CHAPITRE VI
dite « des calices ». Le dessin adopté fut celui de Diégo Riano ; mais celui-ci mourut peu après (1533) et son œuvre fut continuée par Melchior Bonilla, puis par Assensio de Maeda dont il a été déjà parlé, qui la termina en 1582.
Ce fut un grave accident, qui mit en lumière le talent de Felipe de Borgogna ou Vigarni, Vignerini, Viguernio ou Filippo. La coupole dont il vient d’être parlé tomba en 1512 et ce fut lui qu’on chargea de la réédifier, ce qu’il fit avec un rare bonheur; on lui doit aussi les stalles (la selleria ) de la cathédrale de Séville et le tombeau de l’évêque de Palencia. Le plan de la chapelle royale fut confié par le chapitre à Martino Gainza, de la Navarre, mais il ne commença à l’exécuter qu’en 1551 ; la mort l’ayant surpris en 1555, son œuvre fut continuée par Fernand Ruiz et Assensio de Maeda. La chapelle royale ayant été terminée en 1575, un clocher manquait à la calhédrale et ce fut une tour attenant à l’église, véritable fortification à l’usage de l’évêque, qu’on commença à élever en 1506. L’architecte, fut dit-on, un Arabe, du nom de Geber. A la hauteur de cinquantesept mètres, il la termina par un pavillon carré en briques vernissées de diverses couleurs et, sur cette construction, éleva un pilier en fer portant quatre globes de fer doré. Telle fut d’abord la Giralda. Mais en 1568, le pavillon fut abattu et un architecte resté inconnu (1), rehaussa la tour de 30 mètres et la termina par une coupole, surmontée d’une statue en bronze de la « Foi », comme elle se présente aujourd’hui. On sait qu’on peut monter à cheval dans cette tour jusqu’au point où commencèrent les travaux de 1568. A partir de ce point, la rampe est remplacée par un escalier.
De 1541 à 1543, Domingo de Lasarte élève la façade du
(1) Cependant Bermudez cite Fernando Ruiz comme étant l'architecte de 1508 et voici ce qu’il dit à ce sujet : « Lorsque les Maures de Séville furent obligés de se rendre, ils posèrent, comme condition de la capitulation, qu’ils détruiraient la tour, appelée Giralda, mais l’infant don Alfonso leur répondit que s’ils en enlevaient une seule brique, il ne ferait pas grâce de la vie à un seul Maure. Le tremblement de terre de 1567 ayant fait tomber le couronnement, Fernando Ruiz, contre l’avis de ceux qui prétendaient la raser, s’offrit à la surélever et à lui donner son couronnement. » Il attribue aussi à Ruiz la tour de la paroisse de Pedrochio qui date de 1544. Ce qui est certain, c’est que Ruiz commença en effet, la tour de l’église de Cordoue qui fut achevée en 1664 par Juan Francisco Hidalgo, l'architecte qui répara aussi la partie de la cathédrale voisine de la chapelle Saint-Clément.
collège de San Ildefonso à Alcala de Henares et celle de l’église de Ségovie en 1560, tout en surveillant les travaux de la cathédrale de Salamanque, sous la haute direction de Gil de Hontanon, ainsi que nous l’avons déjà dit.
En 1542, Pierre Picard, commence la construction du collège du Saint-Esprit à Onate et l’orne d’une façade d’ordre corinthien et composite, avec appliques de statues.
De 1546 à 1551, les deux Ezquerra Rodrigo et Pedro entreprennent, suivant contrat, cinq églises : celles d’Acenzanna, de Orriba, de Bejares, de Santa Colonna, de Plasencia et celle de Malpartida. 11 est vrai que l’une d’elles est achevée par Juan Ortiz de Gorostiaga et l’autre par Juan de Ezquerra, fils de Pedro, avec la collaboration de Juan Alvares ; mais qu’il y a loin de cette féerique rapidité avec la sage lenteur des architectes des siècles précédents. Nous avons dit (1) qu’Andreas Valdevira, troisième fils de Pedro, né à Alcuraz en 1509, avait continué l’œuvre de son père, architecte de la cathédrale de Jaen; nous ajouterons ici qu’il éleva seul l’égîise paroissiale de Villacarillo près Meda, puis l’église de Meda même, l’église et l’hôpital de Santiago.
Nous voici enfin arrivés à l’œuvre architecturale qui, avec le château d’Aranjucz, constitue un spécimen presque « colossal » du style de la Renaissance en Espagne; nous voulons parler de l’Escurial.
On a attribué à beaucoup d’architectes, soit italiens, soit français : Galezzo Alessi, Vignole, Vicenzio Dante, Louis de Foix, la construction de cet édifice; mais G. Rermudez, placé aux sources mêmes, ne reconnaît d’autre auteur de l’Escurial que Juan Bautista, dit de Tolède, quoiqu’il soit réellement né à Madrid. Il raconte même que Bautista, qui travaillait à Naples, au moment de sa nomination comme architecte de l’Escurial par Philippe II, en 1562, envoya chercher sa famille qu’il avait laissée en Italie; le vaisseau qui portait sa femme, ses enfants, sa fortune, fit naufrage et c’est seulement dans la conception et l’exécution de son œuvre que le grand artiste trouva une consolation à sa profonde douleur. La première pierre de l’édifice fut posée le 23 avril 1568. L’Escurial devait d’abord, dans la pensée
(1) Voir t. Ier, p. 224.