CHAPITRE XVI
Géronime Viala de Sorbier, né le 11 mars 1817 à la Flèche, mort à Marseille vers 1880, élève de Labrouste, fut nommé architecte en chef du département d'Oran et décoré de la Légion d'honneur le 15 septembre 1860; il a concouru en cette qualité à l'érection du plus grand nombre des édifices publics qu'on rencontre dans le département d'Oran, notamment la cathédrale de Saint-Louis et la banque d'Algérie au chef-lieu même de ce département.
A Blidah, l'église commencée en novembre 1864 est l'œuvre d'un architecte déjà connu à Paris par des écoles, des salles d'asile, des bains publics, etc. Cet architecte se nommait Nicolas Alexandre Gentilhomme et était né en 1796 à Jassey (Haute-Loire), mais nous ignorons la date de sa mort. Le grand séminaire de Kouba, sur le Sahel algérien, à quelques lieues d'Alger, eut pour architectes MM. P. H. Féraud et Fromageau, sur lesquels nous ne possédons aucun renseignement. Les monuments anciens de l'Algérie qui tendent chaque jour à disparaître ont été relevés par l'architecte parisien Ravoisier et publiés sous le titre : « Exploration de l'Algérie pendant les années 1841 et 1842 ». 11 a, du reste, fait d'assez grands travaux en Algérie, à Constantine, à Millianah, à Boue, etc.
Dans notre colonie de la Guadeloupe, à la Poinle-à-Pitre, il n'y a lieu de signaler que le théâtre élevé en 1831 par Lemonier de la Croix qui fut l'archilecte-voyer de l'île jusqu'en 1840.
En Tunisie, Charles Joseph Jourdain, né à Paris en 1808, fut chargé, en 1840, d'élever à Byrsa une chapelle avec des dépendances consistant en logement de gardien et salle d'attente pour les visiteurs. Cette chapelle, inaugurée en 1843, et destinée à consacrer le souvenir du séjour et de la mort de saint Louis sur la terre d'Afrique, est aujourd'hui comprise dans l'enceinte de la cathédrale de Carthage. Inauguré le 15 mai 1890, l'édifice, réminiscence de style byzantin très simple à l'extérieur, détache ses coupoles sur le ciel bleu d'Afrique; mais l'intérieur en est d'une grande richesse, « les peintures vives du plafond viennent mourir dans la splendeur des marbres rares, et deux cents colonnes précieuses soutiennent les galeries intérieures ». L'auteur de cette œuvre originale est M. J.Jourdain, officier du Nichan Iftikar et chevalier de la Légion d'honneur. La fondation de l'École polytechnique du Caire (Egypte) est due m. 30
à l'ingénieur français Charles Joseph Lambert-bey, mort en 1863, après avoir été employé par Mehemet-Ali à l'établissement du barrage du Nil; le palais de Gabary, résidence du vice-roi d'Égypte, près d'Alexandrie, eut pour architecte, en 1859, le Français Edouard Schmitz, né àNancy, élève de son père; c'est tout ce que nous savons de lui. Nous en finirons avec ceux de nos compatriotes qui ont laissé des œuvres en Egypte, en signalant l'architecte Cordier, auquel Alexandrie doit ses fontaines publiques, inaugurées en 1860.
Après l'expédition brillante de 1860, la France a obtenu pour ses missionnaires le privilège rare de bâtir sur le sol de la Chine des édifices religieux. C'est ainsi qu'une cathédrale s'éleva dans la capitale de l'empire du Milieu à quelques pas du palais de l'empereur. Mais l'emplacement où elle se trouvait ayant été jugé nécessaire à l'établissement du palais de la reine mère, l'empereur demanda et obtint sa destruction en se chargeant lui-même des frais d'érection du nouvel édifice. La cathédrale actuelle de Pékin, dédiée au Sauveur et inaugurée le 8 décembre 1888, a eu pour architecte un missionnaire lazariste, le P. Favier, qui, devant la défense de compléter son œuvre par des clochers, a cru devoir s'inspirer des basiliques italiennes de Sienne et d'Orvieto. De même, à Canton, sur l'emplacement du palais du vice-roi, détruit pendant la guerre, a été élevée une cathédrale de style gothique à trois nefs, avec clocher de 60 mètres. La première pierre de l'édifice fut posée le 8 décembre 1863 et l'architecte en a été M. Adrien Humbert, de Nancy.
Les artistes français ont partagé quelque temps avec les artistes grecs la mission de construire à Constantinople des édifices publics, sur le refus des architectes turcs qui se jugeaient incapables de pareille entreprise. Nous avons vu, dans l'un des chapitres précédents, que Laurecisque se transporta sur le Bosphore pour y reconstruire l'hôtel de l'ambassadeur de France, laissant comme souvenir de son passage à Constantinople un bijou d'architecture, la fontaine de Top-Hané; voici MM. Gaspard et Joseph Fossati, qui entreprennent, en 1849, la restauration difficile de la mosquée de Sainte-Sophie, restauration qui fut terminée après deux ans de travail; ce sont eux aussi qui furent les architectes du palais de l'ambassadeur