CHAPITRE VI
du fanatique Philippe II, être un couvent, destiné à loger cinquante religieux; aussi le plan se compose-t-il de trois parties : celle du milieu étant réservée à l’église. Le côte nord se divise lui-même en deux parties, dont l’une formait l’hôtellerie des visiteurs étrangers; à l’est, un parallélogramme, en dehors du grand rectangle, devait contenir les appartements royaux, avec facilité pour la famille royale d’assister aux offices de la chapelle. Toutes ces dispositions ont été conservées.
L’impression qu’on ressent, en parcourant les longs corridors déserts de l’Escurial après avoir traversé un affreux pays, est lugubre et on pourrait se demander si Philippe II (eût-il été doué d’un tempérament moins mélancolique) ne serait pas devenu, après un séjour un peu prolongé dans cette horrible prison, le tyran, que l’histoire nous a peint avec de si sombres couleurs! Des descriptions ont été données partout de cet édifice; qu’on nous permette de rappeler seulement que la construction offre un développement extérieur de 810 mètres, qu’il s’y trouve onze cours carrées, que la façade principale est percée de 266 ouvertures et qu’elle est précédée d’un portique au-dessus duquel se trouve la bibliothèque. L’église, en forme de croix grecque est longue de 52 mètres; deux tours, ainsi qu’une coupole de 18 mètres de diamètre et de 88 mètres d’élévation, la surmontent; elle contient quarante-trois autels, deux orgues, et le sanctuaire, revêtu des matières les plus précieuses, est entouré de dix statues de bronze doré, œuvres de Pompée Léoni. Audessous du maître-autel est le Podrulero , caveau octogone de 12 mètres de diamètre, dans lequel ont été placés jusqu’à ce jour, les restes de tous les souverains d’Espagne.
Si Juan Bautista a vraiment été, comme le prétend Bermudez, le seul auteur du plan de l’Escurial, il n’en a pas moins eu, on le comprend, de nombreux collaborateurs. Disons tout de suite ; mais pour n’y plus revenir, que Naples possède plusieurs maisons palais et édifices construits sur les plans de Bautista et que le château de Pausilippe est aussi son œuvre. Quant à ses collaborateurs, on cite généralement : Juan Herrera et Francisco de Mora qui achevèrent l’Escurial, en 1584, le frère Antonio de Villa Castin qui fit la plupart des distributions intérieures, Castello Granello et Fabrizio qui furent leurs successeurs. Ajoutons que Giovanni Antonio Ceroni, de Milan, fut appelé à
Madrid par Philippe IV, en 1630, pour apporter quelques modifications au palais de l’Escurial et construisit pendant son séjour en Espagne, l’église Saint-Étienne de Salamanque.
Le palais d’Aranjuez est l’œuvre incontestée de Juan Herrera. a Bâti de briques, à coins de pierre, d’un effet blanc et rouge, avec de grands toits d’ardoise, des pavillons et des girouettes, il rappelle plutôt les constructions en usage sous Henri IV et Louis XIII. Les appartements n’offrent rien de remarquable, excepté, pourtant, le cabinet revêtu de porcelaines de Chine et le boudoir arabe où on a reproduit les peintures de l’Alhambra. Les jardins, arrosés par le Tage, sont distribués, conformément au goût de l’époque et du siècle suivant, en carrés, coupés de labyrinthes avec cascades et chutes d’eau. Douze belles avenues parlant du rond-point du parc, se prolongent jusqu’à ses extrémités, et sont reliées entre elles par huit allées circulaires. Cette distribution est d’un grand effet. »
Herrera construisit aussi l’église de Santiago près Cuença, la façade méridionale de 1’ « alcazar » de Tolède, en collaboration avec Alonso de Covarrubias, en 1521 le palais royal de Madrid qui fut détruit en 1734 par un incendie; au Pardo, une porte de la Casa de los offtcios et le grand pont de Ségovie. Herrera, mort en 1597, a laissé de nombreux projets d’églises et de palais : l’église de Valdamorillo, de Colmenar, de Oreja, des villas près de Cuença et de Valladolid dont on a conservé une partie, le chœur des Bénédictines de Santo Domingo à Madrid, enfin le dessin d’un pont exécuté sur le Guadarrama, entre Galopos et Torrelodones.
L’hôpital San Juan, près Tolède et son église, sont également des œuvres importantes du xvie siècle. La tour de l’hôpital est entouréa de deux galeries, formées de quarante-huit arcades superposées, soutenues par des colonnes d’ordre dorique et ionique avec entablements correspondants. L’église, en forme de croix latine, avec colonnes doriques et sa crypte qui sert de lieu de sépulture aux fondateurs est une construction de premier ordre. L’honneur en revient à Bartolomeo Bustamente de Alcala de Henares, qui en fut l’architecte en 1545, prit l’habit de religieux à soixante ans et laissa Fernan Gonzalès de Lora et Nicolas de Vergara achever l’hôpital sur ses plans. On attribue d’ailleurs à Bustamente le portail du palais archiépiscopal de