CHAPITRE VII
Résultats, au point de vue architectural, de l'incorporation de la Belgique à la France sous la République et l'Empire. — Pendant le temps de cette incorporation, l'architecture classique française est la règle en Belgique. — Devenus maîtres de leurs destinées et archéologues distingués, les Belges ont créé une véritable architecture nationale dont les caractères se manifestent surtout dans les constructions privées fort nombreuses de ce siècle. — Les architectes hollandais accusent une certaine préférence pour la Renaissance hollandaise des xvr3 et xvne siècles.
Le 22 août 1792, l'armée prussienne, alliée aux soldais de François II, envahissait la France en prenant Longwy, et la France répondait à cette violation de son territoire par la victoire de Valmy d'abord, puis par celle de Jemraapes. Or, Jemmapes est en territoire belge, à 25 kilomètres environ de la frontière française, et c'est ainsi que la Belgique, resserrée entre la France et l'Allemagne, redevint encore une fois un champ de bataille. Que de perles irréparables pour l'art pendant cette douloureuse période!
Cependant l'incorporation de la Belgique à la République française, de 1795 à 1814, ne fui pas sans profit pour elle et lorsque, le 25 septembre 1830, elle secoua le joug de la Hollande à laquelle elle avait été violemment annexée en 1814, le sentiment artistique très remarquable de nos voisins du nord en contact, pendant près de vingt années, avec l'esprit français, accueillit sans conteste les idées artistiques qui eurent cours en France pendant cette période. C'est dire que l'architecture des édifices qu'on éleva en Belgique pendant la première partie du dix-neuvième siècle prit ses modèles chez les classiques dont Peyre jeune, Percier et Fonlaine, Huot, etc., furent dans noire pays les grands prêtres respectés. Mais une nouvelle école ne tarda pas à s'y fonder dont les disciples se firent un devoir de protesier contre l'abus commis par l'école classique du ratissé, du poli, III. 13
du plal à outrance. Ils ont jugé qu'il n'élait pas rationnel de traiter la construclion d'un édifice de 20, de 50, de 100 mètres de façade comme Messonier et Stévens traitent leurs toiles merveilleuses, et ils ont pris le parti de souligner largement les grandes lignes et la décoration de leurs constructions. Dans ce sens, on peut dire que les Belges modernes sont en possession d'une archileclure nationale dont les créations font bonne figure à côlé des œuvres admirables que les maîtres des siècles passés ont léguées à cet intéressant pays. Après ce que nous avons dit, on ne s'étonnera pas de rencontrer quelques Français parmi les architectes auxquels on confia la construction d'édifices publics, en Belgique, pendant la période de l'occupation française. C'est ainsi que le théâtre Boyal, la prison (1813) destinée à cinq cents prisonniers des deux sexes, et le manège (1810) à Bruxelles, sont dus a un élève de Delespine, Eloi-Joseph Bonnevie, né à Monllouis, près Paris, en 1783, qui éleva ces deux derniers édifices en collaboration avec Damesme dont on a lu la biographie dans le volume précédent. 11 fit aussi le projet d'un arc de triomphe à la Paix élevé, en 1822, près de l'une des portes du parc. Bonnevie n'en construisit pas moins à Paris la maison des Sœurs de la rue du Bac, le tombeau de Damesme au Père-la-Chaise et laissa à sa mort divers projets parmi lesquels nous citerons un projet d'arc de triomphe à la gloire des armées françaises (1 810), un projet de fontaine a Cérès(1812), un autre projet de fontaine pour le parc royal de Bruxelles (1822), un projet de théâtre pour Paris (1831).
Un autre Français, François Verly, né à Lille en 1760, fut chargé, sous la République et l'Empire, des travaux publics à exécuter dans la Belgique annexée; il construisit à Bruxelles le Palais de Justice, la serre du prince d'Orange; à Anvers, la préfecture, le musée, le lycée, le palais de justice et les prisons; il restaura l'hôtel de ville d'Anvers et fut nommé architecte de l'Empereur pour avoir édifié l'arc de triomphe sous lequel passa Napoléon, à son entrée dans Anvers. En France, il édifia seulement le séminaire de Saint-Louis à Arras. Verly mourut en 1822, professeur honoraire de l'académiede Belgique, titre conservé par son neveu Charles Verly, et laissant un fils nommé Louis dont la biographie figure dans l'histoire de l'architecture française contemporaine.