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L'arbre et sa vie.
Chaque végétal est animé d’une vie propre, individuelle, qui, depuis la première apparition de l'embryon jusqu'à la mort de l'arbre, se : développe avec ses caractères particuliers et reste immuable dans son essence.
La différence de l’activité animale et de la vie végétale étroitement liées à la structure intime des animaux et des plantes, est une conséquence directe de leur diversité d'origine. La constitution d'un végétal étant beaucoup plus simple que celle de l'animal, et ses cellules étant soumises à moins de modifications, il en résulte que la physiologie végétale doit jeter le plus grand jour sur les phénomènes vitaux des cellules. On sait, d'un autre côté, qu'il existe plusieurs espèces de cellules, ayant chacune une activité différente et que la vie des végétaux se manifeste et se développe par la coordination des divers tissus formés par ces cellules, qui agissent les uns sur les autres comme les différentes pièces du mécanisme le plus ingénieux.
Tout organe d’une plante vit et croît suivant certaines lois déterminées qui ont leur raison d’être dans la disposition et la valeur de certaines cellules ; il n'est, en effet, pas une seule cellule dans un arbre qui ne vive d'une vie innée et intérieure en même temps que son activité se manifeste à l'extérieur. De même que les rouages d’une machine s'engrènent et produisent une certaine force par la coordination de leurs mouvements, de même les cellules agissent l’une sur l'autre; et le jeu régulier de ces différentes cellules développe une activité particulière, qui se révèle par les phénomènes apparents dont chaque plante nous présente le spectacle.
La plante consomme pour son existence des substances qu’elle ne
saurait produire elle-même; la matière existe et la vie est incapable de produire un atome ; la force vitale des végétaux modifie la composition des matériaux qu'elle extrait du monde ambiant, elle les réduit dans leurs éléments, et sous sa direction, pour ainsi parler, elle en obtient de nouvelles combinaisons. Les plantes ont, en un mot, besoin d'aliments, comme les animaux, et elles les puisent dans l'air et hors du sol.
L'arbre envoie dans la terre de puissantes racines dont les parties les plus jeunes ne sont recouvertes que par un épiderme fort mince et qui émettent, en général, un chevelu d’une extrême délicatesse ; il puise dans le sol, au travers de cet épiderme et au moyen de ce chevelu, les substances qui se trouvent dissoutes dans l'eau quelle que soit leur nature, minérale ou organique. Les diverses matières inorganiques. que l’on trouve chez les plantes, soit sous la forme de cristaux dans les tissus vivants, soit à l’état de cendres après la calcination, ont été extraites du sol par les racines ; les plus importantes d’entre-elles sont la potasse et la soude, la chaux et la magnésie, ainsi que la silice; le fer se trouve également partout, et quelquefois le manganèse : on a encore constaté chez les végétaux la présence d’autres sels métalliques mais en proportion plus restreinte et plus ou moins accidentelle. [ls assimilent du soufre et du phosphore et retirent ces deux éléments des sulfates et des phosphates solubles que leurs racines extrayent du sol; la quantité d'azote fixée est considérable et fournie pour la plus grande partie par les racines. Liebig, supposant que les plantes retirent tout leur carbone et tout leur azote de l'air atmosphérique, fut conduit, par cette hypothèse erronée, à condamner comme superflu l'emploi des engrais organiques. Il est hors de doute que le sol qui renferme beaucoup de matières organiques, comme par exemple le terreau de bois et l'humus, peuvent se passer d’un engrais d'origine animale, mais il n'a, en pareil cas, pas non plus besoin d’être amendé par des matériaux inorganiques, comme Liebig le recommandait. La forêt n'est jamais engraissée et cependant tous les arbres qui la constituent, tous les taillis qui la composent, livrés à leur aménagement naturel, trouvent dans le sol ce dont ils ont besoin; elle forme elle-même la terre sur laquelle elle s'étend; ses feuilles tombées se décomposent , leurs éléments organiques se répandent en partie dans l'atmosphère sous forme gazeuze ou bien retournent dans le sol à l'état d'humus, mélangés aux matières minérales; il est possible que des substances plusieurs fois rejetées avec les feuilles sont
plusieurs fois absorbées par les racines du même arbre. La terre arable forme de l’'ammoniaque et produit de l'acide nitrique. Les agriculteurs connaissent les propriétés fertilisantes du nitrate de soude (salpètre du Chili, salpètre d'Iquique, nitrate caliche) et surtout du guano, qui nest autre chose que des excréments d'oiseaux à l’état fossile et qui contribue, en outre, comme la plupart des engrais animaux, à amender le sol. L'efficacité des engrais animaux, qui tous ont pour effet d'élever dans une notable proportion la valeur de la récolte, réside dans leur richesse en azote assimilable et en substances minérales. L'acide nitrique du salpètre caliche est de l'azote uni à de l'oxygène ; dans le guano, l'ammoniaque est en partie combinée avec de l'acide nitrique qui est pareillement azoté, et elle fournit de l'azote en même temps que de l'hydrogène : il se compose en outre de phosphate de chaux. L'action fertilisante du salpètre du Chili réside surtout dans l'azote qu'il contient ; le guano lui est supérieur parce que outre l'azote il fournit encore de l'acide phosphorique.
Il est digne de remarque que la putréfaction est un travail de la matière qui s'opère au profit de la vie; les débris des animaux et des plantes dégagent, après leur mort, des substances gazeuses ou volatiles; les unes se répandent dans l'atmosphère et sont absorbées par les feuilles des végétaux, les autres se rendent dans le sol, s'y combinent avec d'autres composés qu'elles y rencontrent et qui les fixent, et en sont ensuite extraites par les racines après qu'elles ont passé à l’état de dissolution. Les principaux produits de la putréfaction sont l’ammoniaque, l'acide carbonique et l’eau, précisément les trois composés les plus nécessaires à la vie des plantes et qu’elles absorbent indifféremment à l'état de gaz, de vapeurs, ou de liquides, libres ou bien unis à d'autres composés. L'acide carbonique libre que le sol renferme est susceptible de s'unir aux carbonates de chaux ou de magnésie qui s y trouvent et de former des bicarbonates solubles qui passent sous cette forme dans les racines. La racine ne sert donc pas seulement à fournir au végétal les éléments minéraux, mais en outre, de l'acide carbonique et de l'ammoniaque. C'est par la même voie que circule la plus grande partie de l'eau dont l'intervention est si nécessaire à son existence. L'alimentation qui se fait au moyen des racines constitue ce que l’on peut nommer la nutrition terrestre (Bodennahrung).
Les feuilles, dont le limbe vert s'étale à la lumière, soutirent de l'atmosphère des gaz et des vapeurs au moyen de leur surface. L'air renferme de l'acide carbonique, dont les sources de production sont
nombreuses et parmi lesquelles l’une des plus importantes est la décomposition dessubstances organiques.Cetacide carbonique restelibre ou bien se combine à de l’ammoniaque pour former du carbonate ammonique. La décomposition qui s'opère à la surface de la terre répand, en outre, dans l'atmosphère de l'acide sulfhydrique et du phosphure hydrique, et il est probable.que ces deux gaz sont absor-bés, comme l'acide carbonique, par les feuilles et par les parties vertes de l'écorce. La présence de la vapeur d’eau est générale dans l'air ; 1l y existe également des matières minérales et des substances organiques, dont les unes sont solubles, et dont les autres insolubles ont été entraînées mécaniquement par l’évaporation ; on sait, par exemple, que l'air est, au-dessus de la mer et sur les côtes, pour ainsi dire imprégné de particules salines. Or, la rosée et les pluies apportent ces différentes substances que nous venons d’énumérer et les mettent en contact avec les surfaces des végétaux, qui sont douées du pouvoir d’absorber les gaz, les vapeurs, et, sans doute aussi les divers COrps S0lubles qui se présentent; l'inhalaison de l'humidité s'opère par les feuilles sur une large échelle : la rosée d’une nuit d'été fraîche et sereine, vivifie les bosquets et les prés; il suffit d’une bonne pluie d'orage pour rafraîchir la verdure d'une forêt qu'une longue sécheresse avait flétrie. L'aspiration nutritive qui s'exerce par les feuilles et par les parties vertes de l'écorce constitue ce que nous désignons sous le nom de nutrition atmosphérique (Luftnahrung).
Tandis que la surface des jeunes racines est à peu près exclusivement affectée à l'absorption de la nourriture terrestre, la surface des feuilles et, en général, tous les organes verts des plantes, ont, en outre, une autre fonction très-importante à remplir, à savoir, l'exhaaison des gaz et des vapeurs aëriformes. Les racines ne rejettent dans le sol qu'une quantité infime de matières et il ne semble pas admissible, malgré l'opinion qui a eu cours naguère sur ce sujet, que les racines soient susceptibles de modifier, à ce point de vue, la composition du sol où elles croissent en yexcrétant des substances nuisibles. L'action des racines sur le sol consiste en un appauvrissement, puisquelles en soutirent les matières solubles qui s'y trouvent: en outre, les récoltes des végétaux annuels ou bisannuels laissent dans le terrain des débris organiques, notamment des racines: celles-ei s y décomposent et peuvent constituer jusqu'à un certain point un obstacle à une nouvelle végétation d’une certaine nature.
L'arbre, de même que toutes les plantes d’une organisation supé-
rieure, élabore dans ses cellules les matériaux dont nous venons de constater l'absorption soit du sol soit de l'air; aussi l’action chinique est-elle continuellement en activité dans les cellules vivantes des végétaux; sans cesse elle décompose, et elle combine toujours. Les arbres de nos forêts qui, pendant toute la durée de l'été, puisent certaines substances dans l'air et dans la terre, rendent en échange, d'autres substances, principalement par les feuilles et par les parties herbacées de l'écorce. Les surfaces vertes des plantes évaporent, surtout par un temps sec, des quantités d’eau considérables; de plus elles exhalent dans l'atmosphère de l'oxygène pendant le jour et de l'acide carbonique quand l'intervention du soleil fait défaut. Cependant l'inspiration des matières étrangères et l'émission de composés différents s’accomplissent toujours suivant un rapport déterminé. La vie de l'arbre est comme suspendue en hiver par suite de la diminution de la température; la cîme perd son feuillage et les radicelles ne sont plus susceptibles d’aspirer la nourriture du sol, parce que leurs surfaces d'absorption ne se renouvellent plus; les feuilles et les racines ne fonctionnent plus, la circulation intracellulaire est abolie et le suc des cellules reste dans un état d'équilibre que rien ne vient troubler. Il en est de même pour les arbres des tropiques qui se dépouillent périodiquement de leurs feuilles, et chez lesquels on peut attribuer la suspension de l’activité vitale à la privation d'humidité ; le Baobab (Adansoma digitata), par exemple, se recouvre d'une frondescence nouvelle à l'entrée de la saison pluviale (1).
Les feuilles sont directement frappées par la lumière et tournent, en général, vers elle leur surface toute étalée ; sous son influence, l'activité chimique des cellules se modifie ; elles produisent notamment de la chlorophylle (2) qui donne aux feuilles leur coloration verte. Le tissu cellulaire de l'écorce, recouvert d’un épiderme mince et encore actif, se comporte comme le parenchyme des feuilles, et de là vient que les jeunes écorces des arbres sont colorées en vert. Le périderme cortical du Hêtre paraît même ne pas constituer un obstacle à l'action chimique que la lumière exerce sur les cellules situées
(1) Le Baobab et les espèces voisines de Bombax se dépouillent de leurs feuilles à la fin de décembre et se revêtent d’un nouveau feuillage au mois de mai.
(2) On a constaté chez un petit nombre de plantes l'existence de la chlorophylle dans . leur embryons, par exemple ceux des Tropaeolum et des Pistacia; elle se présente également dans la moelle des jeunesrameaux ; dans l’un et dans l’autre cas cette formation a lieu sans l'intervention de la lumière.
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sous son couvert, puisque toute une couche de ce tissu cellulaire est colorée en vert par de la chlorophylle; cependant la formation de l'écorce rude (Borke) des autres arbres vient, en général, s'opposer à la pénétration de la lumière et, par suite, elle arrête la formation dela chlorophylle. L'épiderme de la face supérieure des feuilles est, chez la plupart des arbres, dépourvu de stomates, tandis que ces petits or2 ganes sont, au contraire, accumulés sur la face inférieure des feuilles: cette structure est en relation intimeavec la diversité des fonctions de ces deux faces, la supérieure étant destinée à recevoir l'action luminique tandis que l'inférieure est affectée à l'inspiration et à l'exhalaison des gaz et des vapeurs. L'écorce herbacée des jeunes rameaux est également pourvue d'un épiderme actif, qui, dans la plupart des cas, est percé de stomates.
Un arbre, comme toute plante, ne peut absorber de substances nutritives que par sa surface et c'est encore seulement par la même voie qu'il peut rejeter les principes inutiles ou superflus ; il ne possède pas, comme l'animal, des organes internes de nutrition ou de digestion. En revanche, il jouit de la propriété d'isoler certains principes dans l'intérieur de cellules particulières, qui dès lors sont, en quelque sorte, excommuniées de l'économie générale de la plante. L'apparition de cristaux et surtout la formation de la fécule et d’autres matières alimentaires solides sont dans le cas d’être citées comme exemples : les dépôts d'huile, de résine, de gomme, etc., dans certaines cavités telles que les conduits résinifères, et dans les vaisseaux, doivent être encore plus particulièrement considérés comme des sécrétions, puisqu'ils ne sont jamais destinés à être utilisés; le latex luimême, se trouvant dans des cellules d’une nature particulière, paraît devoir être assimilé à cette catégorie de principes immédiats. La plante se débarrasse donc des substances qui lui sont inutiles ou nuisibles d'une autre manière que l'animal dont le mode d'alimentation et la nutrition sont, d’ailleurs, totalement différents. Dans tous les cas, la surface entière d'un arbre n’est pas apte à l'absorption et à l'exhalaison ; il ny a que certains organes, encore jeunes pour la plupart, qui servent à ces fonctions ; ainsi la partie de chaque racine située sous une piléorhize est spécialement destinée à extraire du sol les matières nutritives qui sv trouvent, alors que les portions plus âgées des racines dont l'écorce extérieure est desséchée et crevassée, ne participent plus en rien à cet acte important de la vie. L'écorce de la tige ne conserve non plus la faculté d’inspirer la nour-
riture atmosphérique que pendant la durée de l’activité vitale de son épiderme.
La racine croît par son extrémité qui s'avance toujours plus avant dans la terre, tantôten pénétrant dans la profondeur, tantôten s’étendant le long de la surface; dans tous les cas elle fouille sans cesse de nouvelles portions du sol et prend sur son passage les substances solubles que ses spongioles sont susceptibles d’absorber, En même temps que la racine se renouvelle par ses organes terminaux, son épiderme meurt surses parties anciennes qui perdent la faculté d'absorber, de telle sorte qu'elles sont dèslorsabsolument indifférentes à l'égard du sol. L'inégalité du développement d'un arbre à racines profondes, lorsqu'ileroît dans un terrain dontles couches sont de composition différente, résulte en réalité des règles qui président à la croissance des racines; aussi longtemps que ses spongioles traversent une couche qui lui est défavorable l'arbre végète mal, mais sitôt qu'elles pénètrent dans une zône meilleure, l'arbre jusqu'alors languissant reprend de la vigueur ; réciproquement la santé d'un arbre est exposée à se détériorer si ces conditions sont Interverties. Les arbres qui croissent parfois sur les vieux murs, comme par exemple les Epicéas qui s'élèvent sur les ruines du monastère du Paulinzell, dans le Thuringer-Wald , atteignent rarement un âge avancé; cependant la nourriture atmosphérique ne leur manque jamais, mais la nourriture terrestre leur fait défaut, de sorte que passé un certain âge l'arbre dépérit et meurt. S'il trouvait dans le sol tous les principes qui lui sont nécessaires 1l continuerait, au contraire, à croître indéfiniment même dans ces conditions, comme le prouvent les Frênes si beaux et si vigoureux qui ombragent les murs de l'abbaye de Nedly, près de Southampton. On peut encore citer dans un ordre de fait semblable, la germination des Epicéas sur les souches pourries de Sapins, phénomène qui s'observe souvent et qui sexplique par la nourriture abondante que trouvent ces jeunes arbres dans cette singulière station.
Après une période plus ou moins longue, ilse forme, sousl "épiderme des branches et des racines, une couche subéreuse qui diminue ou qui entrave l'inspiration et l'exhalaison des matières gazeuses et aëriformes. Il en résulte que l’évaporation est, selon toute probabilité, à peu près nulle pendant l'hiver à la surface d’un arbre dépouillé de ses feuilles et dont les jeunes branches sont depuis longtemps recouvertes d’une couche subéreuse; elleest, au contraire, considérable pendant l'été et exerce une influence prépondérante sur la circulation,
tandis que dés qu'elle vient à cesser tous les phénomènes de diosmose sont à peu près suspendus. Les cellules végétales sont en quelque sorte engourdies pendant le sommeil hivernal, mais leur vitalité n’est nullement altérée; il ne leur manque, pour la manifester, que les conditions normales du mouvement vital qui sont principalement, sous notre climat, un degré suffisant de température, et sous les tropiques une humidité convenable; le retour périodique de ces deux agents suffit pour rendre la vie aux plantes qui présentaient toutesles apparences de la mort. Toute activité vitale est loin d'ailleurs, d'être abolie pendant cette période; ainsi, les tubercules de pommes-de-terre, conservés en cave pendant l'hiver, cicatrisent parfaitement les blessures qu'on pourrait leur avoir faites. Pendant l'hiver, en un mot, la nature végétale sommeille, sa vie est en quelque sorte latente et engourdie, mais elle est loin d’être abolie et de ressembler à la mort.
Chaque espèce de cellule a, comme nous l'avons vu, son mode de vie propre et sa destination particulière ; chacune d'elles est affectée dans les diverses espèces de plantes à l'élaboration de certains produits dont la nature est éminemment variable. Le latex, par exemple, se présentesous un très-grand nombre d’aspects chez les plantes de la même fanulleet renfermeles principesles plus divers; extrêmement vénéneux chezles Euphorbia canariensis et piscatoria, il est tout-à-fait inoffensif chezl'Euphorbia balsamafera, bien que cette plante croisse à côté des deux autres dans les ravins rocailleux des Canaries. Cette diversité des produits a, sans doute, pour cause certains caractères chimiques et des particularités anatomiques difficilement appréciables dans jes cellules: chaque cellule soumet la nourriture qui lui est fournie à une élaboration particulière et elle réagit d’une manière non moins précise sur les cellules avoisinantes. L'activité chimique des cellules vivantes et la tendance du succellulairede se mettre en équilibre d’une cellule à l'autre sont les causes premières de la circulation qui s'opère dans les végétaux et qui se manifeste par des phénomènes de diffusion, qui déterminent, chez les arbres, des courants séveux suivant plusieurs directions différentes. Il est possible qu'une seule et même cellule végétale détermine l'ascension de tel composé chimique pendant qu'elle effectue la descente d’une autre substance. La partie ligneuse du système vasculaire est le siége d’une circulation dont la direction principale consiste à faire passer de la racine, par là tige et les rameaux, jusque dans l'extrémité des feuilles, un liquide riche en principes azotés qui se révèlent par la coloration rose qui se mani-
feste dans le cambiumde cesystème vasculaire, sous l'influence dusucre et de l'acide sulfurique. D'un autre côté, la zone libérine de l'écorce conduit un courant séveux en sens opposé qui descend le long de la tige en déposant sur sa route des substances minérales dans les cellules environnantes, de telle sorte que l’on trouve des cristaux partout dans le voisinage des fibres libérines et des tubes clathracés. Il est, d’ailleurs, à supposer que chaque cellule du système vasculaire d’un végétal, tant dans le bois que dans l'écorce, en d’autres termes soit qu’elle serve à l'ascension de la sève ou bien à sa descente, a le pouvoir d'agir individuellement sur certains principes, de telle sorte que celleci élève et que celle-là abaisse plus ou moins de telle ou telle substance. En outre, le parenchyme, qui est réparti partout dans la plante sous les formes et les dispositions les plus diverses, depuis la moëlle qui en occupe le centre, les rayons médullaires qui traversent le système vasculaire, jusqu'à la couche herbacée de l'écorce qui enveloppe le liber, ce parenchyme, disons-nous, détermine dans la sève des courants partiels de directions différentes et qui sont sous la dépendance des besoins particuliers des cellules et de leur voisinage. L'existence d'une sève: descendante nous semble prouvée par les expériences des décortications annulaires et par ce fait que la cambification continue à s’opérer dans un lambeau d'écorce isolé de tous les côtés sauf par son extrémité supérieure où il tient encore à la üge : de plus la sève descend par le liber qui, chez lesdicotylédones, fait partie intégrante del'écorce. On doitaussi considérer comme une cause déterminante de la circulation végétale la consommation considérable de matières solubles qui s'opère dans le cône végétatif des bourgeons caulinaires et rhizogènes, parsuite des formations nouvelles auxquellesils donnent lieu; ces phénomènes doivent être une cause de perturbation dans l'équilibre du contenu solubledes cellules vivantes, et ils doivent par conséquent déterminer les courants de sève ascendants et descendants.
Il n'est aucun point de la physiologie végétale qui ne soit encore plus obscur que la théorie de l'ascension et de la descente de la sève dans les plantes supérieures, les anciennes hypothèses ayant dû être rejetées depuis que l'on connaît mieux la structure intime des végétaux. Contrairement à ce que l’on avait supposé d’abord la sève ne monte ni ne descend dans les canaux vasculaires; les vaisseaux (dre Gefüssen) ne servent plus à la conduite de la sève dès qu'ils constituent des canaux (Aühren), étant dès lors remplis d'air. Les vaisseaux et
même les fibres ne sont que pendant peu de temps affectés d’une maniére spéciale à la circulation, mais il en est autrement du parenchyme ligneux que la sève remplit pendant de nombreuses années et qui entretient pendant longtemps la circulation dans l’aubier conjointement avec les rayons médullaires. On peut, sous ce rapport, lui assimiler ces cellules ligneuses ou fibres dont les fonctions sont les mêmes que les siennes, mais dont l'existence n’est pas générale chez tous les végétaux supérieurs. On peut attribuer les diverses directions que prend la sève dans la circulation, en d’autres termes le mode du mouvement séveux, aux besoins de consommation qui se manifestent sur différents points, à la nature chimique du contenu des cellules et à l’état des parois cellulaires. Ainsi l'appel de la sève ascendante est, sans doute, principalement déterminé par l'abondante consommation de substances nutritives qui s'opère dans les bourgeons caulinaires ; et la descente de la sève peut être de même attribuée, avec non moins de vraisemblance, au développement des bourgeons rhizogènes dont le besoin de nourriture n’est pas moins considérable. Enfin, la consommation et l'élaboration de certains composés particuliers dans certains tissus doit nécessairement faire naître des courants partiels qui se dirigent en différents sens, hypothèse confirmée par l'observation incontestable de la présence dans certaines cellules de principes immédiats qui manquent dans d’autres.
D'après V. Hartig (1), le liquide nourricier absorbé à l’état brut par les racines s'élève exclusivement dans les « véritables fibres ligneuses (ächten Holzrühren)» ou vaisseaux (Gefüssen), jusqu'aux feuilles ; là, 1l serait transformé en « sève de première élaboration (primären Bildungssa/t) » qui descendrait ensuite par le« tissu fibreux cribriforme (durch das Siebfasergewebe)»de l'écorce dans les parties les plus profondes de l'arbre pour s'y transformer, à la suite de l'élaboration exercée par des cellules spéciales, en matières nutritives de réserve (dans les cellules de la moëlle, de l'écorce, des rayons médullaires et du parenchyme ligneux et même chez quelques arbres dans les fibres ligneuses). Ces principes passeraient ainsi l'hiver et, rendus solubles au printemps suivant, ils se mélangeraient avec la sève ascendante brute et constitueraient ainsi une « sève de seconde élaboration (secundären Bildungssaft)» qui servirait à l'accroissement des tissus ligneux et au développement des jets, des feuilles, du bois et de l'écorce.
(1) Botanische Zeitung, 1858, n. 44 et 45.
Toute plante, suivant Hartig, créerait ainsichaque année une certaine quantité de substances nutritives de réserve sur l'emploi desquelles” reposerait son accroissement de l'année suivante. Quelque ingénieuse que paraisse cette théorie, considérée dans son ensemble, elle ne nous paraît pas à l'abri de toute critique : 1° Je ne sais pourquoi les vaisseaux serviraient seuls à l'ascension de la sève brute, ni pour quelle raison Hartig n’a attribué aux « fibres ligneuses (Holz/fasern)» (ou cellules ligneuses [Holzzellen]) que l'ascension du liquidechargé de dissoudre les substances nutritives (sève de seconde élaboration). S'il en était ainsi, comment les choses se passeraient-elles chez les Conifères qui sont dépourvues de véritables vaisseaux? Nous sommes disposés à admettre, 1l est vrai, que le rôle des vaisseaux et celui des fibres sont différents dans la circulation, mais nous devons reconnaître que nos connaissances sur ce sujet ne vont pas plus loin. On doit aussi remarquer que dans les branches annelées, qui 'continuent à vivre de longues années, il n'existe pas de jeunes vaisseaux et que les anciens sont tous remplis d'air; or, malgré cela, la circulation continue à se faire dans le bois et elle est entretenue par les fibres et probablement aussi par le parenchyme ligneux {chez le Hêtre notamment). 2° Les substances nutritives mises en réserve par un arbre pendant un automne ne seraient nullement suffisantes pour le nourrir d'une manière normale pendant toute la durée de l’année suivante ; l'arbre consomme au contraire pendant la période de sa végétation la plus grande partie des principes nutritifs absorbés par les feuilles et par les racines et 1l ne consacre que son superflu à amasser une réserve de substances alimentaires, phénomène qui, chez la plupart des espèces, ne commence à se manifester que vers l’automne(d'après Hartig, chez l'Erable dès le mois de mai et chez le Sapin à partir du mois de septembre). Dans la plupart des cas, les matières nutritives préparées à l'avance se dissolvent et n'interviennent que pendant la première période du développement des jeunes pousses ébauchées depuis l'automne précédent; ce développement exige beaucoup de matériaux alibiles dans un moment où il n'existe pas encore de feuilles développées qui puissent s'approprier l'acide carbonique de l'air et exercer tous les phénomènes d'élaboration; quand les jeunes rameaux se sont complétement garnis de leurs feuilles, la provision des substances nutritives est ,en général, totalement épuisée etsi,à ce moment, les nouvelles feuilles sont supprimées par une cause quelconque, la formation de la couche de bois et de l'écorce secondaire est complé-
tement abolie, phénomène dont le Pin m'a présenté les preuves les plus ‘évidentes. Des arbres de cette espèce avaient été ravagés par des chenilles du Noctuapiniperda à tel point qu'en automne quelques-uns étaient frappés de mort tandis que d’autres étaient restés vivants ; or on pouvait s'assurer, dans les deux cas, sur les troncs abattus au mois de décembre, que la formation de la couche ligneuse de l'année n'avait eu lieu qu'à moitié, tandis que dans les tiges dont le cambium était resté sain et sauf cette formation avait déjà atteint la production des canaux résinifères qui se trouvent, comme on sait, chez le Pin vers le milieu de la zone ligneuse annuelle. A cette époque le bois d'automne n'existait pas encore. Mais le dépôt de fécule, et-en général de toutes les substances nutritives de réserve, avait été complétement aboli, tant dans les rayons médullaires du bois que dans le tissu cortical. Hartig assure que la formation de la fécule commence plus tôt dans les racines d’un arbre que dans ses organes aëriens et qu’elle sy prolonge plus longtemps ; d'après lui, les racines contiennent en moyenne, quatre fois plus de fécule que les tiges, au moins celles des angiospermes à bois durs qui sont les essences les plus riches en fécule ; au contraire, la formation du bois commence aux extrémités supérieures dès les premiers jours du mois de mai et s'étend lentement vers le bas.Les substances de réserve sont, d'après le même physiologiste, entièrement dissoutes au mois de juin et de juillet et alors la proportion qui reste à l'état solide dans la tige s'élève :
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Les tiges sur lesquelles on à pratiqué une décortication annulaire perdent, d'après Hartig, le pouvoir de produire de la fécule en-dessous de la partie annelée, et si cette mutilation a été effectuée avant que la formation du bois ait commencé, on ne voit apparaître qu'une faible ébauche d’un nouvel anneau annuel. Ce fait est exact, mais il est précisément en contradiction avec la théorie que nous avons rapportée plus haut et d'après laquelle l'arbre consacrerait à la formation ligneuse d’une année les matériaux alimentaires mis en réserve pendant l'automne précédent. D'un autre côté, la fécule n'avait pas totalement disparu dans une branche de Hêtre annelée au mois de mai et qui ne portait pas de rameaux au-dessous de la zone décortiquée; elle y existait mais en quantité minime, il est vrai; la moëlle de cette branche était desséchée, mais l’aubier était tout entier, sauf la der-
nière couche, et même dans l'anneau dépouillé d'écorce, rempli de sève et pourvu de fécule dans ses rayons médullaires et dans son parenchyme ligneux. Cependant cette expérience isolée ne peut suffire et je me propose de continuer, avec la collaboration de M. Ratzeburg, les expériences relatives aux décortications annulaires.
Les recherches de Hanstein, sur la descente de la sève par le hber, sont décisives, mais on peut toutefois se demander si dans une branche annelée le courant descendant est totalement aboli. On doit, en outre, admettre que cette opération vient Jeter une certaine perturbation dans l'ascension de la sève puisque deux éléments cellulaires par lesquels elle peut avoir lieu, le cambium et les vaisseaux, lui font défaut. D'un autre côté, lorsque les cellules de l’étui médullaire conservent leur vitalité, et si elles renferment, comme cela s’observe souvent, entre autres chez le Lin, la Pervenche et l'Ipomea tuberosa, des éléments libérins, un courant de sève descendante peut se frayer un passage par cette voie (1).
Les pleurs de la Vigne et du Bouleau (2), ainsi que la surabondance de sève qui se manifeste, en général, au commencement du printemps, dans le cambium de nos arbres, proviennent d'un défaut d'équilibre entre la quantité de sève qui est absorbée et celle qui est utilisée à cette époque pour les besoins de la nutrition; aussi, dès que la plante commence à pousser, les pleurs s'arrêtent. Sile végétal n'avait pas amassé en automne de la fécule et d’autres principes similaires qui se déposent dans les rayons médullaires et dans le parenchyme ligneux de son aubier, et qui sont susceptibles de se modifier et de se liquifier sous l'influence de la chaleur et de l'humidité du printemps, il serait hors d'état de développer les jeunes pousses qui reposent dans ses bourgeons. De même que l'embryon végétal réclame, avant qu'il ne soit muni de feuilles, l'intervention des cotylédons ou d’un albumen pour le nourrir, de même la jeune pousse renfermée sous un bourgeon doit recevoir ses premiers aliments de l'écorce et de l’aubier qui la nourrissent jusqu'à ce qu'elle soit à même de se suflire au moyen de ses feuilles; après cette première période les plantules et les rameaux élaborent eux-mêmes les aliments que les feuilles puisent dans
(4) La formation de racines sur les branches annelées s'opère chez les monocotylédones qui présentent des faisceaux de li er dans leur écorce secondaire , tels que les Palmiers, les Pandanées, etc., absolument de la même manière que chez les dicotylédones; les faisceaux de liber servent également chez elles à la sève descendante (Hanstein).
(2) D'après Hartig, le Hêtre, le Charme, le Noyer, l'Érable et le Cornouiller pleurent aussi.
l'atmosphère. L'accroissement des jeunes pousses nécessite beaucoup de nourriture; aussi les pleurs de la Vigne et du Bouleau sont-ils de courte durée et l'écorce de nos arbres forestiers ne se laisse-t-elle pas pendant longtemps détacher avec facilité. Toutefois ce phénomène se renouvelle chaque année une seconde fois, à l'époque dite de seconde pousse, pendant laquelle le rameau de l’année se développe et de nouveaux bourgeons se forment sur la première pousse, double cause sous l’influence de laquelle la sève s’accumule momentanément en grande quantité. Les différentes espèces d'arbres présentent, dès l’étatembryonnaire, des caractères particuliers d’une grande importance tant au point de vue chimique que sous le rapport anatomique : les Euphorbiacées, par exemple, sont déjà lactescentes quand leur embryon se dépouille à peine de ses enveloppes; les plantules de l'Aune sont munies, dès Fig. 191. leurs premières semaines d'existence, de
ces tubérosités radicales qui lui sont propres (PI. IV. Fig 33). On en peut conclure que dès l'état embryonnaire les différences chimiques et anatomiques qui se ma-— nifestent entre les plantes existent déjà en germe. La tige, la racine et les feuilles de chaque arbre ont, dans de certaines limites, une structure particulière et, par conséquent, leur caractère propre. Chaque espèce exige, en outre, une nourriture terrestre d'une nature déterminée ; l’une croît sous telles conditions climatériques, l'autre sous telles autres. Il en est qui peuvent d'ailleurs trouver les conditions extérieures nécessaires à leur végétation dans des contrées où elles sont artificiellement transportées, d’où résulte une disinction que l'on doit établir entre les végétaux indigènes et les végétaux naturalisés. Le Pin s’accommode de terrains Ü N fort différents; le Sapin, au contraire,
exige un sol fort et humide. Il est d’ailleurs très-probable que la
Fig. 191. Une plantule de Pin au mois de mai de sa deuxième année, dessinée d'après nature à l'école forestière de Neustadt. A l’aisselle des feuilles primordiales supérieures de première année se montrent des aiguilles doubles qui caractérisent les plantes de deux ans.
nature d'une plante est susceptible de se modifier, dans certaines limites, sous l'influence de la station où elle croît. A l'appui de cette Opinion nous pouvons citer le fait suivant qui nous a été rapporté par Ratzeburg : de jeunes plants de Pin, semés à Neustadt, développèrent la première année une tigelle d'un pouce environ de longueur et la seconde année des pousses d’une longueur à peu près double(Fig.191); or ces mêmes Pins semés en Silésie (Oberschlesie), dans un terrain marécageux arrosé par l'Oder, donnèrent la première année des jets de quatre pouces, qui atteignirent la seconde année jusqu'à dix pouces. Certains arbres, le Chêne notamment, développent sur leurs racines, quand le sol est maigre, des radicelles plus longues que dans un terrain gras ; 1l en est d'autres ilest vrai, comme le Sapin, qui n’émettent des radicelles dans aucun cas et qui par suite conviennent particulièrement aux terres fortes. Malgré cette exceptionon peut admettre comme un fait à peu près général que lenombre de radicelles augmente avec la stérilité du sol, de même que les poils et les glandes sont susceptibles de présenter sur les tiges et les feuilles de grandes variations suivant les conditions dans lesquelles les plantes se trouvent ; nous citerons, entre autres le Matthaola Maderensis, qui habite les rocs escarpés de Madère, et qui, d’après la station, ne porte pas une seule glande, en présente un petit nombre ou bien une grande quantité. On arriverait sans doute à de beaux résultats, aussi importants pour la science que pour la pratique, en étudiant comparativementet d'une manière précise les rapports de la structure des végétaux et des conditions climatologiques auxquelles ils se trouvent soumis. L'extension considérable de certaines espèces sur le globe et l'aire étroite dans laquelle d'autres sont confinées, sont, sans aucun doute, basées sur l’organisation intérieure et sur la possibilité ou l’impossibilité dans lesquelleselles se trouvent de s'accommoder à certaines conditions déterminées. Notre Pin, par exemple, occupe une aire géographique fort étendueet le Mélèze, au contraire, est reserré entre d'étroites limites. L'étude de ces faits n’est donc pas sans intérêt et nouscroyons utile de donner quelques renseignements sur l'extension géographique de nos principales essences forestières (1). Le Sapin ordinaire (Abies pectinata DC.) a pour limite septentrionale (1) Nous avons utilisé pour cette partie de notre ouvrage : Sexrr, Lehrbuch der forstlichen Botanik. Jena 1857; Berc, Verbreitung der Waldbäume und Straucher in Norwegen, Schweden und Finnland, inséré dans l'Annuaire de Tharand pour 1859; de Fiscaur, Deutschlands Forstculturpflanzen, Vienne et Olmutz, 1858.
de son aire forestière le 51° degré de latitude; planté, il s'étend dans le Telemark jusqu'au 59°. Ilest également spontané en Thurimge, en Saxe, en Silésie et dans les Carpathes orientales où 1l s'élève jusqu'à 1030 mètres d'altitude supramarine; il s'étend vers le Sud dans les Alpes, où il s'associe avec l'Epicea et atteint les régions situées à 1412 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il aime un sol profond, argileux et gras, une station abritée et un climat tempéré.
Le point le plus septentrional où croît l'Epicea (Picea vulgaris Link) est le promontoire Kunnen, situé sur le 76° degré de latitude ; il reste, dans les montagnes entre 850 et 900 mètres en-dessous de la limite des neiges, laquelle sous le 62° degré se trouve à 1569 mètres
Fig. 192. d'altitude. Sensible aux brouillards de la mer, il ne s'approche pas des , côtes et affectionne plutôt l'intéà rieur des terres. Il est principalement répandu dans les chaînes de montagnes qui traversent longitudinalement l'Allemagne depuis la Forêt-Noire et les Vosges jusqu'aux Sudètes orientales ; en outre, on le rencontre dans les Carpathes, dans les Alpes, dans les Pyrénées etdans les montagnes de l'Italie (Fig. 192).
Le Pin (Prnus sylvestrisne dépasse guère en Suède le 70° degré et c'est là sa limite boréale en Europe ; il y reste petit, ne s'élève guère au-de-
CES à sus de 9 à 11 mètres, mais constitue toujours un arbre et fournit un bois utile. Dans les monts Dophrines, situés par 62°. 5, on le trouve encore à 880 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est encore indigène dans le nord de la Russie, de la Sibérie, de l'Ecosse, de même que dans l'Allemagne septentrionale ; plus au Sud il constitue les plus belles forêts (le Hauptsmoor près de Bamberg) et dans les Alpes il monte à 950 mètres d'altitude supramarine.
Le Pin pignon (Pinus Pumulo) n'est indigène que dans des régions montueuses plus élevées ; 11 croît dans l’'Inselsberg à 950 mètres et
Fig. 192. Jeunes cônes et fleurs màles de l’Epicea (Picea vulgaris).
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dans les Alpes jusqu'à 1900 mètres au-dessus du niveau de la mer (Fig. 193). Le Pinus Cembra est limité aux Alpes et aux Carpathes, et s'élève dans le Tyrol jusqu'à 2200 mètres. Le Pin noir ou Pin
Fig. 195. d'Autriche {Pinus austriaca Hôss) n'est guère indigène que dans les montagnes de l'Autriche. Le Pin de Lord Weymouth (Pinus Strobus L.) a été importé d'Amérique et parait être un arbre des régions inférieures (Fig.
194). Le Pinus pinea, le Pinus Pinaster et le Pinus marihima appartiennent à ù l'Europe méridionale; le 7 7} Pin des Canaries (Pinus Je Z ff canariensis) est exclusive-
#7 ment propre à ces îles et nest pas spontané ni à Madère ni aux Açores; il forme des forêts, conjointement avec le Dattier, dans le Caldera de Palma.
Le Mélèze (Larix Europæa DC.) est un véritable arbre alpestre ; il produit quelquefois sur le calcaire et le micaschiste (Glimmerschefer) des troncs énormes que sept hommes, les bras étendus, sont incapables d'embrasser complétement. A une altitude de 880-1250 mètres, il constitue de grandes forêts, et 1l s'élève isolément dans les montagnes jusqu à une élévation de 1900 mètres. On trouve également des bois de Mélèze en Russie et en Sibérie; planté en Scandinavie, il a réussi jusqu’au 61° degré.
Le Genévrier | Juniperus communs) croît aussi bien dans le voisinage des neiges éternelles que dans les pays chauds, et il se contente des terrains les plus arides.
L'If (Taæus baccata) formait jadis en Allemagne de petits bois mon-
Fig. 195. Rameau de Pin pignon (Pinus Pumilio).
5h74 L'ARBRE ET SA VIE.
tueux, tandis que de nos jours on n'en trouve plus que des pieds isolés. Sendtner a mesuré dans l’Algau plusieurs Ifs d'une hauteur de sept mètres et demi, dont les troncs atteignaient une circonférence de plus de trois mêtres. On le rencontre aussi çà et là dans les bois de Madère et des Canaries, mêlé au Juniperus Cedrus.
Le Chêne pédonculé (Quercus pedunculata) croît sur les terrains sablonneux, profonds, qui renferment des principes argileux et alcalins ; il est répandu dansles vallées de plissement (Muldenformigen), du grès bigarré et du keuper de toute l'Allemagne; il s'étend en Norwége jusquau 63° degré, et sélève sur les Alpes bavaroises jusqu'à 816 mètres. Il réussit encore à Madère où on le cultive comme arbre d'ornement.
Le Chêne rouvre ou Chêne à trochets (Quercus sessihflora) s'accommodant bien d’un climat plus froid, = se répand plus loin vers le Nord Z ettouche au 64‘ degré ; par contre, sa limite méridionale reste en deçà de celle de l’autre espèce; c’est 7 plutôt un arbre montagneux :
dans le Tyrol méridional il croît jusqu'à une altitude de 1500 mètres.
Le Chêne de Bourgogne (Quercus Cerris L.) est originaire de la Hongrie, de la Croatie, de la Slavonie et de la Basse-Autriche ; son fruit met deux ans à mürir.
Les Chênes toujours verts appartiennent à l'Europe méridionale; le Chêne-liége (Quercus Suber) est en particulier propre à la flore méditerranéenne.
Le Hêtre (Fagus sylvatica) croît de préférence sur un sol calcaroargileux, abondant en alcalis, d’une humidité modérée et riche en humus, en un mot sur les terrains calcaires et gompholitiques (Nagelflue). Il est indigène dans la région qui s'étend jusqu'au 65° degré de longitude, de part et d'autre du méridien de Feroë; 1l s'étend vers le Nord en Norwége jusqu'au 60° degré de latitude, en Ecosse et en
Fig. 194.
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Fig. 194. Rameau d’un Pin Weymouth (Pinus Strobus).
Suède jusqu'au 57°, et en Russie il ne dépasse pas le 45°; sa présence n'a été jusqu'à présent constatée dans l'Amérique du Nord qu'entre 32 et #5 degrés de latitude. Tandis que dans le Nord il n'habite que la plaine, 1l s'élève de plus en plus haut à mesure que l’on s'approche de l'équateur. Dans le Harz et le Thuringer-Wald, il s'élève déjà à 950 mètres, dans les Carpathes à 1225 mètres, et sur le mont Etna il constitue la limite supérieure des forêts entre 1250 et 1900 mètres (Fig. 195).
Le Châtaignier ( Castanea vesca) est répandu en Europe, en Asie et Fig. 195. en Amérique dans toute la zone tempérée chaude. Il constitue déjà de petits bois dans l'Allemagne méridionale , notamment dans le Nassau et dans la Bavière rhénane: il est trèscommun en Grèce, en Italie, dans le midi de la France, en Espagne et en Portugal, et fut transporté de la Péninsule ibérique aux Canaries et à Madère, où 1l forme de magnifiques forêts dans une certaine région montagneuse élevée de 625-950 mètres audessus du niveau de la mer. Le célèbre Castagno di centi cavalh du inont Etna mesure, dit-on, 56 mètres 5 cent. de circonférence au niveau du sol (?)
Le Noyer (Juglans regia) est originaire de la Perse et ne se rencontre chez nous qu'à l'état de culture. Le Noyer d'Amérique (Juglans nigra) est mieux approprié au climat de PAllemagne. |
Le Charme (Carpinus Betulus\) est répandu dans la plus grande partie de l'Europe ; 1l aime à croître dans un sol ombragé, modérément humide et argilo-calcaire; il ne s'élève pas à une grande altitude sur les montagnes, puisqu'il ne dépasse pas 850 mètres sur le Berchtesgaden ; sa limite septentrionale se trouve vers le 56° degré (Fig. 105).
Le Coudrier (Corylus Avellana) est aborigène dans toute l'Europe et en Asie; il aime un sol calcaro-argileux et qui ne soit pas trop humide. Sa limite boréale est tracée par le 66° degré. Une variété, le Noisettier de Barcelone {Corylus Avellana barcelonensis), est fort répandue.
Le Bouleau (Betula alba) se rencontre dans les plaines et dans les
Fig. 195. Feuillage du Hêtre (Fagus sylvatica).
montagnes de toute l'Allemagne; il se plaît dans une terre légère, renfermant une certaine quantité d’humus, sabloneuse et limoneuse ; cependant il réussit encore dans un sol de sable reposant sur un soussol d'argile. Il s'étend fort loin vers le Nord, atteignant en Russie le 69° degré et en Scandinavie le 71°, notamment au Cap-Nord où il ne dépasseJamais, il est vrai,3 mètres de hauteur .Sur le Saint-Gothard il croît encore à 1225 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les plus beaux bois de Bouleau se trouvent en Russie. Le Bouleau noir (Betula pubescens) est plutôt un arbre du Nord et ne forme jamais en Allemagne d'association forestière. Le Bouleau nain (Betulanana) constitue un petit buisson propre aux montagnes les plus élevées de la Norwége sous les sommets du Broken, du Schneekoppe, etc.), où il touche de
Fig. 196. très-près à la limite des QUE neiges perpétuelles.
AS = dr , LR << L’Aune (Alnus gluti-
nosa) est répandu dans toutel Europe, en Russie jusqu'à la mer Blanche, en Suède Jusque dans le Gothland, et dans leSud > partout où 1l trouve un
sol humide et maréca-
geux. Il sélève sur les
AlpesBavaroisesjusqu'à 850 mètres et plus haut encore dans le Tyrol méridional. L’Alnus incana est confiné dans les terrains sabloneux d’une humidité moyenne, et il est propre aux montagnes et aux hautes Alpes où il s'élève Jusqu à près de 1900 mètres; sa véritable patrie est la Laponie, la Finlande et la Suède (Fig. 196).
Parmi les Peupliers, le Peuplier noir (Populus nigra) est le plus répandu en Europe ; 1l grandit très-vite, et de tous les arbres il est celui qui donne le plus de bois (Fig. 197). Voigt rapporte qu'en 1840 on abattit près de [éna un de ces arbres, âgé de 1 40 ans et dont la hauteur était de 120 pieds de Leipzig ; sa circonférence était de 32 pieds à la base du tronc, et celui-ci s'élevait à 22 pieds de hauteur et se divisait ensuite en cinq branches principales. Le Tremble (Populus Tremula) habite lesbois de l'Europe centrale et occidentale (Fig. 198); le Peuplier blanc (Populus alba) est plus commun dans le midi de
Fig. 196. Feuillage des branches inférieures de l'Aune (Alnus glutinosa).
l'Allemagne, et le Peuplier pyramidal (Populus pyramidahs) est originaire de l'Italie.
Parmi les Saules, le Saule blanc (Sax alba) est le plus fort ;
Fig. 197. il devient un arbre élevé et pittoresque lorsqu'il n'est pas étêté ; on le trouve en Allemagne sur le bord de toutes les rivières. Le Saule Osier (Sahæx fragihs) et le Saule Marceau (Sahix capræa) ne donnent pas des tiges aussi puissantes. Le \ Saule des Vanniers (Salix viminalis) est très-commun sous la forme de buisson ; les Sahix aurita et repens sont encore de plus petite taille et croissent naturellement dans les fanges et les tourbières. Toutes ces espèces réclament pour vivre beaucoup d'humidité (Fig. 199).
Le Platane (Platanus occidentahs) est originaire de l'Amérique du Nord. Il ne constitue pas dans notre pays une véritable essence forestière, bien qu'il réussisse parfaitement ; il ombrage à Madère presque toutes les promenades publiques. Le Platane d'Orient (Platanus orientas), indigène en Asie, était déjà connu des Grecs et des Romains.
Le Frêne (Fraxinus excelsior) aime un sol humide, rocailleux ou sablonneux, contenant de l'argile et de l’humus ; aussi le rencontret-on le plus souvent sur le bord des rivières et dans les gorges les plus sombres des montagnes. On peut le considérer comme un arbre caractéristique de l'Allemagne. Il franchit les Alpes et s'arrête dans la Basse- Italie ; à l'Ouest il s'étend jusqu’à l'Asie septentrionale, et il atteint en Norwége le 62° degré de latitude; il s'élève dans le Tyrol méridional jusqu'à 1100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les Frênes qui grandissent près de Southampton sur les ruines de l’abbaye de Nedly et qui sont entrelacés de Lierre jouissent d'une certaine célébrité. Le Frêne à Fleurs (Fraxinus Ornus) est un arbre méridional; on en a formé dans les environs de Cadix de superbes promenades.
Les Ormes (Ulmus campestris et effusa)se plaisent dans les terrains d'alluvions en Allemagne, en France, en Hongrie et dans les plaines
Fig. 197. Feuillage du Peuplier noir (Populus nigra).
de Ftalie septentrionale. L'Orme champêtre croît dans les Alpes jusqu à une altitude de 1200 mètres.
Les Erables sont répandus sur toute l'Europe où ils recherchent les terrains argilo-calcareux. L'Erable champêtre s'élève dans les Alpes
Fig. 198.
jusqu'à 875 mètres ; le Plane ou Faux-Sycomore (Acer platanoïdes) se plait dans les montagnes de hauteur moyenne où il atteint 1100 d'altitude ; l'Erable Sycomore ou Faux-Platane (Acer pseudo-platanus) enfin forme dans les Alpes calcaires de magnifiques forêts et atteint 1600 mètres au-dessus du niveau de la mer (Fig. 200).
Le Tilleul à larges feuilles (Tihia grandifolia) est originaire des montagnes de l'Europe méridionale d’où il a été répandu par la culture jusque dans l'Europe centrale; il réclame un sous-sol nutritif, humide et contenant du calcaire ; dans les Alpes (Berchtesqaden) 1 dépasse 950 mètres au-(lessus du niveau de la mer.
Le Tilleul à petites feuilles (Tilia parvifolia), répandu dans presque toute l'Allemagne, est aussi un arbre des montagnes: il réussit le mieux sur les montagnes calcaires ou basaltiques et se rencontre jus qu'à une altitude supramarine de 1200 mètres (Fig. 204).
Le Marronnier d'Inde (Aesculus Hippocastanum) fut importé d'Asie vers la fin du seizième sièele.
Fig. 198. Ramification du Tremble (Populus Tremulu).
L'Acacia (Robimia pseudo-acacia) est originaire de l'Amérique du Nord, mais 1] est naturalisé chez nous depuis plus de 200 ans; il aime à être planté dans le voisinage des bâtiments et sur des décombres (Fig. 202) et semble éprouver un impérieux besoin de calcaire.
Fig. 199. Quelques arbres, comme le Mû-
LS rier, le Noyer et l'Orme, sont fort F4 7, GE ; NN sensibles à la gelée, tandis que 5 ve 2 RE AA ANT NS d'autres supportent une tempéra- NE ; ii NZ N \ N \ ture très-rigoureuse, nos Conifères MAN AE A& k ANS notamment, et le Bouleau résistent f mn. pe : NU AN aux hivers les plus rudes. D'après # 7 NN = QX \ Pfeil, le Chêne et le Hêtre gêlent
en Allemagne par un froid très-vif, tandis qu'en Suède ils supportent toutes les rigueurs du climat, et il N rattache ce fait à ce que le froid ne faitaucun mal aux arbres en décembre et enjanvier, mais leur est fort NUZAT NN (| préjudiciable au mois de mars.
&K À Pfeil explique cette différence de sensibilité, avec raison, par l’état dans lequel se trouve la sève ; 11 est incontestable, en effet, que l'on doit attacher une grande importance au temps chaud ou froid qui précède une gelée. Les gélivures déterminées dans beaucoup d'arbres par un froid très-vif et qui pénètrent parfois jusqu'à la moëlle, se referment lors du dégel et peuvent se cicatriser. | De même que le froid, un excès de chaleur est nuisible à certains arbres, notamment l'action trop vive des rayons directs du soleil sur leur tronc. Le Hêtre, par exemple, ne peut supporter une insolation trop vive ; son écorce se déchire et s'exfolie lorsque les rayons solaires agissent longtemps sur elle; aussi les jeunes plants de Hêtre ne se laissent élever qu'à l'ombre et l'on doit avoir soin de ne les éclaircir que petit-à-petit. Le Sapin et l'Epicea demandent à être ombragés pendant leurs premières années; plus tard, au contraire, ils veulent beaucoup de lumière et grandissent alors avec vigueur. Le plant de Chêne réussit moins bien à l'ombre ; l'Erable, le Frêne, le Peuplier et le Pin peuvent également supporter la lumière; ce dernier languit
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Fig. 199, Feuillage du Saule des Vannicrs (Saliæ viminalis).
même dans les endroits sombres où le Hêtre réussit à merveille. D’après Pfeil, le Sapin peut vivoter pendant cinquante à soixante ans à l'ombre en restant rabrougri et puis devenir encore un bel arbre s'il parvient au grand jour; le Bouleau, au contraire, dépérit dès la première année si la lumière solaire lui fait défaut. Le même arboricul-
Fig. 200. teur assure que l’Aune,l'Erable, le Frêne et le Pinne se rétablissent jamais d'une privation de lumière mais que l'Epiceaest d'une nature un peu moins difficile sous ce rapport. On remarque que sur le versant septentrional d’une montagne les arbres sont généralement plus élevés que sur la pente méridionale, fait qui s'ex-
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plique par cette raison que les premiers ne sont guère éclairés qu’à leur sommet et sont, par conséquent, en quelque sorte forcés de s'élever, tandis que les arbres qui sont librement baignés de toute part par la lumière, développent des branches dans tous les sens et
Fig. 200. Feuillage du Plane ou Faux-Sycomore (Acer platanoïdes). Fig. 201. Feuillage du Tilleul commun (Tilia parvifolia).
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n Ont pas une aussi forte tendance à accroître surtout leur flèche. Le taillis ne peut croître à l'ombre d'une futaie épaisse et élevée à cause du manque de lumière ; même sous les latitudes plus méridionales oùles rayons solaires possèdent une beaucoup plus grande intensité, les broussailles qui forment souvent des fourrés Inextricables manquent sous l'ombre épaisse des forêts. Nous avons été frappé de l'aspect que présente sous ce rapport le bois d’Aqua Garaa à Ténériffe : dans la région supérieure croît un taillis où sous-bois compact, composé de Bruyères arborescentes, de Myrica Faya et de divers Îlex qui atteignent une hauteur de 9 à 12 mètres; ces arbustes diminuent
successivement à mesure qu apparaissent de grandes Laurinées, jus- Fig. 202.
L'ARBRE ET SA VIE. o61
qu'à ce que l'on arrive dansla partie inférieure dela gorge de la forêt, où, sous le sombre couvert de vieux Vinhaticos (Persea indica), iln’y a plus de traces de broussailles; il y règne une silencieuse obscurité,et l’on ne rencontre sur la terre humide et sur les troncs abattus que des Mousses et des Fougères qui semblent fuir la vive clarté du jour. Dans les forêts primitives,que les Portugaisnomment Montadodos Pecequerros et quiexistentdans la partie septentrionale de Madère, les taillis prédominent, et les grands arbres ne s'élèvent que ça etlàau-dessus d'eux; cependant là où plusieurs d’entre eux se réunissent et forment une sorte de futaie qui arrête les rayons lumineux, le sous-bois disparaît complétement.
Fig. 202. Ramification de l'Acacia (Robinia pseudoacacia).
Me.
Certaines espèces aiment l'humidité, d’autres, au contraire, préfèrent une station plus sèche. L’Aune noir, par exemple, ne se trouve qu'aux bords des cours d’eau et dans des terrains bas et humides, jamais on ne le rencontre dans des endroits secs ; on peut même remarquer, sur le bord des rivières, qu'il émet généralement plus de branches et plus de rameaux du côté de l’eau et que ceux-ci se court bent vers elle comme s'ils étaient attirés par les ondes. La plupart des espèces de Saule sont également confinées dansles stations dont le sol est frais et peu élevé. Il faut en outre, pour que ces deux genres de plantes prospèrent, que l'atmosphère elle-même soit humide, circonstance qui provient de ce queleurs feuilles, étant recouvertes d'un épiderme mince, évaporent beaucoup plus que cellesdela plupartdesautres arbres. On observe, parexemple, queles feuilles d'une jeune branche d'Aune coupée et mise dans l’eau à côté d’un jeune rameau de Bouleau se dessèchent beaucoup plus rapidement que celles de ce dernier. Le Bouleau aime d'ailleurs un terrain sec et il devient malade dans les bas-fonds humides. Le Pin se trouve bien à peu près partout où on le place, seulement il ne s'élève pas également haut partout.
Il faut, pour qu'un arbre développe ses fleurs etmüûrisse ensuite ses graines, qu'il ait acquis une certaine force. On remarque sous ce rapport, des différences considérables : le Pin et le Mélèze fleurissent souvent dès leur seizième année, l'Epicea rarement avant quaranteans, le Sapin et le Hêtre attendent, en général, qu'ils aient atteint la cinquantaine. La plupart des arbres forestiers ne fructifient pas chaque année : le Hêtre, le Chêne et l'Epicea laissent, en général, un intervalle de trois à sept ans, entre chaque fructification. Cet intervalle varie d’ailleurs d'après l'influence qu’exercent la station et le climat ; les arbres libres dans leur allure fleurissent généralement à des intervalles plus rapprochés et en plus grande abondance que ceux qui sont serrés les uns contre les autres ; le Hêtre produit beaucoup plus de faïnes sur un bon terrain que sur un sol de mauvaise qualité. On sait que l’année 1858 a été éminemment remarquable par la riche floraison de tous les arbres forestiers et même d'un grand nombre de plantes exotiques dont les fleurs se montrent fort rarement sous notre latitude; le Lin de la Nouvelle-Zélande, par exemple, a fleuri, en 1858, à Berlin. Ces faits sont incontestablement le résultat de l’action exercée par la température de 1857, dont l'été avait été chaud et très-prolongé, ce qui devait provoquer la formation d'une grande quantité de matières nutritives et par suite l’ébau-
che; de beaucoup de bourgeons à fleurs. Au contraire pendant l'année 1852, l'Epicea et le Hêtre ne fructifièrent presque nulle part en Allemagne et nous en avons rencontré quelques pieds près de Schwarzbourg et aux environs de Wiesbaden dont les graines étaient stériles ; or, l’année précédente avait été signalée par une abondance extraordinaire de graines d'Epicea et de Hêtre, et la conséquence inévitable de ce fait devait être un épuisement. La même observation a été faite pour les arbres fruitiers; on peut établir en règle générale qu une abondante récolte de fruits est toujours suivie d'une mauvaise année. Le Sapin, dont les cônes dressés sont confinés sur les branches les plus élevées, fleurit, au contraire, tous les ans; on peut en dire autant du Pin. Les forestiers ont remarqué que la couche ligneuse formée par le Hêtre et l'Epicea pendant les années de fructification est toujours plus faible que celle quise dépose pendant les années de stérilité. Les Hêtres qui naissent isolément sur des terres fortes portent souvent çà et là quelques fruits chaque année, fait que nous avons observé dans la forêt de Katzbourg sur un
viel arbre entouré d'Epiceas et sur les vieux Hôêtres du Kesselberg,
près de Blankenbourg , dans le Thuringer-Wald : on a remarqué la même chose près de Neustadt, bien que pendant certaines années, en 1852 par exemple, tous les arbres fussent stériles, sans doute parsuite de l'épuisement des matières nutritives nécessaires à la maturation
des fruits. D'un autre côté, le Sapin, qui porte relativement peu de
cônes, ne saurait être fatigué par eux autant que l'Epicea, qui pendant
une bonne année de fructificationest couvert de fruits du sommet à la
base.Cependantl'accroissementen hauteur du Sapin diminue à partir de
l'époque de la floraison ; quand les fleurs se montrent à son sommet,
sa cime, de pyramidale qu'elle était, se déprime et devient sphéroïdale.
Toute branche, dont le bourgeon terminal portedesfleurs, perd par là même, la faculté de s'allonger plus longtemps parce que son cône de végétation a été consacré à la formation des fleurs. Le Dragonnier en peut servir d'exemple; sa tige ne se ramifie qu'après la première floraison de son bourgeon terminal, et ses branches elles-mêmes ne se divisent qu'après avoir fleuri. Le Gui (Viscum album) doit sa remarquable dichotomie à la suppression constante de tous ses bourgeons terminaux qui tous se transforment invariablement en fleurs (Fig. 63).
Chaque rameau est, en général, susceptible de jouer le même rôle que l'axe principal; de à vient que, séparés de la tige et placés dans
ose. Di. T7
des conditions favorables, les rameaux de la plupart des plantes peuvent constituer la tige d’un individu nouveau: ce fait est le principe de la multiplication des végétaux par bulbes, par boutures et par marcottes.
Certains arbres se reproduisent aisément par boutures, comme le Saule, le Peuplier et le Tremble ; d’autres ne peuvent, au contraire, être propagés que par le moyen des graines, par exemple les Conifères, le Chêne et le Hêtre. Cette différence provient de ce que les premiers produisent facilement des bourgeons rhizogènes sur leurs axes, tandis que les autres se refusent à cette formation. D'autres émettent naturellement des rejets au moyen de leurs racines, comme le Tremble et l'Orme, faculté dont les Conifères sont absolument dépourvus. La plupart des arbres sont susceptibles d'émettre sur leurs racines des bourgeons caulinaires adventifs, mais les Conifères sont encore très-sobres de cette émission de bourgeons adventifs, même sur leurs tiges. Il est rare que les brous de racine se forment profondément en terre, mais 1ls sortent, en général, des racines horizontales qui rampent à peu de distance de la surface du sol.
La chute des feuilles s'opère , suivant les espèces , à des époques différentes et de diverses manières: le Pin conserve ses aiguilles deux ou trois ans, le Sapin et l'Epicea gardent les leurs pendant huit à douze années. Chez certains arbres, le Baobab par exemple, on constate la chute annuelle de certains rameaux, qui, chez le Chêne, sont désignés sous le nom d’éclats (Absprünge), et que Hartig (4) a reconnu provenir d'une désarticulation. Le même phénomène semble sopérer chez le Taxodium. La chute naturelle des branches chez les Conifères et chez les autres arbres, dépend d'une cause toute différente: en général, les branches et les rameaux inférieurs dépérissent et meurent parce qu'ils sont ombragés par la cîme, phénomène qui se manifeste sur une large échelle dans les fourrés épais où l'on voit les arbres s'élaguer, pour ainsi dire, d'eux-mêmes.
Chaque arbre passe successivement par plusieurs périodes vitales. La première est celle qui commence avec la germination et s'étend ! jusqu'à la première floraison; la seconde est comprise entre la première année de floraison et l'époque où l'accroissement de la tige diminue d'une manière générale; la troisième et dernière période se prolonge jusqu'à la mort de l'arbre. IT est cependant tout aussi impos-
(1) Th. Hartig. Naturgeschichte der forstlichen Culturpflanzen, p. 119.
sible de limiter exactement chacune de ces époques qu'on ne le pourrait pour les périodes analogues de la vie de l'homme et des animaux supérieurs; la nature ne s'est nulle part élevé des barrières à elle-même. La première époque embrasse, comme nous l'avons déjà vu, des laps de temps fort imégaux chez les diverses espèces d'arbres forestiers, et l’on en peut dire autant des deux autres. Les arbres qui grandissent très-vite dans leur jeunesse traversent rapidement la première période, comme le Pin, le Mélèze et le Bouleau. Au contraire, le Sapin, l'Epicea, le Hêtre et le Chêne croissent lentement pendant leurs premières années, et sont pour cette raison très-robustes quand vient l'âge de la floraison. La diminution de la croissance ou le commencement de la décrépitude survient, en général, plus tôt pour les arbres qui grandissent vite que pour ceux qui eroissent lentement. Ainsi les Conifères atteignent leur maximum de végétation, en moyenne vers la quatre-vingt-dixième ou la centième année; les anneaux ligneux du Hêtre ne commencent à faiblir qu'à partir de la 1 30 à la 4 50° année ; la valeur annuelle de l'augmentation en épaisseur du Chêne diminue seulement quand ilarrive à 150-200 ans; le Châtaignier conserve beaucoup plus longtemps encore, dans les climats méridionaux, la vigueur de la jeunesse. La dernière période de la vie des arbres est encore beaucoup plus variable que les deux premières; et dépend, en grande partie, de circonstances locales et accidentelles. Cependant on peut remarquer d'une manière générale que les bois blancs et légers qui se forment rapidement, meurent plus tôt que les bois durs : le Saule et le Peuplier ne deviennent jamais fort vieux, tandis que le Tilleul atteint un âge fort avancé.
Le Tilleul le plus âgé qui existe en Allemagne se trouve à Neustadt sur le Kocher; son tronc mesure un peu plus de 10 mètres de circonférence ; il était déjà célèbre en 1408 (1). Dans le bois de Rudolstadt on rencontre de vieux Pins qui, d’après mes calculs, présentent 280 à 300 anneaux annuels; mais les couches ligneuses formées pendant le dernier siècle sont tellement étroites, qu'on ne parvient à les compter qu'à l’aide de la loupe. Les Sapins du Wurzelberg près de Katzhutte dans le Thuringer-Wald sont la plupart âgés de 300 à 400 ans, et les plus grands atteignent même l’âge de 600 ans, attesté par le nombre des anneaux ligneux ; 1ls ont tous une cime
(1) Masino. Naturstudien, première édition. p. 120. — Link. Die grosse Linde bei Neustadr. Floru, 1850.
desséchée. On rencontre à Ténériffe beaucoup de vieux Pins (Pinus canarensis) Contemporains de la Conquista et reconnaissables, en général, parce qu'ils sont ornés d'une petite madone. À Madère et à Ténériffe il existe d'énormes Maronniers, de 10 à 12 mètres de circonférence, qui, selon toute probabilité, ont été plantés par les Con quistadores au commencement du quinzième siècle; cet arbre n’est pas indigène dans ces îles, mais 1l est souvent question de sa plantation par les conquérants. Des Lauriers(Oreodaphne foetens) plus gigantesques encore, de 12 à 13 mètres de circonférence, sur une hauteur de 28 à 31mètres, situés au nord de Madère, sur l’Achada do Indeo, sont bien certainement contemporains de la conquête (1419). Ces arbres ne croissent qu'avec une grande lenteur. Une autre Laurinée, l’'Avocatier (Persea indica), atteint dans le bois d'Agua Garcia à Ténériffe, plus de 12 1/2 mètres de circonférence, et ses énormes souches supportent de puissantes tiges (1). Le vieux Chêne de Pleischwitz, près de Breslau, mesurait, d'après Goeppert, 13 m. 32 cent. de circonférence sur une hauteur de 24 mètres 1/2seulement : Goeppert enévalue l’âge à sept siècles (2). On peut également attribuer une origine très-ancienne au Rosier de la Crypte de Hildesheim ; il passe pour a voir été planté par Louis-le-Pieux ; sa tige proprement dite dépasse à p@ine le solet son diamètre est de 26 centimètres ; elle émet plusieurs fortes branches de 5 centimètres d'épaisseur et qui tapissent, comme des treilles, les murs de la chapelle. Le vieux Dragonnier d'Orotava (Fig. 203) mesurerait, d’après Le Dru, 74 pieds de circonférence au niveau du sol; mais d’äprès une donnée espagnole il au rait seulement 17 1/2 varas(38 pieds, 1 1/2 pouce anglais) de diamètre sur une hauteur de 22 varas ou 60 1/2 pieds; il est certainement de beaucoup antérieur aux temps historiques, et à l'époque de la conquête espagnole 11 était déjà aussi fort et tout aussi évidé que de nos Jours. On cite aussile Dragonnier de cod de los vinos, admirablement conservé ; il a environ 10 mètres de circonférence et son âge est fort respectable. Mais tous ces géants du règne végétal sont considérablement dépassés par les colosses {Wellingtonia gigantea) du comté de Calaveras, en Californie ; l'un d’entre eux, que l'on dit avoir été le plus grand, a été en partie transporté au palais de Sydenham dont il constitue l’une des merveilles les plus admirables : il se présente sous
(1) Voyez Schacht, Bericht über Madeira und Tenerife. PI. IV. (2) Goeppert, die grosse Eiche bei Pleischwiz. Bot. Zeit., 1857, p. 886.
la forme d’une colonne monstrueuse de 36 m. 39 cent. de hauteur ; au niveau du sol elle a 9 m.72 cent. de diamètre; et à 30 mêtres celui-ci est encore de # m. 69 cent.: le tronc était complétement dégarni de branches jusqu’à une hauteur de #4 mêtres et sa cîme atteignait une élévation totale de 114 mètres. On estime son âge, d'après les anneaux annuels de bois, qui sont relativement fort étroits, à
Fig. 205.
3-4000 ans. Mühlenpfordt cite un exemple d’un tronc dont le diamètre serait plus considérable encore ; c’est un Cyprès chauve (Taxodium dishchum), situé au Mexique, à Santa Maria del Tule, qui aurait 124 pieds d'Espagne de circonférence sur une hauteur proportionnellement peu élevée. Les Cèdres du Liban, les Oliviers et le Sycomore
Fig. 205. Le vieux Dragonnier des jardins du marquis de Sanzal à sa villa de la Orotava à Ténériffe. À gauche est un jeune arbre de même espèce, et à droite un pied qui a fleuri trois fois.
(Ficus Sicomora) présentent aussi des cas de longévité fort remarquables. L'Tf de Braburn, dans le comté de Kent, doit être âgé de 3000 ans. D'après Adanson, les Baobabs pourraient vivre pendant 5-6000 ans, mais cet arbre grossit avec tant de rapidité et ses couches annuelles sont si épaisses que l’on conteste avec raison les évaluations qu'Adanson avait faites au Sénégal. (Un Baobab, âgé de 40 ans, qui se trouve à Santa-Cruz, avait déjà atteint3 m.13 cent. de circonférence).
La plupart des arbres que nous venons de citer vivent encore et aucun de ceux qui ont disparu n'est mort de sa mort naturelle. Le vieux Chêne de Pleischwitz était creux et il s’est écroulé; le même sort est inévitablement réservé au Dragonnier d'Orotava dont le cœur est également évidé : l'arbre de cod de los vinos est heureusement en fort bon état. Le Rosier d'Hildesheim a été plusieurs fois incendié, mais il a constamment repoussé et 1l est actuellement chargé de rameaux sains et vigoureux. Le plus grand Châtaignier de Madère, situé à Campanario, est creux, mais il porte une cîme admirable et il produit chaque année une énorme quantité de fruits. Les arbres gigantesques de la Californie sont, d’après les relations et les dessins des Anglais, encore en pleine croissance. Il en est autrement des Pins de Rudolstadt et des Sapins du Wurzelberg qui sont tous peu ramifiés et dont la cîme est en partie desséchée.
Ces faits de longévité végétale, dont nous avons observé nousmêmes la plupart des exemples, suffisent pour établir : 4° que l'arbre ne porte pas en lui-même un terme fatal assigné à sa mort; 2° que, dans certains cas, une extension considérable de la tige ( Wellingtona) n'est pas un obstacle à la circulation végétale; et 3° que peu d'arbres périssent d'une mort naturelle, la plupart succombant à des conditions extérieures défavorables.
En principe, les arbres et les plantes vivaces possèdent une existence illimitée; l'homme lui-même, ainsi que tous les mammifères, pourrait être immortel; mais l'expérience de tous les jours nous montre
que les arbres, les animaux et les hommes doivent mourir. Lorsque l'on observe la vie des arbres ,on constate un décroissement gradueldes ,
forces à partir d'un certain âge; pendant la vieillesse des mammifères et de l’homme, les fonctions se ralentissent, les forces disparaissent et la mortsurvient. Le décroissement sénile des forces est toujours, pour les deux règnes, la conséquence d’influences extérieures accidentelles mais qui surviennent infailliblement dans l’ordre naturel des choses, qui jettent la perturbation dans l'organisme et ralentissent le
mouvement vital ; chaque fois, l'animal ou la plante triomphe plus péniblement de ces assauts qui, se renouvelant sans cesse, finissent par l'emporter et entraînent la mort. La mort naturelle est donc la conséquence fatale d’une somme de certaines influences nuisibles venant de l'extérieur et qui, petit-à-petit, ralentissent le jeu de l'organisme et parviennent à l'arrêter.
Les vieux arbres deviennent généralement secs à leur sommet {gipfeldurre) ; ils dépérissent de haut en bas, parce que, par l'effet de l'âge, la nourriture absorbée par la racine ne parvient plus jusqu'aux branches supérieures.
Les maladies, auxquelles les plantes, comme les animaux, sont exposées, consistent également dans des perturbations des phénomènes vitaux provoquées par des causes extérieures. Mais un bien petit nombre d'entr'elles ont été étudiées assez soigneusement, et rapportées à leurs causes immédiates d’une manière assez certaine, pour que nous puissions connaître les moyens de les prévenir ou bien, lorsqu'elles sont déclarées, de limiter leur influence; dans bien des cas, nous sommes même hors d'état de les contenir et de les modérer.
Chaque espèce arborescente possédant un genre de vie qui lui est propre, est sujette à des maladies particulières; en effet, les influences pernicieuses n’agissent pas de la même manière sur toutes les espèces; l'action des agents extérieurs est fort variable, et telle qui est inoffensive pour une plante devient fort nuisible à une autre; ses effets varient même suivant l’âge auquel est arrivé le sujet sur lequel elles sexercent. Une surabondance de nourriture ou, ce qui est plus commun, la privation de certaines matières alimentaires, est souvent la cause d'un état maladif; dans le premier cas, l'arbre grandit trop fortement, et dans le second, il végète avec peine. Ainsi de jeunes plants de Mélèze, élevés dans une station chaude, sont par là surexcités et poussent d'abord fort vite, mais plus tard ils deviennent débiles. Les influences atmosphériques et celles qui résultent d’un emplacement défavorable provoquent incontestablement le plus grand nombre des affections que nous présentent les plantes agricoles ; la coïncidence d'une certaine période de développement avec l'action de ces agents extérieurs modifie cependant, entre de longues limites, leur mode d'influence. Des jeunes Pins, élevés sans abris, sont souvent exposés à une maladie, désignée par les pépinièristes allemands sous le nom de Schütte et qui fait jaunir et tomber les feuilles ; mais ils la
surmontent ordinairement et recouvrent la santé. D'après Stein (1), cette affection provient de l’abaissement nocturne de la température pendant le printemps; et, en effet, lorsque la terre n'est pas recouverte d'herbes ou d’autres plantes, elle se refroidit beaucoup pendant la nuit sous l'influence de la radiation. Celle-ci est moindre sous le couvert des grands arbres, et les semis de Pins qui se font dans ces conditions ne sont jamais atteints de cette maladie.
On s'est habitué à considérer les Champignons comme la cause dè la plupart de nos malheurs agricoles. On ne peut contester que cette Opinion ne soit vraie par rapport aux Ustilago et aux autres Urédinées, de même que pour l'Oidium de la Vigne, dont l'envahissement détermine toujours certaines maladies. Mais on doit reconnaître qu'on leur attribue souvent un effet pernicieux alors qu'ils sont, au contraire, la conséquence d'un autre mal. Le Champignon que l’on trouve sur la Pomme-de-terre malade {(Peronospora infestans) ne peut, selon moi, être la cause de la maladie; 11 ne germe pas sur la feuille fraîche et ne saurait se nourrir des tissus sains de la plante, mais, comme toutes les Mucédinées en général, il puise sa nourriture dans la sève gâtée; 11 croît avec le plus d’abondance sur le bord des endroits en pourriture et meurt lorsque ceux - ci se dessèchent (2). Le Champignon de la Vigne, au contraire (Oidium Tuckeri)(3) germe et végète sur l'épiderme bien portant des jeunes baies et des feuilles et sy implante au moyen d'organes particuliers (Fig. 204), qui absorbent la sève de la plante; il meurt lorsque l'épiderme se dessèche, de sorte quil disparaît, d'après le climat et la température, plus ou moins vite après la maturation des grappes ou la chute des feuilles. D'après ce qui précède, on peut done considérer le Champignon de la Pomme-de-terre comme la conséquence de la maladie, et celle-ci me paraît provoquée par des changements subits de température déterminés par des perturbations atmosphériques (#). La maladie de la Vigne, au contraire, provient de l'envahissement de cette plante par le Champignon qui détruit l'épiderme; elle est tout-à-fait locale et
(1) Annuaire de Tharand, VII. N. F.L., p. 208.
(2) Schacht, die Kartoffel und deren Krankheiten. Berlin, 185 sé:
(3) V: Mohl, Bot. Zeit., 1852, p.9; 1855, p. 585, et 1854, p. 369.—Schacht, Madeire und Tenerifle, 1858, p. 52-58.
(4) On sait que, d’après une autre manière de voir, le Champignon est, au contraire, considéré comme la cause déterminante de la maladie et cette opinion est encore fort accréditée. V. Ch. Morren, Instructions populaires sur la maladie des Pommes-de-terre. (Note du trad.)
l'ensemble de la plante conserve la santé. On sait que la Vigne a récemment disparu à peu près complétement de Madère, mais ce fait ne provient pas de l'Oidium; la Vigne a été, en quelque sorte, chassée de cette île par l'extension qu'on y a donnée, depuis 1854, à la culture de la Canne à sucre; celle-ci nécessite des irrigations qui ont à peu près noyé tous les vignobles. On attribue à la fleur de soufre le pouvoir de porter remède à la maladie dela Vigne, et l’on suppose que son action s'exerce au moyen de l'acide sulfurique (ou plutôt de l'acide sulfureux. N. du T.); dans cette hypothèse, il serait plus avantageux de se servir simplement d'une dissolution fort étendue de cet acide. | Fig. 204. Lesnouvelles feuilles des jeunes Sapins, rarement celles des arbres d’un certain âge, présentent quelquefois unjoliChampignon, (lAecidium columnare), qui se trouve à la face inférieure des feuilles dans les deux stries longitudinales : il se présente sous l'apparence d'une pellicule d’un blanc d'argent et de forme colomnaire, quis'ouvre à son extrémité et contient à la base une matière Jaune constituant les spores. Son mycelium filamenteux et très-délicat se fait jour à travers le parenchyme inférieur de la feuille malade, et vient former à la surface de nouveaux sporanges (Sporanläger) (1), au moyen desquels il assure sa dissémination. Cet Aecidium était très-répandu, en 1852, dans une plate-bande de jeunes Sapins, située à Paulinzell, et semblait devoir être fort préjudiciable aux Jeunes arbres. Les Sapins du Schwarzathal, quis’ y étaient développés spontanément, ne reçurent pas la visite de cet hôte dangereux, bien quon puisse Île trouver sur les jeunes aiguilles des arbres âgés; on le trouve aussi quelquefois sur les feuilles de Pin, lorsqu'il est atteint de la maladie
Fig. 204. Maladie de la Vigne. À. Sous la forme de l'Oidium Tuckeri, tel que M. Schacht l'a observé à Madère : a. spores de l'Oitium prêts à se détacher; æ. les crampons ou suçoirs du Champignon; b. une spore en état de germination. B. e. le fruit du Cicinobolus de la maladie
de la Vigne, d'après Moh]l; d. spores du même Champignon (4. est gross. 400 fois et B. 450 fois ).
(1) Capsule ou faux-péridium des Mucédinées. (Vote du traducteur.)
dont nous avons parlé plus haut {die Schütte). Une autre espèce se rencontre assez souvent sur l'Epicea.
Les Pins du Thuringer-Wald étaient menacés, 1l y a quelques années, par un autre parasite, le Peridermium puu, qui se niche dans la couche séveuse de l'écorce des jeunes rameaux. La fructification de ce Champignon proémine à la surface sous la forme d'une vésicule qui, en souvrant, laisse voir au fond une couche pulvérulente d'un rouge minium et qui constitue les spores. Le mycelium de ce dangereux visiteur pénètre jusque dans le cambium et ses filaments croissent dans la couche herbacée de l'écorce ; sa présence est fort préjudiciable à l'arbre et elle peut même, croyons-nous, déterminer sa mort; il se propage avec une extrême facilité au moyen des filaments de son mycelium et à l'aide d'une innombrable quantité de spores qui germent sur l'écorce, lorsque celle-ci est encore privée de son enveloppe subéreuse (1).
Les plantes maladives paraissent être plus facilement envahies par les Champignons que les plantes tout-à-fait saines ; on rencontre, par exemple, très-fréquemment dans les endroits humides et dans les serres des Orangers, des Lauriers, etc., dont les feuilles ont l'épiderme recouvert d’un dépôt charbonneux consistant en une multitude imnombrable de filaments articulés appartenant à des Champignons qui n'ont pas, 1l est vrai, comme l'Oidium, le pouvoir de se cramponner à l'épiderme. La maladie connue sous le nom de blanc en jardinage et qui s'attache aux pois, aux lupins, etc., provient aussi du mycelium d’un Champignon; mais ces espèces restant supertficielles sont beaucoup moins nuisibles que celles qui attaquent directement les tissus sains et qui doivent par conséquent être considérées comme de vrais parasites. (2)
Le miellat est une maladie des feuilles consistant en une sécrétion de matières sucrées qui rend collante la surface de leur épiderme. Si une forte pluie ne vient pas immédiatement laver ces feuilles, elles ne tardent pas à se recouvrir de mucédinées et de pucerons, mais on aurait tort de les accuser d'être la cause du mal et ils ne viennent là que parce qu'ils y trouvent leur nourriture naturelle. L'Aune noir est
(1) V. Schacht, procès-verbal de la sixième réunion des forestiers de la Thuringe. Sonder shausen, 1856, p. 44-46. Je ne saurais dire si l’apparition de cette espèce a été seulement momentanée et si elle ne ravage pas encore les Pins de Thuringer-Wald.
(2) Voyez de Bary, Recherches sur les Urédinées. Berlin 1855.—Tulasne, sur l Ergot du Seigle, sur les Urédinées, etc. Annal. des sciences nat., 1855 et 1854.
le plus sujet à cette espèce de diabète, ses feuilles et ses jeunes pousses laissent déjà suinter à l’état normal un liquide visqueux, d’une saveur douce-amère, et quand il est atteint du miellat il ne souffre que de l’exagération de cette sécrétion qui peut aller jusqu'à l’épuiser de ses principes nutritifs solubles. Le Tilleul, l'Erable et le Rosier sont souvent attaqués de la même affection : elle est rare chez le Chêne et le Hêtre, et complétement inconnue chez les Conifères. Le miellat paraît être produit par l'effet des nuits froides qui succèdent à de chaudes journées ; il consiste dans la perturbation de l'activité chimique des cellules qui sécrètent sous la forme de sucre et d’autres principes solubles, les matières qui à l’état normal devraient servir à la nutrition du végétal.
Les Noix de Galles et d’autres excroissances pathologiques que l'on trouve sur les feuilles et les branches, sont des hypertrophies du tissu cellulaire provoquées par la piqûre que font des insectes en déposant leurs œufs dans le parenchyme des végétaux. La forme de ces Noix de Galles varie sur le même arbre avec l'espèce de l'insecte dont la piqûre a provoqué le gonflement. Les Noix de Galles sphériques du Chêne sont produites par des Cynips; les petites verrucosités coniques que l'on remarque souvent sur la face supérieure des feuilles de Hêtre sont le fait d’une espèce de diptère (PI. IL. Fig. 24 x. et 40). Un puceron, le Chermes abiehis, occasionne fréquemment à l'extrémité des jeunes pousses d'Epiceas des renflements racémiformes qui ressemblent assez à une Framboise jaune. Ces insectes ne font d'ail leurs que des dégâts insignifiants.
Les forêts ont beaucoup plus à craindre des chenilles et des coléoptères qui ravagent quelquefois des étendues considérables de bois. Les chenilles de quelques papillons, par exemple du Bombix du Pin (Bombyæ pini) 1), du Bombyx monacha, du Noctua piniperda et surtout du Bombyæ processionea dont la réputation est déplorable, sont pour les forêts des ennemis d'autant plus dangereux qu'ils les envahissent souvent en troupes considérables.
La noctuelle a notamment fait en 1859 de grands ravages dans la plupart des bois des environs de Berlin, entre Cœæpenik et Erkner. Presque tous les arbres étaient morts avant l'automne, et ceux qui avaient été un peu épargnés et qui avaient survécu Jusque-là, ne
(1) Ratzeburg, die Waldverderber, nouvelle édition. Berlin 1860. Die Forstinsecten du même. Këéning. die Waldpflege, nouvelle édition de Grebe. 1859.
pouvaient manquer de périr au printemps suivant, puisque par la perte de leur feuillage, ils avaient été dans l'impossibilité d'élaborer les matières nutritives indispensables pour suflire à leurs premiers besoins pendant le développement d’une végétation nouvelle. En pareil cas, quelques observations microscopiques pourraient être d’une grande utilité pratique en donnant des indications sur les arbres qu'il convient d'abattre immédiatement, sans attendre qu'ils soient complétement morts. En effet, lorsqu'un arbre meurt de lui-même, son bois n'a qu'une valeur fort minime: il s'opère dans les cellules séveuses de ses rayons médullaires une altération chimique, une sorte de décomposition qui serait prévenue par un abattage et un écorçage pratiqués à temps. Le bois des Pins qui sont morts à la suite d’une invasion de chenilles, se reconnaît à des taches noires qui se forment dans les rayons médullaires. Les arbres qui se relèvent d’une attaque de chenilles restent faibles pendant plusieurs années, et ne portent que fort peu de graines, d'après les observations de Ratzeburg.
Chaque espèce d'arbres nourrit, en général, un certain nombre d'animaux et de plantes. D'après Ratzeburg , le Pin abriterait à lui seul plus de quatre cents espèces d'insectes; la plupart d’entre eux sont fort nuisibles au bois, notamment ceux qui vivent aux dépens des tissus vivants, comme les xylophages qui se nichent dans la zone génératrice et dans la couche herbacée de l'écorce. Tels sont le Bostrychus typographus de l'Epicea et le B. stenographus du Pin, qui creusent de larges galeries dans le jeune tissu cellulaire, et déterminent ainsi la mort de l'arbre. Les xylophages attaquent de préférence les arbres malades ou fraîchement abattus, de sorte que c’estune précaution bonne à prendre que de les emporter loin du bois le plus tôt possible ou bien de les écorcer rapidement. Les forestiers allemands se débarrassent d'une grande quantité de ces hôtes dangereux au moyen de ce que l'on nomme des arbres-trappes (Fangbaume), sur lesquels on les laisse à loisir déposer leurs œufs, mais dont on enlève et dont on brûle ensuite l'écorce.
L'Hylesinus piniperda est l'un des ennemis les plus terribles du Pin ; il attaque de préférence les arbres qui croissent sur la lisière, et il ne senfonce pas volontiers dans l'intérieur des forêts. On voit près de Newstadt-Eberswalde des Pins dont cet insecte a détruit la flèche de la manière la plus singulière. {la été étudié avec le plus grand soin par Ratzeburg, qui a fait d'ailleurs tant de recherches remarquables sur les insectes nuisibles des bois. JT a constaté que l'animal parfait se
cache près du collet des vieux Pins, depuis le mois de novembre jusqu'en mars; il prend son vol au mois d'avril et dépose ses œufs sous l'écorce au mois de mai. La larve accomplit ses métamorphoses au mois de juillet, et en août les jeunes insectes se mettent à ronger l'extrémité des branches pour se nourrir au moyen de leur moëlle; mais ces rameaux se desséchent et tombent, et l’insecte avec eux, circonstance dont 1l sempresse de profiter pour aller prendre ses quartiers d'hiver et se préparer à une nouvelle campagne de dévastations.
La vie des insectes utiles n'est, d’ailleurs, pas moins intéressante que celles de ces ravageurs de forêts. Parmi eux, il convient de citer en premier lieu, lesichneumons qui vivent, en général, en parasites sur les chenilles et les larves : on doit ranger dans la même catégorie les fourmis, les araignées et les pentatomes ou punaises de bois qui détruisent bon nombre d'insectes. Parmi les oiseaux, les pics qui grimpent le long du tronc pour chercher les insectes sous leur écorce, et parmi les mammifères, le hérisson, la taupe et le putois sont d'utiles auxiliaires pour l’homme et doivent être conservés dans les bois. Les sangliers fouillent la terre à la recherche des larves de hannetons et d'autres lamellicornes. Au contraire, parmi les hôtes des forêts, le cerf et le daim sont la cause de quelques dégâts ; ils arrachent les jeunes plants et rongent les écorces; le chevreuil partage ces mauvaises habitudes, de même quele lièvre dontil faut surtout se défier en h1ver, alors que la nécessité le force à ne pas dédaigner les jeunes arbres. L'écureuil se nourrit des graines forestières et va les chercher jusque dans nos semis ; lorsqu'en hiver, il est en défaut d'autre nourriture, il mord dans les jeunes pousses des Sapins et des Epiceas. Les rats et les souris doivent aussi être rangés dans la catégorie des animaux nuisibles.
La plus grande et la plus intéressante des plantes parasites de nos arbres est le Gui (Viscum album) (1), qui s'implante sur les Conifères comme sur la plupart des angiospermes (Fig. 205, 206, 207, 208 et 209). Je l'ai vu sur le Pin, près de Berlin, sur le Sapin dans le Schwarzathal, sur l'Erable et les arbres fruitiers près de Jéna et aux environs d’Aix-la-Chapelle, sur le Bouleau près de Newstadt-Eberswalde, sur le Peuplier noir et l’Acacia à Frankenfelde dans l'Oder-
Lo
(1) Schacht, uber Schmarotzergewachse und deren Verhalten zur Nührpflanze.—Betrage zur Anatomie und Physiologie, p. 172-181.—Lehrbuch der Anatomie und Physiologie der Gewachse IL. p. 465.
bruche. Le Gui forme de grands buissons toujours verts ; il enfonce