membraneux et elle donne lieu, d’une manière normale, à la formation de la paroi de cellulose. Cette formation directe ou spontanée de cellules, | différente de lamultiplication, a une extension beaucoup \ plus restreinte. Ici une partie seulement du contenu de la cellule-mère sert à la formation de cellules-filles ; la cellule-mère ne disparaît donc pas, elle persiste et {nourrit ses cellules-filles. Le nombre de ces dernières / est en principe indéfini; aussi trouve-t-on à l'intérieur d'une seule et même cellule-mère des jeunes cellules d'âge très-différent (Fig. 10).

Les cellules-mères de l’albumen du sac embryonnaire naissent, Chez quelques phanérogames, par formation spontanée, mais ultérieuremeni les cellules ainsi développées se multiplient, de leur côté, par division. Les spores des champignons et des lichens se forment également de cette manière.

De même que, dans le règne végétal, nous ne connaissons pas de formation cellulaire en dehors de cellules préexistantes, de même nous n'avons pu recueillir nulle part un élément de génération spontanée (hétérogénie). Partout où nous voyons, même dans l’intérieur d’autres plantes, apparaître subitement des champignons ou peut-être des végétaux plus inférieurs encore, ils doivent avoir été produits par des semences, qui, comme on sait, conservent leur faculté de germer souvent pendant de longues années. Je suis pleinement convaincu, que les champignons que nous trouvons souvent dans l’intérieur d’autres plantes, y ont pénétré du dehors à travers la paroi cellulaire. Charles Vogt (1) a discuté avec beaucoup de sagacité les arguments et les objections concernant la génération spontanée, et il résulte de cette

Fig. 10. Sporidie (cellule-mère) des spores du Borrera ciliaris (lichen). «. b. e. Spores à di- Vers états de développement (grossies 400 fois). Des filets (paruphyses ou filaments sèveux) cellulaires, entourent la sporidie.

(1) Bilder aus dem Thierleben. Frankfurt 1852.

critique que, ni dans le règne végétal ni dans le règne animal, l’hétérogénie ne repose sur aucune preuve. Elle n’est même pas admissible dans la philosophie des sciences, en ce qui concerne l'origine des animaux et des plantes. La science d'observation ne possède, jusqu’à présent, aucune donnée relativement au problème de l’origme des êtres vivants ; nous n’en savons radicalement rien et nous croyons bien faire par conséquent, en laissant passer, sans nous y arrêter, toutes les subtilités que cette question a soulevées.

Maintenant que nous avons examiné l'organisation et le mode de naissance de la cellule, occupons-nous de son développement et de ses fonctions. L'histoire de la formation de l'embryon végétal nous apprend que d’une cellule, par une division souvent réitérée, naît petit à petit un corps, qui, continuant à grandir, change aussi bien sa forme primitivement sphérique que sa structure intime. A une extrémité de cet embryon il apparaît un, deux ou plusieurs rudiments de feuilles, les coryzénoxs ou feuilles embryonnaires, entre lesquels se forme la PLumuLE, tandis que à l’autre bout pousse une petite racine, la raniouLe (Fig. 14) (4).

Aussitôt que les organes de l'embryon, qui ont chacun une fonction spéciale à remplir, se sont différenciés à l'extérieur, les cellules, à l’origine tout à fait identiques de forme et de contenu, deviennent d’une valeur différente. Il se présente notamment trois espèces de cellules : un tissu épidermique, constitué par une ou deux couches cellulaires ; un tissu nourricier, formé de cellules remplies de fécule ou d’autres substances, et un tissu de formation, dont les cellules sont plus minces et plus riches en substances azotées (2). La plumule (p) provient de ce dernier tissu ainsi que la partie de la radicule qui est destinée à s’accroître (r); de plus, 1l unit ces deux points extrêmes de

(1) M. Schacht distingue done dans l'embryon, les cotylédons (ct), la radicule (r) et ce qu'il nomme, avec Link, la plumule (p): il laisse ainsi indéterminée la partie comprise entre la radicule etla plumule (entre p et r). Plusieurs auteurs, et nous sommes de ce nombre, donnent encore au premier bourgeon, que M. Schacht nomme plumule, le nom de gemmule, et considèrent la partie comprise entre elle et la radicule, comme la tige de l'embryon ou tigelle (le premier mérithalle de l'embryon). (Note du traducteur).

(2) M. Schacht désigne les trois modifications fondamentales du tissu cellulaire par les termes de Oberhautgewebe, Nahrungsgewebe et fortbildungsgewebe. Ces noms, dans une traduction littérale, signifient respectivement : tissu épidermique, tissu nourricier et tissu de formation ; ils correspondent à ce que nous appelons en français, le tissu subéreux, le parenchyme et le cambium. Nous emploierons done dans la suite indifféremment les premiers ou les derniers termes.

(Note du traducteur.)

Ps

STRUCTURE INTIME ET ViE DES VÉGÉTAUX. 21

l'axe de l'embryon, qui ont la faculté de continuer à s’accroître, sous forme d'une zone cylindrique, l'anneau d’épaississement (cbr) (1), qui sépare l'intérieur de l'axe, la moëlle, de la partie extérieure, l'écorce.

Fig. 11. Une ramification de ce tissu organisateur pénètre dans chaque cotylédon. La moëlle et l'écorce, séparées par la zone génératrice, sont for- 1mées d'un parenchyme, qui se distingue essentiellement descellulesépidermiques par son contenu et par la manière dont 1l se développe dans la suite.

On ne peut énoncer, pour aucune espèce de tissu, une règle générale concernant la forme des cellules. En effet, celle-ci reste imvariable ou bien elle se modifie Suivant que la membrane s'accroît uniformément ou non, et 1l résulte de là que l’on trouve dans presque tous les tissus des formes régulières et des formes irrégulières (Fig. 12). Le caractère essentiel des diverses espèces de cellules réside moins dans la forme que dans leur mode de vie.

La manière dont telle ou telle cellule s’épaissit, ne sert, pas plus que la forme, à indiquer à quelle classe elle appartient ; il y a des cellules parenchymateuses (cellules nourricières) à parois épaissies, d’autres à parois minces. La constitution chimique de la paroi ne change même pas absolument la fonction de la cellule: on connaît des cellules lignifiées, par exemple dans le bois de chêne, qui, de même que les

Fig. 11. Endosperme d'une graine mûre de pin (Pinus sylucstris). A. Coupe longitudinale dans son milieu ; al. Albumen; cbr. zone génératrice ou couche d’épaississement; ct. cotylédons ; cp. reste des corpuscules ; 7. point végétatif de la racine rudimentaire ; p. point végétatif de la plumule.

B. Coupe de l'embryon à la hauteur de A*; al. et et. comme ci-dessus.

C. Coupe de l'embryon à la hauteur de A”, ; cbr. zone génératrice (grossi 50 fois).

(1) M. Schacht désigne cette zone formée par le tissu de formation (fortbildungsgewebe) sous le nom de verdickungsring, c'est-à-dire d’anneau d'épaississement. Elle correspond à ce que Ja botanique française appelle la zone génératrice ordinairement remplie de cambium. Nous considérons donc les expressions d’anneau d'épaississement et de zone génératrice comme synonymes, (Note du traducteur.)

cellules nourricières à parois minces et non lignifiées, produisent de la

fécule. La nature ne souffre pas les séparations tranchées; aussi tous

nos systèmes, toutes nos classifications sont plus ou moins imparfaites.

Fig. 42 Le mode de formation seul n’admet aucune

| exception : partout où il peut servir de

base à la classification, on doit lui accorder la prééminence.

La cellule, dont la première enveloppe est toujours continue, grandit et s’épaissit par une autre formation de cellulose (couches d’apaississement), qui se sépare de la membrane muqueuse persistante ; cette formation donne quelquefois à la paroi de la cellule une épaisseur considérable. La cellulose, en formant ces couches, se dépose rarement, ou plutôt jamais, uniformément sur la première paroi, mais elle présente ordinairement des vides ou des intervalles plus où moins grands. Ainsi se produisent les spirales (Fig. 13) et les réticulations épaissies de certaines parois cellulaires qui présentent souvent les dessins les plus gracieux. Les canaux poreux, c’est-à-dire les petites ouvertures dont sont percées les couches d'épaississement, se forment encore de la même manière. Ces canaux coïncident exactement d’une cellule à l'autre (Fig. 14. b), de telle sorte que les deux parois épaissies ne sont séparées au fond de chaque canal poreux que par là membrane cellulaire primitive qui n’a pas de solution de continuité. Mais les ponctuations se distinguent des canaux poreux en ce que chez elles la cloison, après s'être complétement formée, disparaît par résorption, de sorte qu'il se présente des trous dans la paroi cellulaire. On admettait Jusqu'ici que l’espace lenticulaire qui se trouve entre les canaux poreux des deux parois cellulaires contiguës, est entouré d’une membrane et qu’il forme pour ainsi dire une petite cellule intermédiaire : mais des recherches récentes m'ont prouvé que ce n’est pas le cas et que ce méat de la ponctuation (tüpfelraum) résulte de l’élargissement de la base des deux canaux poreux par la résorption du centre

Fig. 12. Cellules de la couche subéreuse (périderme) du Pin (grossies 200 fois). Ces cellules, irrégulièrement tabuliformes, proviennent de modifications successives de cellules primitivement ovales et laminiformes. L'épiderme développe souvent des cellules semblables, par exemple dans les feuilles de plusieurs Fougères, du Hêtre, ete.

Fig. 15. Cellule du cylindre ligneux du Mamillaria stellaris (famille des Cactées). Le cordon spiral s’enroule iei en forme de bandelette dans la cavité de la cellule (grossie 200 fois.)

de la cloison disjointe. Les ponctuations ne sont propres qu’au tissu

vasculaire et aux cellules ligneuses (Fig. 15 et 16) qui tous les deux Fig. 14. Fig. 15.

perdent leur sève de bonne heure ; toutes les autres espèces de cellules, au contraire, sont pourvues de

Fig.1#. Sections transversale et longitudinale des cellules de l’albumen d’une graine de Dattier.

a. Couche d’épaississement de la paroi cellulaire ;

b. Les canaux poreux; æ. plan de séparation des cellules contiguës (grossi 400 fois).

Fig. 15. Coupe transversale du bois de Pin, faite au printemps et représentant la série du développement des ponctuations. R. jeunes cellules de l’écorce ; C. le cambium ; A. le bois, dont les cellules sont d'autant plus développées qu'elles sont plus éloignées du cambium, comme on peut le voir autant par leur forme que par leur degré d’épaississement.

a. La ponctuation à son plus jeune état et d. la ponctuation complétement développée ; elle a déjà perdu sa cloison et se présente par conséquent comme un canal ouvert entre deux cellules. Les lignes pointillées qui, sur la figure, mènent d’une ponctuation vers deux cereles concentriques, désignent l’aspect de cette ponctuation vue par en haut, comme le représente encore la cellule ligneuse de la figure 16. Les cellules ligneuses, en d. sont achevées et ont déjà perdu leur sève ; æ. la limite de l’anneau de l’année et du bois de l’automne des années précédentes (grossie 500 fois).

Fig. 16. 4. Cellule ligneuse du Pin (grossie 200 fois)vue en partie et isolée; æ. méat de la ponctuation ; y. pore de la ponctuation vu d'en haut. B. Portion de deux cellules ligneuses dans une coupe longitudinale ; æ. la ponctuation coupée transversalement avec son méat; y. partie étroite du canal poreux, qui se dirige vers le méat, Celui-ci est représenté en À. par la circonférence intérieure, comme pore (y). |

canaux poreux. L'échange du suc cellulaire se fait surtout au moyen

de ces dernières.

La première paroi cellulaire formée, ainsi que les couches d’épaississement, Consiste primitivement en cellulose. L'acide sulfurique concentré, et la solution de chlorate de potasse dans l'acide azotique

dissolvent cette paroi cellulaire ; la potasse caustique ne la dissout,

pas, mais elle la fait gonfler ; l'iode et l'acide sulfurique la colorent,

en général, en un beau bleu. Dans un grand nombre de cas, par exemple dans tous les tissus ligneux et vasculaires, ainsi que dans les cellules épidermiques et subéreuses, la constitution chimique de la paroi cellulaire se modifie ; la cellulose disparaît petit à petit de la paroi et elle est remplacée par de la matière ligneuse ou subéreuse. Le ligneux {le xylogène) est difficilement soluble ou même insoluble dans l'acide sulfurique, mais il se dissout dans la potasse caustique ainsi que dans la solution du chlorate de potasse dans l'acide azotique (1); l'iode et l'acide sulfurique ne lui donnent pas de coloration bleue. Le xylogène produit la rigidité des cellules ; il donne au bois sa consistance. Si l’on fait bouillir un morceau de ce dernier dans une solution de potasse caustique, le xylogène se sépare et la cellule ligneuse, auparavant dure, redevient souple. Les cellules libériennes du lin de la Nouvelle-Zélande sont résistantes à cause du xylogène qu'elles contiennent ; si on les fait bouillir avec de la potasse caustique, elles deviennent fragiles comme du coton. La subérine est insoluble dans l'acide sulfurique ; la potasse caustique la dissout; la solution du chlorate de potasse dans l'acide nitrique et, en général, les réactifs oxydants, la transforment en une substance d'apparence cireuse, soluble dans l'éther et dans l'alcool. La subérine, comme le ligneux, épaissit la paroi des cellules. On peut la séparer par l’ébullition avec la potasse caustique et ce qui reste, présente, mais à un faible degré, la réaction caractéristique de la cellulose (la coloration bleue par l'iode et l'acide sulfurique).

La cellulose de la éouche subéreuse de l'écorce est souvent complétement absorbée. La subérine n’est peut-être qu’une modification du üssu ligneux, produite sous l'influence de l'air atmosphérique; elle ne se trouve qu à la surface des plantes, dans les cellules de l'épiderme et dans le tissu cortical extérieur ; le xylogène, au contraire, ne se rencontre que dans la paroi des cellules intérieures.

(1) Observations de Schulze.

La couche d'épaississement, la plus interne, la plus jeune de la paroi . celluläire, est constituée, pendant toute la vie de la cellule, toujours par de la cellulose pure, quand même toutes les anciennes couches sont lignifiées ou subérifiées. C’est au moyen de cette mince couche de cellulose, qui s'enfonce dans les canaux poreux et qui forme les points amincis de la paroi cellulaire, que se fait l'échange de sève entre les cellules, tandis que les parties lignifiées et subérifiées de la paroi cellulaire paraissent, au contraire, être imperméables aux liquides.

Les cellules sont dans les plantes associées en tissu au moyen d’un ciment ou matière agglutinante qui a été formée par la membrane résorbée de la cellule-mère et qui est appelée substance intercellulaire. Cette substance qui se présente rarement en grande quantité, se comporte au point de vue chimique autrement que la cellulose; elle n est presque Jamais attaquée par l'acide sulfurique, mais elle est aisément soluble par l'ébullition avec la potasse caustique ou par le traitement du chlorate de potasse et de l'acide nitrique ; l'iode et l'acide sulfurique ne la colorent pas en bleu quand elle a atteint son état parfait de développement. Lorsqu'on chauffe un petit morceau de bois ou de quelque autre partie de la plante avec de la potasse caustique ou du chlorate de potasse et de l'acide nitrique, il se désagrège alors en cellules isolées; la substance intercellulaire se sépare ici et l'on reconnaît la forme et la structure des cellules libres, jusque dans leurs moindres détails. Réciproquement, on peut aussi, pour le bois d'une Conifère par exemple, obtenir du tissu intercellulaire sous forme d'un réseau à mailles vides, en faisant dissoudre les cellules, tandis que la matière intercellulaire se conserve (Fig. 17).

Les parois des cellules qui composent un tissu, ne se touchent pas toujours de tous les côtés ; là où plusieurs cellules se rencontrent, il reste généralement entre leurs parois un espace que remplit soit la substance intercellulaire, dont nous avons parlé, soit de l'air, plus rarement un liquide. On l’a appelé EsPAGE Où MÉAT INTERCELLULAIRE. De plus grandes cavités remplies d'air, par exemple dans les feuilles et les pétioles de la plupart des plantes aquatiques, sont appelées cAvITÉS IN rencezLuLames. Celles du pétiole de Victoria entre autres, forment des canaux aëriens arrondis. Les canaux résinifères de la feuille et de l'écorce des Conifères (Fig. 18) sont également des cavités intercellulaires.

La matière intercellulaire a beaucoup d’analogie avec la cuticule de l'épiderme qui, résistant à l’action de l'acide sulfurique, se détache

toujours des feuilles et des autres parties de la plante sous forme de membrane mince. Cette cuticule est une sécrétion durcie des cellules et elle est pour la majeure partie soluble dans la potasse caustique.

Fig. 17.

Fig. 18. ï ?

I RSESA4 Il se forme au-dessous d'elle, chez un grand Le @\ nombre de feuilles coriaces ainsi que dans l'épiœ CASA

SRE | (__derme des tiges, des couches d’épaississement C0) { quelquefois subéreuses, qui constituent les cou- (7 ches cuticulaires et qui manquent à l’épiderme [ des feuilles minces.

Nous appelons tissu toute réunion de cellules. Nous avons appris, dès la germination, à en distinguer trois espèces : le tissu de développement (cambium), le tissu nourricier (parenchyme) et le tissu épidermique (ou subéreux).

Fig 17. 4. Coupe transversale très-mince du bois du Pinus canariensis ; la moitié supérieure a subi pendant un petit temps l'action de l'acide nitrique, qui a coloré la substance intercellulaire (i) en jaune ; la membrane primaire de la cellule ligneuse (p) se distingue nettement de ses couches d’épaississement (v). La moitié inférieure (y) au contraire, représente des cellules ligneuses traitées par l'acide sulfurique ; la substance intercellulaire est restée à l'état de réseau vide ; m#. le rayon médullaire.

B. Une coupe transversale analogue ; la substance intercellulaire a été détruite par un mélange d'acide nitrique et de chlorate de potasse, de manière que les cellules se trouvent disjointes l’une à côté de l’autre. Les couches d’épaississement se séparent elles-mêmes assez souvent de la membrane primaire de la cellule ligneuse ; quand la coupe est suffisamment mince, on distingue les rayons qui traversent les couches d’épaississement (grossie 200 fois).

Fig. 18. Coupe transversale d’un canal résinifère de la feuille de Sapin du Nord.

Le tissu de développement sert avant tout, comme son nom Pindique, à la multiplication des cellules ; il se trouve aux deux extrémités, dans la zone génératrice et à la surface de l'embryon ; ses cellules, plus petites que celles du tissu nourricier, sont riches en substances azotées et en sucre; l'acide sulfurique leur donne une coloration rosée. La tige et la racine s’allongent au moyen du tissu de développement qui se trouve aux extrémités de l'embryon; les faisceaux avec leurs cellules vasculaires, ligneuses et libériennes se multiplient au moyen du cambium qui se trouve dans la zone génératrice et par suite la tige et la racine s’accroissent en épaisseur. Enfin, par le tissu de développement de la surface naissent l’épiderme, avec ses stomates et ses poils, et un peu plus tard la couche subéreuse.

Le tissu nourricier (le parenchyme) constitue dans l'embryon la moëlle et la plus grande parte de l'écorce ; il ne sert que dans des proportions limitées à la formation des cellules ; celles-ci plus grandes et plus pauvres en principes azotés, sont à cause de cela remplies de substances nutritives, telles que la fécule, l'inuline, le sucre, la dextrine, le gluten, la chlorophylle, les huiles grasses ou autres combinaisons hydrocarbonées. Ce tissu consomme en quelque sorte les éléments qu'il reçoit de l'air et du sol par l'intermédiaire du tissu épidermique et 1l fournit des principes carbonés au tissu de développement. Le tissu nourricier ne peut que développer ses propres cellules et il n’a jamais le pouvoir de former une cellule ligneuse ou vasculaire. Il constitue la moëlle, une des zones de l'écorce, ainsi que la majeure partie du tissu des feuilles ; il remplit, en général, toutes les cavités qui n’ont pas été occupées par les faisceaux vasculaires ou par le tissu épidermique et subéreux ; pour cette raison Schleiden l’a appelé tissu de remplissage (/üllgewebe).

La fécule est renfermée dans le parenchyme de la pomme de terre (Fig. 19). Il en est de même de l’amidon du blé qui est associé à des principes plus profondément élaborés. Le sucre de la canne et de la betterave est aussi un des produits du tissu nourricier. Les faisceaux vasculaires qui passent à travers, dans la pomme de terre, et la couche subéreuse qui protége ces tubercules, ne contiennent pas un seul grain de fécule. |

Le tissu de développement de lazone génératrice se sépare de bonne heure en groupes isolés. Ceux-ci, qui à l’origine se trouvent contre la moëlle, développent des cellules allongées, épaissies par un cordon

spiral et dont les cloisons transversales disparaissent plus tard en

même temps que la sève (Fig. 20). C’est ainsi qu'une série de cellules

se transforme en un tube rempli d'air, qui, dès lors, est considéré Fig. 19. Fig. 20.

dde LI [LT Lai

comme un vaisseau (trachée). À côté de ces cellules, il s'en forme encore d'autres, également allongées, qui conservent leur sève pendant plus longtemps et dont la cloison n’est pas résorbée ; ce sont les cellu- <!P les ligneuses (fibres). Leurs parois, ainsi que celles des vaisseaux, contiennent du xylogène. Du côté de? l'écorce apparaissent aussi des cellules, également ! allongées, mais dont la paroi n’est pas en général lignifiée ; ce sont les cellules libériennes (fibres corticales). Entre les cellules vasculaires et ligneuses qui s'étendent contre la moëlle, et les cellules libériennes, qui sont réparties vers l'écorce, il ya, chez les dicotylédones, une portion de la zone génératrice qui reste comme couche de développement. C'est elle qui formera continuellemént les nouveaux vaisseaux, les nouvelles cellules ligneuses et libériennes au moyen desquelles la tige et la racine persistantes s’accroissent. On appelle cambium cette portion de la zone génératrice, dont les cellules, toujours susceptibles d'un nouveau développement, restent minces et riches en principes azotés (Fig. 15).

La formation des vaisseaux, des cellules ligneuses et libériennes dans la zône génératrice, se fait par groupes, comme on peut s'en assurer sur une coupe transversale d'une plante en germination ou d'une jeune branche. Chaque groupe consiste, en général, dans les quatre espèces de cellules susdites (vaisseaux, cellules ligneuses et

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Fig. 19. Coupe longitudinale d’une portion corticale de tubercule de pomme deterre. a. Tissu : subéreux ; b. cellules avec leur noyau distinct sans grains de fécule ; e. le parenchyme proprement dit rempli de grains de fécule et tout à fait semblable à celui de la moëlle; d. méat intercellulaire (grossie 50 fois).

Fig. 20. Coupe longitudinale d’un vaisseau de Carica papaya, chariant encore de la sève, réticulé, épais et ponctué. Dans les cellules «. et b. de ce vaisseau la membrane muqueuse s’est contractée et le noyau est très-visible ; c. cellule représentée sans contenu ; x. cloison de séparation composée de deux lames souvent distinctes ; y. cellules entourant le vaisseau (grossie 109 fois).

libériennes, cambium). I s'y ajoute, quand les faisceaux appartiennent äu système ligneux des arbres dicotylédones, une autre espèce, le parenchyme du bois, qui est intermédiaire en quelque sorte entre la cellule ligneuse ou fibre (1) et le tissu nourricier, et qui forme de la fécule et d'autres contenus de cellule. Dans les faisceaux de l'écorce on trouve, outre les éléments ordinaires que nous avons cités tantôt, les Vaisseaux poreux ou cribriformes (siebréhre) qui sont une modification des cellules libériennes que Hartig a découverte le premier, et le parenchyme du liber, une forme de cellule se rapprochant du parenchyme ordinaire de l'écorce. Un système composé de ces divers éléments est appelé système vasculaire, et on distingue, chez les dicotylédones, la partie située à l'intérieur de la zone génératrice, sous le nom de partie ligneuse, et la partie qui se trouve à l'extérieur de cette zone, sous le nom de partie libérienne du système. La première consiste, chez la plupart des arbres, en vaisseaux, en cellules ligneuses et en parenchyme du bois ; la seconde en vaisseaux poreux, en cellules libériennes et en parenchyme libérien. Les cellules qui séparent l’un de l’autre deux groupes voisins de faisceaux vasculaires, forment les RAYONS MÉDULLAIRES, ainsi nommés parce qu'ils s'étendent chez les dicotylédones en rayonnant depuis la moëlle jusqu’à la partie extérieure de l'écorce ; ils établissent ainsi une communication entre le parenchyme médullaire et celui de l'écorce ; leurs cellules contiennent de la fécule ou d’autres principes hydrocarbonés, qui manquent dans les vaisseaux.

Les vaisseaux des plantes sont formés d’une longue série de cellules dont chacune, aussi longtemps que le vaisseau contient de la sève, est pourvue d'un noyau et se comporte en véritable cellule. Mais plus tard la cloison très-mince qui sépare chacune de ces cellules disparaît en même temps que la sève, de sorte que d’une série de cellules résulte un tube rempli d’air,qui se subdivise en autant de pièces qu'il y a de cellules réunies pour sa formation (Fig. 20).

Quand la paroi des cellules vasculaires s’est épaissie par des dépôts en forme d'anneau, de spirale ou de réseau, on pent distinguer plusieurs espèces de vaisseaux, entre autres les vaisseaux annulaires, spiraux et réticulés. On trouve, en général, dans uneseule et même plante toutes les formes et tous les passages de l’une à l’autre. Le vaisseau à pa-

oo

(1) Le nom de fibre est souvent usité en français pour désigner la cellule ligneuse de même que celui de tissu fibreux pour tissu ligneux. (Note du traducteur.)

rois ponctuées est entre tous celui qui représente l’état de développe-

-ment le plus élevé ; 1l se forme lorsque la partie dans laquelle il naît ne s’allonge plus et il appartient au bois de la plupart des arbres. Lorsque

les ponctuations s’allongent et que les pores sont à peu près horizon-

taux, le vaisseau est alors désigné sous le nom de vaisseau scalariforme

(dans les Fougères et le cep de Vigne) (Fig. 21). Le vaisseau spiral (ou

Fig. 21. trachée) et ses modifications se montrent partout; ce

sont les premières formations du système vasculaire Taser d'un embryon et d’une jeune branche. Par suite de cette > JE Hope on trouve HUÈUS ne trachées chez les

eo)

ce qui a été appelé l'etu de Cet étui existe lA| quand même de nouvelles trachées ne devraient plus

Charme et quelques autres arbres possèdent des vaisseaux ponctués qui renferment en outre une bande spirale. La cellule ligneuse de l'If est pareillement ponctuée et pourvue d'une spirale.

La cellule ligneuse (fibre) est allongée dès son origime; elle résulte d’une division longitudinale de la cellule de cambium et ne s’allonge qu'un peu, en se terminant en pointe aux deux extrémités ; sa paroi s'épaissit, se lignifie et ses couches d'épaississement présentent quelquefois une disposition spiraloïde. Les cellules ligneuses, dont la paroi, dans la plupart des plantes, est ponctuée, sont remplies de sève, comme les vaisseaux ; seulement dans leur Jeunesse, elles ne forment jamais de nouvelles cellules et produisent beaucoup plus rarement encore (chose inconnue pour les vaisseaux) des principes de nutrition végétale; dans ce dernier cas les canaux poreux sont transformés en ponctuations. Le bois de nos arbres à feuilles aciculaires n'est constitué que par des cellules ligneuses ou fibres et des rayons médullaires; les vaisseaux v manquent complétement. Le parenchyme ligneux des arbres dicotylédons doit être considéré comme une formation de cellules au milieu de fibres toutes jeunes ; il se compose de cellules courtes, peu épaissies, qui renferment des substances riches en principes nutritifs et dont la paroi n’est Jamais ponctuée. Les vaisseaux, les fibres et le parenchyme ligneux forment avec les cellules des rayons médullaires, sous la zone génératrice, le bois de nos arbres.

Fig. 21. Portion d’une coupe longitudinale et suivant un rayon, du bois de Noisetier (Corylus avellana). «. Cellule ligneuse ; b. cellule vasculaire ; c. cloison percée à jour et scalariforme ; d. cellules du rayon médullaire (grossie 100 fois).

Les cellules libériennes (fibres corticales) appartiennent de même au système vasculaire, et formées comme toutes les parties de celui-ci par le cambium, elles sont le plus souvent allongées et fortement épaissies, pourvues de canaux poreux très-minces et ne présentant jamais de véritables ponctuations ; leurs couches d’épaississement se déposent, en général, sous forme d’une bande spiraloïde élégante et la direction des endroits amincis varie très-souvent dans les diffé rentes couches. Les cellules du hber, si elles ne se lignifient pas, transportent de la sève pendant toute leur vie. Le caoutchouc et les alcaloïdes se trouvent dans leur intérieur. Il n’y a qu'un pas entre les cellules libériennes qui transportent du latex (chez la Pervenche) et les vaisseaux laticifères proprement dits, qui se ramifient extrêmement, comme chez les Euphorbiacées et les Figuiers, ou qui forment même paraît-il chez le Carica et les Chicoracées, un système continu d'anastomoses nombreuses et entrelacées. Les vaisseaux laticifères, qui se trouvent dans un nombre relativement restreint de plantes, ont de l’analogie avec les cellules libériennes et ne sont à proprement parler qu'une variété de ces dermières ; ils proviennent de l'union ou plutôt de ia fusion réciproque de plusieurs jeunes cellules. Quelquefois les cellules du liber deviennent très-longues et parsuite, comme en vertu de leur force et de leur élasticité, elles acquièrent alors une grande importance {les fibres ou cellules libériennes du Lin, du Chanvre et du Lin de la Nouvelle-Zélande.) (Fig. 22).

Les vaisseaux poreux sont caractérisés par la manière toute particulière dont s'épaississent leurs cloisons; 1ls ne produisent pas de substances nutritives et, tandis que le parenchyme du liber en amasse, ils restent minces et ne se lignifient pas.

Les cellules du cambium sont, dans un faisceau vasculaire (Fig. 23), allongées et faiblement épaissies; elles sont principalement destinées à former les cellules proprement dites et nouvelles des faisceaux vasculaires ; ceux-ci, dans leur plus tendre jeunesse, ne se composent que de cellules de cambium. Chez les dicotylédones, où l'activité dela zone génératrice est périodique, elles servent, en ce qui concerne les fais ceaux, à un double but. Par leur moyen, le système vasculaire croît de chaque côté en épaisseur ; se présentant d’abord (dans une coupe transversale) sous la forme d’un petit groupe arrondi, 1l devient toujours plus grand et se fractionne parce qu'il naît dans son épaisseur de nouveaux rayons médullaires nommés rayons secondaires. Ceux-ci n’atteignent plus, comme les rayons médullaires primitifs, d’un côté

LR St Po hie à

la moëlle et de l’autre la partie externe de l'écorce, mais ils s'arrêtent dans l'intérieur du bois (Fig. 24). Le cylindre ligneux et l'écorce secondaire résultent de ce mode de multiplication du système vasculaire.

Fig. 22. Fig. 93. Chez les monocotylédoneslesystème VRORAR ER A

s dévelop plus tard suivant un mode dif- Cférent : ici, il ne croît pas en épaisseur au moyen de lazone génératrice ; il n'est pas entrecoupé non plus par la formation de nouveaux rayons # médullaires, mais 1l se ramifie aussibien dans un sens que dans l’autre. Lorsque la tige monoco- ; ee 0) (lé donée s’épaissit

au moyen de son tissu de déve con emEnER c'est par suite de l’augmentation du nombre de ses faisceaux vasculaires. La coupe transversale d’une tige monocotylédonée ne montre jamais un cylindre ligneux clos, traversé par des rayons médullaires radiés, mais elle présente des groupes toujours disséminés, le plus souvent arrondis, de faisceaux

Fig. 22. a. Partie d’un filament de Coton (Gossypium). reconnaissable à sa forme aplatie et tordue. Le coton ne consiste pas en fibres du liber, mais en poils qui couvrent la surface des graines. b. Partie d’une fibre de Lin (Linwm); e. partie d'une fibre de Chanvre (Cannabis). Toutes deux examinées dans l’eau sur le porte-objet du microscope, ne sont pas unies; elles paraissent sous une coupe transversale (d et e) fortement épaissies et pas aussi comprimées que le coton (grossie 200 fois).

Fig. 25. Portion d'une coupe longitudinale d’une ébauche de faisceau vasculaire d'un embryon de Dattier (Phænix dactylifera). a. Tissu nourricier ; e. b. cellules de cambium.

Fig 24. Portion d’une coupe transversale du rhizôme de Cissus verrucosa (plante nourricière du Rafflesiapatma). a. Rayon médullaire primaire; cbR. zone génératrice ou anneau de cambium ; h. partie ligneuse du système vasculaire ; k. couche subéreuse de l'écorce ; r. écorce secondaire où se trouve la partie libérienne du système vasculaire. I. Rayon médullaire secondaire de premier ordre; 11. de 2° ordre; !IT. de 5° ordre. Aussi longtemps que la partie externe de l'écorce n’est pas repoussée par la formation subéreuse, le système vasculaire primitif reste visible dans l'écorce, par exemple chez le Tilleul. (Grossie 5 fois.)

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vasculaires multipliés par ramification (Fig. 25). Les cannes faites en bois de palmier, laissent facilement apercevoir cette organisation qui leur communique, d'ailleurs, une beauté particulière; la dureté des stries noires qui traversent le tissu plus clair, est due aux cellules ligneuses, fortement épaissies et d'une couleur sombre, qui forment les faisceaux vasculaires.

Fig. 9. Dans les Cryptogames, ceux-ci se LT comportent comme ceux des Monoco- DANCE ÿ 56: tylédones ; ils ne croissent pas non plus

d. HEURE “ne 1 Es en épaisseur et leur multiplication se RATES fait par division ; chez ces plantes, la

céR. Lui F TE She croissance en largeur de la tige et de ae d ; la racine est, en général, bientôt ter-

11, disséminés comme chez les Monocoty- 14 lédones, ne se présentent chez elles que dans des circonstances exceptionnelles, par exemple chez quelques fougères arborescentes.

Les faisceaux vasculaires de tous

) (l minée, et les faisceaux vasculaires,

et sans qu'on en puisse douter, en quelque sorte un système connexe au milieu de la plante. Un nouveau faisceau vasculaire ne peut nulle part se former isolément, mais il croît et se ramifie partout où il rencontre du tissu de développement.

Par conséquent, là où naît une feuille, un bourgeon ou une racine, qui tous proviennent du système vasculaire, 1l se forme aussi de nouvelles ramifications de faisceaux destinés à ces Jeunes organes.

Le Cambium des faisceaux vasculaires se confond, chez les Dicotylédones (Fig. 26), avec la zone génératrice et s'en distingue par conséquentdifficilement ; chez l’Ortie communeon peut cependant observer séparément la vie de l’un et de l’autre (1). Chez les Monocotylé-

Fig. 25. Coupes transversale et longitudinale d’une branche de Dragonier (Dracæna). f. Couche subéreuse; d. écorce; cbR. zone génératrice; y. faisceaux vasculaires’ de la partie externe ; æ. faisceaux vasculaires de la partie interne de la tige, qui sont contemporains tandis que les premiers s’allongent encore ; e. milieu de la tige (moëlle).

(1) Lehrbuch der Anatomie und Physiologie, t. L.

dones les cellules du Cambium se trouvent, au milieu du faisceau vasculaire, environnées de vaisseaux, de cellules ligneuses ou libériennes (Fig. 27) ; chez les Cryptogames, au contraire, les vaisseaux situés au centre du faisceau sont entourés des cellules du Cambium, tandis que de véritables fibres ligneuses et libériennes manquent ici complétement. Fig. 27. Les cellules du Cambium sont, sans doute les éléments les plus importants du système vasculaire, et ils ne font jamais défaut ; nous connaissons des plantes qui atteignent même une grande hauteur (Nayas, Caulima, Ceratophyl- 19, lum, . Epipogon) et dont les Sd” faisceaux vasculaires ne se composent que de cellules N de Cambium. Elles sont toujours remplies de suc etelles ÿ transportent, probablement jusqu'aux parties les plus élevées des branches et des feuilles, une sève où prédomime les principes azotés et qui a été absorbée par la racine.

Le système vasculaire de la plante est, d'après ses fonctions, semblable au système vasculaire des animaux, puisqu'il entretient la cireulation végétale ; maisil en diffère entièrement par la manière dont cette circulation s'opère. La circulation du sang reçoit l'impulsion d’un organe central, le cœur, et s'effectue dans l'intérieur de canaux continus, en vertu des contractions du cœur et des parois vasculaires ; les globules de sang et de lymphe, qui ressemblent assez bien à des cellules, sont transportés par les vaisseaux des animaux dans l'organisme entier. Les plantes manquent de ces canaux continus et 1l n’y a chez elles que les substances solubles qui puissent traverser la paroi des cellules. Chez les animaux, il existe un double système de vaisseaux sanguins; un système artériel qui conduit le sang du cœur dans le corps, et un système veineux qui le ramène au cœur. Les deux systèmes sont unis entre eux par les vaisseaux dits capillaires, ramifications vasculaires les plus minces, traversant tous les tissus.

Le tissu animal emprunte par diffusion au sang ce dont il a besoin et

Fig. 26. Portion d’une coupe transversale d’une jeune branche de Cocculus laurifolius. a. Partie ligneuse du système vasculaire ; d. partie libérienne du même ; cb. cambium de ce système; cbR. zone génératrice ; e. moëlle ; f. rayon médullaire primitif (primaire) (gross. 25 fois).

Fig. 27. Coupe transversale d’un faisceau vasculaire du chaume de l’avoine (Avena). cb. Cambium; e, cellules vasculaires larges ; f. vaisseaux spiraux plus étroits. (gross. 200 fois).

lui abandonne en échange, également par diffusion, d'autressubstances. Le sang artériel est pour cette raison autrement constitué que le sang veimeux et cette différence se révèle déjà rien qu'à la couleur ; il est plus riche en oxygène et plus pauvre en carbone. Les faisceaux vasculairesdes plantesne peuvent rien transporter vers un organe central qui du reste n'existe pas ; à leurs extrémités, ils se perdent dans le tissu de développement de chaque bourgeon et de chaque racine, ou bien ils disparaissent dans les divisions des feuilles ou ailleurs. Leurs parties sévifères consistent toutes, sauf une seule exception, celle des vaisseaux laticifères, en véritables cellules séparées les unes des autres par des cloisons. Nous ne pouvons donc pas suivre avec certitude le mouvement de la-sève dans les plantes, comme on le suit dans le règne animal. Nos expériences nous autorisent toutefois à admettre que les vaisseaux et les fibres du bois tant qu'ils conduisent des liquides, ainsi que probablement le Cambium, transportent le courant de la sève ascendante, tandis que les vaisseaux poreux et les cellules libériennes charrient le courant descendant. Mais le tissu nourricier qui entoure les faisceaux vasculaires et qui forme, chez les Dicotylédones, les rayons médullaires, de même que la moëlle et l'écorce primaire quand elles existent, agit entre ces faisceaux en se conformant aux besoins de ses cellules et suivant différentes directions, par exemple pour former des combinaisons chimiques définies ; ce parenchyme correspond au tissu animal où se trouve le réseau des capillaires. Chezles plantes, la circulation de la sève résulte simplement et uniquement de la diosmose et le courant principal s'élève dans une partie déterminée du système vasculaire, pour descendre ensuite dans une autre partie ; la sève ascendante paraît être riche en azote, et la sève descendante semble contenir le plus de composés carbonés.

Considérons maintenant le tissu épidermique. Ise comporte différemment suivant ses fonctions : s'ilsert à l'absorption des liquides du dehors, par exemple dans un embryon entouré par un albumen ou dans les jeunes parties de la racine, il possède des cellules minces, qui absorbent les principes nutritifs sous forme liquide, soit du tissu cellulaire environnant, soit hors du sol. Les papilles radicales sont formées de cellules allongées de ce tissu épidermique. Celui-ci est-il au contraire: destiné à rejeter au dehors des substances liquides, par exemple dans le stigmate, dans le canal pistillaire ou dans l'ovaire, 1l est également mince. Les papilles stigmatiques des plantes appartiennent à l'épiderme. Enfin s’il ne sert ni à l’absorption nià la sécrétion des substances

liquides, il se trouve alors tout autrement conformé, ses cellules étant généralement épaissies du côté externe. Mais les couches d’épaississement, le plus souvent percées de canaux poreux très-fins, sont, dans ce cas, fréquemment transformées en matière subéreuse. Un épiderme ainsi conformé s'oppose à l’évaporation et rend même impossible l'en— trée des gaz et des vapeurs. Nous trouvons cette variété du tissu épidermique sur les feuilles et les jeunes branches, mais jamais sur les racines. Cet épiderme est en général muni de stomates, c’est-à-dire de petits organes consistant en deux cellules ordinairement un peu

Fig. 98. réniformes, à parois minces et Jamais ni lignifiées, ni subérifiées, accolées l’une à l'autre par leurs deux pointes, de manière à laisser entre elles un petit espace, une fente (la bouche du stomate dont les deux cellules constituent le sphincter) (Fig. 28).

En dessous de chaque stomate se trouve un espace rempli d'air, que l'on appelle CHAMBRE PNEUMATIQUE (b). L'absorption des vapeurs et des gaz, ainsi que leur expulsion, s'effectuent par l'ouverture du stomale, peut-être même par le sphincter.

La plupart des feuilles qui vivent dans l'air, n ont des stomates qu à leur face inférieure ; celles qui nagent sur l'eau, par exemple le Nénuphar blanc (Nymphæa), ne les portent qu'à leur face supérieure, et les feuilles immergées, par exemple celles des Potamogeton, etc., etc., ne présentent pas de stomate du tout.

Les poils (Fig. 7 et Fig. 29), certaines écailles, les glandes, etc., sont encore des productions épidermiques. Ce sont des organes destinés soit à augmenter la surface des plantes et à absorber la nourri ture répandue dans l'atmosphère {les poils et les écailles), soit à favo— riser la sortie de certains fluides, par exemple les glandes résinifères du Bouleau (Fig. 30) et les glandes de l’Aune qui excrètent un liquide visqueux et amer. Les poils sont souvent ramifiés ; ils se composent d’une ou de plusieurs cellules et leurs parois peuvent être épaissies et devenir quelquefois subéreuses. Les poils radicaux sont au contraire

Fig. 28. Epiderme de la face inféricure de la feuille de l'Orchis à odeur de bouc (Loroglossum R), vu d’en haut, de même qu’une coupe transversale de la feuille. a. Stomates ; b. la chambre pneumatique située en dessous d’eux ; e. cellule de l’épiderme (gross. 200 fois).

toujours à parois minces et ne consistent qu’en une seule cellule; ils ne se ramifient que rarement (Fig. 31) et meurent, en général, prématurément en même temps que l’épiderme de l'écorce radicale.

La subérine se forme sous l'épiderme ou dans l'intérieur même des cellules qui le composent. Il meurt dès que cette formation a eu lieu, parcequ'elle empêche tout-à-fait l'émersion de la sève. II y a deux sortes de tissus subéreux, le liége proprement dit et le périderme. Tous

Fig. 29. Fig. 50. Fig. 31.

deux se composent dece en couches de cellules qui se succèdent soit continuellement, soit par interruption. Le liége (Fig. 19\a une vitalitétrès-courte et sescellules sont très-faiblement épaissies ; ilse propage en général beaucoup plus que le périderme. On le trouve très-développé dans le Chêne-liége, l'Orme et l'Érable subéreux. Le périderme a une extension infiniment plus considérable ; ses cellules vivent beaucoup plus longtemps et leurs parois s'épaississent davantage. Le périderme est extensible, ilnese fendille pas comme le liége proprement dit. Nous le trouvons sur tous les arbres à écorce lisse, principalement dans le Bouleau et dans le Cerisier où il s'effeuille sous forme de plaques ayant l'apparence du parchemin, ou encore chez le Hêtre et le Sapin où il ne s’exfolie pas.

Ces deux tissus contiennent à l’état parfait, une substance subéreuse dans les parois de leurs cellules et leur contenu liquide disparaît. Ils ne produisent pas, paraît-il, de principe nutritif pour les plantes, mais ils sont destinés à préserver leur surface de l’évaporation.

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Fig. 29. Poil d'une feuille de Pinguicula vulgaris. a. Cellule basilaire du poil; b. cellule du stipe ; e. tête ombelliforme, formée de plusieurs cellules ; +. cellule de l’épiderme (gross. 100 fois). |

Fig. 50. Glande résinifère d’une jeune branche de Bouleau, vue sur une coupe transversale. a. Cellules épidermiques; b. couche subéreuse située en dessous; c. cellules parenchymateuses de l'écorce ; d. papilles de la glande, qui ont secrété de la résine solide (e) (gross. 100 fois).

Fig. 51. Poils radicaux du Mastygobryum trilobatum grossis 100 fois ; æ. les mêmes grossis

400 fois.

L'emploi du bouchon du commerce pour la fermeture des bouteilles est une application usuelle de cette propriété. L'épiderme proprement dit des plantes ne se reproduit jamais où il a été blessé, mais une formation de matière subéreuse s'effectue à sa place. Cette matière se répand sur toutes les surfaces blessées et la plaie se cicatrise sous sa protection ; certaines maladies des parties internes peuvent même être | radicalement guéries par une formation subéreuse sur les endroits malades, comme, par exemple, la PARTIE sèche des tubercules de pomme de terre.

La nature de la couche subéreuse et la manière dont elle se développe, contribuent aussi à différencier plusieurs espèces d’écorces ; si elle se forme par plaques qui se déposent sur l'écorce, on a des écailles corticales, comme dans le Pin et le Platane, tandis que si cette for— mation s'arrête simplement à la surface de l'écorce, il ne se produit aucune écaille, comme chez le Hêtre et le Sapin ordinaire. La racine de toutes les plantes que j'ai examinées perd de bonne heure, par les formations subéreuses, sa couche corticale externe. Tout ce qui se trouve en dehors de la couche subéreuse doit mourir, parce que celleci supprime la diffusion. Les feuilles du Dragonnier et de la plupart des arbres se détachent par suite d’une formation subéreuse à la base du pétiole.

Chaque espèce de cellule, et par conséquent chaque tissu, a dans les plantes, une fonction déterminée à remplir. De l’organisation trèscompliquée que nous venons de reconnaître aux végétaux supérieurs, résulte une structure correspondante aux conditions sous lesquelles ils vivent; ainsi, le végétal croissant dans l’eau est autrement con-— stitué que la plante qui s'élève sur le sol. Mais le point essentiel, c'est que tous les végétaux supérieurs se ressemblent; tous possèdent un système de faisceaux vasculaires, qui sert aux courants séveux ascendant et descendant, un tissu nourricier qui élabore les composés carbonés nécessaires pour nourrir la plante et enfin un tissu épidermique chargé d’absorber la nourriture du sol et de l'air, en même temps qu'il leur restitue des vapeurs et des gaz et quelquefois aussi des substances liquides. |

La puissance inégale des cellules explique la vie des plantes. Telle espèce de cellules consomme certaine substance, telle autre espèce en consomme une autre et les premières font subir à cette substance une transformation différente de celle qui s'exerce sur la seconde. Au moyen de la diffusion, une cellule emprunte aux autres certaines sub-

stances solubles déterminées et il en résulte un échange continuel de sève qui se fait d’une manière particulière dans toute la plante.

Des recherches faites directement sur une membrane végétale, à l'aide de la paroi cellulaire d’une algue, le Caulerpa prohifera, me prouvèrent, que si l’on plonge dans l’eau un tube de verre contenant de l'eau sucrée et fermé avec un morceau de cette algue, l'eau pure passe du côté de l’eau sucrée, et si l’on remplit ce même tube avec de l’alcool, celui-ci se dirige vers l’eau à travers la membrane du Caulerpa. Il est donc évident que la même cellule, suivant la constitution chimique de sa membrane et de son contenu, peut attirer en grande quantité certain composé chimique et absorber faiblement ou point du tout un autre composé. De plus, la même cellule peut porter le premier composé chimique vers le haut et le second vers le bas. On s'explique ainsi pourquoi l'existence d'une foule de substances est confinée dans une certaine catégorie de cellules, par exemple les cristaux au voisinage des faisceaux du liber dans toutes les écorces d'arbre (chez les arbres forestiers et les conifères). On s'explique de plus pourquoi la plante absorbe par ses papilles radicales une plus grande quantité de telle substance se présentant à elle dans le sol à l’état soluble, que de telle autre tout aussi soluble que la première. Schultz-Fleeth à prouvé par des observations directes que l'absorption des principes chimiques, dans les plantes, est toujours proportionnelle à leur consommation, de sorte que deux substances qui existent, en quantité égale, dans une solution, sont rarement prises dans les mêmes proportions.

Les champignons et les lichens, dépourvus de racines proprement dites, de véritable tige et de feuilles et consistant en une seule espèce de cellule qui leur est propre, possèdent des cellules qui sont inéquivalentes malgré la conformité anatomique apparente de leur tissu. Les extrémités de leurs filaments cellulaires se développent suivant des lois déterminées pour la multiplication des cellules, soit qu'elles forment des tubes avec un nombre limité ou illimité de semences qui s’'échappent plus tard, par exemple chez les espèces de Peziza, chez les Morilles et chez les Lichens (Fig. 10), soit qu'elles développent sur un repli de leur membrane une seule spore, qui d’abord pédicellée, par exemple chez les Champignons à chapeau (Fig. 32), se détache plus tard du sporange. Sous la couche fructifère des champignons et des lichens, le tissu est plus épais et plus riche en substances azotées et, à cause de cela, il a été considéré jusqu'à présent comme étant formé d’une espèce particulière de cellules. IT est probable que chez

les champignons et les lichens, toute cellule est capable de prendre sa nourriture à l'air et au sol ; mais chaque cellule ne peut pas se transformer en sporange. Chez un grand nombre de lichens, on trouve de

Fig. 52. la chlorophylle dans certaines cellules sphériques internes qui proviennent de la séparation du tissu filamenteux et dont les parois prennent une coloration bleue sous l'influence de l’iode et de l'acide sulfurique: le tissu filamenteux de ces mêmes lichens consiste en une cellulose qui ne prend pas cette coloration, tandis que celle de leur couche fructifère se transforme en amidon comme la première et se colore légèrement en bleu par une solution d’iode.

Nous avons donc encore ici des cellules de valeur différente.

Dans les Algues, qui ne vivent que dans l’eau, on ne connaît qu’une seule espèce de cellules. Les plantes les plus inférieures de ce groupe consistent, de même que les mucédinées, soit en une seule cellule (les Protococcus, qui s'accumulent fréquemment en une masse verte ou brunâtre dans les carafes d'eau), soit en filaments ou en membranes dont chaque cellule possède une valeur identique (chez les Conferves, Spirogyra, Ulothrix, Ulva, etc.). Ici chaque cellule, suivant les circonstances, peut se présenter comme un organe de nutrition ou de reproduction ; chaque cellule semble ici ne soigner qu'elle-même et mener une vie propre et indépendante. Chez l’Ulothrix, algue filamentaire que je trouve près de chez moi, dans un ruisseau, au sommet d'une montagne, on remarque que la cloison d'une cellule se compose de tissus ligneux et subéreux, tandis que ses parois latérales ne sont constituées que de cellulose pure, 1l paraît donc qu'il ne peut se faire aucune transmission de sève d’une cellule àl'autre. Chez les Algues plus élévées, par exemple chez les Varechs, qui croissent au fond de la mer en touffes immenses et multiformes et dont les cendres se composent à peu près exclusivement de soude, 1l se passe évidemment une action réciproque entre plusieurs de leurs cellules, et il est manifeste que l'mégalité de leur valeur provient des différences de forme et de disposition.

Fig. 52. Portion d’une coupe longitudinale de la lamelle fructifère (Hymenium) d'un agarie (Amanita). &. Transition du tissu filamenteux en cellules sphériques; b. sporange (Basidie); ce. spo res, un peu avant leur séparation d’avec le sporange (gross. 400 fois).

4 Lis

La vie de toutes les plantes, qu'elles soient composées d'un grand ou d’un petit nombre de cellules, dépend donc des actions simultanées et différentes de cellules non équivalentes ; la mort d’une ou de plusieurs cellules peut même, suivant les circonstances, causer la mort de la plante entière.

Il existe encore certaines cellules toutes spéciales qui entrent dans la constitution des végétaux les plus élevés. Chez les Phanérogames il y a le pollen, qui fétonde, au moyen de son contenu, une autre jeune cellule située dans l’intérieur de l'ovule, la vésicule embryonnaire, et la rend capable de se transformer en une cellule apte à développer un nouvel organisme. Chez les Cryptogames nous trouvons les spores, qui ont une Ettable ressemblance avec le pollen, quant aux caractères extérieurs et sous le rapport du mode de formation. Les spores, s'ils sont produits avec le concours des deux sexes, engendrent immédiatement une nouvelle plante (Algues, Mousses et Hépatiques); mais quand ils sont formés sans le secours des sexes, 1ls se transforment d’abord en un organe transitoire, composé de cellules, le prothalle (Vorkeim) sur lequel apparaissent les organes sexuels, de sorte que la jeune plante sort de l’organe/ femelle après qu'une fécondation a eu lieu (chez les Fougères, les D A les Lycopodiacées et les Rhizocarpées).

La fécondation des Cryptogames s'opère au moyen de corpuscules mobiles ou spermatozoïdes qui se forment dans l'organe mâle, l’anthéridie, et qui, chez les algues, se présentent avec l'apparence de cellules ovales, munies de 2-4 cils (Fig. 33). Dans les autres Cryptogames, ils consistent en bandelettes sinueuses, spiraliformes, tantôt terminées par deux longs cils droits et flagelliformes (les Anthérozoïdes des Charas, des Mousses et des Hépatiques) (Fig. 34), tantôt munies de cils innombrables (chez les Fougères et les Equisétacées) (Fig. 35).

Ces spermatozoïdes (Samenkôrper), pénètrent dans l'organe nelle qui, chez les algues, dont nous connaissons si bien la fécondation depuis les travaux de Pringsheim, est doué d’une structure toute simple. Il provient, en effet, d’une cellule rudimentaire, le globule reproducteur, qui se transforme ensuite, comme chez les phanérogames, en une première cellule. Celle-ci, en vertu de son développement ultérieur, doit être considérée comme l’origine de la nouvelle plante (chez la plupart des Algues, chez les Fougères, les Equisétacées, les Lycopodiacées et les Rhizocarpées), ou bien elle devient la première cellule pour

la formation d’un fruit (sporange), rempli d’un grand nombre de semences (spores) (chez les Mousses et les Hépatiques). Les champignons et les lichens ont une génération sexuelle que l'on n'a pu encore démontrer avec certitude.

Le pollen de la plupart des plantes consiste en cellules arrondies ou Fig. 35. Fig. 54. Fig. 55.

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polygonales ; chacune est recouverte d'un épiderme (exhyménine) plus ou moins épais, d’une structure souvent fort gracieuse et qui peut être garni de piquants, de crêtes, etc., régulièrement disposés. Il ne recouvre pas en général,exactement la totalité du grain de pollen, mais il laisse à nu, en tout ou en partie, divers endroits, à travers lesquels la paroi cellulaire interne du pollen (endyménine), consistant toujours en cellulose, peut s’allonger et former ainsi des prolongements tubuleux qui constituent chacun un tube pollinique (Fig. 36 et 37).

Lorsque le pollen, emporté par le vent ou par les insectes, est déposé sur un stigmate, le tube pollinique auquel il donne naissance, s'avance à travers les cellules du canal pistillaire qui le nourrissent

Fig. 55. Ædogonium ciliatum, d'après Pringsheim.

I. Au moment de Ja fécondation. a. Organe femelle (Oogonie,) qui s’est ouvert à son sommet par un opercule et dans lequel s’est formé, un peu avant la fécondation, et au moyen du globule reproducteur dépourvu de membrane,le tube de fécondation muni d’une ouverture,tandis qu’une petite plante mâle (c) provenant d’une zoospore(b) adhère à l’oogonie. L’anthéridie bicellulaire (d) de cette petite plante a rejeté son opereule et le spermatozoïde supérieur s’est précipité par l'ouverture arrondie du tube de fécondation pour atteindre le globule reproducteur dans lequel il pénètre aussitôt et se dissipe. 17. Oogonie récemment fécondé sur lequel se trouvent deux petites plantes mâles ; c. ete. II, Spermatozoïdes (gross. 350 fois).

Fig. 54. Chara fragilis. I. Extrémité d’un filament anthéridien avant la formation des spermatozoïdes. Portion d’un autre filament avec des spermatozoïdes parfaits. «. Spermatozoïde se contournant ; b. un autre tué par l'iode (gross. 500 fois).

Fig. 55. Spermatozoïdesdu Pteris sarrulata.a.Vus d'en haut etimmobiles ; b.vus latéralement, . également immobiles (gross. 500 fois).

en route et le conduisent dans l'ovaire, vers les ovules, où il accomplit la fécondation (voir au Ch. VIIT.) Une cellule pollinique est toujours pourvue d’un noyau ; elle renferme, en général, de la fécule, de l’inuline, du sucre, de l'huile grasse, etc. ; mais on n’y a pas rencontré, Jusqu'à présent, des spermatozoïdes.

Fig. 56. Le pollen provient d’une division directe du contenu d'une cellule-mère dans l’intérieur de laquelle quatre grains se forment en dernier lieu ; par suite, le pollen de plusieurs Orchidées etde quelques Ericées, par exemple, présente constamment quatre grains agglutinés ensemble, chacun d'eux émettant son tube pollinique propre, lors de la fécondation.

Lesspores (Fig. 38), c’est-à-dire les semences, des Cryptogames inférieures (des Cham pignons et des Lichens), se produisent au contraire en vertu d’une formation spontanée dans le contenu cellulaire. Elles consistent en une cellule entourée d'un épiderme plus ou moins développé (surtout chez les Truffes). Les Lichens possèdent des spores composées, c'est-à-dire multicellulaires. Chez les Cryptogames supérieures, les spores se trouvent, comme le pollen, au nombre de quatre dans une cellule-mère et ont une forme extérieure qui ressemble assez à celle de la poussière fécondante des phanérogames. Ces spores sont produites d’après ce que nous avons déjà vu précédemment, soit sans fécondation, soit par le concours des deux sexes, et ils engendrent plus tard une nouvelle plante directement ou indirectement. Ce n’est pas ici le lieu de parler davantage de leur intéressante histoire (1); nous ajouterons seulement que les spo-

Fig. 56. Coupe transversale d'un grain de pollen du Mirabilis jalapa. I. L'épiderme ; æ. canal poreux pour la sortie du tube pollinique ; z. cavité avec ses conduits exeréteurs dans la couche externe de l’épiderme. 71. Contenu du grain de pollen limité par la membrane muqueuse du protoplasma ; y. l’une des élévations coniques, qui se trouvent sous chaque canal poreux (gross. 550 fois).

Fig. 57. Coupe d'un grain de pollen de Cucurbita pepo. +. Opereule dans l’épiderme au-dessus de l'endroit épaissi de la membrane interne y, qui s’avance plus tard en tube pollinique

(gross. 300 fois).

(1) Voy. mon ouvrage : Lehrbuch der Anatomie und Physiologie, 4. I, p. 218.

res mobiles des Algues, les zoospores (Fig. 39), produites sans le secours des sexes, se transforment directement en de nouvelles plantes. Ce sont elles qui ont maintes fois ébranlé les limites que l’on avait cru pouvoir poser entre le règne animal et le règne végétal.

Les zoospores naissent isolément ou en plus grand nombre dans l’in- Fig. 39. térieur d’une cellule-mère | qui, arrivée à maturité, crève et les laisse échapper ; alors, semblables aux infusoires, ils folâtrent dans l’eau. Ils renferment en général un contenu granulifère coloré par de la chlorophylle et sont quelquefois pourvus d’un point rouge, reste du nucléus cellulaire. Ils se meuvent dans l’eau pendant un temps plus ou moins long suivant les espèces, les uns un jour entier, les autres quelques minutes seulement ; puis ils se calment insensiblement et restent enfin immobiles. C'estalorsque commence en eux la formation de nouvelles cellules ; ils germent et se transforment en une algue de la même espèce que celle qui avait produit le zoospore. Celui-ci n’est nullement un animal, comme Unger semblait le croire, bien qu'il ait observé le premier, chez le Vaucheria, la transformation complète d'un zoospore en Jeune plante ; c'est un embryon végétal mobile, qui, en germant, perd sa mobilité. Des cils vibratoires, dont le nombre et la position sont en général très-constants, lui servent d'organes moteurs. Les cils permettent d'établir une distinction entre les zoospores dont les uns ont la surface entièrement couverte de cils (Vaucheria) et les autres ne portent de ces organes qu'à une place déterminée. Le dernier cas est le plus fréquent.

Les spermatozoïdes des algues (Befruchtungs-kôrper), également

Fig. 58. Spores de différentes cryptogames. a. Spores d'un agaric (Amanita); b champignon du ferment de la bière ; c. spore de truffes. (Tuber cibarium); d. spore d’un lichen, composé de deux cellules (Borrera); f. et g. spores d’une équisétacée (Equisetum arvense); f. les deux lamelles d’épaississement de la cellule-mère ne sont pas encore enlevées ; g. ces mêmes lamelles enlevées se présentent comme quatre filaments, très-hygroscopiques, enflés en forme de massue.

Fig. 59. Zoospores mobiles de quelques algues. « Spores de Chlamidococcus pluvialis; b. zoospores de Stigeoclonium (après des préparations sèches); c.-f. spores d’un Ulothriæ se mouvant et se développant (gross. 400 fois).

mobiles et munis de cils, étaient jadis considérées comme une plus petite espèce de zoospores [les Microgomidies). Les zoospores germent en général après quelques heures et la plante se multiplie par leur moyen pendant la bonne saison, tandis que les spores immobiles, produites par génération sexuelle et recouvertes d'une membrane solide, conservent le végétal pendant la durée de la mauvaise saison. Ces dernières commencent à germer dès que les conditions extérieures deviennent plus propices, et elles servent par là à conserver ces plantes pendant l'hiver. C'est ainsi que la nature a une égale sollicitude pour tous ses enfants et n'oublie même pas l’algue la plus infime.

Nous avons maintenant appris à connaître toutes les espèces de cellules qui se laissent différencier scientifiquement dans le règne végétal et nous sommes redevables de leur connaissance au microscope, qui nous révèle les secrets de la nature, en présentant à nos yeux les moindres rapports sur une grande échelle et avec une netteté décisive. Aucune branche des sciences naturelles, à l'exception de l’astronomie, ne peut se passer de ce puissant auxiliaire (1); les progrès des sciences naturelles sont en effet liés au perfectionnement de cet instrument. L'anatomie a pénétré tous les détails et elle est devenue, ainsi que la physiologie des plantes et des animaux, depuis les rapides progrès de l'optique, une des branches spéciales des sciences exactes. La science conservera longtemps dans ses annales les noms de Schick, Plôs], Amici, Nobert, Oberhaüser, Nachez, Kellner, Bènéche et Schroëder, et ceux des constructeurs des célèbres instruments anglais, Ross, Smith, etc., qui tous se sont fait connaître par les microscopes sortis de leurs ateliers. Par des perfectionnements importants d'optique et par une réforme complète du mode d'éclairage et du support, Georges Oberhauser, à Paris, a surtout donné au microscope sa valeur actuelle.

De tous les produits solides des cellules végétales que l’en rencontre dans le tissu nourricier ou parenchyme, la fécule (Fig. 40), qui, dans le grain de blé, dans la pomme de terre, etc., sert de nourriture principale à l’homme et aux animaux, mérite le plus spécialement notre attention. Le grain de fécule paraît dans tous les cas être formé de couches, qui sont disposées autour d’un centre vésiculeux solide, souvent très-petit, le noyau. Ce noyau se trouve au

(1) Schacht, Das Mikroskop und seine Anwendung. Zweite Aufl. Berlin, bei G.-W.-F. Müller. 1855.

milieu chez les plus jeunes granules de fécule de la pomme de terre, mais chez les grains plus gros, plus âgés, il est situé latéralement, parce que les couches qui naissent après, s’élargissent plus d’un côté que de l'autre (Fig. 41). Les formes des grains de fécule diffèrent notablement, surtout selon la manière dont ils se produisent. Un des traits les plus caractéristiques de leur histoire est leur apparition dans les cellules du liber, qui transportent le latex, chez beaucoup d'Eu- Fig. 41. nhorbiacées (Euphorbia). Quelque- ZX fois plusieurs grains de fécule se trouvent associés en petites masses et l'on'peut aussi en ren— } contrer réunis ensemble, de telle sorte que les couches extérieures recouvrent. plusieurs grains à la fois. Le grain de fécule est coloré en bleu par une polo Re ms: il se gon-

se Le Satis cent an forme ainsi l'en pois que l’on connaît. Chauffée plus longtemps avec de la salive, la substance amylacée se laisse extraire, de sorte qu'il ne reste plus que le squelette de cellulose du grain. L’inuline est isomère avec la fécule, mais l'iode ne la colore pas en bleu. Le gluten est au contraire une substance azotée.

La matière colorante verte de la feuille, ou la Chlorophylle, se présente sous des aspects divers; elle est, en général, de forme globuleuse et, dans ce cas, elle forme ordinairement l'enveloppe des granules verts que l'on observe dans les cellules, et dont on peut la séparer par l'alcool. La chlorophylle ne se produit que sous l'influence de la lumière ; un tubercule de pomme de terre, exposé longtemps à l'influence de cet agent, devient vert ; l'asperge qui perce la couche de terre à l’état incolore, verdit aussitôt qu'elle vient au jour. Il est rare, par exemple dans l'embryon de quelques plantes, de trouver de la chlorophylle dans un organe sur lequel la lumière n’a pas une action directe.

Fig. 40 Grains de fécule de différentes plantes.

a. Grain de fécule de la pomme de terre, b. Arrow-root des Indes occidentales; e. et d. grains de fécule de Cureuma zedoaria, sous forme de disques plats; d. vu de côté; e. de la racine de Salsepareille ; f. et g. du tubercule de Himantoglossum ; h. et t. du latex de l'Euphorbia antiquorum.

Fig. 41. Grain de fécule du tubercuice de pomme de terre (gross. 500 fois).

On trouve encore dans l'intérieur des cellules, et surtout dans le parenchyme, des cristaux de différentes formes, souvent très-régulièrement formés. Nous les observons dans l'écorce de nos arbres, tout autour des cellules du liber, par exemple dans le chêne et dans l’aune.

Ces cristaux sont composés, en général, d'acides végétaux combi nés à la chaux et à la magnésie ; rarement ces bases sont unies à l’acide carbonique ou à l'acide sulfurique. Les cristaux se présentent isolé ment ou bien en faisceaux que l’on appelle raphides et qui se produisent de préférence chez les Monocotylédones. La formation du cristal est due à une simple action chimico-physique, en vertu de laquelle les sels dont la sève ne peut tenir en solution qu'une quantité déterminée, se séparent sous forme solide,

Dansles sciences naturelles, qui n'acceptent que ce qui a été prouvé, iln’ya pas de milieu entre le savoir et l'ignorance. Nous avons, dans ce chapitre, condensé tout ce qui peut se prouver; mais on ne peut pas toujours fournir toutes les preuves à l'appui pour lesquelles je renvoie à mon Traité d'Anatomie et de Physiologie (1). D'un autre côté, je n'ai Jamais voilé notre ignorance ni cherché à remplacer par des hypothèses les vérités qui nous font encore défaut. Nous sommes au début de la science ; 1l reste encore beaucoup à faire. Le chemin que nous suivons maintenant, celui de la froide méditation, est le seul convenable, le seul qui puisse conduire àla vérité et qui nous y conduira infailliblement. La Nature répond volontiers à qui se plaît à l'interroger; mais que l’on se garde de mépriser sa réponse quand elle ne s'accorde pas avec la chimère d'un ancien préjugé, c’est-à-dire d’une vieille théorie. On doit la suivre pas à pas pour la surprendre et aceueillir avec une effusion de reconnaissance les vérités qu’elle nous dévoile. De même que le temple de Salomon ne fut pas construit en une seule année et que son élévation à réclamé beaucoup de peines, les sciences naturelles accumulent des observations nombreuses et fidèles pour élever un temple, où règne la Vérité.

(1) Schacht, Lehrbuch der Anatomie und Physiologie der Gewächse. Berlin, bei G.-W.-F. Müller, Theil L. 1856. Theil IL. 1859. Ainsi qu'un abrégé de cet ouvrage: Grandriss der Anatomie und Physiologie der Gewächse. 1859.

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