CHAPITRE XI
fices répondant à des besoins nouveaux. Il en fut surtout ainsi en Suisse. C'est alors que des salles de réunion pour les délégués des cantons, des musées, des écoles s'élevèrent à Genève, à Berne, à Bâle, à Zurich, en même temps que les étrangers, séduils par l'aspect pittoresque de la région, y affluèrent par le nord, l'est et le midi. Naturellement, les architectes suisses, à défaut d'un enseignement théorique et pratique qu'ils ne pouvaient trouver chez eux, durent venir le demander aux maîtres des pays voisins ; il en est résulté qu'ils ont suivi deux courants absolument différenlsdans leur esthétique: l'architecture classique ou Renaissance dans les cantons limitrophes de la France, l'architecture allemande et ogivale dans ceux qui ont des relations plus fréquentes avec l'Allemagne. Nous devons ajouter d'ailleurs que le Polytechnikuni de Zurich, devenu sous la direction de Semper un important établissement d'enseignement des beauxarts en général, a produit déjà des élèves remarquables et qu'un bon nombre des architectes suisses de notre temps n'ont point été chercher ailleurs les connaissances nécessaires à l'exercice de leur profession.
Nous procéderons à l'énumération, par canton, des édifices publics élevés en Suisse pendant le xixe siècle, en commençant par le canton de Berne, chef-lieu de la Confédération helvétique.
De 1824, époque à laquelle fut élevé, par l'architecte Schenk, le pavillon qui remplaça la barrière d'Aarberg, dile aussi Porte de Golattenmatt, jusqu'au jour où on décida de moderniser la vieille ville de Berne, vers 1850, nous ne rencontrons aucun édifice qui mérite d'être signalé, si ce n'est l'ancien palais fédéral (Bundesrathaus), qui fut élevé, de 1852 à 1854, par l'architecte Studer. Nous ne connaissons d'ailleurs que la date de la mort de cet artiste, arrivée en 1860.
Celui du nouveau palais fédéral faisant face à l'ancien et laissant entre les deux une place pour le palais projeté des Chambres suisses est le professeur Auer qui l'a achevé tout récemment et doit prochainement commencer l'édifice dont on lui a confié la construction. Le palais fédéral est une construction classique précédée d'un square orné d'une fontaine au-dessus de laquelle se dresse une statue représentant la ville de Berne ; il se compose d'un avant corps de trois élages, dont le rez-de-chaussée présente cinq arcades. 11 est flanqué de deux bâtiments fort sim-
pies et terminés par deux ailes percées de nombreuses ouvertures.
Un architecte bernois, Albert Jahn, né le 16 juin 1841 et qui avait été élève d'Hébler, était revenu dans son pays natal pour y occuper la situation d'un directeur de compagnie d'entreprise de travaux publics ; on voulut bien lui confier l'édification du musée d'histoire naturelle et de la banque hypothécaire du canton de Berne, mais Jahn mourut peu après l'érection do ces deux œuvres, en juin 1886.
Ce fut un collaborateur de M. Garnier, l'architecte de l'Opéra de Paris, qui éleva, en 1876, le musée des beaux-arts à Berne, à la suite d'un concours, M. Edouard Stettler, né à Berne, en 1840, élève de l'architecte français Questel et inspecteur des travaux de celte ville depuis 1867. Expert pour la Confédération et membre du jury international de l'Exposition universelle de 1878, il fut ensuite chargé de l'érection du gymnase, à Berne (1879-81), et d'un autre gymnase dans la même ville, dont les travaux durèrent de 1882 à 1885. Depuis 1887, M. Stettler est l'architecte d'une société constituée pour la construction de maisons et de villas dans le canton de Berne.
C'est l'architecte allemand Beyer, nous l'avons dit, qui exécuta les travaux de restauration reconnus nécessaires à la cathédrale de Berne, à laquelle on travaille encore en ce moment. L'architecte charge de la restauration de la cathédrale de Lausanne, après l'incendie de 1825, travail terminé en 1836, s'appelait Perregaux et son travail consista dans le relèvement de la pyramide surmontant la tour du côté droit. C'est tout ce que nous pouvons dire de lui. De Perregaux, nous franchissons un espace de quarante années avant d'arriver aux travaux exécutés par M. Benjamin Recordon, né à Vevey, canton de Vaud, en 1845. De 1865 à 1868, élève du « polytechuikum » de Zurich, M. Becordon passa ensuite quelques années dans l'atelier de Semper pour se perfectionner dans l'étude de sa profession, collaborant aux œuvres diverses du maître et notamment au plan du nouveau théâtre de Dresde. Chargé, à la suite d'un concours, de la construction de l'école de filles de Vevey, construction à laquelle il consacra deux années, c'est également à la suite d'un concours où 85 projets avaient été présentés, qu'il fut nommé l'architecte du palais de justice de Lausanne inauguré en 1886. M. Becordon était, depuis 1881, professeur