‹ Les arbresChapitre 28 sur 60 · ACCUSE · texte numérisé non relu

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Fig. 190. Inflorescence du Figuier (Ficus carica). I. Coupe longitudinale d’une figue encore très-jeune : a. a. a. écailles du bouton à l’abri desquelles une figue se forme dans l’aisselle d’une feuille; b. feuilles florales qui restent stériles et qui plus tard ferment l’orifice de la figue; «. l’ébauche des bractées à l’aisselle desquelles se formeront les fleurs (gross. 25 fois). 11. Coupe longitudinale d’une figue de Ficus stipulata à moitié mûre: c. la région oùse trouvent les fleurs màles; les fleurs femelles (d) se trouvent dans tout le pourtour de la cavité.

qu'il ne tarde pas à grossir si ces ovules ont éprouvé le contact d'un tube pollinique : la fleur de Cerisier se détache du rameau avec son pédoncule si la fécondation n'a pu se faire, au lieu de grossir et de se transformer en cerise. La fleur des Orchidées conserve sa fraîcheur pendant des semaines entières lorsque les fonctions de reproduction ne s'exercent pas, mais une fois fécondée, ses sépales et ses pétales se flétrissent en quelques jours, pendant que son ovaire grandit rapidement en consommant au profit de ses ovules une grande quantité de nourriture : celle-ci est soustraite aux autres organes floraux, ce qui amène leur dépérissement et leur mort.

La floraison et la fructification supposent, chez la plante, une certaine vigueur ; maints arbres ne fleurissent qu'à un âge avancé, comme le Sapin et le Hêtre; les Orchidées, issues de graines, exigent plusieurs années pour acquérir la taille et la force nécessaire à la formation des fleurs (1). Le Lierre ne fleurit que sous des conditions trèspropices; on sait qu’il change alors de forme et que tout son aspect se modifie ; les modifications analogues doivent sans doute s’opérer dans son économie intérieure. Si l’on bouture un rameau de Lierre qui a fleuri, il portera lui-même des fleurs au bout de fort peu de temps, tandis que la bouture d'une plante qui n'a pas fleuri, bien que placée dans les mêmes conditions, ne porte sa fleur qu'après un assez grand nombre d'années et pour autant que les circonstances soient favorables. La floraison et la fructification exigent une certaine vigueur chez la plante, précisément parce que ces deux fonctions provoquent une grande dépense de force, c'est-à-dire beaucoup de nourriture ; les plantes annuelles périssent lorsqu'elles ont mûri leurs fruits. Cette influence néfaste de la floraison et l’affaiblissement qu'elle détermine chez la plante ne sont nulle part plus intéressantes à observer que chez l’Agave americana : on voit les feuilles succulentes de cette plante se ramollir et se flétrir à mesure que la hampe colossale s'élève; toute la plante meurt avec les fleurs; elle ne fleurit qu'une seule fois et ce phénomène n’a lieu chez nous que dans un âge fort avancé; dans les contrées méridionales il est beaucoup plus précoce ; aux environs de Séville, par exemple, l'Agave d'Amérique fleurit au bout de la 6° à la 10° année. Lorsque le Chêne porte des fruits, 1l ne fait pas, en général, de seconde pousse; lorsque la récolte

(1) M. Benda a rencontré en 1854 dans le district d’Altenplathow un Chêne d’un an qui portait déjà quatre glands: c’est un fait probablement unique.

est abondante, les arbres fruitiers poussent peu de bois cette année là ; de même, une récolte moins bonne succède généralement à une année de grande fertilité. Le Hêtre et le Chêne ne fleurissent pas chaque année, de même que le Pin ne porte pas des cônes annuellement. Le sol et les autres conditions qui agissent sur la station exercent d’ailleurs une certaine influence sous ce rapport ; le Chêne et le Hêtre notamment fleurissent plus souvent lorsque le terrain est bon. Le Sapin, dont toutes les fleurs sont accumulées au sommet le plus élevé, porte des cônes à peu près chaque année, en nombre restreint il est vrai. L'Epicea en est couvert de la base au sommet pendant les bonnes années. Une personne digne de foi m'a racontéun faitqui mérite d'être rapporté : depuis quelques années tous les Pruniers de son pays étaient assaillis de chenilles qui les dépouillaient de toutes leurs feuilles ; il nettoya ses arbres et obtint de cette manière des feuilles et un certain nombre de fleurs ; il se croyait récompensé de ses peines : mais, au printemps suivant, il vit les arbres de ses voisins, qui, l'été précédent, avaient toutes les apparences du bois mort, se couvrir de fleurs, et à l’automne leurs branches et leurs rameaux pouvaient à peine supporter les fruits dont ils étaient chargés ; au contraire, ses arbres, auxquels il était parvenu à grande peine à faire porter une médiocre récolte, en avaient produit une plus chétive encore pendant ce second automne. Ce fait s'explique par cette raison que les arbres dépouillés de leurs feuilles par les chenilles n'ayant pas porté fruits, avaient pu amasser, ne fut-ce que par l’activité de leurs racines, une nourriture surabondante qui n'avait pas eu d'emploi et qui a pu être utilisée l'année suivante et favoriser une récolte extraordinaire. La même chose se produit pour la Vigne: dans le midi de la France la récolte du raisin, après avoir été anéantie plusieurs années de suite par l'oïdium, a été ensuite extraordinairement belle et supérieure à celle donnée par les vignobles dont on avait entretenu la production au moyen de la fleur de soufre. Les fleurs de la plupart de nos arbres se forment dès l'automne qui précède leur épanouissement ; aussi la température de cette saison est-elle, au point de vue de la floraison, de la plus haute importance. On peut pour le Hêtre, par exemple, préjuger, dès l'automne, l'importance de la floraison suivante à la simple inspection de la grosseur des boutons (PI. HE. Fig. 34).

Les fruits ont pour nous une grande importance à cause des principes nutritifs qu'ils contiennent soit dans leur péricarpe {les baies et les drupes) soit dans leur périsperme, leur albumen ou leurs cotylédons,

et qui consistent en fécule, aleurone, sucre, ete. Mais ils sont d’une valeur beaucoup plus élevée encore pour la plante elle-même en ce qu'ils représentent en quelque sorte le but vers lequel tend la végétation. Provenant elle-même de l'embryon d'une graine, la plante produit de nouvelles graines renfermant d’autres germes. Le fruit meurt quand il à mûri les graines dont 1l avait la garde; l'embryon se dépouille alors de son périsperme et recommence une nouvelle vie en utilisant d'abord les principes quele fruit lui avait préparés. Ainsi cheminent la vie et la morten se tenant par la main, pendant que sur le sentier qu'elles parcourent, la matière se renouvelle incessamment suivant les lois immuables de la création.

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