J. G. SOUFFLOT
ques en môme temps que, dans le but de développer le goût décidé de Borromini pour l’architecture, il lui fit mettre au net les croquis qu’il composait pour les édifices dont il s’occupait; puis il le chargea de l’exécution des têtes de chérubins et des guirlandes qui décorent les petites portes du portail de Saint-Pierre. Le succès fut grand pour le jeune sculpteur, mais non pas tel cependant que son ambition l’espérait; c’est alors que, rejetant comme un fardeau gênant les principes qu’il avait puisés dans ses premières éludes et prenant la singularité pour l’originalité, il voulut, à force de nouveau, capter les applaudissements de la foule. Disons avec tristesse qu’il réussit dans son entreprise téméraire et que, bien jeune encore, il avait conquis assez d’influence, grâce à ses productions étranges, pour obtenir, en 1029, après la mort de Maderno, la place d’architecte de la grande basilique. Il est vrai que Bernini lui fut adjoint, Bernini dont l'âge et le tempérament auraient suffi peut-être pour modérer la fougue et les excentricités du génie de Borromini; mais la vanité du jeune architecte ne put s’accommoder longtemps d’une pareille collaboration. Borromini voulut renchérir sur les détestables productions que l’école de Maderno avait fait éclore ; il y réussit et bientôt le mauvais goût devint, grâce à lui, la règle générale dans les arts en Italie.
Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit du style rocaille ou rococo dont il fut vraiment le père. Le système de Borromini a été jugé, par tous les esprits sages, un détestable système d’architecture, car le lecteur a pu lire, au commencement de ce chapitre, la condamnation sans appel que prononça Milizia, Italien pourtant et disposé, par conséquent, à l'indulgence à l’égard de ses compatriotes en défaut. Ce qui n’empêcha pas l’artiste d’avoir en Italie, des admirateurs qu’on nous pardonne de le répéter, au premier rang desquels le pape Urbain Vlü qui créa Borromini chevalier de l’ordre de l'Eperon et lui donna sur sa cassette des sommes considérables. Mais toutes les faveurs ne purent guérir l’envie que l’orgueilleux Borromini portait à Bernini et dans le but de justifier ses prétentions insensées, il alla jusqu’à composer une suite de dessins qui n’étaient que les aberrations d’un esprit en délire (1); l’ap-
(I) Ce recueil a pour titre : Francesci Borromini opus archilectonicnm. Opéra SU. Giannini. Roma, 1727, in-folio.