CHAPITRE X
une crise heureuse, provoquée précisément par un édifice, de ceux qu’on termine actuellement, qui pourrait présenter la réunion de toutes les folies architecturales, œuvre, nous l’espérons, plus efficace que le chapitre des abus inséré dans les livres de Palladio, afin que les architectes se gardent bien d'y tomber; car, au lieu d’éviter ces mêmes abus, ils en ont adopté, ils en ont inventé (fan tas lie a tï) une infinité d’autres pour en tirer profit, comme de vrais fous qu’ils sont... Aujourd’hui tous les abus, tous les caprices, toutes les folies se sont donné carrière à ce point qu’ils ne forment plus un chapitre de science, ni un dessin, ni un modèle, mais un édifice entier, immense, de briques et de marbre, destiné à un auguste usage. Un spectacle à faire endiabler les tortues et les chauvessouris! c’est pourtant le meilleur moyen de se dégoûter à jamais de l’architecture en vogue. Nous avons donc bon espoir. Mais le mieux est lorsque celui qui commande l’érection d’un édifice sait ce que c’est que l’architecture. Yoibà le frein redouté des artistes, le seul qui puisse les obliger à étudier sérieusement. Bien étudier coûte moins que mal faire. Le droit chemin une fois pris, on atteint le but heureusement. L’essence de l'architecture grecque, une fois bien comprise, les édifices coûteront beaucoup moins à élever, ils présenteront la commodité, la beauté de l’aspect et feront honneur à leurs propriétaires, ainsi qu’aux artistes et à la nation entière... »
Nous ajouterons que le temps n’est pas encore venu d’une seconde restauration de l’architecture en Italie et que les Italiens sont maintenant des élèves plutôt que des maîtres. On ne devra donc pas s’étonner de n’y trouver désormais que des artistes médiocres donnant le jour à des médiocrités ; à l’exception peutêtre de Borromini, remarquable artiste sans doute, mais tempérament fougueux et mal équilibré, dont les aberrations ont causé la perle de l’école italienne, à l’exception encore des Algardi, des Bainaldi, des Juvara, esprits plus sérieux qui ont su résister à la corruption, mais n’ont pas su devenir des chefs d’école. Le lype architectural, adopté et patronné par les jésuites, devient le type commun de tous les édifices religieux de l’Italie pendant deux, nous pouvons même dire pendant trois siècles.
A Borne, Saint-Pierre et le Vatican sont terminés ; « on ne fera plus à ces édifices que des additions, dont le résultat unique
sera d’en allérer le caractère primitif et il en sera de même dans le reste de l’Italie. » Dans les premières années du xvnc siècle, à Rome, continuent à s’élever les constructions religieuses; églises entières ou simplement façades d’églises.
Un Romain, fils d’architecte et élève de Domenico Fontana, Girolamo Rainaldi, est chargé par Sixte-Quint de dessiner le plan d’une église pour le petit bourg de Monlalto, lieu de naissance du souverain pontife. Le plan présenté est accepté par le pape avec force compliments au jeune architecte. Celui-ci se trouble et avoue qu’un de ses élèves en est l’auteur. Sixte-Quint sut gré, paraît-il, à son compatriote, d’avoir dit, au moins sur un point, la vérité; car il le chargea, à partir de ce moment, de nombreux travaux à Rome, parmi lesquels nous allons citer les suivants : l’édification de l’église Sainte-Agnès (qui, interrompue par un caprice d’innocent X fut terminée par le fils de Rainaldi), celle delà chapelle du cbœur de Saint-Jean de Latran, ainsi que le dessin des stalles de la chapelle, le dessin du maître-autel de la chapelle Pauline à Sainte-Marie Majeure, la coupole de l’église de Y Annunziata, la décoration de Saint- Pierre, lors de la canonisation de saint Charles Rorromée (1610), la construction de la maison professe des Jésuites à Rome et de leur collège à Pologne, le palais Verospi en Corse, la continuation du palais des Panfîli, sur la place Navone, commencé par Michel-Ange, l’achèvement du palais sénatorial au Capitole; puis la construction de l’église des Padri Scalzi à Capravole, le palais del Commune , à Parme, en collaboration avec le parmesan Magnani; le « casin » de la villa Taverna à Frascati pour •la famille Rorghèse, des restaurations à la villa Farnesiana, élevée en 1570 par Vignole. A Rainaldi ingénieur, l’Italie doit le pont de Fano, le pont de Terni sur la Néva et le canal demandé par la duchesse de Parme, qu’il termina avec le concours de Semeraldo Semeraldi et de G. -R. Magnani. Les deux tombeaux du cardinal Rellarmini, dans l’église du Gesù à Rome, et du cardinal Redetli à la Minerva, sont également de llainaldi, qui mourut à Rome en 1655. Nous venons de dire que l’église -Sainte-Agnès avait été terminée par le lîls de Girolamo; mais celui-ci ne fit que la continuer, l’édifice fut vraiment achevé par Rorromini qui y a imprimé, comme sur tous les édifices sortis de ses mains, la marque de son génie bizarre et désordonné.