CHAPITRE VII
l’église des Petits-Pères que le théalin Camille Guarini entreprit de doter son ordre d’une église avec les trois cent mille livres qu’avait légués le cardinal Mazarin ; mais si le prince de Conti en posa la première pierre en 1662, la construction abandonnée ne fut reprise qu’en 1714, époque à laquelle Liévain fit le portail qui donnait sur le quai des Grands-Augustins.
Continuateur de Debrosse, de F. Mansart, de Lemercier et de Lemuet, Leduc, dont nous ignorons la date de naissance, commença en 1679, l’église Saint-Josse, rue Aubry le Bouclier, dont il éleva le portail jusqu’à la première corniche et la chapelle haute de Saint-Denis de la Charlre, rétablie en 1 665 par la libéralité de la reine Anne d’Autriche. On devait également à Leduc l’hôtel de Novion, rue de la Planche (1687), le maîtreautel de Saint-Barthélemy près le Palais de Justice (1625), le baldaquin du maître-autel du Val de Grâce et la décoration intérieure de l’église des Petits-Pères. En collaboration avec un architecte nommé Jobert, dont on ne connaît pas les autres œuvres, il éleva le portail de l’église Saint-Louis-en-l’Ile commencée par Louis Le Vau, continuée par Nicolas Lejeune (1664) et enfin achevée par Jacques Douceten 1726 ainsi que plusieurs hôtels à Paris rues Saint-Dominique et Saint-Bernard; puis mourut à Paris en 1704.
Libéral Bruant, né en 1650, fut l’un des huit fondateurs de l’Académie d’architecture en 1671; mais on ne s’étonnera pas qu’il se soit contenté de surveiller de loin les travaux de l’église des Petits-Pères, dont il était l’architecte, sachant qu’à partir de mars 1670, il se donnait tout entier à l’œuvre considérable qu’on appelle l’Hôtel des Invalides. Bien que la pensée d’élever un asile à la vieillesse des soldats mutilés sur les champs de bataille appartienne à Henri IV qui leur avait affecté l’hôpital de Lourcine ou de la Charité et ensuite à Louis NUI qui les établit à Bicêtre , c’est bien Louis XIV qui donnaà cette institution une grandeur et des développements vraiment en rapport avec la gloire militaire de la France. Réservant notre jugement jusqu’au moment où nous rencontrerons Le Vau, collaborateur de Bruant à la Salpêtrière, nous nous contenterons de dire, pour l’instant, que ce dernier donna seul les plans et conduisit seul l’exécution de l’hôtel des Invalides, dont la première pierre fut posée en novembre 1670. Ce grand ensemble de constructions est n. 9
des plus imposants dans sa simplicité et donne une haute idée du talent de l’artiste. Les deux étages de vastes portiques à fenêtres cintrées rappellent bien les cloîtres des anciens couvents de l’Italie, tout en faisant regretter que l’architecte n’ait pas songé à les terminer par des voûtes; puis les larges escaliers placés aux angles, dans des avant-corps et celte haute toiture coupée par de larges lucarnes achèvent de donner à l’ensemble un caractère de sévérité qui convient bien à la destination de l’édifice. Et, pour terminer d’un mot, la coupole de la chapelle due à Hardouin Mansard a fait une œuvre majestueuse d’une œuvre déjà grande et belle. Chargé en 1681, avec Nicolas de l’Espine, de l’agrandissement des bâtiments du Châtelet, Bruant construisit aussi l’hôtel Matignon, rue Saint-Dominique et l’hôtel de Belle-Isle (aujourd’hui partie des bâtiments de la Caisse des dépôts et consignations). Du reste, sa réputation avait passé le détroit puisque c’est lui qui éleva en Angleterre le château de Richemonl. On ignore la date exacte de sa mort ; mais elle dut arriver en 1697 (1), car il fut remplacé l’année suivante par Le Maistre à l’Académie.
Trois autres Bruant furent également architectes; François, fils de Libéral, connu seulement comme académicien et professeur d’architecture, né à Paris le 22 juillet 1679; Jacques, son frère aîné, mort à Paris le 7 septembre 1664, qui éleva la porte du « Bureau » des marchands drapiers rue des Déchargeurs, le château de Fayelle à Paris et l’hôtel d’Evrard Jabach, dit Jabaschische Haus, à Cologne. Le portail du Bureau des marchands drapiers était décoré des ordres dorique et ionique avec un attique. Le milieu du premier étage, en forme de loggia , présentait les armes de la ville soutenues par des enfants à cheval sur des dauphins; des deux côtés de cette loggia, des cariatides supportaient un fronton brisé surmonté du génie de la ville tenant dans ses mains deux médaillons. Un autre Jacques, neveu de Libéral, né le 22 octobre 1663, membre et l’un des professeurs de l’Académie, qu’il ne faut pas confondre avec François, mourut en 1752. C’est tout ce qu’on sait de ce dernier.
Nous placerons ici le nom de l’architecte Le Tellier qui com-
(1) Lance indique le 22 novembre 1697 comme date de la mort de Bruant.