CHAPITRE XY
l’Égypte en 1517, et, quelques années après, tous les États barbaresques.
Quoique mêlés aux populations disséminées sur les rives de l’Oxus qu’ils avaient soumises vers le milieu du xivc siècle, les Turcs, originaires des rives du lac Baïkal, au pied des monts Altaï qui limitent la Sibérie, étaient restés des demi-barbares, essentiellement propres au métier des armes mais rebelles à toute culture de l’esprit. On comprend qu’un pareil peuple succédant aux Arabes, loin de faire progresser l’œuvre de civilisation commencée et développée par eux, l’ait, au contraire, laissé dégénérer et s’éteindre. D’ailleurs, soumis aux prescriptions de la loi musulmane et ayant, comme exécuteurs de leurs volontés, des ouvriers arabes qui avaient conservé, obscurcies et faussées, les traditions architecturales des vaincus, les Turcs ont pu élever quelques édifices rappelant dans leur ensemble les mosquées et les palais de ces derniers; mais on ne tarde pas, le premier instant de surprise passé, à constater que les architectes de ces édifices sont seulement des imitateurs sans génie que le souffle du Prophète n’a point inspirés.
La mosquée turque des xve et xvie siècles n’est plus ce qu’elle fut à l’origine : un parallélogramme isolé au milieu de deux, trois ou quatre rangs d'arcades, dont un côté est réservé au mirhab; elle présente un assemblage de constructions dont la principale, celle du milieu, est le plus souvent destinée à abriter le Turbe (tombeau) de l’empereur fondateur ou de quelque marabout renommé; les galeries latérales à plafonds de bois sculpté ont fait place à des pavillons au nombre de quatre, de huit et même davantage, tous recouverts d’une coupole plus ou moins élevée, recouverte le plus souvent en plomb, à l’imitation des coupoles byzantines. A la colonne arabe, au fût étrange, ciselé, ondulé, élégant comme le palmier dont elle essaye de rappeler les formes, les architectes turcs ont substitué la colonne nue, au diamètre uniforme dans toute sa hauteur, en marbre le plus souvent et couronnée d’un chapiteau pseudo-corinthien et d’un entablement; la forme des arcades est indifféremment l’ogive ou le plein cintre. Les baies des fenêtres sont fermées de moucharabis en bois découpé ou de vitraux colorés, de façon que l’édifice n’est véritablement éclairé que par la porte et la lumière incertaine passant à travers ces « moucharabis » ou ces vitraux.
« Les mosquées diffèrent encore moins à l’intérieur qu’à l’extérieur. Au fond, il y a un pupitre de marbre : en face, la tribune du sultan, fermée par une grille dorée; près du « mïrliab », deux énormes candélabres qui soutiennent des torches hautes comme des troncs de palmiers; et dans toute la nef, d’innombrables lampes formées de grands globes de verre, et disposées d’une manière bizarre, qui paraît propre à un grand bal plutôt qu’à une solennité religieuse. » Les arabesques gracieuses et les a azulejos » aux couleurs éclatantes ont disparu : seuls, quelques versets du Koran et de mauvais badigeonnages prétendant imiter le marbre, tranchent à peine sur la nudité désolante des murs.
Du reste, la mosquée n’occupe généralement qu’une partie de l’enceinte. Tous les pavillons ont leur destination particulière : salles pour la lecture du Koran, bibliothèques, écoles pour les enfants, écoles de médecine même, logements pour les étudiants, asiles pour les voyageurs, cuisines, infirmeries et salles de bains pour les pauvres, lieux de dépôts pour les trésors des particuliers, elc.
A Constantinople, il y a plus de cent grandes mosquées ou Djami (lieux de réunion); nous nous contenterons de mentionner ici celles qui sont les plus intéressantes au point de vue architectural et dont la construction date des xvi°, xvnc et xvjii' siècles.
Pour commencer, la mosquée de Schah-Zadé ou mosquée du fils du sultan, élevée vers 1520 par Soliman le Législateur et qui renferme les « turbès » de ses deux fiis. Sa forme est une croix grecque. La coupole principale est flanquée de quatre demi-coupoles dont chacune se divise en trois petites. Cette coupole principale creusée de profondes rainures avec une bande circulaire richement décorée à la base ne manque pas d’élégance. Le portique, soutenu aux quatre angles par des colonnes de granit, est flanqué de deux minarets à deux étages ornés de galeries. Les arcades des galeries intérieures, en marbres alternativement rouges et blancs, sont soutenues par des colonnes de marbre blanc.
La Suleïmanièh ou mosquée de Soliman fut bâtie, de 1550 à 1566, avec les matériaux de l’église Sainte-Euphémie de Chalcédoine, par Sinan, le plus célèbre des architectes turcs. Elle possède quatre minarets, deux grands à trois galeries et deux plus petits à deux galeries. Cette mosquée, précédée d’une cour, forme un rectangle de 69 mètres sur 63 mètres. L’intérieur
Pe de Isde. sc.