CHAPITRE XII
En Angleterre, l’abandon du style ogival est un fait accompli; mais la Renaissance n’y laisse pas de traces. — La cathédrale de Saint-Paul seule, procède directement de Saint-Pierre de Rome; les autres édifices religieux de l’Angleterre, aussi bien que les édifices publics civils et les palais particuliers, sont les produits de l’architecture classique anglicanisée. — Les nombreux théâtres élevés à Londres au xvnc siècle sont supérieurs, par leur construction et leur agencement, aux divers théâtres de cette époque.
L’Angleterre, à la fin du règne d’Henri VIII (1547), avait brisé tous les liens artistiques qui la rattachaient au continent. Ce ne fut que par l’effet d’une inlervenlion étrangère que la Renaissance, qui florissait en France depuis près d’un demisiècle, franchit le détroit et prit, dans la Grande-Bretagne, la place de l’architecture normande. Mais l’Allemagne fut, sans doute, la voie par laquelle elle y parvint, surchargée d’ornements et ayant perdu cette élégance pondérée que présentent les œuvres des premiers maîtres de la Renaissance française. Et même un peu plus lard, lorsque les architectes anglais voulurent bien consentir à prendre leurs inspirations en France, ils ne parvinrent pas à se débarrasser du maniérisme allemand que leur avaient fourni leurs premiers modèles.
D’ailleurs cette période dura peu ; bientôt le style italien vint envahir l’Angleterre, importé avec toutes ses exagérations de Venise et de Florence par les grands seigneurs de ce pays, qui, il faut bien le dire, trouvèrent un complice de leurs erreurs dans un grand artiste, Inigo Jones.
Né à Londres en 1572, Inigo Jones après avoir, comme ses prédécesseurs anglais, superposé les ordres dans la « salle des banquets » de White-Hall, un des plus vastes ensembles qu’architecte ait jamais conçus, mais dont il ne put exécuter que la trentième partie environ, fut le premier qui offrit à l’Angleterre un spécimen de l’emploi d’un ordre unique, de l’ordre