CHAPITRE VII
que sont dues les deux lanternes qui couronnent les tours du nord de celte cathédrale. Comme architecte d’hôtels particuliers, Lemercier signa les plans des hôtels de Liancourt, de La Rochefoucauld et de Longueville, à Paris ; il signa aussi celui de l’église Saint-Roch, dont il put à peine commencer les travaux, puisqu’il mourut en 1654.
Une église modeste, celle de Saint-Nicolas du Chardonnet, fut construite, vers celte époque, à côté de l’ancienne église paroissiale de ce nom dédiée par Jean Denant, évêque de Paris, le 13 mai 1425. Commencée en 1656, elle n’était pas terminée lors de sa consécration, le 15 août 1667 et les travaux, repris de 1705 à 1709, n’ont pu en faire une œuvre complète puisqu’il y manque une travée et le grand portail. Nous avons vainement recherché quel avait été l’architecte de Saint-Nicolas du Chardonnet, mais ce n’est assurément pas le peintre Charles Lebrun mort en 1690, auquel on peut tout au plus attribuer la décoration de la chapelle Saint-Charles où se trouve le tombeau de cet artiste.
Nous sommes plus heureux avec l’architecte de Saint-Thomas d’Aquin (1683-1740) qui dépendait du noviciat général des jacobins; ce fut un élève de Blondel dont nous donnons plus loin la biographie, Pierre Bullet, né en 1639 qui, d’ailleurs, avait déjà produit, en 1675, un édifice peut-être plus connu : la porte Saint-Martin dont les sculpteurs furent Desjardins, Marly, Hongre et Legros. Dans celle œuvre, Bullet ne chercha pas à entrer en lutte avec son maître et réduisit l’édifice aux proportions d’une porte de ville; néanmoins il faut y reconnaître une grande pureté de lignes et un ensemble bien proportionné. Admis à l’Académie d’architecture en 1685, il fut aussi l’architecte de la fontaine (détruite) de la place Saint-Michel que quelques-uns de nos lecteurs ont pu voir sans l’admirer; de l’hôtel Croisât, de l’hôtel du président de Mesmes, rue Saint-Avoye, et d’une porte qui conduisait aux pompes placées au-dessous du pont Notre-Dame. Cette porte était d’architecture ionique; sur le bandeau de l’arc se voyaient deux figures en bas-relief, l’une représentant un fleuve et l’autre une naïade ; toutes deux de Jean Goujon. Audessus de la porte, dans un médaillon était sculpté le portrait de Louis XIY. On doit enfin à Bullet le maître-autel de l’église de la Sorbonne, les autels de Sainte-Marguerite et de Saint-Casimir à Saint-Germain-des-Prés ; les hôtels de Tunis et de Thiers place
Vendôme; les hôtels Jacob, rue Sainl-Merry, Lepelletier, rue Culture-Sainte-Callierine; de Vauvray, rue de Seine; Salla, rue des Enfants-Rouges, etc. ; en province, le château de la princesse de Chimay à Issy et le palais archiépiscopal de Bourges. Comme ingénieur, il construisit le quai Pelletier en 1675 et mourut en 1716, membre de l’Académie laissant un fils, Jean-Baptiste Bullet, architecte comme lui, académicien comme lui, mais qui n’est connu que par la continuation du château de Champs à Issy.
Les travaux du Val de Grâce, longtemps interrompus, furent repris, en 1654, sous la direction de Pierre Lemuet, auquel on associa Gabriel Leduc et Antoine Broutel, sieur du Val qui conduisirent l’un les travaux intérieurs, l’autre les ouvrages extérieurs. Lemuet, né à Dijon en 1591, mort à Paris le 28 septembre 1669, était ingénieur et à ce litre avait dirigé, sur l’ordre de Mazarin, les fortifications de la province de Picardie. Le dôme du Val de Grâce, quoique venant après celui de la petite église des Carmes de la rue de Vau girard et celui de la Sorbonne, n’en fut pas moins une œuvre hardie, la plus belle de Lemuet et qui dépassait en proportions celles de ses prédécesseurs. Chacun de nos lecteurs peut la visiter, elle lui fera éprouver certainement, à la première vue, une impression de grandeur et de majesté qu’inspirent rarement les édifices religieux de cette époque. Lemuet donna également les dessins de la nouvelle église des Petits-Pères, édifiée sur les fondations de celle qu’avait élevée l’architecte Galopin dans les premières années du siècle.
Du reste, de nombreux hôtels ou châteaux s’élevèrent sous la direction de Lemuet : l’hôtel de Beauvilliers, rue Sainte-Avoye, à la façade un peu exiguë duquel l’architecte crut devoir appliquer l’ordre colossal, l’hôtel Tubeuf (depuis hôtel Colbert), l’hôtel de Bezons, rue Vivienne, celui de Luynes, rue Saint-Dominique, celui de l’Aigle, même rue, une maison rue Saint-Guillaume pour l’Hôtel-Dieu. En province le château de Tanlay, celui de Chavigny en Touraine et celui de Pont-sur-Seine en Champagne. Lemuet a d’ailleurs écrit deux ouvrages sur l’architecture; le premier, publié en 1623, intitulé Manière de bien bâtir pour toutes sortes de personnes; le deuxième, en 1682, ayant pour titre : Traité des ordres d' architecture dont se sont servis les anciens. C’est pendant la construction par Lemuet du Val de Grâce et de
H Jauce. sc.
LEMUET