‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 59 sur 232 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nico Beltran, des Becera, des Tarriani, des Cosmo Gotti, des Archiela, des Michaële de Barroso, des Tordesillas, tous peintres ou sculpteurs de retables, de stalles, de portes, de tombeaux en cuivre, en bois, en marbre, quelquefois en or, tous plus ou moins élevés du grand Berrugnete auquel véritablement l’Espagne dut de reconnaître et d’apprécier les beautés de l’arl classique remis en honneur par le génie de Micliel-Ange et de ses contemporains. Mais il est à remarquer, qu’en Espagne comme en Italie, la période d’éclat de la Renaissance fut très courte; dès le commencement du xvnc siècle, les sculpteurs adoptent un système d’ornementation qui loin de laisser sa valeur à tous les membres de l’architecture les surchargèrent môme au point de briser celle divine harmonie sur laquelle les anciens, aux époques les plus troublées de l’art, se sont gardés de porter une main sacrilège.

Ce fut une période brillante pour le Portugal que celle comprise entre les années 1385 et 1580. Au dehors, ses armées conquièrent plusieurs points important de la côte nord d’Afrique : Ceula, Tanger etc. Ses navigateurs Diaz, Gama, Almeida, Albuquerque lui assurent en Afrique, en Asie, en Amérique, un vaste empire colonial ; à l’intérieur, la royauté agrandie aux dépens des Cortès rarement convoquées, veut encore ajouter à à l’éclat des conquêtes, en attirant les artistes de l’Italie et de l’Espagne et laisser des souvenirs durables de celte époque fortunée. Mais le couvent de Batalha est terminé alors que s’ouvre le xvic siècle, celui de Belem appartient plutôt au siècle précédent et les architectes de ces deux édifices, pendant la première moitié du xvi° siècle, ne sont réellement que les continuateurs de Boytaca. Le couvent et le palais d’Evora sont à peu près les sentes constructions de cette époque méritant une mention spéciale ; le surplus comprend un assez grand nombre d’édifices religieux, mais leur architecture ne sort guère de la médiocrité.

Les Fernandez, Luis et Mateo et Felippe Henriquez sont maîtres de l’œuvre du couvent de Batailla de 1500 à 1518, date de la fin des travaux prévus. Nous les rencontrons aussi dans la construction de Belem et du monastère d’Alcobaça, où Mateo fut enterré le 15 avril 1515. Juan Gonsalvez, Fernando Formosa, Alfonso Rodrigues Gonsalvez et Jago de Toralva (probablement frères) architectes, en 1547, de la cathédrale de Mi-

randa, construisent des chapelles à Batalha et à Belem de 1515 à 1557; Juan de <£astilho (peut-être le même que Juan Gonsalvez) élève, en 1522, les voûtes et les colonnes de la nef de l’église de Belem et dans les palais du bord de l’eau, les balcons de la salle, les escaliers, l’oratoire et la chambre de la reine Catherine. Mais quel fut, dans l’exécution de cette œuvre, le rôle de l’Italien Giovanni Potassi, que certains auteurs ont considéré à tort comme le véritable architecte de Belem? Une légende seule a retiré son nom de l’oubli. Au moment où on enlevait les échafaudages qui supportaient la voûte du transept (cruzeiro), cette voûte s’écroula et les ouvriers qui se trouvaient dessous, en assez grand nombre, furent écrasés. Le choix qu’on avait fait, pour ce travail, de gens condamnés à la déportation, donna à penser qu’on ne se dissimulait pas tout le danger d’une pareille opération. Potassi se remit néanmoins avec courage cà la réédification de cette voûte, mais lorsque le moment fut venu d’enlever une seconde fois les échafaudages, l’architecte pris de peur quitta clandestinement le Portugal. Don Manuel fit alors sortir des prisons un certain nombre de condamnés à mort auxquels on promit la remise de la peine s’ils consentaient à exécuter l’opération, qui s’accomplit sans accident cette fois. C’est alors seulement que Potassi revint en Portugal où l’attendait, suivant les auteurs de la légende, une éclatante réception. Potassi dut exécuter certaines parties importantes de l’œuvre de Boylaca, cela est probable, mais l’honneur d’avoir conçu celte œuvre multiple n’en revient pas moins tout entier à ce dernier.

Juan de Castilho, que nous avons cité plus haut, construisit seul la chapelle du couvent de Saint-François à Lisbonne, la cale sèche de l’arsenal, le chœur, la « salle capitulaire », le grand arc et le portail principal de l’église de Tliomar, ainsi que les appartements de la reine; on lui doit aussi les fortifications de Mazuguo en 1542. Il mourut du reste fort âgé en 158t.

Quel fut l’architecte du couvent et du palais d’Evora? Nous avouons l’ignorer : ce que nous savons, c’est que Martin Lourenço, de 1507 à 1525, date de sa mort y est maître des travaux et fait construire à ce titre le chœur, la sacristie et le dortoir du couvent. Ajoutons à son nom celui de François de Arruda, alors maître des travaux du boulevard de Restello de Belem et du district d’Alentejo. Vers 1520, Jérôme de Rouen et Philippe

d'après un médaillon du Musée d'Anvers

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