CHAPITRE V
La révolution qui substitue, dans un tiers de l’Europe, le protestantisme au catholicisme porte un coup funeste à l'architecture religieuse allemande. — ■ En Allemagne comme en Angleterre, les architectes italiens concourent, avec les architectes nationaux, à l’érection des palais et des demeures seigneuriales. — Le style Tudor en Angleterre. — Les principes de la Renaissance s’introduisent sans lutte en Suisse et dans les Pays-Bas.
C’est vers le commencement du xvie siècle que la Renaissance fait son apparition en Allemagne avec les compositions d’Albert Diirer, d’Holbein et de Rurgkmair d’Augsbourg ; mais vingt-cinq années n’avaient point suffi à effacer du cerveau des francsmaçons allemands, les types qu’un long usage avait consacrés autant que l’autorité papale, lorsque éclatèrent ces querelles entre orthodoxes et réformistes qui remplirent, en Allemagne, la première moitié du xvi° siècle et portèrent un coup funeste à l’architecture religieuse allemande.
En 1520, le moine Augustin Luther, excommunié par le pape Léon X, répondait aux anathèmes de l’Eglise en faisant brûler sur la place publique de Wittembergla sentence pontificale rendue contre lui avec toutes les Décrétales du pape et les livres de droit canonique. Quatre années après, quoique mis au banc de quatre Empires par la diète de Worms, Luther comptait parmi les adhérents à la réformation presque tous les princes de l’Allemagne et bientôt une grande partie du peuple allemand, séduit surtout par la promesse de la sécularisation des biens du clergé, se prononçait pour le réformateur.
Or, la Réforme, entre autres conséquences, entraînait la suppression des cérémonies du culte catholique et réduisait le temple à une simple salle de conférences de laquelle étaient exclus toute la pompe, tout le luxe que déployait auparavant le culte caiholique. Dès lors, à quoi bon ces merveilleuses basiliques du moyen âge avec leurs chœurs circonscrits par
une dentelle de pierre, ces autels de marbre aux fines sculptures, ces retables en cuivre doré et repoussé, ces grandes figures de saints et de saintes qui, du haut de leur socle, semblaient assister, mains jointes, au saint sacrifice de la
messe?
Le protestantisme, ennemi de toute représentation, commença par supprimer toute la décoration des anciennes églises et quelques fanatiques allèrent même jusqu’à fermer l’enceinte des chœurs au moyen de hautes palissades de bois comme on peut le voir encore aujourd’hui en Suisse et en Allemagne. Lorsque les besoins de la foi nouvelle exigeaient un nouveau temple, la première salle venue, parfois même une grange, suffisait à ses adeptes; quelques bancs, une table et un escabeau un peu plus élevé pour le ministre en composaient le plus souvent tout l’ameublement.
On comprend dès lors que, pendant presque tout le xvic siècle, il se bâtit fort peu d’édifices religieux dans les pays allemands où la majorité de la population était protestante et c’est seulement en Autriche, en Bavière, en Saxe et sur les bords du Rhin, contrées restées catholiques, que les architectes du xvic siècle ont pu continuer les traditions de l’art ogival. Parfois, ils les ont modifiées; quelques-uns seulement, abandonnant ces traditions, vers les dernières années du siècle, à Berlin principalement, ont essayé des imitations de l’architecture italienne dont Pasquili ni , Filippi et Nosseni leur avaient laissé des modèles. C est ainsi que dans l’église Saint-Michel de Munich, érigée par les jésuites, de 1582 à 1597, on voit le plan des cathédrales du moyen âge remplacé par une seule nef couverte d’une voûte en berceau; mais, parla pureté de la forme et des détails, l’édifice appartient vraiment à la belle époque de la Renaissance et eut pour architecte Wendel Dietrich, d’Augsbourg, dont nous ignorons d’ailleurs la naissance et la mort.
L’église Saint-Georges de Nordlingen en Bavière, avait été commencée, en 1427, par Hans ou Beyschlig dont les continuateurs furent, nous l’avons dit, Heinzelmann, Esler, Kolinger et Kugler. C’est Stéphan Weyrer qui, en 1505, termina la construction de cet édifice, sauf pourtant la tour qui, commencée en 1427, ne fut achevée qu’en 1610, c’est-à-dire cent ans après. A Dresde, c’est l’église de la Croix qu’élève en 1488, Johann
d’après une gravure placée en tête de son œuvre.