‹ Les architectes des cathédrales gothiques; étude critiqueChapitre 11 sur 29 · SAIN · texte numérisé non relu

SAIN

DES CATHÉDRALES GOTHIQUES. s1

combler, on possède une liste déjà copieuse des architectes de Notre-Dame de Paris pendant deux siècles et demi; les deux premiers surtout méritent d’être associés dans notre commune admiration.

Aux portes de Paris, une église qui ne fut qu’abbatiale offre les proportions et l'attrait d’une cathédrale, émanation du plus pur art français : c’est Saint-Denis, le panthéon des rois de France. Si le célèbre déambulatoire, dont honneur revient à Suger, appartient à une période gothique primitive, le xr° siècle revit tout entier dans ce monument malheureusement trop remanié. On sait que l’église antérieure était devenue trop exiguë; Les pèlerinages fréquents au tombeau des martyrs y attiraient parfois une affluence de peuple considérable; de plus, la foudre l'avait, en 1210, fortement endommagée en tombant sur la charpente de la tour nord du portail. On pouvait réparer; il fut jugé plus sage de reconstruire en très grande partie ; ce queles moines de l’abbaye n'avaient osé faire de leur propre initiative fut entrepris sur les conseils du roi Louis IX etsous l’abbatiat d’Eudes Clément, au témoignage du chroniqueur Guillaume de Nangis. Depuis quelques années seulement, on connaît l'architecte à qui furent confiés les travaux et qui les exécuta avec génie : Pierre de Montereau, dont le nom seul évoque tout un ensemble de merveilles, symbolise toute une époque. Car non seulement ce prince des architectes (1) eut pour mission d'agrandir la

(1) 1108 POTERIE vivens doctor lathomorum, Quem rex cœlorum perducat in alta polorum [comme on lisait sur son tombeau à Saint-Germain-des-Prés).

52 LES ARCHITECTES nef et les bas côtés, de refaire complètement toutes les voûtes de la nef et du chœur, le chevet, les bras du transept, et à l'extérieur des croisillons les portails, les galeries et les splendides rosaces qui les décorent, non seulement il consolida le monument par de gros piliers ajoutés dans la crypte, il conçut des piliers d’une superbe allure et des retombées de voûtes d’une délicatesse inouïe, 1l garnit le triforium de vitraux, et imagina au croisillon méridional un délicieux portail qui apparaît, à travers les mutilations et les ruines, un pur chef d'œuvre de l’art français ; mais encore, maître de l’œuvre dans l’acception la plus large, il fut chargé de faire sculpter tous ces tombeaux des rois de France, Clovis Il, Charles Martel, Pépin le Bref, Carloman, Hugues Capet, Robert, Louis VI, dont le caractère d'uniformité accuse une origine identique, et dont l'exécution est manifestement contemporaine de la réédification | de l’église. Les travaux de construction, commencés vers 1231, étaient en pleine activité en 1247; les mausolées furent prêts, en 1267, à recevoir les corps des anciens monarques, et la translation se fit en grande pompe cette même année, qui fut celle du décès de Pierre de Montereau. Ce n’est pas d’ailleurs la seule œuvre que l’on puisse attribuer à cet homme éminent. S'il y a peu de chance, malgré la tradition, pour qu’on doive le considérer comme l'architecte de la Sainte-Chapelle de Paris, si lon est plus affirmatif pour le réfectoire de Saint-Martin-des- Champs dont on admire volontiers la noble simplicité, du

moins peut-on dire avec pleine certitude qu’il construisit

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DES CATHÉDRALES GOTHIQUES. 55 à Saint-Germain-des-Prés le réfectoire détruit, l’un des plus beaux en ce genre, — où il avait fait sculpter la statue du roi Childebert, aujourd'hui au Louvre, — et la chapelle de la Vierge, ce pur chef-d'œuvre dont les débris ont été pieusement recueillis dans le petit square attenant à l’église et dont le portail a été reconstitué tant bien que mal dans le jardin voisin du musée de Cluny. C'est, aux environs de 1250, l’époque de la grande floraison des monuments religieux élevés par la piété du roi, de sa mère Blanche de Castille, et de ses sujets, dans tout le royaume, l’époque de la construction des grandes églises abbatiales, fondées par la reine mère, quis’appellent le Lys, la Victoire, Royaumont, de cette charmante chapelle que Louis IX ajouta à son château de Saint-Germain-en-Laye, de cet autre délicieux monument qu'est la Sainte-Chapelle de Saint-Germer. L'influence qu'avait dû acquérir Pierre de Montereau, à Paris et dans toute l'Ile-de-France, par les constructions élevées à Paris et par la réédification de l’église abbatiale de Saint-Denis, n'avait certes pas été sans contribuer à lui valoir un rayonnement de renommée. On peut être très affirmatif pour Saint-Germain-en-Laye où l’on retrouve un des caractères propres à l’architecture de de notre maître d'œuvre : on reconnaît, dans ce monument, une ordonnance de style champenois et un portail qui dérivent directement de Saint-Denis. Montereau (Seine-et- Marne), lieu d’origine de larchitecte, confine à la Champagne, et par là s'expliquent tout naturellément des particularités spéciales, d'essence champenoise, qui existent

à Saint-Denis et à Saint-Germain-en-Laye, surtout une galerie de circulation qui règne tout autour des collatéraux, ménagée sur l'appui des fenêtres et traversant les piliers contre le mur extérieur, pour se terminer par un escalier montant au triforium : les églises Saint-Jean de Sens et de Villeneuve-sur-Yonne présentent la même particularité essentielle que nous rencontrons encore tout près de Paris, dans la charmante église de Saint-Sulpice-de-Favières, et que M. C. Enlart a retrouvée en Chypre (1).

La grandiose cathédrale de Chartres a fait l’objet d'un grand nombre d'études d'ensemble ou de détail, mais il était réservé à M. Eug. Lefèvre-Pontalis d’éclaireir naguère l’histoire de sa construction et à M. Merlet de préciser la série malheureusement incomplète des architectes qui y participèrent après les incendies de 1134 et de 1194 : ce dernier avait détruit l’église romane de l’évêque Fulbert, à l'exception des cryptes, de la façade occidentale et des tours. On rebâlit aussitôt avec enthousiasme, mais sur un nouveau plan ; les dons affluèrent de toutes parts pour aider à la construction, et le roi Philippe-Auguste y voulut contribuer lui-même par une offrande personnelle de deux cents livres. Vers 1220 le nouvel édifice était complètement voûté, et l'achèvement du gros œuvre était terminé avant 1235 ; à cette date une partie des admirables vitraux était déjà en place ; le clocher neuf ou tour du nord date

(1) Il semble bien qu'elle ait été importée dans cette île lointaine par Eudes de Montereau (et non de Montreuil), proche parent et probablement fils de Pierre, héritier d'un nom illustre et de traditions précieuses, qui connut aussi la favéur royale et dont il sera question plus loin.

NT

RG

Photo Neurdein.

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